L'installation de colonies d'abeilles au sein ou à proximité immédiate d'une exploitation maraîchère représente bien plus qu'une simple cohabitation. C'est une stratégie agronomique visant à optimiser la productivité végétale tout en favorisant la biodiversité. Alors que les apiculteurs recherchent activement de nouveaux sites pour leurs ruches, la période hivernale s'avère propice pour ces réflexions. Et si vous en accueilliez sur votre exploitation ? Dans cette question se cachent plusieurs autres : les abeilles auront-elles suffisamment de ressources sur l’année pour assurer la bonne santé des colonies ? Quelles miellées et récoltes pourront les apiculteurs faire ? Jusqu’à quelle distance de l’exploitation apicole chercher des emplacements pour ses ruches ? N’y-a-t-il pas déjà trop de ruches dans les environs ?

Les fondements de la pollinisation en maraîchage
La production de légumes et de fruits dépend en grande partie de la pollinisation. La pollinisation est le transfert de pollen d’une fleur à une autre, aboutissant à la fécondation des fleurs. Elle se produit lorsque les grains de pollen sont transférés de l’étamine (partie mâle de la fleur) à l’ovaire (partie femelle de la fleur). Elle peut être faite par le vent, les insectes ou d’autres animaux, ou même par l’homme. La pollinisation permet la fécondation et la production des graines et des fruits. Elle est primordiale pour le jardinier, car sans pollinisation, il n’y a pas de fécondation, donc pas de fruits ou de semences.
Il y a beaucoup d’insectes qui contribuent à la pollinisation. Les abeilles bien sûr qu’elles soient domestiques, mais également sauvages (il existe près de 1000 espèces d’abeilles en France). Les guêpes, les coléoptères, les papillons, les bourdons, les syrphes, les diptères, etc. sont aussi des acteurs de la pollinisation. En installant une ruche à proximité de votre potager, vous accroissez le nombre d’abeilles qui vont polliniser vos cultures potagères, votre verger et également votre jardin et tous les jardins environnants. En effet, les abeilles peuvent parcourir jusqu’à 3 km autour de la ruche pour collecter du nectar et du pollen. Vos fleurs auront une fécondation plus importante, ce qui conduira à une augmentation de votre production.
L'impact économique et agronomique sur les rendements
Le rôle des abeilles est resté longtemps méconnu, mais il est néanmoins prédominant sur la production agricole. En effet, ce sont elles qui pollinisent les plantes et leur permettent de se reproduire et d’évoluer. Sans les abeilles, de nombreuses espèces végétales disparaîtraient de nos assiettes, comme les citrons, les oranges, les amandes, les pommes, les courgettes, et bien d’autres encore. Leur contribution au PIB des États-Unis est estimée à environ 15 milliards de dollars. Les pollinisateurs en tant que facteur de rendement ne sont pas pris en compte dans l’approche moderne de l’agronomie qui reste sur le triptyque « climat - sol - plante ».
Le producteur d’une AMAP (Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne) m’avait partagé que sa production (bio) avait augmenté de 30 % depuis qu’il avait installé des ruches à proximité de ses cultures. En toute sincérité, il y a également beaucoup d’autres facteurs qui peuvent expliquer une telle hausse de production. Concernant la production de nourriture qui dépend de l’action des pollinisateurs, on estime qu’un tiers de la production dépend d’eux. Ils permettent également aux plantes qu’ils pollinisent de produire des fruits plus beaux, plus volumineux, plus homogènes, et même plus savoureux. D’après le site pollinis.org : « En terme pondéral, 35 % de la production mondiale de nourriture résulte de la production de cultures dépendant des pollinisateurs. »
C’est quoi, la pollinisation ?
L'entomovectoring : une innovation technologique
L’utilisation d’abeilles et bourdons dans la lutte biologique en agriculture pourrait augmenter de 30 % le rendement des cultures et réduire de 98 % l’application de pesticides de synthèse tout en étant sans danger pour ces pollinisateurs. Il s’agit d’une alternative à la technologie de pulvérisation. Dans ce contexte, les abeilles sont utilisées à la fois pour polliniser et pour appliquer des produits de lutte biologique aux cultures afin de contrôler les maladies des fleurs ou des feuilles. Un entomo-vecteur est un insecte pollinisateur utilisé comme vecteur pour disperser une substance autorisée contre les ravageurs et les maladies des plantes.
Lorsque les abeilles quittent la ruche, elles traversent un inoculum poudreux contenant un agent de lutte biologique qui est déposé dans un distributeur fixé devant les ruches. En marchant dans le distributeur, les abeilles sont enrobées de l’agent de biocontrôle sur leur corps et leurs pattes et le transportent jusqu’à la culture. Lorsque les abeilles atterrissent pour recueillir le nectar ou le pollen, elles s’agitent pour libérer l’inoculum. L’agent biologique est ainsi déposé sur la fleur où il agit comme mesure préventive contre certains pathogènes.
Critères d'implantation et gestion du rucher
Selon le lieu et l’activité de l’apiculteur, un ensemble de plusieurs ruches est déposé sur l’emplacement, formant ainsi un rucher. Les apiculteurs ne sont pas de grands propriétaires fonciers. Ils sont donc dépendants des autres acteurs du territoire pour trouver des emplacements où poser leurs ruches. Un exploitant a peu à perdre en aidant un apiculteur : il propose souvent une zone de toute façon non cultivée et non utilisée. Voici les principaux critères à vérifier pour un emplacement approprié : il doit être bien exposé (ensoleillement, peu de vent), en permanence accessible à l’apiculteur et à son véhicule, et éloigné de quelques dizaines de mètres de toute activité humaine.

Le terrain devra également être plat et facile à entretenir pour enlever les mauvaises herbes par exemple qui vont rapidement envahir les abords de votre ruche. Elles pourront gêner aussi bien l’envol et l’atterrissage des abeilles tout comme vos visites. Privilégiez un terrain où vous pourrez passer la tondeuse ou couper l’herbe avec des outils de coupe à mains. Attention ! Vérifiez bien que votre terrain ne se transforme pas en marécage lors des pluies. Les abeilles ne supportent pas l’humidité. L’eau doit être bien drainée sur votre terrain.
Considérations environnementales et sanitaires
En France, près de 30% des colonies d’abeilles disparaissent chaque année. Le mécanisme est assez simple. Les ruches sont des dispositifs pour les abeilles domestiques qui, si elles pollinisent, consomment aussi beaucoup de nourriture, potentiellement au détriment d’autres insectes pollinisateurs. Si vous installez trop de ruches, les pollinisateurs sauvages pourront sérieusement en pâtir. Vous vous en doutez, les pesticides et insecticides nuisent gravement aux populations d’insectes et donc entre autres aux abeilles. Éloignez donc vos ruches des champs, vergers, jardins qui ont recours aux pesticides et insecticides. Au besoin, demandez au maraîcher et à l’agriculteur s’ils utilisent ce type de produit pour être sûrs et discutez-en avec lui des impacts pour vous.
L’installation d’une ruche ne passe pas inaperçue. Installez vos ruches hors de la vue de vos voisins et des promeneurs. Ne placez pas vos ruches trop près d’animaux, de vélos ou véhicules qui risquent de stresser les abeilles. Placez vos ruches à l’arrière de votre jardin : loin de votre piscine et barbecue. Le principe est que moins de voisins sauront et verront que vous avez des ruches et mieux vous vous porterez ! Rassurez-vous, l’emplacement d’une ruche peut être changé si vous vous rendez compte que l’endroit ne vous convient pas ou que les abeilles ont l’air gênées.
Sélection du matériel et développement durable
Le format le plus classique est la ruche verticale, c’est-à-dire de bas en haut. Vous avez peut-être entendu parler des ruches Dadant, Voirnot ou encore Warré. Chaque ruche se compose d’un corps de ruche, d’une hausse, d’un plancher, d’un couvre-cadre, d’un nourrisseur et de cadres (de corps et de hausse) et d’un toit. Si vous voulez déplacer vos ruches, choisissez un format de ruche facilement mobile comme les ruches verticales ou encore les ruches ovales. L’apiculture est une activité économiquement et écologiquement durable. La cire d’abeille (utilisée pour les cosmétiques) et le miel (utilisé pour l’alimentation) sont des marchés rentables.
Pour vous aider à avoir une vue d’ensemble sur les étapes à suivre, je vous liste les différentes étapes pour l’installation de votre ruche. Première précaution : vérifiez bien que vous n’êtes pas allergique aux piqûres d’abeilles. Deuxième précaution : je vous invite à veiller à ce que vous soyez en conformité avec la loi concernant l’emplacement de votre ruche. Inscrivez-vous dans le rucher-école à proximité de chez vous. Un rucher-école est un cycle de cours qui est donné bénévolement par des apiculteurs. Le cycle de vie complet d’une ruche vous est expliqué ainsi que les manipulations de base. Si vous avez connaissance d’un apiculteur travaillant près de votre exploitation, n’hésitez pas à aller à sa rencontre pour lui demander s’il a besoin d’un emplacement supplémentaire.
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