Les copeaux de bois, souvent considérés comme un simple sous-produit de l'industrie du bois, recèlent en réalité une multitude d'usages insoupçonnés, allant bien au-delà de leur application la plus courante en jardinage. Qu'il s'agisse de paillage, d'isolation, de litière ou même de combustibles, ces fragments de bois offrent des solutions écologiques et économiques pour de nombreux besoins. Cet article explore en détail les diverses utilisations des copeaux de bois, en s'appuyant sur des expériences concrètes et des conseils pratiques.

La valorisation agricole : l'exemple du Gaec du Petit Oriol
Afin de sensibiliser les agriculteurs sur les possibilités d’entretien des haies et de valorisation des copeaux qui peuvent en être issus, la Chambre d’agriculture de l’Isère a organisé une matinée d’échanges et de démonstration à Cornillon-en-Trièves. En effet, le bois peut être utilisé de multiples façons pour répondre à des demandes et à des besoins différents. Dans le cas du Gaec du Petit Oriol, qui a été l’hôte de la matinée, « une parcelle de pins a été rouverte pour servir de pâture », a expliqué Robinson Stieven, conseiller technique à la Chambre d’agriculture de l’Isère. Philippe Gachet, qui broie du pin chez les particuliers pour ensuite le vendre localement comme bois de chauffage, s’est occupé de la parcelle du Gaec. « L’objectif était ensuite d’utiliser le pin en tant que litière pour les vaches allaitantes de l’exploitation », ajoute-t-il. Et afin que rien ne se perde, l’exploitation a fait le choix de valoriser cette litière comme fumier pour les parcelles cultivées.
Le retour d’expérience du Gaec du Petit Oriol démontre le « pouvoir d’absorption des copeaux de bois en tant que litière », selon Jérémy Fanjat, co-dirigeant de l’exploitation, qui constate également que les vaches ne se blessent pas et qu’il n’y a ni boiterie, ni ingestion. Ses copeaux ont été mis en place dans l’étable à la fin du mois de juin après avoir été laissés en tas pour qu’ils s’échauffent pendant deux à trois mois. Ils ont ensuite été retirés à la fin du mois de septembre et retournés comme du fumier pailleux.
L’avantage des copeaux de bois, pour l’agriculteur, est qu’ils ont « un bon taux de matière sèche et se compostent bien », même si la quantité de matière sèche dépend aussi du type de bois utilisé. La finesse du broyage initial est importante car elle permet la bonne dégradation de la matière. Selon Philippe Gachet, il est préférable d’avoir une plaquette de 2 à 3 cm, bien que le calibre soit un compromis à trouver. Pour une utilisation en litière, Robinson Stieven recommande de vérifier la bonne qualité d’absorption des copeaux. « Quand ils font du jus, il faut les remuer. Ils ne chauffent pas, donc cela évite aussi les boiteries liées à la paille qui, elle, chauffe », précise-t-il.
Chimie du sol : acidité et minéraux
Le conseiller explique que le pH remonte entre le moment où une matière première est fournie et où ce dernier devient un produit fini. « Laisser le tas s’échauffer permet aussi de faire remonter ce pH et de le neutraliser. » Un fumier issu de litière constituée à 100 % de plaquettes de noyers, par exemple, atteint un pH de 9, ce qui exclut les risques d’acidification des sols. Des analyses réalisées sur du fumier à destination de génisses et constitué à 80 % de plaquettes de haies et à 20 % de paille montrent un pH atteignant presque 9. Les plaquettes fraîches de pin atteignent quant à elles un pH de 5.
En ce qui concerne les minéraux, des teneurs intéressantes peuvent être observées, notamment en azote. Il ressort de tests que le fumier en mélange et composté est celui qui contient le plus d’azote et qu’il est donc celui qui est le plus assimilable par le sol. Il est en revanche moins adapté aux prairies, à moins d’être utilisé sur le long terme, et il convient de le mélanger au sol. Les analyses de l’acidité et de la contenance en minéraux ont été réalisées pour faciliter le choix des copeaux de bois pour les agriculteurs souhaitant épandre leur litière. En termes de granulométrie et de compostage, plus le tas est sec, plus il dure dans le temps. Il ne faut en effet pas que le tas colle, c’est pourquoi il est recommandé de l’émietter avant épandage.

Le paillage : une technique fondamentale pour un jardin sain
L'utilisation la plus répandue des copeaux de bois dans le domaine du jardinage est sans doute le paillage, également appelé mulching. Cette technique ancestrale, qui consiste à recouvrir le sol de matériaux organiques ou minéraux, présente de nombreux avantages indéniables. La terre nue, état qui n'existe pas dans la nature, est constamment soumise aux aléas climatiques. Le paillage offre une protection essentielle, nourrissant et préservant le sol.
Les avantages du paillage sont nombreux et touchent à plusieurs aspects cruciaux de la santé du jardin :
- Limiter les arrosages : Sur un sol nu, l'évaporation de l'eau est considérablement plus importante. Le paillage, en agissant comme une barrière, retient l'humidité du sol, réduisant ainsi le besoin d'arrosage et permettant des économies d'eau substantielles. Les copeaux de bois, grâce à leur structure fibreuse, absorbent et conservent l'eau, créant un microclimat humide à la surface du sol.
- Éviter le désherbage chimique : En bloquant la lumière, le paillage empêche la germination et le développement des plantes adventices, communément appelées "mauvaises herbes". Cela réduit considérablement la nécessité d'utiliser des herbicides chimiques, préservant ainsi l'environnement et la santé du sol.
- Prévenir le phénomène de battance : Le paillage protège le sol des impacts de la pluie, évitant ainsi le tassement de la terre, particulièrement sur les sols argileux. Cela prévient la formation d'une croûte imperméable en surface qui entraverait l'infiltration de l'eau.
- Améliorer la structure du sol : Les paillis organiques, tels que les copeaux de bois, se décomposent avec le temps pour former de l'humus. Ce processus enrichit le sol en matière organique, améliorant sa structure et augmentant sa fertilité globale.
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Spécificités du Bois Raméal Fragmenté (BRF)
Le BRF, ou Bois Raméal Fragmenté, désigne spécifiquement les jeunes rameaux encore vivants, issus principalement de feuillus, dont le diamètre est inférieur à 7 cm. Ces rameaux portent encore des feuilles ou des bourgeons vivants. Contrairement aux copeaux classiques, le BRF est parfois sujet à débat concernant son impact sur la "faim d'azote" du sol. Si certains affirment qu'un BRF frais ne crée pas ce phénomène, d'autres maraîchers rapportent le contraire. Il est important de noter que l’utilisation excessive ou l’incorporation profonde de copeaux de bois, y compris le BRF, peut entraîner une immobilisation temporaire de l’azote dans le sol, affectant potentiellement la croissance des plantes, surtout au début du printemps.
Il convient de noter que si les copeaux de bois frais peuvent être utilisés immédiatement, il peut être utile de les laisser vieillir pendant quelques mois avant de les appliquer, en particulier à proximité de plantes sensibles. Ce processus de vieillissement permet aux copeaux de commencer à se décomposer, ce qui les rend plus efficaces pour retenir l'humidité et moins susceptibles de concurrencer les plantes pour l'azote.
Usages diversifiés : des aires de jeux à l'isolation
Les copeaux de bois se distinguent par une grande polyvalence. En dehors de l'agriculture et du jardinage, ils trouvent des applications étonnantes :
- Toilettes sèches : Dans une démarche écologique et économique, les copeaux de bois sont largement utilisés dans les toilettes sèches. Ils permettent de couvrir les excréments, de limiter les odeurs et de faciliter le compostage ultérieur.
- Combustible pour le chauffage : Dans certains cas, les copeaux de bois bien secs peuvent être utilisés comme combustible dans des inserts ou des poêles adaptés. Il est cependant impératif de respecter des consignes de sécurité strictes, notamment en s'assurant qu'il reste des flammes pour éviter l'accumulation de gaz potentiellement dangereux.
- Isolation et construction : Les copeaux de bois peuvent également servir de matériau d'isolation pour les planchers. Une expérience a été menée avec succès en remplaçant la paille par des copeaux dans un mélange terre/chaux/sciure pour des applications en maçonnerie, offrant une solution facile à travailler et potentiellement isolante.
- Aires de jeux : Les copeaux de bois constituent un matériau de rembourrage naturel et efficace pour les aires et structures de jeux, offrant une absorption des chocs qui réduit le risque de blessure en cas de chute. Il est important d'utiliser des copeaux de bois de qualité "aire de jeux", qui sont spécialement traités pour minimiser les bords tranchants et les échardes.

Prévention du gel et régulation thermique
Le bois en copeaux est de plus en plus utilisé dans l’agriculture comme une méthode naturelle et durable pour prévenir le gel. Son efficacité repose sur ses propriétés isolantes et sa capacité à retenir l’humidité. Tout d’abord, il permet de maintenir la chaleur du sol en isolant les végétaux du froid extérieur. De plus, il conserve l’humidité nécessaire aux racines des plantes, ce qui est essentiel pour leur croissance et leur développement. En limitant l’évaporation de l’eau dans le sol, le bois en copeaux favorise également l’économie d’eau. Il existe différentes techniques d’utilisation du bois en copeaux pour protéger contre le gel. On peut l’utiliser en couche protectrice autour des végétaux, ou encore en fabriquant des buttes de copeaux pour une protection renforcée.
Gestion des surplus et choix des matériaux
Face à une production parfois importante de copeaux de bois, plusieurs options s'offrent pour leur gestion :
- Don : Les copeaux peuvent être donnés à des centres équestres, à des particuliers ou échangés contre d'autres produits.
- Déchetterie : Lorsque les autres options ne sont pas viables, la déchetterie reste une solution pour l'élimination des copeaux.
- Valorisation locale : Récupérer les copeaux auprès de scieries locales peut être une solution pour ceux qui n'en produisent pas en quantité suffisante pour leurs besoins.
Le marché propose une large gamme de matériaux de paillage, chacun avec ses caractéristiques. Les copeaux issus de châtaignier, chêne ou frêne présentent une longévité remarquable, tandis que les copeaux de bois blanc (bouleau, tremble, peuplier) offrent une durée de vie plus courte. Le douglas apporte une teinte brun-rouge distinctive. Le choix du paillis dépendra des végétaux à protéger, de la durée de protection recherchée, de la région, des contraintes météorologiques, de la topographie et de la nature du terrain.
Il est conseillé de désherber le sol avant l'application, car le paillage empêche la pousse des adventices mais n'éradique pas celles déjà présentes. Il est également important de ne pas recouvrir le collet des plantes pour éviter le pourrissement. La gestion durable des haies et la transformation en copeaux pour la litière des déchets produits permet donc une valorisation intéressante du bois, d'autant plus que les coûts sont attractifs, en particulier dans un contexte de prix forts pratiqués pour la paille à destination des litières.