Les aléas climatiques : un défi majeur pour l'agriculture et la résilience des récoltes

L'agriculture, pilier fondamental de nos sociétés, est aujourd'hui confrontée à des défis sans précédent. Parmi eux, les aléas climatiques occupent une place prépondérante, menaçant la viabilité des exploitations et la sécurité alimentaire. Le changement climatique est à l'œuvre, entraînant des pertes de récoltes récurrentes et importantes pour les agriculteurs. Ces phénomènes, qu'il s'agisse de sécheresses, d'excès d'eau, de gel, de canicules, de grêle, de tempêtes, d'orages, de vents violents ou d'inondations, ont des conséquences directes sur la qualité et les volumes de production.

Le dérèglement climatique touche 93% des agriculteurs en France, impactant la qualité et les volumes de leurs récoltes. Dans ce contexte, il est impératif d'accompagner les agriculteurs vers une meilleure gestion des risques afin d'accroître la résilience de leurs exploitations et de minimiser les impacts, notamment économiques, de ces risques. Le dérèglement du climat est une préoccupation majeure pour les agriculteurs à 75%, suivie par les aléas, risques climatiques et problèmes d'accès à l'eau pour 52%. Les contraintes réglementaires préoccupent quant à elles 42% des sondés. Ces inquiétudes sont identifiées dans les mêmes proportions par les citoyens. Aujourd’hui, 93% des agriculteurs subissent de plein fouet le dérèglement du climat.

L'impact croissant des phénomènes météorologiques extrêmes

Les épisodes de précipitations intenses comme les fortes pluies constituent également une menace. Les vagues de chaleur sont de plus en plus fortes, notamment dans le sud de la France. Ces événements ont de graves conséquences sur les productions agricoles : des températures trop élevées, tout comme l’assèchement des sols, nuisent au développement des végétaux. La canicule de 2003 a par exemple entraîné une perte de 20 à 30% des récoltes en France et dans les pays voisins. Ces épisodes, exceptionnels au cours des dernières décennies, sont de moins en moins rares et se répèteront fréquemment dans les années à venir. Selon le GIEC, les pertes de récoltes liées aux sécheresses et aux canicules auraient triplé ces 50 dernières années en Europe.

Effets du changement climatique sur l'agriculture

Aujourd'hui, la sécheresse a touché un agriculteur sur deux au cours des trois dernières années, suivie par les tempêtes et vents violents (38%), le gel (28%), la canicule (24%) et la grêle (23%). Parmi les plus sévèrement touchés, 57% des viticulteurs et 56% des arboriculteurs/maraîchers déclarent avoir perdu plus de 30% de leur production. Au global, l’impact des aléas climatiques représente une perte moyenne de plus de 20% de la production agricole.

Le changement climatique amène de nouvelles conditions, qui rendent certaines zones actuelles peu à peu inexploitables pour l’agriculture. D’après le GIEC, 8 % des terres agricoles actuelles deviendront climatiquement inadaptées d’ici 2100, et jusqu’à 30% selon le scénario le plus pessimiste. Cela peut paraître paradoxal, mais la hausse des températures accentue notamment le risque de gel des récoltes, qui peut entraîner des conséquences dramatiques. Les floraisons surviennent en effet de plus en plus tôt, exposant les futurs fruits aux gelées tardives. Le fruit en développement est alors freiné dans sa croissance, voire détruit. Les agriculteurs sont évidemment en première ligne, leurs moyens de subsistance étant directement menacés par les conséquences du changement climatique. Par ailleurs, les terres agricoles rendues impraticables et les destructions de récoltes ne laissent parfois pas d’autre choix que d’importer de la nourriture, ce qui pose la question de la souveraineté alimentaire, y compris en France.

Dispositifs d'aide et d'indemnisation face aux aléas

Face à ces menaces, plusieurs dispositifs d'aide et d'indemnisation sont mis en place pour soutenir les agriculteurs.

L'assurance multirisque climatique sur récoltes

Les aléas sont pris en charge par l’assurance multirisque climatique sur récoltes lorsque la perte est supérieure à 20 % pour les agriculteurs qui ont choisi de s’assurer. L’assurance récoltes, objet de soutien par une aide PAC annuelle (couvrant 70% de la prime d’assurance), permet une indemnisation des pertes au-delà de 20% de franchise, induites par des pluviométries, gel ou sécheresses importantes par exemple. Ainsi, un exploitant assuré multirisque climatiques sera indemnisé à 100% sur les pertes au-delà de franchise de 20% sur un contrat de base (objet d’aide PAC), sur la base d’un capital assuré spécifique du contrat signé.

Les entreprises d’assurance habilitées à commercialiser de l’assurance récolte ont un rôle d’interlocuteurs agréés. Si les agriculteurs estiment que le niveau de seuil de déclenchement et de franchise subventionnable n’est pas adapté à leur situation, les assureurs peuvent proposer des extensions de garantie (rachats de seuil et de franchise) pour l’ensemble des événements climatiques ou uniquement pour certains événements (comme la grêle).

Pour les prairies, les contrats subventionnables reposent sur une approche paramétrique faisant appel à un indice qui mesure la production fourragère (IPP) à partir de données satellite. Seules les entreprises d’assurance habilitées à utiliser cet indice ont la possibilité d’assurer les agriculteurs.

L'Indemnité de Solidarité Nationale (ISN)

Les aléas exceptionnels déclenchent une intervention de l’État, y compris pour les agriculteurs non assurés. En cas de survenue d’aléas climatiques non couverts par un contrat grêle (sécheresse ou excès d’eau par exemple), les cultures concernées pourront obtenir une indemnisation au titre de la solidarité nationale en cas d’aléas exceptionnels.

Tandis que pour un non-assuré, en 2025, l’État n’indemnisait que 35% des pertes catastrophiques au-delà du seuil d’intervention, au titre de la solidarité nationale (au-delà de 50% de pertes en grandes cultures, cultures industrielles ou légumes ; 30% pour les prairies et l’arboriculture). Et cette portion indemnisée diminue encore entre 2025 et 2028 : En grandes cultures, légumes et viticulture, de 35 % des pertes excédentaires en 2025 au-delà du seuil d'intervention publique (50% de pertes), on passe à 28 % en 2026, 21% en 2027 et 14 % seulement en 2028. Pour les prairies et l’arboriculture, en 2026, l'État prend en charge 31,5 % des pertes au-delà du seuil d'intervention publique (30%). Ce sera 28 % en 2027 et 24,5 % en 2028 (par exemple, pour 50% de pertes moyennes constatées sur prairies en 2028, indemnisation par l'État serait à hauteur de 24,5% x (50%-30%) = 4,9% du capital forfaitaire par ha (actuels 900 € /ha prairie), contre 30% du même capital pour un assuré multirisques climatiques).

Réforme de l'assurance récolte 2023 - 3min pour tout comprendre

Autres mesures d'accompagnement

Afin d'accompagner les exploitants qui connaissent des difficultés économiques en cette période, plusieurs dispositifs peuvent être mobilisés : le recours à l'activité partielle pour leurs salariés ; un dégrèvement de la taxe sur le foncier non bâti pour les parcelles touchées par le gel ; un report du paiement des cotisations sociales auprès des caisses de mutualité sociale agricole. Une enveloppe annuelle de 30 millions d'euros permet par ailleurs de prendre en charge les cotisations sociales des entreprises les plus en difficulté (en situation de trésorerie délicate et aggravée par une crise conjoncturelle). Cette enveloppe est répartie au niveau national.

S'agissant des outils de gestion des aléas, la filière viticole dispose d'outils spécifiques. Ainsi, le dispositif des achats de vendanges permet aux viticulteurs, lors de sinistres climatiques, d'acheter dans certaines conditions des vendanges à d'autres producteurs afin de compléter leur récolte amoindrie sans changer de statut fiscal. Un arrêté a été publié le 12 août 2017 de façon à répondre aux besoins des opérateurs touchés par le gel, ou par d'autres sinistres climatiques dès les vendanges 2017. D'autre part, les opérateurs produisant des vins bénéficiant d'une appellation d'origine contrôlée pour lesquels un volume complémentaire individuel peut être constitué et ayant mis en réserve de tels volumes lors des récoltes précédentes, pourront les mobiliser pour combler le déficit de récolte 2017 le cas échéant.

Comment signaler un sinistre ?

Lorsqu'un aléa climatique survient (gel, grêle, tempête, orage, vents violents, inondation, neige, sécheresse, etc.) et qu'un impact est constaté sur les cultures, il est primordial de se signaler dans les 72h, soit auprès de son assureur, soit auprès des services de l’État.

  • Cas n°1 : dommages sur les prairies. Il convient de contacter l'interlocuteur agréé (assureur) désigné, qui s'occupera de la procédure d'indemnisation. La DDT n'intervient pas pour verser l'ISN sur les prairies.
  • Cas n°2 : assuré par un contrat multirisques climatiques et désigné son assureur comme interlocuteur agréé. Il faut contacter son assureur dans les 72h après l'aléa climatique ayant entraîné un impact sur la culture. L'assureur est l'interlocuteur unique sur l'ISN, quelle que soit la culture, et s'occupera de la procédure d'indemnisation. Pour les cultures spécialisées (plantes à parfum, aromatiques et médicinales, apiculture, horticulture, héliciculture, pépinières), il faut se reporter à la procédure présentée en cas n°4.
  • Cas n°3 : dommages sur une culture couverte par un contrat monorisque agricole en lien avec l'événement climatique à l'origine des dégâts. Il faut contacter son assureur dans les 72h après l'aléa climatique, qui s'occupera de la procédure d'indemnisation.
  • Cas n°4 : cas différent des cas précédemment évoqués. Il faut se connecter à un site spécifique pour réaliser un signalement de pertes de récoltes dans les 72h après l'aléa climatique. Ce signalement permet de recenser toutes les dates d'aléas, les communes et espèces touchées. À la réception du formulaire, le service agriculture et développement rural de la DDT de l'Isère reprendra contact pour effectuer, si besoin, une mission d'expertise de terrain en vue d'une indemnisation.

Stratégies d'adaptation et innovation agricole

À l’heure où 76% des agriculteurs considèrent que le changement climatique va fortement impacter leur métier dans les années à venir, un sur trois ne possède aucune solution de protection climatique. Il faut d’abord distinguer ce qui relève de l’adaptation spontanée et de l’adaptation planifiée. La première correspond à une réponse à court terme face à une contrainte climatique non anticipée. Les réponses d’urgence possibles peuvent être par exemple l’irrigation pour lutter contre la sécheresse, ou encore la mise en place de systèmes de propulsion d’air chaud pour contrer les gels tardifs. Mais certaines de ces solutions de secours, si elles permettent de sauver tout ou partie d’une récolte dans l’urgence, peuvent avoir des impacts collatéraux négatifs comme la hausse de la consommation d’énergie fossile dans le cas de la propulsion d’air chaud, ou encore une utilisation supplémentaire d’eau en été dans le cas de l’irrigation pendant les sécheresses estivales.

Solutions d'adaptation pour l'agriculture

L'agroécologie et la sélection variétale

L’une de ces réponses durables est le développement des pratiques agroécologiques, dont l’agriculture biologique. Selon le dernier rapport du GIEC, ces approches « peuvent renforcer la résilience au changement climatique, avec de multiples cobénéfices ». Ces différentes pratiques permettent d’améliorer la qualité des sols : ils ont ainsi une meilleure capacité à stocker de l’eau, renforcent leur richesse et sont plus résistants, notamment face aux maladies. Un autre exemple d’adaptation consiste à effectuer des recherches sur les différentes variétés d’espèces végétales afin de sélectionner les plus résistantes aux nouvelles conditions climatiques. Cela passe par exemple par l’utilisation d’espèces plus anciennes, parfois abandonnées car moins productives, mais qui peuvent s’avérer plus résistantes. De manière générale, plus le réchauffement climatique sera élevé, plus ses impacts seront forts et moins les mesures d’adaptation d’urgence seront efficaces.

L'agrivoltaïsme : une solution prometteuse

52% des agriculteurs se déclarent prêts à s’équiper de solutions de protection climatique. Sans surprise, il s’agit principalement des viticulteurs à 52% et des arboriculteurs/maraîchers à 58%. Une intention à court terme pour 59% d’entre eux. Arboriculteurs et maraîchers sont les pionniers, avec la mise en place de changement de variété ou de cultures (36%) et de solutions d’irrigation (51%). C’est également le cas de 29% des viticulteurs et 51% des exploitants en grandes cultures et élevage. L'eau est un enjeu prioritaire. En effet, 42% des sondés considèrent l’accès à l’eau comme un problème qu’il va falloir anticiper dans les prochaines années.

Exemple d'installation agrivoltaïque

L’agrivoltaïsme apparaît en 3ème position des solutions d’adaptation climatique envisagées par 44% des agriculteurs, derrière la sélection variétale et l’irrigation mais devant l’agroforesterie, les filets et les abris. Aujourd’hui, près d’un quart des agriculteurs se déclarent engagés dans un projet agrivoltaïque. Les exploitants déjà lancés dans un projet agrivoltaïque sont les céréaliers et éleveurs à 25%, les arboriculteurs et maraîchers à 21% et les viticulteurs à 14%, alors que ce sont ces derniers qui déclarent être le plus impactés par les aléas climatiques.

Les principaux bénéfices attendus de l’agrivoltaïsme sont le complément de revenus pour l’exploitant (56%), l’amélioration de la production agricole (49%) et l’autoconsommation (43%). S'il est encore méconnu, l’agrivoltaïsme voit son image progresser : 64% des agriculteurs voient l’agrivoltaïsme comme une opportunité pour la profession.

Connaissance de l'agrivoltaïsme

Bien que deux tiers des agriculteurs se considèrent bien informés sur l’agrivoltaïsme (un tiers ayant déjà visité un site), de la pédagogie est encore nécessaire auprès du grand public puisqu’un Français sur cinq seulement déclare savoir ce qu’est cette technologie. Les bénéfices de l’agrivoltaïsme sont encore méconnus : moins de la moitié des agriculteurs déclarent savoir que l’agrivoltaïsme permet de réduire les besoins en eau des cultures ; 39% seulement déclarent savoir que l’agrivoltaïsme peut permettre d’augmenter les rendements, et seuls 29% déclarent savoir qu’un projet qui diminue les revenus agricoles est illégal.

L’image de l’agrivoltaïsme est globalement positive : 64% des agriculteurs interrogés pensent que l’agrivoltaïsme est une opportunité pour la profession et 44% estiment qu’il serait pertinent d'installer une solution agrivoltaïque. Plus de la moitié des agriculteurs (54%) ont confiance en la fiabilité des technologies agrivoltaïques déployées dans les exploitations. Quant à l’adhésion à l’agrivoltaïsme, 61% des Français auraient une réaction positive si un projet agrivoltaïque voyait le jour dans leur commune ou une commune avoisinante. Seuls 6% auraient une réaction négative.

Sun’Agri est une agri tech et société à mission française, pionnière et leader de l’agrivoltaïsme dynamique. Forte de 15 années de recherches conduites avec l’INRAE, auteure du tout premier démonstrateur agrivoltaïque dynamique mondial et leader des appels d’offres innovation de la CRE depuis ses débuts, la technologie Sun’Agri équipe aujourd’hui une trentaine de sites agricoles en France et a été choisie par une quinzaine d’énergéticiens partenaires pour leurs futurs projets.

Plan interministériel de gestion des vagues de chaleur

Le dispositif du Plan national canicule, mis en place depuis l’été 2003, a évolué vers un plan interministériel de gestion des vagues de chaleur qui intègre le secteur de l'élevage. Quand les températures montent, il est primordial de bien se nourrir et de s'hydrater. Fruits et légumes de saison regorgent d'eau et de vitamines essentielles au bon fonctionnement de l'organisme.

Les feux de forêt : une menace grandissante

Chaque année, plusieurs milliers d’hectares de forêt partent en fumée en France métropolitaine et d’outre-mer. Ces feux, souvent aggravés par la sécheresse et les vents, ont des conséquences dévastatrices sur les écosystèmes et peuvent impacter indirectement les activités agricoles voisines. La prévention et la gestion de ces risques sont essentielles pour la protection de l'environnement et des terres agricoles.

tags: #avec #les #aleas #climatiques #nos #recoltes