Ash Vincent et les Figuiers : Dynamiques territoriales, agriculture et enjeux phytosanitaires

L’analyse des territoires, qu’ils soient montagneux ou urbains, nécessite une compréhension fine des interactions complexes entre les activités humaines, les contraintes climatiques et les ressources naturelles. Qu’il s’agisse des montagnes du versant méditerranéen du Massif Central, des zones urbaines comme Marseille ou des régions agricoles du Liban, le concept d’ancrage territorial demeure au cœur de la résilience des sociétés.

Les spécificités des écosystèmes montagneux et leur peuplement

Les montagnes du versant méditerranéen du Massif Central sont soumises aux aléas climatiques classiques de cette région (excès de précipitations, saisons tranchées). On leur attribut deux caractéristiques propres au milieu montagnard : un hiver long, des amas de neige parfois importants et un relief contrasté, entre des plateaux correspondant à une pénéplaine hercynienne soulevée, et des vallées profondément encaissées favorisant les inversions thermiques et l’accélération des eaux.

Pourtant, ces montagnes, aujourd’hui quasi désertes, ont été habitées pendant des siècles, parfois même surchargées. Ce peuplement n’est pas uniquement dû au caractère refuge de ces hauteurs mais à un certain nombre d’atouts pour qu’une société rurale équilibrée s’y développe : l’eau, la possibilité de cultiver et d’y produire de tout.

Paysage de montagne du Massif Central

Analyse des microclimats urbains et îlots de chaleur

L’objectif de cette étude est de préparer une campagne de mesures sur l’ensemble de la commune de Marseille en cartographiant, à partir du traitement de plusieurs couches de données numériques, les secteurs les plus favorables à la survenue d’îlots de chaleur urbains durant les situations atmosphériques favorables. Nous avons traité les couches : bâtiment, cadastre, voirie, végétation et Modèle Numérique de Terrain (MNT) pour produire des indicateurs spatiaux similaires à ceux proposés dans la méthode des LCZ «Local Climate Zone» ainsi qu’un autre indicateur plus détaillé pour identifier les canyons urbains.

Le changement climatique ne se limite pas à l’évolution des températures et des conditions météorologiques ; il s’accompagne de nombreux effets négatifs ou conséquences, notamment l’élévation du niveau de la mer, les sécheresses, la pénurie d’eau, les incendies violents, les vagues de chaleur, les inondations, les tempêtes catastrophiques, etc. qui ont des conséquences négatives sur les populations locales. L’atténuation des effets du changement climatique passe par une meilleure évaluation de cette vulnérabilité, à la fois dans sa composante spatiale et sociodémographique.

Carte thermique d'une zone urbaine

Brise littorale et topographie : le cas de Bizerte

Cette étude portant sur la brise littorale et l’ilot de chaleur urbain (ICU) à Bizerte montre que la périphérie rurale est plus fraîche la nuit que le centre de Bizerte, par temps radiatifs (clair et calme). Un ICU d’une intensité modérée, ne dépassant pas 5,5°C, est enregistré sous abri à 2 mètres au-dessus du sol. L’aérologie est très influencée, notamment en été, par les facteurs géographiques locaux : effets de la mer, du lac et de la topographie.

Par temps calme, à l’aérodrome, la brise commence à souffler du Lac de Bizerte vers 9 h (heure solaire) en été, sa vitesse avoisine 3 m/s. et atteint 7 m/s vers 17 h. Dans la zone de la Corniche, au nord de l’agglomération, la brise de mer se déclenche le matin entre 8 et 9 h et se couche le soir vers 21 h. Le soir, une faible brise d’amont s’écoule sur le versant oriental de Jbel Ennadhour.

Les secrets de la brise thermique avec Squid

Ancrage territorial et valorisation des produits locaux

Au pays du cèdre, l’ancrage territorial ravive le local. Afin d’analyser la construction des liens d’un produit à son territoire, nous avons choisi d’étudier quatre exemples de la région montagneuse du Chouf au Liban. Ces exemples, qui mobilisent des produits relativement banaux mais qui font partie de la tradition locale, sont revendiqués par les acteurs comme des productions spécifiques à ce territoire.

Suite aux mutations socioéconomiques et environnementales qui ont eu lieu durant les deux dernières décennies, les acteurs justifient la spécificité et l’ancrage de leurs produits dans le territoire par des liens construits, croisés, inventés ou réinventés. Nous examinons d’abord comment se construit ce « lien au territoire », c’est-à-dire, les manières dont les acteurs locaux élaborent et justifient l’ancrage territorial de leurs produits. Nous montrons ensuite que l’ancrage territorial de ces produits ne repose pas seulement sur la stratégie individuelle des producteurs, mais aussi sur celle de l’organisation territoriale et à travers la conception et la mise en place d’actions collectives unissant des producteurs, organisateurs territoriaux et consommateurs.

Enjeux sanitaires globaux et surveillance phytosanitaire

La protection des cultures, telles que les figuiers ou autres productions fruitières, est aujourd’hui confrontée à des menaces mondiales. À Maurice, les mouches des fruits, notamment la mouche orientale, ravagent surtout les cucurbitacées, menaçant les récoltes. Un programme combinant appâts, élimination des mâles et lâchers de mouches stériles dans le nord de l’île a drastiquement réduit leur population : moins d’une mouche par piège et par jour.

Par ailleurs, la surveillance des maladies comme Xylella fastidiosa est devenue une priorité européenne et mondiale. Cet article présente un modèle éco-épidémiologique, avec un cadre mécanistique, simulant la dynamique de Xylella fastidiosa dans les oliveraies. Il intègre la biologie des vecteurs, leurs interactions avec les plantes, la transmission, ainsi que la progression du dépérissement des arbres, tout en tenant compte de la température, de l’eau disponible et de la composition végétale.

Schéma de propagation d'un pathogène végétal

Vers une gestion scientifique partenariale

La pratique de la recherche scientifique s’inscrit de plus en plus dans des réseaux de partenariat multidimensionnels. L’obtention de financements est souvent conditionnée par les bailleurs à la création ou l’existence de partenariats Suds-Suds, Suds-Nords ou Nords-Suds, impliquant fréquemment des étudiants ou de jeunes chercheurs. Cependant dans leur mise en œuvre, les pratiques de partenariat scientifique sont souvent soumises à des critiques acerbes, car reproductives d’habitudes anciennes déjà fortement ancrées dans les pratiques de la recherche. Cette contribution vise à analyser les facteurs de stabilité et de fragilité des partenariats dans la recherche scientifique, ainsi que les questions éthiques qui en découlent.

Suivi démographique et outils numériques

Suivre les densités et la distribution spatiale de la population à distance est un rêve qui devient presque réalité. Il est très utile de connaitre la population de localités spécifiques pour la gestion ex-post des catastrophes, ou la planification nationale, en particulier dans des contextes où il est impossible d’accéder aux habitants pour une enquête ou un recensement. C’est aussi précieux quand la population change rapidement - pour suivre l’ouverture d’un front pionnier ou l’expansion urbaine. Alors que les données ouvertes livrent un volume de plus en plus important de données satellitaires quotidiennes, les bases de données concernant la population et l’empreinte urbaine se multiplient également.

Ces avancées technologiques permettent une meilleure compréhension des dynamiques territoriales, qu'il s'agisse de la gestion des ressources en eau, de la lutte contre les ravageurs ou de l'adaptation aux changements climatiques globaux. L'intégration de ces données dans des cadres de gouvernance locale assure une meilleure résilience des systèmes socio-écologiques face aux incertitudes futures.

tags: #ash #vincent #les #figuiers