L'agriculture moderne s'est profondément transformée au cours du dernier siècle. Sous l'impulsion de la "révolution verte" initiée dans les années 1960, la recherche de rendements toujours plus élevés a conduit à une dépendance croissante envers les intrants chimiques. Si ces produits ont permis de soutenir l'explosion démographique mondiale, ils soulèvent aujourd'hui des questions cruciales sur leur viabilité environnementale et leur nocivité pour la santé humaine.
L'essor de l'agriculture intensive et des engrais de synthèse
À force de vouloir se familiariser avec l’agriculture intensive, les particuliers ont eux aussi voulu s’essayer à la culture rapide développée par les engrais chimiques. En exportant ainsi un procédé réputé efficace pour l'alimentation des plantes, les jardins s’exposent à une production intensive. Plus spécifiquement, les engrais chimiques sont des fertilisants qui sont déversés sur les cultures pour en améliorer leur quantité et leur qualité.
Le progrès de l’humanité repose en grande partie sur les découvertes de la science. Elle est devenue possible lorsque deux chimistes allemands ont mis au point une méthode de fabrication de l’ammoniac liquide, l’un des ingrédients essentiels dans la composition des engrais synthétiques. Le procédé Haber-Bosch, qui synthétise de l’ammoniac à partir d’azote atmosphérique et de gaz naturel, a permis une certaine indépendance de l’agriculture vis-à-vis des amendements organiques. Dès lors, les engrais minéraux sont devenus la principale source de fertilité, parfois même la seule, ce qui a considérablement contribué à l’augmentation des rendements.

Les conséquences sanitaires : une menace insidieuse
Si les risques des substances chimiques des pesticides sont très importants pour la santé des agriculteurs, les engrais présentent eux aussi des dangers quoique bien moindres, mais qu’il ne faut pas négliger pour autant. L’exposition professionnelle se fait par inhalation de poussières, gaz, ou particules fines émises lors de la préparation et de l’épandage. Le principal danger des engrais minéraux chimiques vient des composantes azotées.
Les nitrates ingérés par déglutition de particules sont dégradés par les bactéries buccales et se transforment en nitrites (NO2). L’ingestion accidentelle de faibles quantités de nitrate d’ammonium peut entraîner des nausées, vomissements, diarrhées, hypertension ou hypotension et, parfois, tachycardie. En dose massive, ces nitrites peuvent empoisonner le sang en oxydant l’hémoglobine, ce qui engendre des troubles respiratoires (méthémoglobinémie).
L'eau ou les aliments que nous ingérons présentent aussi un risque pour la santé. Selon l'ANSES, environ deux tiers de l’exposition alimentaire aux nitrates provient de la consommation de produits végétaux, en particulier de légumes feuilles, et un quart est associé à l’eau de boisson. Dans l’organisme, les nitrates ne sont pas toxiques mais peuvent se transformer en nitrites puis en nitrosamines, des molécules cancérigènes dont les impacts négatifs sont nombreux. L'augmentation de l'apport alimentaire en nitrates a été associée à l'hypothyroïdie et au cancer de la thyroïde.
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Pollution atmosphérique et dégradation de la qualité de l'air
Chaque année, près de 700 000 tonnes d’ammoniac sont rejetées dans la nature. Combinés aux autres polluants atmosphériques, l’ammoniac et les oxydes d’azote engendrent la formation de particules fines très dangereuses pour la santé. La pollution de l’air affecte le fonctionnement de nos poumons, aggrave certains symptômes chez les personnes asthmatiques et augmente le risque de maladies comme la bronchite ou même le cancer.
En 2021, des chercheurs américains ont déterminé que la pollution de l’air directement liée aux émissions d’ammoniac agricole était responsable de 12 400 décès par an. Une partie des engrais azotés épandue sur les sols s’échappe sous forme de protoxyde d’azote, un gaz à effet de serre au pouvoir réchauffant 265 fois supérieur au dioxyde de carbone. En France, 43 % des émissions de gaz à effet de serre de l’agriculture sont des émissions de protoxyde d’azote.
Contamination des eaux et déséquilibre des écosystèmes
Le lessivage des engrais chimiques dans le sol peut entraîner la contamination des nappes phréatiques et des sources d’eau potable. Les nitrates et phosphates présents dans les engrais qui ne seraient pas absorbés par les végétaux vont se dissoudre dans l’eau et s’infiltrer dans les aquifères souterrains. En France, 70 % des nappes phréatiques contiennent des niveaux élevés de nitrates.
Lorsque les nutriments issus des engrais atteignent les milieux aquatiques, ils peuvent causer la prolifération des algues, conduisant ainsi à ce que l’on appelle des "efflorescences algales". Lorsqu’elles meurent et se décomposent, elles consomment une grande partie de l’oxygène dissous dans l’eau, provoquant des zones hypoxiques ou mortes où la faune marine ne peut pas survivre. Ces marées vertes peuvent être dissuasives pour le tourisme, mais également nuire aux activités de pêche et d’aquaculture.

Alternatives et transitions vers une agriculture durable
Face à ces défis, l’agriculture régénératrice représente une solution clé. Contrairement à l’agriculture intensive, elle vise à restaurer les écosystèmes agricoles tout en réduisant la dépendance aux intrants chimiques. Des pratiques comme le non-labour, qui préserve la matière organique des sols et les cultures de couverture semées entre deux récoltes principales, renforcent la matière organique des sols, augmentant leur fertilité.
Le compostage, par exemple, permet de transformer les déchets organiques en engrais naturels. Chaque tonne de compost utilisée évite l’emploi de 50 kg d’engrais chimiques, tout en enrichissant les sols. Les légumineuses (pois chiches, lentilles, soja…) constituent également une alternative aux engrais de synthèse, car leur capacité à fixer l'azote de l'air permet de limiter le recours aux produits minéraux.
L’amélioration de l’assimilation de l’azote par les cultures est une solution potentielle pour réduire l’utilisation excessive d’engrais chimiques. Réduire la consommation excessive d’azote par l’agriculture permettrait de réduire les coûts pour les agriculteurs, mais aussi pour la collectivité. Pour toutes ces raisons, il est indispensable de remettre les engrais naturels au cœur de votre mode d’agriculture, d’autant qu’il s’agit d’alternatives tout aussi efficaces pour les meilleurs.