Les Héros du Gazon : décryptage d'un phénomène télévisuel, de la ferveur belge à l'adaptation française

L'émission "Les Héros du Gazon", initialement diffusée sur la RTBF, a su capter l'attention du public belge en suivant les péripéties d'une équipe de football amatrice au niveau de jeu jugé "cataclysmique". Le concept, qui consiste à faire encadrer ce club par un coach renommé dans le but de le redresser, a généré un engouement significatif, notamment lors de sa première saison. Ce succès a même conduit à l'exportation du format, notamment en France, sous le même titre, cherchant à reproduire la dynamique qui a charmé des milliers de téléspectateurs.

Logo de l'émission Les Héros du Gazon

Origines et concept de l'émission

"Les Héros du Gazon" tire son inspiration de l'émission flamande "Pedaalridders", diffusée en 2012 et 2013 sur Vier. Adapté par la RTBF, le concept a valu à la chaîne d'en devenir copropriétaire. Vendu à l'international sous le nom "Honor of men", le format est attentivement observé par Endemol International, qui en assure déjà la promotion mondiale avec des traductions en anglais. Des marques d'intérêt ont été manifestées par la France, les pays nordiques et l'Espagne, en attente de la conclusion de la série pour se prononcer.

L'émission se situe à la frontière entre le documentaire et la téléréalité, mais la RTBF préfère la qualifier de "documentaire du réel". Jean-Michel Germys, responsable des divertissements, souligne que l'équipe de football existe réellement et présente un niveau objectivement faible. Le seul élément modifié est l'introduction d'un entraîneur extérieur. Le tournage s'efforce de capturer les joueurs "au naturel", sans scénario préétabli ni mise en scène artificielle. Le programme met en avant des "valeurs de service public" telles que le dépassement de soi et l'autodérision, en veillant à couper certaines scènes "dignes de l'époque noire de Strip-Tease" afin d'éviter toute moquerie.

En Belgique, la première saison a suivi le RFC Yvoir B, l'une des "pires équipes de football de Wallonie", qui a eu la chance d'être coachée par l'ancien Diable Rouge Léo Van Der Elst. Ce dernier a superbement endossé ce rôle, guidant les joueurs à bouleverser leur mode de vie et à s'entraîner en vue d'un défi ultime : affronter l'équipe féminine du Royal Sporting Club d'Anderlecht.

Léo Van Der Elst, l'ancien Diable Rouge entraîneur des Héros du Gazon

Performances d'audience en Belgique : un succès contrasté

La première saison des "Héros du Gazon" avait été portée par un bouche-à-oreille favorable, culminant avec un épisode final qui avait attiré près de 400 000 téléspectateurs, soit 24% de parts de marché, terminant en "boulet de canon". Le lancement avait connu un démarrage plus hésitant, avec 182 000 téléspectateurs pour 10% de parts de marché. Cependant, l'audience a rapidement doublé, le deuxième épisode séduisant 320 000 curieux (17,5% de parts de marché), un résultat "plus que satisfaisant pour la RTBF". Le troisième numéro a également maintenu une "excellente performance" avec 311 210 téléspectateurs et 17,1% de parts de marché.

Cependant, la deuxième saison n'a pas rencontré le même engouement général. L'épisode final des "tribulations du FC Pessoux" a été suivi par un peu plus de 233 000 téléspectateurs, représentant 16,4% de parts de marché. Ce score, "sans doute un peu pénalisé par le long week-end du 1er mai", se situe "tout juste dans la moyenne de la saison". Le premier épisode de cette deuxième saison avait pourtant réalisé un bon démarrage, avec 343 000 téléspectateurs.

Graphique des audiences de la saison 2 de

Impact et réactions des joueurs : de l'anonymat à la célébrité locale

Les joueurs d'Yvoir B, pourtant issus de la 4e provinciale, sont devenus de "vraies stars partout dans le pays" en seulement quatre semaines. Leur équipe est passée du statut de "pire équipe de Belgique" à celui de "formation adulée par des milliers de supporters". Lors d'un match de championnat, plus de 600 supporters étaient présents, témoignant de cette nouvelle popularité.

Les joueurs eux-mêmes ont été confrontés à une célébrité inattendue. Dany, le gardien, raconte : "J'ai dû faire des selfies et boire des chopes pendant le match. Un fan a aussi acheté ma vareuse 170 euros". Didier, le défenseur, et Philippe, le joueur-entraîneur, se souviennent avec amusement de scènes inhabituelles : "Attends, moi j'ai vu des gars à poil dans les douches. Ils étaient fous".

Joueurs de football amateur célébrant une victoire

L'expérience du tournage, qui a duré "sept mois et demi", a été vécue avec un mélange d'appréhension et de satisfaction. Philippe confie : "Au début, j'avais un petit peu peur car on n'avait vu que les vingt premières minutes du premier épisode. En connaissant les apôtres de l'équipe, je pouvais m'attendre à tout mais j'ai vite été rassuré." Didier, quant à lui, estime que "dans le montage… ils ont été sympas". Cependant, Philippe a exprimé un regret : "Moi, j'ai juste été fâché sur un passage. Une fois, on a joué contre un gars qui faisait plus de deux mètres. Pour déconner, j'ai pris un de nos joueurs sur mes épaules pour qu'il fasse aussi deux mètres mais ils ne l'ont pas mis dans l'émission." Dany pense que la RTBF "prépare un best-of avec toutes les meilleures images de Philippe. Ça pourrait durer 365 jours !"

Concernant la question de la scénarisation, les joueurs affirment qu'il n'y a "rien de scénarisé", même si "ils ont amené quelques idées, comme cette balade sur un char où on a bu quelques bacs de bière". Dany précise que "le repas avec les mitraillettes était un petit plus scénarisé quand même". Didier modère : "C'est un grand mot ça. C'était le premier jour de tournage et on nous avait demandé d'être au club à 10 h 45 alors que le match était programmé à 15 h. Au début, on voulait manger des pâtes mais Philippe préférait les frites-fricadelles et vu que c'était plus simple à cuire dans une buvette, on a rapidement tranché…". Dany ajoute : "On ne l'avait jamais fait avant mais il fallait bien manger…", et Philippe conclut : "On est quand même des footballeurs hein, on avait besoin d'énergie !"

La notoriété a eu un impact concret sur leur quotidien. Didier l'a réalisé "dimanche dernier, quand 600 personnes étaient là pour nous voir jouer alors qu'il faisait dégueulasse dehors". Philippe raconte une anecdote révélatrice : "Ce matin, j'ai conduit ma fille chez les sœurs. J'avais à peine garé ma voiture que des gens sortaient pour me voir. J'en ai quand même engueulé deux qui n'étaient pas très sympas mais ils ont eu de la chance que j'étais dans mon bon jour." Les enfants des joueurs ont également ressenti l'impact de la célébrité de leurs parents. Didier mentionne : "Mes enfants me disent qu'on ne parle que de ça à l'école." Dany témoigne de la difficulté à mener une vie normale : "Dès qu'on sort dans la rue, on est reconnu. C'est devenu difficile d'aller faire mes courses, je dois faire des photos toutes les dix secondes." Philippe se souvient : "Une fois, j'ai crevé un pneu sur l'autoroute et un gars a couru vers moi pour changer ma roue et faire une photo."

L'émission a même dépassé les frontières belges, les joueurs ayant été vus dans "Touche pas à mon poste" en France. Didier l'a appris par un fan sur les réseaux sociaux, notant : "On voit Philippe qui dit plein de conneries." Philippe rétorque : "Je ne dis pas des conneries, je vous crie dessus." Didier insiste : "Ouais mais tu dis que tu as bu de l'eau la veille alors que tu avais encore picolé ! De toute façon, tu peux tout te permettre. L'autre jour, on a marqué un but et le public ne l'a même pas vu parce que tu étais en train de danser avec le poteau de corner !" Philippe avoue : "Je n'avais même pas vu qu'on avait marqué…". Le rêve de Dany serait de "passer à Téléfoot !"

DÉSOLÉ POUR CE FOU RIRE ! (Les Héros du Gazon Saison 2) #3

L'envers du décor : alcool, transformation personnelle et fin de l'aventure

La consommation d'alcool a été un sujet récurrent dans l'émission, souvent présentée comme une des raisons des difficultés sportives de l'équipe, malgré les efforts de Léo Van Der Elst. Cependant, des changements sont intervenus. Dany explique : "Moi, j'ai réduit ma consommation de bière. Avant, je pouvais encaisser quarante chopes sur une même soirée, mais maintenant j'essaye de m'arrêter à vingt". Philippe, quant à lui, a cessé toute consommation d'alcool après un accident de voiture : "J'ai tout arrêté il y a deux mois. Pourquoi ? Parce que je me suis endormi au volant de ma voiture et j'ai chopé une autre voiture. Ça m'a servi de déclic car je n'ai pas mille euros à mettre par mois pour réparer ma voiture". Il ajoute : "Je n'ai pas changé mes habitudes pendant l'émission vu que j'avais déjà perdu 56 kilos après une opération. Allez, j'ai peut-être bu un verre d'eau pendant les mois de tournage."

Le changement le plus significatif est peut-être celui de Didier. Le défenseur semble transformé : "Je n'ai pas peur de dire que les Héros du gazon ont changé ma vie. Lors de notre passage à l'ULB, j'étais gêné de me mettre torse nu devant les caméras. Depuis lors, je prends beaucoup de plaisir à courir et, en tout, j'ai perdu 24 kilos !" Dany, avec son humour habituel, intervient : "Si Philippe met une ceinture de bières, je veux bien lui courir après !"

Malgré la ferveur, les joueurs sont conscients du caractère éphémère de leur célébrité. "Tout ça est éphémère. J'espère que tout le monde n'a pas pris la grosse tête. Pendant l'émission, j'étais Dany Pêcheur et je ne vais pas changer de nom après", affirme Dany. Philippe ajoute, taquin : "Heureusement, t'as vu ce que ça te coûterait de changer !" Didier regrette que "certains joueurs n'ont pas encore compris que tout ça aura une fin. J'ai entendu qu'un joueur prétendait avoir reçu une multitude de propositions et s'était inventé une vie. C'est dommage car il faut rester soi-même…".

Le dernier épisode de la série promet une rencontre très attendue face à la section féminine d'Anderlecht. Les fans tentent d'obtenir le résultat, mais les joueurs sont tenus au secret. Didier explique : "Tous les joueurs et spectateurs présents lors de ce duel face au Sporting ont été obligés de signer un contrat avec Endemol. Si la société de production apprend que quelqu'un a lâché le morceau, elle peut lui réclamer 5 000 euros !" Philippe lui répond : "T'as bien fait de ne rien dire au gars qui t'a proposé les 300 euros alors !" Didier ajoute que le groupe de supporters La Mauve Army a lancé des paris sur le résultat, avec "trois mille euros à gagner", et que "plusieurs personnes connaissent déjà le score. Certains parlent un petit peu trop, surtout quand ils ont bu un verre de trop…". Le seul regret des stars d'Yvoir B est de ne pas avoir affronté les filles d'Anderlecht "maintenant". Dany imagine : "Si cela avait été le cas, je suis certain qu'on aurait pu remplir le stade Constant Vanden Stock. Imagine aussi que le match soit retransmis en direct, on battrait tous les scores d'audience".

Fêtes, déceptions et actions caritatives

Les joueurs prévoient de célébrer les vingt ans d'une boîte de nuit. Didier explique : "Les organisateurs nous ont offert le carré VIP. On aura droit à huit ou neuf bouteilles d'alcool et ceux qui veulent de la bière auront des tickets à volonté". Philippe, perplexe, réagit : "T'es certain qu'on va pouvoir boire gratuitement ? À mon avis, ils ne nous connaissent pas bien, on va les ruiner !"

La mise en avant de l'équipe d'Yvoir B n'a pas été sans friction avec les autres équipes de la 4e provinciale. Didier reconnaît que "les premiers tournages ont été pénibles. Nos adversaires en savaient très peu sur l'émission et on en prenait plein la gueule". Des incidents ont eu lieu : "On était devenu des bêtes de foire. Les supporters nous balançaient de la bière pendant les matches", poursuit-il. Philippe l'interrompt : "Vous les preniez en pleine figure mais moi, ils me les offraient !" Cependant, la situation n'était pas toujours amusante. Dany raconte : "Un joueur adverse lui a shooté dans le mollet parce qu'il passait à la télévision." Philippe assure : "Mais je ne me suis pas laissé faire, il a valsé pendant le match."

Outre les adversaires, les arbitres et le Comité provincial ont également exprimé leur désapprobation. Dany se souvient que "pendant le tournage, le CP a dit que nous étions des guignols qui allaient ridiculiser le football namurois. Mais je pense qu'ils ont changé d'avis aujourd'hui". Philippe ajoute : "Une fois, un arbitre se moquait de notre poire depuis chez lui… alors qu'il allait nous siffler une heure plus tard".

Malgré ces aspects négatifs, les "Héros du Gazon" ont également mené des actions positives. Lors de leur dernier match de championnat, ils sont parvenus à collecter "un peu plus de 3 000 euros pour l'association Viva for Life". Ils ne comptent pas s'arrêter là. Didier explique qu'ils organiseront "le 19 décembre, plusieurs matches de mini-foot à Loncin". Quatre matches de "vingt ou vingt-cinq minutes" sont prévus, et pour y participer, "chaque joueur devra payer 125 euros". Philippe, incrédule, s'interroge : "T'es sérieux ?" Didier précise : "Ça nous permettra de récolter 1 250 euros pour cette association, avant même le début du tournoi. Sébastien Bruzzese essayera de venir mais quoi qu'il arrive, il mettra une de ses vareuses aux enchères. Jonathan Legear pourrait passer avec deux ou trois équipiers. Léo Van Der Elst m'a dit qu'il ferait tout pour être présent également." L'objectif est de "collecter 10 000 euros pour Viva for Life". Les fans devraient être ravis : "L'idée, c'est que Philippe fasse du Philippe. Il est aussi prévu que Dany boive des chopes pendant le match." Dany, semblant le découvrir, demande : "Et je serai obligé de les boire ?" Didier confirme : "Ben oui."

L'adaptation française : un nouveau chapitre pour "Les Héros du Gazon"

Le succès du format belge a conduit à une adaptation française, suscitant un vif enthousiasme. L'émission, qualifiée de "meilleure émission télévisée de l’histoire", fait son "grand retour" avec cette nouvelle version. Pour l'adaptation française, le rôle de coach sera tenu par Pascal Dupraz, qui entraînera "Fontenay-le-Vicomte, la pire équipe d’Île-de-France". La bande-annonce a suscité l'impatience de voir le coach à l'œuvre.

L'association sportive de Fontenay-le-Vicomte, forte de plus de quarante ans d'existence, est "reconnue comme l'une des moins performantes de la région", avec deux équipes : les Vétérans (35 à 45 ans) et la CDM (Championnat du Dimanche Matin, 18 à 35 ans). La saison 2023-2024 s'est avérée "particulièrement éprouvante", caractérisée par une "défense défaillante et une attaque maladroite". Avant l'arrivée de Pascal Dupraz, l'équipe présentait un "bilan désastreux de 18 défaites, 1 match nul et 1 victoire", se classant avant-dernière. L'arrivée de Dupraz, "entraîneur de renom", suscite de "grands espoirs". L'objectif est "clair : remporter des victoires pour assurer le maintien, alors qu'il ne reste que cinq matchs de championnat."

Le paysage audiovisuel français : concurrence et succès parallèles

Les audiences télévisuelles françaises montrent un paysage concurrentiel intense. Mardi, TF1 a dominé la soirée avec la suite de la première saison inédite de "SWAT", la série américaine portée par Shermar Moore. Les trois épisodes ont réuni respectivement 4,76 millions, 4,25 millions et 3,37 millions de téléspectateurs, avec des parts de marché sur l'ensemble du public de quatre ans et plus s'élevant à 19,6%, 19,9% et 23,2%. En moyenne, 4,1 millions de personnes ont regardé les trois épisodes (20,9% du public global), une audience en "légère hausse" par rapport à la semaine précédente.

Série américaine

Le lancement d'"Au-delà des apparences" sur France 3 a également rencontré un "joli succès". Les trois épisodes de cette nouvelle série avec Helena Noguerra et Bruno Wolkowitch ont rassemblé 3,46 millions (14,1%), 3,26 millions (14,6%) et 2,78 millions (16,5%) de personnes, un "très bon score" pour la chaîne des régions qui "devance sa grande sœur France 2", elle aussi à un "haut niveau" avec un nouveau numéro du jeu interactif "Tout le monde joue au docteur". Ce programme a attiré 3,08 millions de personnes (14,5%), marquant la "meilleure audience de ce jeu depuis mars 2016".

M6 se positionne au pied du podium avec un numéro inédit de "Patron incognito". L'immersion de Philippe de Selliers, dirigeant de l'entreprise Léonidas, a captivé 2,33 millions de personnes, soit 10,3% de part de marché. La rediffusion d'un ancien numéro a ensuite attiré 1 million de curieux (10% de part d'audience).

Sur la TNT, Arte s'impose comme "net leader" avec sa soirée "Les coulisses de l'histoire". Le documentaire "Hitler, l'art de la défaite" a été regardé par 900 000 amateurs d'Histoire (4,4%), suivi par "Le plan Marshall a sauvé l'Amérique" avec 930 000 personnes (4,1%).

En revanche, sur C8, "La Scoumoune", le nouveau divertissement de Cyril Hanouna, n'a attiré que 637 000 personnes (2,8%), une "petite déception" pour l'animateur habituellement plus suivi. TMC a réuni 570 000 fans de Calogero (2,9%) avec la diffusion en direct de son "Liberté Chérie Tour" à l'Olympia.

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