
L'alimentation est au cœur de nos vies, et la qualité des fruits et légumes que nous consommons a un impact direct sur notre santé. Cependant, la présence de pesticides dans les produits non biologiques est une préoccupation croissante, soulevant des questions essentielles pour le bien-être des générations actuelles et futures. Des organisations comme Générations Futures s'attellent à éclairer cette problématique en s'appuyant sur des données officielles pour alerter les consommateurs et les pouvoirs publics.
Une Radiographie de la Contamination : Le Rapport de Générations Futures
L'association Générations Futures a publié un rapport détaillé sur la présence de pesticides dans les fruits et légumes non bio. Ce rapport, daté du 21 février 2018 par WECF France, se fonde sur les données de la DGCCRF (Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes). Il offre une idée précise des fruits et légumes non bio les plus contaminés, fournissant ainsi une mise à jour utile au quotidien concernant notre alimentation. La publication de cette étude intervenait à quelques jours du Salon de l'Agriculture et peu après les États Généraux de l'Alimentation, qui visaient à refonder le modèle agricole français, avec un axe fort sur les contaminations chimiques de l'alimentation. La mission de Générations Futures est limpide : « Protéger les générations futures des pesticides ». Pour que cette protection soit effective, il est primordial que les générations actuelles soient pleinement informées.
Méthodologie et Périmètre de l'Étude
La démarche et la méthode du rapport de Générations Futures reposent sur une synthèse de données françaises issues de la DGCCRF. Il est important de noter que si des données sur la contamination des fruits et légumes par des pesticides existent, elles proviennent souvent des États-Unis et ne s’appliquent pas directement au marché français ou européen. L’ONG a donc utilisé les chiffres des plans de surveillance menés entre 2012 et 2016. Afin d'assurer la représentativité des échantillons, l’étude a retenu les fruits et légumes analysés au minimum dans 4 des 5 années en question. Des produits tels que l’ail, l’échalote, le fenouil et le chou de Bruxelles ont été écartés, chacun représentant moins de 30 échantillons analysés, un seuil jugé non représentatif par la DGCCRF. Au total, 19 fruits et 33 légumes sont ciblés par ce rapport. À titre d'exemple, pour un légume comme le brocoli, 121 échantillons ont été analysés sur la période 2012-2016. Le rapport présente deux types de données : les taux de contamination des fruits et légumes concernés d’une part, et les dépassements des LMR (limites maximales de résidus - seuils réglementaires autorisés de résidus de pesticides) d’autre part.
Les Fruits et Légumes les Plus Affectés
Le rapport de Générations Futures met en lumière des taux de contamination significatifs dans de nombreux fruits et légumes. L'analyse des données offre une vision claire des produits pour lesquels la présence de pesticides est la plus fréquente.
Les Fruits les Plus Contaminés
Pour les fruits, certains se distinguent par un taux de résidus de pesticides particulièrement élevé :
- Le raisin : avec 89% d’échantillons contenant des résidus de pesticides mesurés. Le raisin est le 7ème fruit le plus consommé par les Français. Le premier producteur européen est l’Italie (60% de la production), suivie de l’Espagne et la Grèce. La France est en 5ème position, et la production est concentrée en PACA. Sur 5 ans, en moyenne 2,6% des échantillons dépassent les LMR.
- Les clémentines et mandarines : avec 88,4% d’échantillons contenant des résidus de pesticides mesurés. C’est le 4ème fruit le plus consommé en France. La principale région productrice est la Corse. Sur 5 ans, 3,7% des échantillons dépassent les LMR.
- Les cerises : avec 87,7% d’échantillons contenant des résidus de pesticides mesurés. 6,6% des échantillons dépassent les LMR.
- Suivent les pamplemousses/pomelos avec 85,7 % d’échantillons contenant des résidus, et les fraises avec 83% d’échantillons avec résidus.

À l’inverse, les fruits les moins contaminés sont l’avocat, les kiwis et les prunes, offrant des alternatives potentiellement moins exposées aux pesticides pour les consommateurs.
Les Légumes les Plus Contaminés
Du côté des légumes, les résultats sont également édifiants :
- Les céleris branches : ils contiennent le plus de pesticides avec 84,6% des échantillons concernés. Il est à noter que la consommation par ménage est très faible en France, avec 400 g/personne par an. 16% des échantillons sont par ailleurs au-dessus des LMR.
- Les herbes fraîches : elles arrivent ensuite, avec 74,5% des échantillons concernés. Cette catégorie exclut le persil, la ciboulette et le basilic, qui sont analysés à part par la DGCCRF.
- Les endives : elles se classent en 3ème position, avec 72,7% d’échantillons contenant des résidus de pesticides mesurés. L’endive est le 6ème légume le plus consommé en France, et la France est le 1er producteur d’endives dans l’UE, devant l’Italie et les Pays-Bas.
- Les légumes suivants contenant le plus de pesticides sont : les céleris raves, les laitues, les poivrons et les pommes de terre. Un Français consomme en moyenne 4 kg de laitue par an, quant aux pommes de terre, les chiffres ne sont pas fournis.
En bas de la liste, parmi les légumes les moins contaminés se trouvent le maïs, les asperges, les ignames et les betteraves, ainsi que le topinambour, les graines de lin, le chou-fleur, le litchi, la courge, la noix et l'oignon.

L'Effet Cocktail : Une Préoccupation Majeure
Le rapport de Générations Futures souligne un aspect crucial et préoccupant : la présence de multirésidus. Un nombre important de fruits et légumes contiennent plusieurs résidus de pesticides. En 2016, plus de 32% des échantillons examinés contenaient 2 résidus ou plus, un échantillon allant même jusqu’à 19 résidus différents. Cet effet « cocktail » est particulièrement important, notamment dans le cadre des perturbateurs endocriniens où les expositions, même à de faibles doses de plusieurs substances, peuvent avoir des effets.
Selon des analyses réalisées par les autorités françaises en 2020 et 2021 sur plus de 5 000 aliments, la nourriture consommée en France est contaminée par au moins 183 types de résidus de pesticides. La présence de ces substances actives est globalement stable depuis une quinzaine d’années en France et en Europe, selon les données de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa). Dans son dernier rapport, en 2023, celle-ci révèle que 42 % des denrées alimentaires vendues dans l’Union européenne contiennent au moins un résidu de pesticide.
Laurence Payrastre, directrice de recherche à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae) et spécialiste des liens entre pesticides et santé, affirme que « depuis les années 2000, nous avons à peu près toujours la même proportion de fruits et légumes dans lesquels on va trouver des résidus de pesticides, et ce, dans des quantités réglementaires, c’est-à-dire ne dépassant pas les valeurs toxicologiques de référence (VTR) ». Cependant, elle redoute les dangers croissants et encore peu documentés de l’exposition à des cocktails de pesticides. Si la proportion globale d’aliments contaminés a peu évolué en 20 ans, le nombre d’échantillons contenant plusieurs substances actives a doublé. Aujourd’hui, 1 échantillon sur 4 est concerné, annonce l’association Générations futures.
Effet Cocktail : les lacunes de l'évaluation des pesticides par Santé Canada
« Dans un fruit ou un légume, il peut y avoir plusieurs pesticides. Par ailleurs, on consomme plusieurs fruits et légumes par jour, indique Laurence Payrastre. Est-on bien protégé avec les VTR actuelles, alors que ces valeurs sont établies substance par substance ? Notre équipe, Toxalim, essaie de répondre à cette question. » L'Efsa analyse chaque année des milliers d’échantillons prélevés sur des produits de consommation courante. Ses chiffres sont utilisés par les associations et les scientifiques pour leurs études.
Une Présence Généralisée et des Conséquences Potentielles
Le rapport met en évidence une présence généralisée de pesticides dans des fruits et légumes non bio : on peut noter que l’ensemble des fruits et légumes examinés contiennent des résidus de pesticides. Peu de produits semblent dépasser les LMR, ce qui signifie qu'ils respectent la réglementation. Toutefois, cela ne veut pas dire qu’ils sont pour autant inoffensifs, notamment en cas de consommation répétée. La présence de pesticides est détectée dans l’ensemble des fruits et légumes issus de l’agriculture conventionnelle.
Un exemple frappant est celui de l'acétamipride, un puissant pesticide néonicotinoïde, interdit en France depuis 2020. Malgré le maintien in extremis de son interdiction pour les agriculteurs français - après que le Conseil constitutionnel a partiellement censuré le texte contesté -, ce pesticide « tueur d’abeilles » est encore présent dans de nombreux produits alimentaires importés, tels que les pêches et les noisettes. Et c’est loin d’être la seule substance potentiellement problématique pour la santé humaine à finir dans nos assiettes.
Agir au Quotidien : Choix Individuels et Levées Politiques
Face à cette réalité, des réflexes alimentaires peuvent aider à limiter les risques à l’échelle individuelle. Toutefois, les leviers d’action restent avant tout politiques, car l’action individuelle n’a qu’une portée limitée.
Les Stratégies Alimentaires Individuelles
La consommation d’aliments issus de l’agriculture biologique reste le moyen le plus efficace de réduire l’exposition des consommatrices et consommateurs aux pesticides. Générations Futures encourage la transparence qui permettrait au consommateur de savoir quels sont les traitements subis par les fruits et légumes qu’il achète. L’alimentation biologique est une alternative à privilégier lors des courses.
Laurence Payrastre insiste : « Si vous n’avez pas les moyens d’acheter du bio, préférez quand même manger des fruits et légumes à des aliments gras, salés ou sucrés, ou des produits ultra-transformés. » En effet, même si l’on retrouve surtout des pesticides dans les fruits et les légumes non transformés, « il ne faut pas éloigner les gens d’une alimentation riche en végétaux », plaide-t-elle. Dans ce cas, le lavage et l’épluchage permettent de réduire efficacement les niveaux des pesticides de contact.
Une autre solution est de sélectionner les produits en fonction de leur risque d’être contaminés. Par exemple, tous les céleris non bio testés contiennent au moins un résidu de pesticides, avec une fréquence de contamination de 100 %. Parmi les produits les plus exposés, on retrouve aussi la cerise, le chou de Bruxelles, la pêche ou encore le pamplemousse. Pour ces produits, il est préférable de privilégier le bio. À l’inverse, le topinambour, les graines de lin, le chou-fleur et la betterave sont rarement concernés par la présence de résidus de pesticides.
Il est également judicieux de se pencher sur la liste des produits non transformés et transformés avec plusieurs résidus différents, afin de se prémunir de l’effet cocktail. Selon le dernier rapport de l’Efsa, les produits non transformés avec le plus de résidus multiples sont les poivrons, les oranges, les fraises, les mandarines, les poires et les cerises. Pour les produits transformés, il s’agit des raisins secs, du vin rouge et de la farine de blé. Là encore, le bio est à privilégier.

L'Urgence d'une Action Politique
« Si l’on mange moins de pesticides, on a moins de risques de développer des pathologies », souligne Laurence Payrastre. Pour éviter que les consommateurs portent seuls la charge mentale de leur alimentation, et parce que l’action individuelle n’a qu’une portée limitée, une action au niveau politique est nécessaire. « Cela fait assez longtemps que les scientifiques s’accordent à montrer que les pesticides sont des produits délétères pour la santé, chez le professionnel comme chez le consommateur », ajoute la spécialiste.
La récente condamnation de l’État français par la Cour administrative d’appel de Paris, début septembre, qui a ordonné à la France de revoir ses procédures d’autorisation de mise sur le marché des pesticides, est une bonne nouvelle sur le front judiciaire. Cependant, elle doit être complétée par un travail à long terme avec les agriculteurs pour les accompagner vers une réduction des pesticides. C’est ce que font déjà des collectivités locales comme Eau du Grand Lyon. Toute initiative visant à mettre un frein à l’usage des pesticides devrait être saluée, encouragée et relayée.
Le but réel de ces enquêtes, comme celle de Générations Futures, est de déclencher une action publique d’envergure pour répondre à ces chiffres édifiants. Pourvu qu’il soit atteint, et rapidement.
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