L’Art et la Science de la Mycologie en Forêt de Crécy : Entre Tradition, Prudence et Innovation

La forêt domaniale de Crécy, joyau naturel de la Picardie, est bien plus qu’un simple espace boisé. C’est un écosystème complexe où la biodiversité mycologique occupe une place centrale. Alors que la saison des champignons est lancée en forêt de Crécy, l’intérêt pour la cueillette ne cesse de croître. Cependant, cette pratique, bien que fascinante, soulève des enjeux cruciaux allant de la sécurité sanitaire à la préservation des ressources naturelles, sans oublier l’émergence d’initiatives locales innovantes.

Vue panoramique de la forêt domaniale de Crécy en automne

La fascination pour la cueillette et le défi de l’identification

Pour beaucoup, la forêt est un terrain de jeu où l’on cherche des « trésors » cachés. Notre ami pêcheur est aussi un grand chercheur (et trouveur) de champignons. Il nous a fait parvenir des photos de ses découvertes. Que de trésors provenant de nos forêts, d’emplacements jalousement gardés. Toutefois, cette pratique suscite des débats. « Oui mais, vous n’en laissez pas beaucoup pour les autres. Pour le coup, on peut comprendre la réaction du visiteur. » Cette tension illustre la popularité grandissante de la chasse aux champignons, une activité de plus en plus prisée qui nécessite pourtant une expertise rigoureuse.

La reconnaissance doit se faire avec toutes les parties du champignon, dont les racines. Le spécialiste montre par l’exemple que les applications mobiles se trompent. Il est impératif d’aborder la mycologie avec humilité. Alain Diruit, mycologue averti, pense toutes les connaître par cœur. Pour améliorer leur recensement, il identifie chaque espèce rencontrée à chacune des sorties qu’il organise. À la fin des séances qu’il organise, il demande ainsi à tous les participants de répartir les champignons trouvés sur une table. Cette étape est cruciale : le danger de pouvoir passer d’une bonne poêlée à la mort titille aussi peut-être notre curiosité.

Ces 5 champignons sont MORTELS !

Prudence et bonnes pratiques en milieu naturel

La forêt n’est pas un supermarché. « Je fais gaffe avec les champignons, ce sont les végétaux qui concentrent le mieux les polluants et la radioactivité. » Cette crainte, bien que parfois teintée d’humour - « je ne comprends pas, comment tu as de la radioactivité dans ton champignon ? Moi, je n’en tire rien du champignon, pas le moindre son. Il faut dire que je n’ai pas trouvé l’endroit où mettre les piles » - souligne une réalité environnementale. Il est donc nécessaire de respecter des règles strictes pour garantir la sécurité et la pérennité du milieu.

Le mycologue propose trois conseils essentiels :

  1. Ne pas utiliser de sacs plastiques : Cela peut faire pourrir le champignon plus vite et le rendre immangeable. Il est donc conseillé d’utiliser un panier en osier et de ne pas trop le remplir.
  2. Limiter la quantité : En effet, les cueillettes excessives peuvent menacer des espèces même courantes. Pour une quantité cueillie au-delà de 10 litres, ou dans le cas d’une revente, cela relève d’un délit puni par le tribunal compétent.
  3. Respecter la sécurité : Pour des raisons de sécurité, il est également rappelé de ne pas pénétrer dans les zones de chasse ou dans les parcelles en cours de travaux ou d’exploitation forestière.

Dès lors pour lui, l’important en allant aux champignons n’est pas de remplir le panier, mais bien d’apprendre à connaître ces êtres vivants dont « nous respirons les spores à chaque inspiration ».

Schéma illustrant les parties d'un champignon pour une identification correcte

Vers une myciculture locale : L’aventure Champi’Crécy

Parallèlement à la cueillette sauvage, une nouvelle dynamique voit le jour dans la région. Du champ à l’assiette, Thomas Gouesbier et Thibault Dutote cultivent en caves et font transformer deux variétés de champignons en tartinables, sauces, pâtés et, bientôt, soupes et plats préparés. Fondateurs de Champi’Crécy, ces deux natifs de la Picardie maritime partagent une vision commune : « Nous aimons les champignons pour leurs qualités gustatives et nutritives. Les voir pousser, nous trouvons cela fascinant. Ils sont aussi très agréables à travailler ».

Leur installation, située à Crécy-en-Ponthieu, tire parti de caves offrant environ 100 m² de surface de production. Ils se concentrent sur deux variétés : la pleurote, qui donne des grappes blanches, et le shiitaké, champignon parfumé d’origine japonaise au pied cylindrique et au chapeau plat et plus évasé que celui de Paris. « Il est très riche en antioxydants », précisent les deux associés. Grâce à la maîtrise des paramètres tels que l’hygrométrie, le taux de CO2 et la température, ils assurent une production constante, indépendante des aléas de la forêt.

Installation de culture de champignons en cave

De la transformation à la valorisation territoriale

L’innovation chez Champi’Crécy ne s’arrête pas à la culture. Les deux associés ont pour le moment mis au point treize recettes à base de champignons : neuf tartinables, deux sauces et deux pâtés. Cette approche permet de valoriser le champignon sous toutes ses formes, tout en assurant une traçabilité exemplaire. « L’accueil est très bon de la part de nos revendeurs. Ils sont satisfaits des recettes, du packaging et de notre aventure. Cela plaît de savoir que nous assurons toute la chaîne, du champ à l’assiette ».

Ce projet illustre parfaitement la transition entre la tradition de la cueillette et le besoin de consommation responsable. Alors que certains préfèrent s’adonner au plaisir de la recherche en forêt, d’autres choisissent de soutenir une production locale structurée. Ces deux mondes coexistent en forêt de Crécy, offrant aux passionnés comme aux gourmets des perspectives riches et variées, tout en rappelant la nécessité de respecter scrupuleusement les règles sanitaires et environnementales lors de toute sortie mycologique.

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