Gestion intégrée des risques liés aux fusarioses des épis : stratégies agronomiques et phytosanitaires

La production céréalière est confrontée à des défis sanitaires majeurs, parmi lesquels les fusarioses des épis occupent une place prépondérante. Ces maladies, dues à des contaminations fongiques, impactent non seulement le rendement quantitatif des cultures, mais posent également des problèmes de sécurité sanitaire en raison de la production de mycotoxines. La maîtrise de ces risques repose sur une compréhension fine des interactions entre l'agronomie, le climat et les choix variétaux.

Schéma illustrant le cycle de vie des champignons du genre Fusarium et Microdochium sur les résidus de culture en surface

Les agents pathogènes : Fusarium et Microdochium

Les fusarioses des épis sont dues à des contaminations par des champignons de différentes espèces. On en distingue deux principaux genres : Fusarium et Microdochium. Si les symptômes sur épi ne permettent pas d’identifier précisément l’espèce de fusariose responsable, ils fournissent des indices sur la gravité de l'attaque. Les pertes de rendement peuvent aller de 30 à 70 % selon la intensité des attaques, principalement liées à l'échaudage des grains issus des épis atteints.

Fusarium graminearum est l’espèce la plus problématique en raison de sa production de mycotoxines dans les grains, et plus particulièrement de déoxynivalénol (DON). Cette mycotoxine a principalement une toxicité de type chronique : c’est-à-dire que son ingestion à long terme aura des effets délétères, notamment cancérigènes. Des études portant à la fois sur sa toxicité et sur le degré d’exposition des populations amènent à revoir les seuils règlementaires en cours pour l’alimentation humaine. Le niveau maximum est aujourd’hui fixé à 1250 ppb et 1750 ppb respectivement pour le blé tendre et le blé dur.

À l'inverse, les Microdochium spp. ne produisent pas de DON, mais peuvent impacter significativement le rendement et provoquer une diminution de la qualité boulangère des blés tendres, tout comme de la moucheture sur blé dur.

Facteurs agronomiques et gestion du risque DON

Le principal facteur favorisant de la maladie de l'épi est le climat. Une forte humidité ou un temps pluvieux durant la période de floraison (+/- 7 jours) augmente sensiblement le risque. Pour cette raison, il convient de ne pas irriguer les blés pendant une durée de 8 jours après la sortie des étamines, sauf en cas d'ensoleillement important, limitant le taux d'humidité au niveau de l'épi.

La nature du précédent et le type de travail du sol ont également une grande importance dans la maîtrise du risque d’infection par les fusarioses. Pour Fusarium graminearum, le risque est fortement corrélé à la présence d’inoculum présent sur les résidus de cultures du précédent (maïs, sorgho). Les systèmes en non-labour sont les plus exposés car ils laissent en surface des résidus potentiellement contaminés.

Graphique montrant la corrélation entre les systèmes de travail du sol et le taux de DON dans le grain

Concernant les espèces de Microdochium, les facteurs agronomiques comme le précédent ou le travail du sol ne semblent pas avoir d’influence : seules les conditions météo autour de la floraison (pluies, maintien d’une forte hygrométrie) déterminent le risque. Il n’existe pas de grille de risque ou de classement variétal spécifique pour ces espèces.

Stratégies de prévention : la hiérarchie des solutions

La gestion du risque DON doit être pensée de manière globale, en privilégiant les leviers agronomiques avant toute intervention chimique.

  • Niveaux de risque 1 et 2 : Le risque fusariose est minimum et présage d’une bonne qualité sanitaire du grain vis-à-vis de la teneur en DON.
  • Niveau 3 : Le risque peut être encore minimisé en choisissant une variété moins sensible.
  • Niveaux 4 et 5 : Il est préférable d’implanter une variété moins sensible ou de réaliser un labour pour revenir à un niveau de risque inférieur. À défaut, effectuer un broyage le plus fin possible et une incorporation des résidus rapidement après la récolte.
  • Niveaux 6 et 7 : Modifier le système de culture pour revenir à un niveau de risque inférieur. Labourer ou réaliser un broyage le plus fin possible des résidus de culture avec une incorporation rapide sont les solutions techniques les plus efficaces.

A lui seul, le choix d’une variété peu sensible réduit le niveau de DON de 76 %. Combiner gestion des résidus et choix d’une variété peu sensible est efficace à plus de 90 %. Il est important de noter qu'aujourd’hui, aucune variété de céréales d’hiver n’est totalement résistante à Fusarium graminearum.

L'intervention phytosanitaire : un ultime recours

Les traitements fongicides sont un ultime recours mais sont loin d’être totalement efficaces ; ils atteignent dans le meilleur des cas 50 à 60 % d’efficacité. Ces moyens de lutte doivent impérativement être réalisés préventivement (début floraison) avec des doses suffisantes (60 à 80 % de la dose homologuée minimum).

Meilleures pratiques pour l’application du fongicide postrécolte Stadium®

Les associations à base de prothioconazole et tébuconazole, comme Prosaro et Kestrel, figurent parmi les solutions les plus efficaces, avec une action à la fois sur Fusarium graminearum et Microdochium spp. Dans les situations à risque élevé, les doses de 0,8 à 1 l/ha permettent de sécuriser la protection anti-fusarioses. Il convient de noter l'érosion de l’efficacité au champ des triazoles sur F. graminearum et une variabilité de comportement de Microdochium spp.

Concernant l'application, un volume de pulvérisation d'un minimum de 150 l/ha est recommandé. Pour le blé dur, les tolérances variétales ne sont pas suffisantes pour éviter une protection phytosanitaire : il est impératif de protéger les épis. La seule molécule efficace pour lutter simultanément contre les fusarioses productrices de mycotoxines et celles responsables de perte de grain (Microdochium) est le prothioconazole. Il convient donc de réserver cette molécule pour la protection des épis et ne pas l’appliquer avant dans le cycle.

Adaptation aux conditions climatiques et maladies foliaires

En lien avec le retour de l’humidité et des températures plus fraîches, des cas de rouille jaune sont remontés principalement sur variétés sensibles. En présence d’un risque de rouille jaune, voire de rouille brune, le choix du traitement T3 doit être adapté à la situation parcellaire afin de garantir une efficacité optimale sur les cibles visées.

Les conditions météorologiques actuelles, marquées par des cumuls de pluies importants et un rafraîchissement des températures, pourraient favoriser le développement des Microdochium spp. Dans ce contexte, la vigilance doit être accrue, d'autant plus que les solutions de biocontrôle testées, comme le produit Echiquier, n’ont pas donné de résultats satisfaisants dans les essais ARVALIS, et les adjuvants n’apportent pas de résultats significatifs.

La gestion durable des fusarioses impose donc une combinaison rigoureuse de pratiques agronomiques - labour, gestion des résidus, choix variétal - et une utilisation raisonnée des fongicides, positionnés précisément au stade début floraison, afin de sécuriser la récolte tout en limitant l'exposition aux mycotoxines.

tags: #arvalis #anti #fusariose #risque