
L'histoire de l'humanité est profondément liée à son rapport à la nourriture, et l'évolution de nos modes d'acquisition alimentaire, de la cueillette à la culture, représente une transformation majeure. Pendant la fin de la dernière glaciation, le Proche-Orient était une steppe froide et sèche. Puis, il y a 15 000 ans avant notre ère, un réchauffement climatique a favorisé l'apparition de céréales sauvages et d'arbres à fruits comestibles. Cette abondance a d'abord encouragé la sédentarisation des populations. Cependant, une période froide, entre 11 000 et 10 300 avant notre ère, a vu ces plantes se raréfier, rendant la cueillette insuffisante pour subvenir aux besoins alimentaires de nos ancêtres. C'est dans ce contexte que la culture des céréales sauvages, notamment le blé engrain, a émergé comme une solution pour assurer la subsistance.
La domestication, un changement génétique se manifestant par une transformation morphologique, est au cœur de cette révolution. Au début de l'agriculture, les plantes cultivées étaient sauvages. Par le jeu de la sélection due à la moisson, elles sont devenues domestiques. L'étude archéobotanique, par l'analyse de restes végétaux carbonisés sur une quarantaine de sites au Proche-Orient, a permis de reconstituer cette histoire. Les archéologues ont déterminé le genre, l'espèce et la morphologie des plantes anciennes, les datant par la méthode du carbone 14, tout en tenant compte des variations du flux de rayons cosmiques affectant la quantité de carbone 14 atmosphérique.
Les Racines de la Sédentarisation et de la Domestication
Après la dernière glaciation, des pollens conservés dans les sédiments lacustres révèlent l'apparition de céréales et d'arbres à fruits comestibles à haute teneur énergétique au Proche-Orient. Des espèces comme le pistachier sauvage (Pistacia atlantica), l'amandier sauvage (Amygdalus) et les chênes ont progressivement colonisé la région. Avant -12 500 ans, les restes végétaux sur les sites archéologiques montrent que les céréales, les légumineuses et les fruits occupaient déjà une place importante dans l'alimentation. Les plus anciens, des grains de blé amidonnier, d'orge et des lentilles, datent de -19 000 ans.
Entre -12 500 et -9 500 ans, les sites archéologiques, plus nombreux, s'étendent du Nord de l'Iraq au Sud du Levant, et jusqu'en Grèce. Des vestiges de faucilles et de meules, aux côtés de restes végétaux, témoignent de l'exploitation des céréales et légumineuses sauvages issues de la cueillette par les villageois. Ces plantes présentaient un double avantage : leur capacité de conservation, qui a probablement émergé avec la sédentarisation, assurant une alimentation toute l'année et libérant des contraintes de la cueillette quotidienne. De plus, elles étaient faciles à récolter. Les expériences de Jack Harlan, à l'Université de l'Illinois, ont démontré qu'une personne sans outillage spécialisé pouvait cueillir suffisamment de grains en deux semaines pour nourrir une famille de quatre personnes pendant un an. Ofer Bar-Yosef, de l'Université Harvard, suggère que la sédentarisation a favorisé une augmentation démographique, réduisant l'intervalle entre les grossesses chez les populations nomades installées dans des habitations permanentes.
Une période d'assèchement global du climat, entre -11 000 et -9 800 ans, a rendu les villages plus rares. Cependant, selon le palynologue Styze Bottema, de l'Université de Groningen, cet assèchement aurait été moins prononcé au Proche-Orient. Les analyses de charbons de bois et de restes de fruits de plusieurs sites archéologiques indiquent que les forêts ont résisté. L'assèchement modéré au Proche-Orient n'aurait donc pas été le déclencheur unique de l'agriculture, contrairement à ce qui était pensé auparavant comme un palliatif à la pénurie de céréales sauvages.

L'Émergence et la Généralisation de l'Agriculture
À partir de -9 500 ans, les villages se sont multipliés et agrandis, et les restes végétaux, retrouvés en quantités importantes, révèlent une diversité accrue d'espèces. Des fouilles récentes en Anatolie ont montré que des céréales y étaient exploitées. Les proportions de blé engrain, de blé amidonnier et d'orge variaient d'un site à l'autre, ces espèces étant d'autant plus abondantes qu'elles étaient mieux adaptées aux conditions locales de climat, d'humidité et de composition des sols. Le blé engrain et le blé amidonnier, par exemple, poussent sur des sols riches, le blé amidonnier nécessitant plus d'humidité que l'engrain, tandis que l'orge s'accommode des sols pauvres.
L'absence de traces de formes domestiques sur la plupart des sites antérieurs à 8 000 ans avant notre ère avait conduit les archéologues à penser que nos ancêtres se contentaient de cueillir les céréales sauvages sans les cultiver. Cependant, la durée réelle de la domestication, à partir des premières pratiques agricoles, restait incertaine. Des expériences menées en plantant de l'engrain sauvage cueilli à Karaca Dag, en Anatolie de l'Est, ont montré que les proportions de grains perdus varient entre 5 et 60 % selon le stade de maturité et les méthodes de récolte. Ces grains, peu adaptés à l'agriculture, germent l'année suivante, ralentissant le processus de domestication.
La présence de mauvaises herbes comme l'avoine, la centaurée, le gaillet, les coquelicots, les silènes et les vesces, accompagnant les céréales sauvages dans les restes végétaux datant de -9 500 à -8 000 ans, indique que les villageois travaillaient la terre. Certaines de ces mauvaises herbes, telles l'avoine et les vesces, ont même été domestiquées plus tard pour leurs graines et leur fourrage vert.
La transformation morphologique la plus précoce dans le passage d'une forme sauvage à une forme domestique est le renforcement de la « couche d'abscission », qui maintient les grains solidaires du rachis (l'axe central de l'épi). Chez les formes sauvages, cette couche se détache à maturité, laissant une surface de rupture lisse. Chez les formes domestiques, elle se déchire durant le battage, laissant une surface rugueuse, et les formes les plus évoluées ont une couche d'abscission incassable. Les grains de céréale de forme domestique les plus anciens, du seigle d'Abu Hureyra en Syrie, datent de -10 700 ans, analysés par Gordon Hillman, de l'Institut d'archéologie de Londres.
Vers -8 000 ans, ces formes domestiques apparaissent simultanément en Anatolie et dans le Levant, puis un peu plus tard dans le Nord de l'Iraq et l'Ouest de l'Iran. Entre -8 000 et -7 000 ans, les proportions de céréales continuent de varier selon les sites, mais moins qu'auparavant, suggérant une domestication indépendante en plusieurs endroits. Willem van Zeist suppose que le blé amidonnier sauvage a été progressivement remplacé par une forme domestique à Çayönü en Anatolie, l'orge à Aswad et dans la région du Zagros, et le blé engrain dans la région du Moyen Euphrate. Cependant, vers -7 800 ans, le blé amidonnier et deux espèces domestiques, le blé nu et l'orge à six rangs, ont été introduits par les échanges entre populations dans le Moyen Euphrate et en Jordanie, où ils n'existaient pas auparavant.
Une équipe de l'Institut Max Planck, à Tübingen, a comparé les séquences d'ADN de 338 lignées actuelles de blé engrain. Dix-neuf lignées originaires de la région de Karaca Dag, dans le Sud-Est de l'Anatolie, se distinguent des autres formes sauvages du Proche-Orient. Parmi elles, onze lignées sont très proches du blé engrain domestique, suggérant une domestication de cette céréale dans le Sud-Est de l'Anatolie. Cette conclusion, bien que controversée quant à l'abondance passée du blé engrain sauvage, concorde avec les indices archéobotaniques.
L'agriculture aurait remplacé la cueillette lorsque les villageois du Proche-Orient auraient involontairement répandu des grains près des aires de battage, qui auraient germé spontanément l'année suivante. La cueillette intensive, accompagnant la sédentarisation, aurait raréfié les céréales sauvages. Le travail de la terre, minimal au début, est ensuite devenu plus systématique, mais les plantes cultivées sont restées morphologiquement sauvages pendant plus d'un millénaire. La domestication ne semble s'être généralisée qu'à partir de l'agrandissement des villages, vers -8 000 ans. Avec l'augmentation de la population, la dépendance à l'agriculture a crû, et celle-ci a été améliorée. La pression sélective due à l'agriculture a alors favorisé les céréales domestiques et augmenté les rendements.
POURQUOI LA DOMESTICATION DES PLANTES ET ANIMAUX | (03) | Elevage | Domestication| Agriculture |
L'apparition de l'agriculture dans plusieurs régions du Proche-Orient semble être la convergence de trois conditions : la richesse des ressources végétales naturelles, qui a entraîné la sédentarisation ; la présence de plusieurs plantes pouvant être stockées ; et leur exploitation par la cueillette, qui a familiarisé nos ancêtres avec elles. En favorisant une augmentation démographique continue et une évolution vers des sociétés de plus en plus complexes, l'agriculture est devenue le « carburant » des civilisations orientales, puis occidentales, se propageant progressivement vers l'Ouest de l'Anatolie, puis l'Europe.
La Cueillette Aujourd'hui : Entre Loisir et Consommation Locale
La cueillette se pratique toujours, tant dans la nature que dans les cultures. Cependant, la cueillette en culture, ou « récolte », est aujourd'hui principalement mécanisée et industrialisée, tandis que la cueillette sauvage a peu évolué depuis la Préhistoire. Actuellement, la cueillette sauvage est surtout un loisir populaire dans les pays industrialisés. Dans les forêts, les champs, et même en milieu urbain, certaines plantes peuvent être ramassées et consommées directement. La cueillette de loisir répond en partie au désir de se reconnecter à la nature et de retrouver les saveurs du terroir. Elle exige expérience et connaissance des techniques et outils adaptés aux plantes à cueillir. Pour préserver la biodiversité, des réglementations strictes encadrent les espèces récoltées, les quantités, les zones et les périodes de cueillette.
La cueillette des cultures, appelée « récolte », est une tâche essentielle pour le jardinier amateur et tout producteur, lorsque les fruits et légumes atteignent leur maturité. Si les machines et outils mécanisés sont réservés aux productions agricoles industrielles, la cueillette se pratique encore majoritairement à mains nues. L'intérêt pour le « régal végétal : plantes sauvages comestibles » de François Couplan, « L'appel du sauvage : refaire le monde dans les bois » de Sergio Dalla Bernardina, le « Complete guide to Edible wild Plants, Mushrooms, Fruits and Nuts ; How to find, identify and cook them » de Katie Letcher Lyle, ou encore « Les Plantes comestibles: cueillette-culture-cuisine: guide pratique » de Didier Magnan, témoigne de cet engouement persistant.
En France, soutenir les agriculteurs et consommer local est une tendance forte, expliquant en partie le grand retour de la cueillette en plein champ. C'est un moyen ludique et économique de consommer des légumes directement du champ à l'assiette. La technique est primordiale pour choisir les produits les plus appétissants. Chez certains producteurs, les clients ramassent eux-mêmes les fruits et légumes, comme les fraises qui ne finissent pas en supermarché. Cela élimine les intermédiaires et garantit une fraîcheur incomparable. Les clients apprécient la liberté de choisir les produits, qu'ils soient gros, petits, mûrs ou moins mûrs, pour tous les légumes.
Cette approche présente des avantages économiques significatifs : les prix sont souvent 30 % moins chers qu'en supermarché, comme les 8,20 euros le kilo de fraises bio ou les 2,50 euros le bouquet d’artichauts. Pour les producteurs, l'absence de main-d'œuvre de cueillette réduit les coûts de gestion des surfaces, de frais généraux et de carburant, bien que cela implique une logistique différente. Cependant, lorsque des centaines de clients se transforment en maraîchers en herbe, une certaine pédagogie est nécessaire concernant l'usage des sécateurs, la délicatesse et les précautions à prendre sur les plants, notamment les fraisiers.
Les Avantages Modernes de la Culture : Sans Labour et Associations Culturales
L'agriculture moderne cherche continuellement à améliorer ses pratiques, et deux approches se distinguent par leurs nombreux avantages : le travail du sol sans labour et l'association de cultures.
Le Travail du Sol Sans Labour : Pour une Agriculture Durable
Le travail du sol sans labour est une technique culturale simplifiée qui vise à réduire ou à supprimer le travail du sol, en utilisant des outils moins agressifs comme le strip-till, le semis direct ou le semis sous couvert. Il s'oppose au travail du sol conventionnel, qui modifie la structure et la composition du sol avec des outils mécaniques comme la charrue. L'objectif du labour conventionnel est de préparer le lit de semence, d'enfouir les résidus de culture et les fertilisants, et de maîtriser les adventices. Mais quelles sont les conséquences de ces techniques sur les rendements, les coûts et le sol ?
Une comparaison sur dix ans entre un agriculteur qui laboure son sol et un autre qui ne laboure pas montre des différences significatives. L'agriculteur qui laboure obtient en moyenne 210 quintaux/ha de maïs, tandis que l'agriculteur sans labour en obtient 187 quintaux/ha. Cependant, les coûts de production sont nettement plus élevés pour l'agriculteur qui laboure. Ce dernier applique 170 kg/ha d'azote pour sa culture de maïs, contre seulement 120 kg/ha pour l'agriculteur sans labour (et parfois moins certaines années). L'agriculteur qui laboure utilise donc 41 % plus d'azote pour seulement 12 % de rendement supplémentaire en maïs.
Concernant le travail du sol, l'agriculteur sans labour a beaucoup moins à faire, ce qui entraîne une baisse significative des coûts de carburant, de main-d'œuvre et d'usure du matériel. Après la récolte à l'automne, il sème un quintal/ha de seigle comme culture de couverture et son travail du sol est terminé pour l'année. Au printemps suivant, il détruit la culture de couverture et sème sa culture principale. En revanche, l'agriculteur qui laboure a plus de travail. Après la récolte, il fait appel à la coopérative pour épandre ses engrais phosphore et potassium (avant le maïs), puis il les incorpore avec un labour. Plus tard à l'automne, il applique de l'ammoniac anhydre (avant le maïs). Le système sans labour réduit les coûts de production de 33 % par rapport au système avec labour, malgré un rendement légèrement inférieur.

Pour évaluer les impacts sur le sol, une expérience simple a été réalisée : deux échantillons de sol, provenant de parcelles des deux agriculteurs ayant le même type de sol et une rotation maïs-fèves depuis plus de 20 ans, ont été prélevés. Le sol labouré chaque année s'effrite et se dissout rapidement dans l'eau, tandis que le sol non labouré reste compact et intact. Le travail du sol, notamment le labour, détruit la structure du sol, c'est-à-dire l'agencement des particules de sol (argile, sable, limon) et des espaces vides (pores) essentiels au stockage et à la circulation de l'air, de l'eau et des nutriments. Le sol non labouré conserve une structure plus naturelle, avec des pores de différentes tailles créés par les racines des plantes et les vers de terre. Il contient plus de matière organique et de micro-organismes qui produisent des colles biologiques.
Ces différences de structure ont des conséquences importantes pour la fertilité et la durabilité du sol. Le sol labouré est plus sensible au ruissellement et à l'érosion, entraînant une perte de sol et de nutriments. Il est également plus vulnérable à la compaction, au tassement et à la battance, réduisant la porosité et l'infiltration de l'eau. Le sol non labouré, au contraire, est plus apte à retenir et à restituer l'eau et les nutriments, favorisant la croissance des plantes et la biodiversité du sol. Il est également plus stable et résilient face aux aléas climatiques.
Les deux systèmes de culture ont des impacts différents. Le labour facilite le semis, enfouit les résidus de culture et les adventices, et rompt le cycle de certaines maladies. Il peut aussi permettre des rendements plus élevés dans des conditions spécifiques, comme les sols froids ou humides. Le système sans labour réduit les coûts de production, préserve la qualité et la santé du sol, et limite l'impact environnemental. Il peut également améliorer la résilience des cultures face aux aléas climatiques. Il n'existe pas de système idéal, le choix dépend du contexte et des objectifs de chaque agriculteur. Le labour peut optimiser les rendements à court terme, mais peut nuire à la qualité et à la durabilité du sol à long terme. Le sans labour est souvent considéré comme plus respectueux de l'environnement et plus rentable.
L'Association de Culture : Une Synergie pour la Productivité
Avant l'ère de la chimie, les agriculteurs exploitaient les associations de culture pour leurs bénéfices agronomiques. Après la Seconde Guerre mondiale, la mécanisation et l'intensification ont favorisé la monoculture, mais cette méthode montre ses limites face aux crises écologiques et économiques actuelles. L'association de culture est une pratique recommandée en agriculture de conservation des sols (ACS), consistant à associer différentes variétés ou espèces de plantes, choisies selon leur période de développement et leur mode de fonctionnement.
Il existe diverses manières d'associer les cultures :
- Association de variétés : Cultiver plusieurs variétés d'une même espèce sur la même parcelle. Les dates de semis et de récolte sont communes. Cela permet de bénéficier de la complémentarité des résistances et avantages de chaque variété, évitant les contaminations (effet barrière), comme l'association de plusieurs variétés de blé. Cela peut aussi lutter contre certains ravageurs en jouant sur la précocité d'une variété.
- Associations à double récolte : Cultures semées et récoltées simultanément. Le mélange de grains peut être trié après la moisson ou valorisé tel quel, par exemple en ensilage ou en production de foin pour la polyculture élevage.
- Associations temporaires : Une culture principale associée temporairement à une culture secondaire. La secondaire sert de couvert végétal avant le semis de la principale et apporte ensuite une fonction agronomique. Par exemple, les légumineuses, comme la féverole, fertilisent le sol en fixant l'azote. Certains couverts peuvent avoir un effet allélopathique, empêchant la croissance de certaines adventices.
- Couvert permanent : Maintenir une couverture permanente du sol, un principe de l'ACS, pour préserver la fertilité et la structure du sol. Cela est possible grâce aux Techniques Culturales Simplifiées (TCS). Ces couverts sont souvent des associations d'espèces intéressantes, semées en semis direct ou sous couvert. Exemples : couverts CIPAN en céréales, bandes enherbées ou fleuries en vigne ou arboriculture.
- Associations entre une culture annuelle et une culture pérenne (agroforesterie) : Associer arbres et cultures est une pratique ancienne et de plus en plus populaire. Les arbres créent un microclimat protecteur, augmentent les interactions avec les auxiliaires et peuvent accroître les rendements. Les hautains, associations d'arbres et de vignes, en sont un exemple historique.
- Association d'une culture annuelle avec une plante auxiliaire : Les plantes auxiliaires ne sont pas destinées à être récoltées mais à aider le développement de la culture annuelle. Par exemple, des haies dans les parcelles de céréales protègent des ravageurs et attirent les auxiliaires.
Pourquoi Réaliser des Associations de Culture ?
Les associations de cultures offrent de nombreux avantages agronomiques et économiques :
Avantages agronomiques : des interactions variées entre plantes
- Diminution des apports de produits phytosanitaires : En favorisant les défenses naturelles des plantes.
- Diminution des passages au champ et du temps de travail : Grâce à des systèmes plus résilients.
- Favoriser le développement biologique de la plante : En enrichissant l'écosystème du sol.
Les plantes associées peuvent être classées selon leurs fonctions :
- Plantes compagnes : Favorisent la croissance de la culture principale en lui apportant des éléments nutritifs (légumineuses fixant l'azote) ou de la matière organique, réduisant l'utilisation d'intrants.
- Plantes "amies" : Coexistent sans concurrence, utiles pour un couvert permanent.
- Plantes protectrices : Rendent la plante cible moins accessible (couverture efficace du sol, concurrence avec les adventices), évitent la verse, servent de leurre (moutarde blanche attire les ravageurs) ou camouflent la cible par leur odeur (effet push-pull).
- Plantes inhibitrices (allélopathie) : Limitent le développement d'adventices ou de ravageurs spécialisés en sécrétant des substances inhibitrices (légumineuses et substances nématicides) ou par leurs caractéristiques physiques (alliacées produisant du soufre contre les contaminations fongiques).
Les associations de cultures créent également un milieu particulier :
- Microclimat et protection du sol : Un couvert réduit l'érosion et le ruissellement, favorise l'infiltration et la rétention d'eau. Un sol couvert crée un microclimat sain, riche en matière organique, attirant la faune auxiliaire (carabes, araignées) qui aide à lutter contre les ravageurs. Cela permet des passages au champ moins fréquents, un IFT plus faible et une diminution du travail du sol.
Avantages économiques des cultures associées :
- SEA (Surface Équivalente de l'Association) et productivité : Le SEA (ou LER, Land Equivalent Ratio) évalue l'efficacité d'une association. Si le résultat est supérieur à 1, l'association est plus productive que les cultures pures séparées. Par exemple, un mélange orge-pois peut être plus productif qu'un hectare d'orge pure pour la même production.
- Charge et marge directe : Diminution de la consommation d'intrants et de la fréquence des passages au champ. Une association de culture bien pensée réduit les achats de produits de synthèse et la consommation de carburant. Les périodes de travaux sont plus étalées, libérant du temps pour les opérations organisationnelles et administratives.
- Diversification et filière : Les couverts végétaux peuvent être valorisés (méthanisation, ensilage) et générer une source de revenu supplémentaire après avoir apporté des avantages agronomiques. Les associations s'intègrent aux rotations de culture, permettant de construire un assolement selon les principes de l'agroécologie.
Les Inconvénients Possibles de l'Association de Culture
Malgré ses avantages, l'association de cultures peut présenter des inconvénients :
- Risque de concurrence : Perte inévitable de rendement individuel entre les cultures.
- Matériel adapté : Un mélange de semis nécessite un semoir adapté aux différentes tailles et formes des graines, comme un semoir à disques ou à dents en semis direct.
- Tri après moisson : Un mélange de récolte peut demander un tri, ce qui prend du temps.
- Conception complexe : Réussir une association efficace exige une construction minutieuse du mélange de variétés ou d'espèces pour répondre aux problématiques agricoles spécifiques.
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Mettre en Place une Association de Culture
Plusieurs méthodes existent pour associer les cultures : mélanger les espèces, les associer en rangs, en bandes alternées. La période de semis peut aussi varier, certaines cultures étant semées simultanément, d'autres à des périodes différentes. Le choix des variétés ou espèces associées doit être guidé par les fonctions agronomiques recherchées et les débouchés commerciaux régionaux pour une valorisation facilitée. Pour des associations avec des cultures pérennes, une réflexion à l'échelle de l'exploitation est nécessaire, pouvant impliquer une refonte complète du système à long terme, où l'appui de spécialistes est indispensable. Il n'existe pas d'association universellement adaptée, chaque parcelle étant un cas particulier. Des exemples historiques comme le milpa (maïs, courges, légumineuses) au Mexique illustrent l'efficacité de ces pratiques.