L'Artemisia, genre végétal fascinant, englobe près de 400 espèces qui poussent à travers le monde, chacune offrant un éventail unique de propriétés et d'utilisations. Parmi elles, l'Artemisia annua, ou armoise annuelle, et l'Artemisia vulgaris, ou armoise commune, se distinguent par leur riche histoire d'usage médicinal et leur potentiel thérapeutique encore exploré par la science moderne. L'Artemisia annua est particulièrement réputée pour la substance active qu'elle contient : l'artémisinine. Cette molécule a révolutionné le traitement du paludisme et suscite un intérêt croissant dans la recherche sur certaines formes de cancer. L'usage traditionnel de ces plantes, transmis à travers les générations, témoigne de leur importance dans les pharmacopées du monde entier.

L'Artemisia annua : Un Trésor Contre le Paludisme et au-delà
L'Artemisia annua, originaire des régions tempérées d'Asie, appartient à la famille des Astéracées. Elle est mondialement reconnue pour sa teneur en artémisinine, un composé dont l'efficacité contre le paludisme (malaria) a valu à la scientifique chinoise Tu Youyou le prix Nobel de physiologie ou médecine en 2015. Les recherches qu'elle a menées ont permis de mettre au point un traitement particulièrement efficace contre cette maladie dévastatrice. L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) recommande aujourd'hui des combinaisons thérapeutiques à base d'artémisinine (CTA) pour le traitement du paludisme. Ces combinaisons associent un dérivé de l'artémisinine, qui agit rapidement pour éliminer les parasites, à un autre médicament visant à prévenir leur récidive, assurant ainsi une éradication totale du parasite du sang et évitant l'évolution vers des formes graves de la maladie. Il est à noter que depuis 2017, les dérivés de l'artémisinine ne sont plus utilisés seuls en monothérapie afin de prévenir l'émergence de souches résistantes du parasite Plasmodium falciparum.
Au-delà de son rôle antipaludique, l'Artemisia annua fait l'objet d'études pour d'autres applications potentielles. Des recherches in vitro ont mis en évidence une action anticancéreuse de l'artémisinine, notamment lorsqu'elle est combinée à du fer, sur des cellules cancéreuses du sein et du poumon. De plus, des essais cliniques de phase III ont démontré des capacités à traiter la dismatose et la bilharziose. Traditionnellement, en Chine et à Madagascar, la plante est utilisée pour lutter contre certaines pathologies de la peau et contre les parasites intestinaux. Elle est également employée, sans études approfondies cependant, pour soigner les hémorroïdes et faire baisser la fièvre. Des usages empiriques suggèrent que l'application de feuilles d'Artemisia en cataplasme pourrait soulager les maux de tête et réduire la fièvre.
L'Institut malgache de recherches appliquées (IMRA) a développé une décoction à base de 62% d'Artemisia annua, associée à un mélange de plantes médicinales malgaches traditionnellement utilisées comme antiseptiques et fluidifiants bronchiques, dans le but de lutter contre l'infection au SARS-CoV-2, responsable de la Covid-19. Une forme injectable a même été élaborée pour les patients souffrant de détresse respiratoire. Cependant, l'Académie Nationale de Médecine française a émis des réserves quant à l'usage de cette plante et à son efficacité, soulignant le manque de preuves scientifiques avérées.

Artemisia vulgaris : Une Plante Commune aux Vertus Millénaires
L'Artemisia vulgaris, ou armoise commune, est une plante très répandue dans les zones incultes d'Europe, d'Afrique du Nord et d'Asie tempérée. Mesurant généralement entre 50 et 150 centimètres de hauteur, elle se caractérise par son feuillage vert foncé sur le dessus et un dessous cotonneux argenté, ses tiges rougeâtres striées et ses fleurs généralement jaunes. Inscrite à la Pharmacopée française, elle est reconnue pour ses multiples bienfaits pour la santé et son accompagnement de divers maux.
Sa composition riche en principes actifs naturels, tels que les flavonoïdes, les alcools sesquiterpéniques, les coumarines et une huile essentielle, lui confère des propriétés diverses. L'armoise commune est particulièrement appréciée pour ses vertus digestives : elle stimule l'appétit, favorise la production de sucs gastriques et améliore l'assimilation des aliments, agissant comme un tonique naturel. Elle est utile pour accompagner les diarrhées chroniques, les coliques, les flatulences et les sensations de distension.
Sur le plan nerveux, l'Artemisia vulgaris possède des vertus reconnues pour le système cardiovasculaire et le système nerveux central, contribuant à apaiser la nervosité et les troubles d'origine nerveuse. Sa richesse en antioxydants en fait une alliée pour le renforcement des défenses naturelles de l'organisme et la stimulation de l'immunité. Elle est également réputée pour son action sur la fièvre, les insolations et les maux de tête. De plus, ses propriétés antispasmodiques, bronchodilatatrices et antihistaminiques sont bénéfiques en cas d'allergies saisonnières.
Pour les femmes, l'Artemisia revêt une importance particulière. Elle est traditionnellement utilisée pour soulager les troubles menstruels, notamment les douleurs, et pour réguler le flux sanguin en augmentant les contractions utérines. On lui prête des propriétés œstrogéniques et, paradoxalement, anti-fertilité, ce qui justifie sa contre-indication chez les femmes enceintes ou souhaitant concevoir.
L'Artemisia vulgaris est également reconnue pour ses propriétés vermifuges, aidant à lutter contre les oxyures et les ascaris. Ses actions antiparasitaires, antifongiques et antibactériennes sont utiles pour accompagner des infestations parasitaires, des infections, comme les cystites, et des inflammations, notamment des voies aériennes. Elle est aussi citée pour son potentiel dans le soutien aux cellules cancéreuses, en raison de sa teneur en artémisinine et dihydroartémisinine, bien que les études soient encore préliminaires. De plus, elle pourrait avoir des effets antidépresseurs en agissant sur la monoamine-oxydase.

Usages, Précautions et Débats Scientifiques
L'Artemisia, sous ses différentes formes, peut être utilisée en infusion, décoction, teinture mère, huile essentielle ou encore en compléments alimentaires. La posologie dépend de la forme galénique et de l'objectif thérapeutique visé. Il est recommandé de suivre les indications du fabricant, de commencer à faible dose pour évaluer la tolérance individuelle, puis d'ajuster si nécessaire.
Cependant, l'usage de l'Artemisia n'est pas exempt de précautions. L'huile essentielle d'Artemisia annua est neurotoxique et ne doit pas être utilisée sans avis médical. L'Artemisia annua ne doit pas être utilisée sur le long terme en raison de son risque de neurotoxicité, et est contre-indiquée chez les personnes épileptiques. Des interactions médicamenteuses sont également possibles. Il est important de noter que l'artémisinine administrée seule présente plus de toxicité que la plante consommée dans son intégralité (totum moléculaire).
L'Académie Nationale de Médecine met en garde contre la consommation à grande échelle de tisanes d'Artemisia annua, qui pourrait entraîner l'apparition de résistances aux antipaludiques à base d'artémisinine, essentiels pour le traitement des paludismes compliqués à Plasmodium falciparum. La composition et la qualité des remèdes non pharmaceutiques à base d'Artemisia varient considérablement, influencées par des facteurs génétiques et environnementaux, ainsi que par les méthodes de préparation et les doses de principes actifs qui ne sont pas standardisées. Ces variations peuvent conduire à des échecs thérapeutiques et à un risque accru de développement de résistance aux traitements.
Des essais cliniques rigoureux sont nécessaires pour confirmer l'efficacité et l'innocuité des thérapies à base d'Artemisia, notamment sous forme de tisane. Si certaines études in vitro et sur modèles animaux suggèrent des effets prometteurs, les résultats restent contradictoires et difficiles à extrapoler à l'homme. Les études cliniques menées jusqu'à présent ont souvent porté sur un échantillon restreint de patients, avec des biais méthodologiques et des périodes de suivi courtes, limitant la portée de leurs conclusions.
Dans le contexte de la pandémie de Covid-19, l'Artemisia annua a refait parler d'elle, notamment avec le développement du remède malgache Covid-Organics. Bien que des études aient souligné des propriétés antivirales des extraits de la plante lors d'épidémies antérieures (SRAS), et que des recherches in vitro sur le SARS-CoV-2 aient été lancées, il n'existe à ce jour aucune donnée clinique robuste et publiée validant son efficacité contre le Covid-19. L'Académie Nationale de Médecine française a d'ailleurs mis en garde contre son usage dans ce contexte.
Plant Profile: Artemisia annua (Sweet wormwood)
L'Artemisia, sous ses diverses espèces, est une plante aux usages ancestraux et au potentiel thérapeutique reconnu, mais qui nécessite une approche prudente et éclairée. La recherche continue d'explorer ses multiples facettes, dans l'espoir de mieux comprendre et exploiter ses vertus, tout en restant vigilant face aux risques potentiels et à la nécessité de preuves scientifiques solides pour confirmer son efficacité. L'usage prolongé de l'Artemisia vulgaris, par exemple, peut avoir des effets néfastes sur les reins, les poumons, le foie et le système nerveux, soulignant l'importance de cures de courte durée. Les femmes enceintes ou allaitantes, les enfants, ainsi que les personnes sous traitement chronique ou souffrant d'allergies, doivent impérativement demander un avis médical avant toute utilisation. Le pollen d'armoise est également très allergisant et peut provoquer le rhume des foins. La qualité des produits à base d'Artemisia est primordiale, et il est conseillé de privilégier les fabricants transparents quant à l'origine, la composition et les contrôles de laboratoire.
L'Artemisia a une longue histoire d'utilisation, remontant à l'Antiquité, comme en témoignent les écrits d'Hippocrate, Dioscoride et Pline l'Ancien. Elle était utilisée pour ses propriétés médicinales, mais aussi dans des pratiques rituelles et divinatoires, notamment en Chine où elle est employée dans la moxibustion. Son nom même, dérivé de la déesse grecque Artémis, déesse de la nature et de la chasse, évoque son lien profond avec le monde végétal et la féminité. L'Artemisia est souvent qualifiée d'« herbe aux cents goûts » en raison de sa saveur amère caractéristique, et ses fleurs ont parfois été utilisées pour aromatiser des préparations culinaires. La plante est également citée parmi les « Herbes de la Saint-Jean », traditionnellement cueillies à la fin du mois de juin.
Malgré sa présence commune, l'Artemisia révèle une complexité botanique avec de nombreuses espèces et variétés. L'Artemisia annua, en particulier, est étudiée pour sa capacité à inhiber la croissance de certaines cellules cancéreuses, un domaine de recherche qui continue d'évoluer. L'approche de la recherche scientifique vise à démêler les effets du totum de la plante par rapport à ceux de molécules isolées, comme l'artémisinine, afin de mieux comprendre les synergies potentielles et d'optimiser les traitements. Le débat sur l'efficacité des produits non pharmaceutiques à base d'Artemisia, tels que les infusions, dans la lutte contre le paludisme, notamment dans les zones reculées, persiste au sein de la communauté scientifique, où l'absence de données d'efficacité solides est souvent pointée du doigt. Les progrès futurs en sciences pourraient bien éclaircir davantage le rôle de cette plante millénaire dans la médecine moderne.
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