L'art de la terre : Cueillette et glanage en Île-de-France

La relation entre les habitants de la région parisienne et la terre connaît un regain d'intérêt manifeste. Entre le désir de renouer avec les cycles naturels et la nécessité de valoriser les ressources agricoles, deux pratiques se distinguent : la cueillette en libre-service et le glanage solidaire. Ces activités, bien que distinctes, partagent une même philosophie : celle d'un accès direct à une alimentation saine, locale et respectueuse des saisons.

Champs de fruits et légumes en Île-de-France

La cueillette en libre-service : Une immersion dans le terroir francilien

À seulement quelques dizaines de minutes de la capitale, de vastes domaines agricoles ouvrent leurs portes aux citadins en quête d'authenticité. Ces lieux, souvent membres du réseau « Chapeau de paille », fondent leur activité sur les principes de l'agriculture raisonnée.

Située à 30 minutes de Paris, attenante à la commune de Cergy, la Cueillette de Cergy vous accueille depuis 1976 sur 40 hectares de productions maraîchères, horticoles et arboricoles. Venez au rythme des saisons afin de découvrir les nombreuses variétés de fraises, de framboises, de groseilles, de cassis, de pommes, de prunes, de tomates, d'aubergines, de courgettes, de pommes de terre, de haricots et bien plus encore. Vous pourrez également composer de magnifiques bouquets de tulipes, de glaïeuls, de dahlias, de roses ou de fleurs sauvages.

À proximité de Domont et de L'Isle-Adam, la Cueillette de la Croix-Verte invite les amoureux de la nature à venir cueillir et ramasser fruits, légumes et fleurs depuis 1981. Près de 40 produits sont proposés dans les 54 hectares de champs, ainsi qu'un large choix de variétés cultivées en plein champ par cette famille de maraîchers.

Dans l’Essonne, la cueillette de Torfou s'étend sur 20 hectares au sein du site classé de la vallée de la Juine. C’est en 1996 qu’Antoine Poupinel a ouvert sa cueillette sur des terres où son grand-père et son père cultivaient autrefois le blé. Généralement de fin avril à mi-novembre, vous découvrirez plus de 60 variétés de fruits et de légumes sélectionnées pour leurs qualités gustatives et cultivées dans le respect d’une agriculture durable.

Cueillette de fruits frais dans un champ

La cueillette de Gally, située à 20 minutes de Paris et attenante au parc du château de Versailles, vous ouvre ses champs depuis 1983. Ses 60 hectares de productions maraîchères, horticoles et arboricoles proposent un large éventail de variétés sélectionnées pour leur adéquation avec le terroir. Non loin, la Ferme de Viltain, près de Jouy-en-Josas et Saclay, est une valeur sûre depuis 1954. La cueillette ouvre ses portes d'avril à octobre, tandis que la traite des vaches et la visite des veaux dans leur étable sont ouvertes aux familles. Enfin, en Seine-et-Marne, la cueillette de la Grange à Coubert s'étend sur 35 hectares, offrant plus de cinquante variétés à portée de main, avec des outils de récolte mis à disposition à l'entrée.

Le glanage : Une tradition millénaire au service de la solidarité

Si la cueillette est un loisir, le glanage, lui, s'inscrit dans une tradition historique de partage et de lutte contre le gaspillage. Cette pratique, immortalisée par Jean-François Millet dans son célèbre tableau Des glaneuses, est un droit qui autorise, entre le lever et le coucher du soleil, le ramassage des fruits et légumes laissés dans les champs après la récolte, sans utiliser d'outils mécanisés.

La jurisprudence rappelle que ces pratiques ne sont pas assimilées à du vol et que le droit de propriété s’efface ainsi devant l’urgence d’accéder à une alimentation saine, variée et de proximité. Aujourd'hui, cette coutume est remise au goût du jour à travers le glanage solidaire, porté par des organisations comme Solaal.

Ils glanent pour survivre : la France du système D

Le glanage solidaire est une solution pour valoriser les produits invendus. Lorsqu’un agriculteur a des invendus, il peut en faire don aux associations d’aide alimentaire. SOLAAL Île-de-France se charge d’organiser la récupération par une association bénéficiaire. Tous les participants sont gagnants : l’agriculteur a donné ses produits, l’association a reçu des fruits et légumes frais, et les glaneurs ont découvert le monde agricole.

Hervé Delacour, agriculteur retraité à Gouzangrez, incarne parfaitement cette dynamique. « Le glanage ne peut intervenir que lorsque la machine est passée et que la récolte est terminée », précise-t-il. Lors d'une récente opération, des bénévoles des Restos du Cœur et de l’Entraide protestante ont récolté des haricots beurre sur une parcelle, illustrant la devise « De l’urgence à l’insertion ».

La nature urbaine : Le jardin comme garde-manger

Au-delà des champs, la pratique du glanage s'invite jusque dans les parcs urbains, comme au parc de Belleville à Paris. Là où vous voyez une rue ou un parc, certains voient aussi un garde-manger. Des personnes y prélèvent des fruits ou des plantes comme le lierre pour confectionner de la lessive ou de l’ail des ours pour agrémenter leurs plats.

Parc urbain et biodiversité comestible

Les responsables de jardins municipaux, tout en soulignant qu'il existe de « bons » et de « mauvais » glaneurs - ceux qui prélèvent avec respect et ceux qui endommagent les plantations - revendiquent souvent une mission d'éducation populaire. « Cela vaut toujours le coup de faire connaître aux gens les bienfaits des plantes », affirment-ils. Le parc devient alors le centre d'un cercle vertueux où, grâce aux noyaux laissés par les visiteurs, de nouveaux arbres fruitiers voient le jour, favorisant ainsi la biodiversité locale tout en offrant une ressource nourricière aux habitants et à la faune aviaire.

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