L'Aspidiotus nerii et la Cochenille du Lierre : Comprendre et Lutter Contre ces Parasites

Le lierre, qu'il s'agisse du lierre grimpant (Hedera helix) de nos jardins ou d'autres espèces, est une plante reconnue pour sa robustesse. Cependant, il peut soudainement afficher des signes d'affaiblissement, souvent dus à la présence d'insectes, et non de champignons. Parmi ces envahisseurs, la cochenille du lierre, Aspidiotus nerii, se distingue par sa prévalence et sa capacité à nuire à une grande variété de végétaux. Une autre menace fréquente pour le lierre, particulièrement en pot, est la cochenille farineuse, un groupe de parasites suceurs de sève reconnaissables à leurs amas cotonneux.

Cochenilles sur une feuille de lierre

Ces petits parasites, souvent discrets, peuvent causer des dégâts considérables si l'infestation n'est pas prise en charge rapidement. Comprendre leurs cycles de vie, leurs modes d'action et les méthodes de lutte est essentiel pour protéger la santé de nos plantes.

Aspidiotus nerii : La Cochenille du Lierre et du Laurier-Rose

L'Aspidiotus nerii, également connue sous le nom de cochenille du laurier-rose ou cochenille du lierre, est une espèce très répandue et cosmopolite. Elle appartient à la superfamille des Coccoïdes et à l'ordre des Hemiptera, et plus précisément à la famille des Diaspididae.

Identification et Morphologie

Les adultes de cette cochenille sont reconnaissables à leurs pustules cireuses. Les plus grosses sont des femelles adultes, tandis que les petites sont des juvéniles. La femelle adulte de cette cochenille possède un bouclier à peu près circulaire, de 1,8 à 2,2 mm de diamètre, légèrement convexe, de couleur bistre clair, uniforme et mat. Elle est ronde et grisâtre, blanc sale ou jaunâtre, avec l’apex de son bouclier excentré, et ressemble à un œuf au plat miniature de 2 mm de diamètre. Les mâles, quant à eux, sont ailés, grêles (environ 1mm avec un corps jaunâtre et des appendices foncés) et restent très discrets, possédant une paire d'ailes hyalines blanchâtres. Les jeunes cochenilles mesurent approximativement 0,3 mm de long.

Schéma de la cochenille Aspidiotus nerii

Plantes Hôtes et Habitat

Aspidiotus nerii est une cochenille très polyphage. Elle vit sur des végétaux très variés, de plus de cent genres. Cette cochenille s'attaque notamment à l'olivier (Olea europea), aux agrumes (Citrus sp.), au prunier (Prunus sp.), au mûrier (Morus sp.), au lierre (Hedera helix), au laurier-rose (Nerium oleander), aux palmiers (Phoenix sp.), aux acacias et aux caroubiers (Ceratonia siliqua), ainsi qu'à d'autres arbres, arbustes et plantes basses. Dans les pays méditerranéens, Aspidiotus nerii pose problème aux oléiculteurs car elle affaiblit les arbres et déprécie fortement les olives quand elles sont attaquées, notamment par la formation de tâches vertes sur les fruits violets. Les dégâts sur le feuillage sont particulièrement importants dans les cultures ornementales.

Cycle de Vie

Aspidiotus nerii présente généralement trois générations par an, que l'on assimile à trois vagues de sorties de larves mobiles. Sur la plante coexistent des individus de tous âges. L'hiver est passé plutôt à l'état de jeune femelle ou de larve âgée, mais aussi de larves plus jeunes, qui reprennent leur activité plus tard au printemps.

La 1ère génération commence en mars-avril, avec de nombreux mâles. Les larves mobiles, appelées larves L1, se dirigent vers les zones ombragées de l'arbre et se fixent de préférence à la face inférieure des feuilles. Cette génération évolue en 8 à 9 semaines. Une 2ème génération prend le relais pendant une durée de temps équivalente. La 3ème génération commence en septembre-octobre et se maintiendra pendant environ 6 mois, au-delà de l'hiver.

Après s'être fixées, les jeunes cochenilles forment rapidement leur bouclier. Au bout de 1 à 2 mois, la femelle atteint l’âge adulte et commence à pondre des œufs. La reproduction est bisexuée ou parthénogénétique. La femelle pond en 5 à 12 jours environ 150 œufs jaunes, avec une ponte journalière comprise entre 4 et 30 unités. Le cycle de développement de la larve nouveau-née à la mue imaginale dure environ 40 à 50 jours. À 30°C, le développement des chenilles est entièrement bloqué.

Symptômes et Dégâts

Les symptômes sont causés par l'activité alimentaire de l'Aspidiotus nerii. Cet insecte piqueur-suceur se nourrit de différentes parties de la plante hôte. Les premiers signes d'infestation peuvent se manifester sous la forme d'une multitude d'écailles blanches (environ 2 mm de diamètre) sur les tiges, les feuilles et les fruits de l'hôte. Les dégâts se traduisent par l'affaiblissement de la plante, la chute de feuilles, le dessèchement des rameaux ou la déformation des fruits. Cette dernière est particulièrement grave pour les olives de table, où l'on détecte les cochenilles grâce aux tâches vertes sur les fruits violets.

À mesure qu'elles se nourrissent, les cochenilles produisent du miellat, une substance collante et sucrée. Ce miellat dégouline sur les fruits et les feuilles, ce qui favorise le développement de fumagine, un dépôt noir qui entrave la photosynthèse et diminue ainsi le rendement. Lors d'infestations sévères, les feuilles peuvent présenter des signes de flétrissement et tomber de façon prématurée. Les pousses peuvent se dessécher et les fruits montrer des déformations. De manière générale, l'arbre montre une certaine absence de vigueur et le rendement et la qualité peuvent s'en trouver affectés. Les infestations sur les feuilles et les rameaux peuvent provoquer le flétrissement des plantes et réduire leur zone de photosynthèse, diminuant ainsi le rendement. Les dégâts sur les fruits se produisent en cas d’infestation massive, lorsque les tâches sur les fruits et souvent leur difformité affectent leur valeur marchande.

Feuilles de laurier-rose infestées par Aspidiotus nerii

Propagation

La propagation des cochenilles sur de larges distances est causée principalement par du matériel végétal infecté. Localement, les nymphes (jeunes stades) sont très actives et mobiles, migrant d'arbre en arbre lorsque ceux-ci sont en contact par des branches adjacentes. La température et l'humidité ont un effet notable sur leur cycle de vie.

Les Cochenilles Farineuses du Lierre Grimpant

Le lierre grimpant (Hedera helix), pourtant si résistant, peut être la cible des cochenilles farineuses, des parasites suceurs de sève qui peuvent sérieusement nuire à votre plante. Ces insectes, recouverts d'une cire poudreuse, sont un fléau courant pour les plantes d'intérieur, et le lierre n'y échappe pas.

Identification et Morphologie

Les cochenilles farineuses sont de petits insectes au corps mou, souvent difficiles à repérer au premier coup d'œil en raison de leur revêtement cireux blanc et poudreux. Sur le Lierre grimpant, elles adorent se loger à l'aisselle des feuilles, le long des nervures au revers du feuillage et à la base des jeunes pousses.

Bien que toutes les cochenilles farineuses aient un aspect similaire, quelques espèces sont particulièrement fréquentes sur nos plantes en pot. La Cochenille farineuse des agrumes (Planococcus citri) est l'une des plus communes. Malgré son nom, elle ne se limite pas aux agrumes et s'attaque volontiers au lierre. Une autre espèce, la Cochenille farineuse à longue queue (Pseudococcus longispinus), se distingue par de longues excroissances cireuses à l'arrière du corps.

Cycle de Vie des Cochenilles Farineuses

Les jeunes stades, appelés larves, sont très mobiles et peuvent facilement se déplacer vers d'autres parties de la plante ou vers des plantes voisines. Les femelles adultes, une fois fixées, pondent des œufs dans des masses cotonneuses, perpétuant ainsi le cycle de l'infestation. Le cycle de vie de la Cochenille farineuse à longue queue est particulier, les femelles donnant naissance à des larves vivantes plutôt qu'en pondant des œufs.

Symptômes et Dégâts des Cochenilles Farineuses

En se nourrissant, les cochenilles farineuses piquent les tissus de la plante pour en extraire la sève. Cela affaiblit considérablement votre lierre. Vous pourrez alors observer un jaunissement des feuilles, un ralentissement de la croissance et parfois un flétrissement. Un autre signe révélateur est la présence de miellat, une substance collante et sucrée excrétée par les parasites. La présence de miellat collant et d'un dépôt noir de fumagine est un indice très fort. Une infestation sévère et non traitée peut conduire à la mort de la plante. En prélevant la sève en continu, les cochenilles l'affaiblissent profondément, la rendant vulnérable aux maladies et incapable de se nourrir correctement. Une action rapide est donc primordiale.

Cochenilles : comment éliminer naturellement et se débarrasser facilement de ces insectes.

Autres Espèces de Cochenilles Notables

Le monde des cochenilles est vaste et diverses espèces peuvent causer des problèmes aux végétaux.

Epidiaspis leperii : La Cochenille Rouge du Poirier

Cette cochenille est appelée la cochenille rouge du poirier, mais son terrain de jeu s'étend aussi aux pêchers, pommiers, pruniers et noyers.

Aonidiella aurantii : Le Pou de Californie

Surnommé le pou de Californie, cette cochenille à bouclier s’attaque en priorité aux agrumes, et aux cocotiers. Les agrumes les plus sensibles sont le citronnier, le pomelo et l'oranger. Il est crucial de passer à l’inspection vos agrumes, car en cas de forte infestation, ils peuvent mourir.

Lutte Contre les Cochenilles : Prévention et Traitement

Face aux cochenilles, qu'il s'agisse d'Aspidiotus nerii ou des cochenilles farineuses, des mesures préventives et des traitements ciblés sont essentiels pour protéger les plantes. Identifier précisément l'espèce n'est pas crucial pour le jardinier amateur, car les méthodes de lutte restent globalement les mêmes.

Mesures Préventives

La meilleure prévention est la vigilance.

  • Inspection régulière : Inspectez régulièrement vos plantes, surtout lors de l'arrosage. Examinez votre plante chaque semaine. Cherchez les amas blancs et cotonneux caractéristiques, surtout aux articulations des tiges et sous les feuilles.
  • Isolement : Dès que l'infestation est repérée, isolez immédiatement votre Lierre grimpant pour protéger les autres plantes.
  • Espacement et élagage : Plantez les arbres en maintenant un espace approprié entre eux. Élaguer les arbres de façon à éviter le contact entre les branches de différents arbres.
  • Éviter les excès d'engrais azoté : Évitez les excès d'engrais azoté qui produisent une croissance tendre et plus attractive pour les parasites.
  • Contrôle du matériel végétal : Contrôlez attentivement la présence de cochenilles dans tous les matériaux importés. Évitez le transport de matériel potentiellement infesté.
  • Atmosphère : Évitez les atmosphères trop confinées et chaudes.
  • Insecticides à large spectre : Évitez l'utilisation d'insecticides à large spectre qui peuvent avoir un impact sur les insectes utiles.
  • Pièges contre les fourmis : Placez des pièges ou des obstacles afin d'attraper ou d'entraver les fourmis qui aident les cochenilles en protégeant les pucerons et les cochenilles en échange de leur miellat.

Tableau récapitulatif des méthodes de prévention

Contrôle Biologique

Les ennemis naturels de A. nerii incluent les guêpes parasitoïdes Aphytus melinus et Aphytis chilensis, ainsi que les prédateurs coccinellides Chilocorus bipustulatus, Rhyzobius lophantae et Chilocorus kuwanae. Ce dernier est le plus efficace pour contrôler la cochenille dans des endroits ensoleillés sujets aux infestations à grande échelle.

Traitements Non Chimiques

Face aux cochenilles farineuses, les méthodes naturelles sont souvent suffisantes, surtout si l'infestation est prise à temps.

  • Retrait manuel : Commencez par retirer manuellement le maximum de parasites à l'aide d'un coton-tige imbibé d'alcool à 70° ou d'un petit pinceau. L'application locale d'alcool à 70° avec un coton-tige est très efficace pour les petits foyers. L'alcool dissout la couche cireuse protectrice des insectes et les tue au contact.
  • Douche vigoureuse : Pour les attaques plus importantes, une douche vigoureuse à l'eau tiède sous le feuillage peut déloger une bonne partie des insectes.
  • Huile de neem : L'huile de neem, un insecticide naturel, est un excellent choix. Diluée dans de l'eau avec un peu de savon noir, elle agit comme un répulsif et perturbe le cycle de vie des cochenilles.
  • Savon noir insecticide : Le savon noir insecticide, qui asphyxie les insectes, est une autre option douce. Un mélange d'eau, de savon noir liquide et d'une cuillère à café d'huile végétale (comme l'huile de colza) peut être vaporisé sur l'ensemble de la plante. Les pesticides organiques à persistance courte à base d'huiles végétales, d'acides gras ou de pyréthrines naturelles peuvent également être utilisés. Des applications fréquentes peuvent être nécessaires et l'envers des feuilles en particulier doit être traité.

Contrôle Chimique

Les insecticides chimiques de synthèse (à base de pyréthrinoïdes ou d'acétamipride, par exemple) doivent être considérés comme un dernier recours, en cas d'infestation massive et rebelle. Ils sont efficaces mais peuvent impacter les insectes bénéfiques et l'environnement.

Envisagez toujours une approche combinant des mesures préventives à des traitements biologiques, s'il en existe. Des sprays de contact contenant les ingrédients actifs deltaméthrine, lambda-cyhalothrine ou cyperméthrine peuvent apporter un certain contrôle lorsqu'ils sont soigneusement appliqués sur l'envers des feuilles. L'insecticide systémique acétamipride est absorbé dans les tissus des plants puis ingéré par les cochenilles lorsqu'elles se nourrissent.

Si vous devez y avoir recours, choisissez un produit spécifiquement indiqué contre les cochenilles, suivez scrupuleusement les doses et traitez la plante à l'extérieur si possible. Il n'existe pas de produits homologués spécifiquement pour toutes les cochenilles. Envisagez de vous débarrasser des arbres lourdement infectés et de les remplacer si l'infestation est trop sévère et irréversible.

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