Le jardinage urbain est bien plus qu'une simple activité de loisir ; c'est un vecteur de lien social, de biodiversité et de transition écologique. À Besançon, cette dynamique prend une ampleur particulière, portée par des structures associatives solides et une volonté municipale de repenser les espaces végétalisés. Cet article explore les rouages du jardinage associatif bisontin, son organisation, ses défis et les initiatives citoyennes qui transforment le paysage urbain.

Structure et organisation de l'association AJVFBE
Créée en juin 1986, l’association AJVFBE (Association des Jardins Verts et Familiaux de Besançon et Environs) est devenue un acteur incontournable du paysage local. En 2025, l'association compte 500 adhérents, témoignant d'un engouement croissant pour le retour à la terre en milieu urbain.
Pour gérer cette communauté, une organisation structurée est nécessaire. Les jardiniers sont répartis sur 23 sites sur le secteur de Besançon, un site à Avanne et un à École‑Valentin. Cette répartition géographique permet une proximité essentielle pour les pratiquants. La gouvernance repose sur un Conseil d'administration qui peut compter jusqu'à 16 membres, épaulé par des correspondants dédiés à chaque site, garantissant ainsi une gestion de terrain efficace.
La vie associative est rythmée par six commissions, qui peuvent être créées ou dissoutes selon les besoins du moment. Pour assurer la circulation des informations, le site Internet de l’association (www.ajvfbe.com) est aujourd’hui le principal lien entre les jardiniers des différents sites, complété par un blog riche en articles, dossiers et actualités, ainsi que des archives des « infos du jour ».
Le jardinage comme moteur de la transition écologique à Besançon
Besançon doit son honorable statut de première ville verte de France à la forêt de Chailluz. Avec elle, les espaces verts représentent 37% de ses 6505 hectares. Parmi ces 700 hectares, les parcs, squares et jardins en occupent 200, les jardins familiaux 8 et les espaces naturels municipaux 100. Plus importants que les espaces sportifs de plein air (75 ha), ces espaces naturels sont une véritable mine pour la transition écologique et sociale.
Ce mouvement a des précurseurs : un jardinier facétieux avait planté il y a une dizaine d'années un pied de courgette dans un massif floral de la rue des Glacis, entre la gare Viotte et Battant. À Battant, des militants de l'association Tambour-Battant initiaient en même temps des jardins partagés, d'abord à deux pas du Clos Barbizier, puis dans la cour de l'ancienne école maternelle Marulaz. Plus récemment, en février dernier, ce sont des habitants de la rue de Reims, à Planoise, qui ont entrepris de défricher quelques ares entre leur immeuble et l'école maternelle Champagne.

Défis pratiques et gestion des risques au potager
Jardiner ne s'improvise pas, surtout en milieu urbain où les risques environnementaux et sanitaires doivent être pris en compte. Un point crucial est l'identification des ravageurs et des menaces. Beaucoup de personnes ont encore du mal à identifier correctement le frelon asiatique, une espèce invasive qui nécessite vigilance. De même, les tiques, présentes dans les zones végétalisées, peuvent transmettre la maladie de Lyme, imposant une protection adaptée lors des sessions de jardinage.
Le climat bisontin impose également ses contraintes. La sagesse populaire rappelle : « En mai ne te découvre pas d’un fil ! ». Même si les journées sont plus douces, des gelées tardives restent possibles, menaçant les jeunes pousses. Pour les débutants, le guide « Potager, la bible pour débuter » offre un soutien clair et motivant pour se lancer sans stress.
La gestion des parcelles est un cycle continu : des parcelles se libèrent chaque année, offrant des opportunités à ceux qui souhaitent tenter leur chance. L'association encourage également la participation au concours organisé par la Société Nationale d’Horticulture de France, qui met à l’honneur les jardins potagers familiaux, partagés, pédagogiques ou ornementaux.
Vers une charte des espaces végétalisés et partagés
La ville de Besançon cherche à structurer ces initiatives citoyennes via une charte. L'adjointe à l'environnement, Anne Vignot, a réuni une cinquantaine de porteurs de projets pour partager les préoccupations réglementaires de la collectivité. L'objectif est de faire avancer un projet de charte bisontine des « espaces végétalisés et partagés ».
Cependant, ce dialogue entre institution et citoyens soulève des questions. Lors des réunions, des participants comme Vincent Abellanet ont interrogé la « sobriété des moyens » et l'équilibre entre les engagements de la ville et ceux des bénévoles. La ville, gestionnaire des espaces publics, doit concilier réglementation et ouverture à de nouvelles pratiques dans un contexte budgétaire contraint, marqué par une baisse des dotations. Cette transition demande au service des espaces verts, fort de ses 150 employés, de muer progressivement pour accompagner les citoyens jardiniers plutôt que de travailler dans des normes strictes.
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L'impact social et l'abondance partagée
Au-delà de la production maraîchère, le jardinage devient un outil éducatif et social. Catherine Chirac, enseignante, souligne l'impact sur les enfants : « les gamins ont vu les préparatifs du jardin, c'est forcément bien pour eux, ils voient les couleurs, les choses dont on parle, réalisent que ça pousse et qu'il faut en prendre soin ».
Des mouvements comme les « Incroyables comestibles », portés par des militantes comme Audrey Pochon et Stéphanie Blais, défendent une théorie pratique à visée sociale : « l'abondance partagée ». Ces initiatives, qu'elles prennent place dans le quartier des Orchamps ou via la « réappropriation du parc Viotte », témoignent d'une volonté de transformer l'espace public en un lieu de partage. Le jardin partagé de la rue de Reims en est une illustration concrète : un parterre de plantes aromatiques est accessible à tous, tandis que des fleurs attirent les pollinisateurs, créant une barrière naturelle autour du potager.
La question de la pérennité de ces espaces demeure, notamment avec des initiatives plus radicales comme la « ZAC » (Zone à Cultiver) aux Vaites. La signature d'une charte commune sera une étape décisive pour harmoniser ces pratiques citoyennes avec les impératifs de la gestion urbaine bisontine.
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