Le bouturage est une pratique essentielle pour maintenir et multiplier les coraux dans un aquarium marin. Cette méthode permet de propager les coraux tout en contrôlant leur croissance, évitant ainsi qu’ils n’envahissent l’espace. En créant des boutures, vous contribuez également à préserver les récifs naturels en limitant le prélèvement dans les océans. Le bouturage favorise la diversité dans l’aquarium, permettant d’ajouter de nouvelles structures et de créer un écosystème dynamique.

Les fondamentaux de la méthode berlinoise
Je ne vous parlerais ici que de celle que j'utilise, le berlinois. En fonction du choix de population corallienne, les équipements seront plus ou moins conséquent. On conseille de débuter par les mous, plus simple, moins exigent sur la qualité de l’eau et le matériel.
Quelques bases sur le matériel :
- L’écumeur : Filtre mécanique indispensable.
- Groupe froid : Idéal pour l'été mais onéreux. Moins cher, la batterie de ventilateur.
- Osmolateur : Complète le niveau d'eau automatiquement. Elle sert également a recompléter le niveau d'eau dû a l'évaporation, a faire tout les jours.
- Filtre a zéolite : Fonctionne comme le charbon, sans les inconvénients.
Dans mon installation, j'utilise un écumeur interne. L'ajout d'un déversoir ou d'une cuve percée pour ces trois bacs n'aurait pas été un luxe. Avec environ 200 coraux durs, 10 coraux mous et 5 gorgones, j'estime la valeur de mes coraux à plus de 4000€. J'ai acheté quelques belles pièces dans une fourchette de prix allant de 30€ a 90€ pièce, le reste sont des boutures a pas cher ou échangés.
Maintenance et gestion des coraux mous
On range sous cette appellation un peu imagée les sarcophyton, lobophytum, sinularia, alcyonium, cladiella et autres… qui n’ont pas de structure squelettique calcifiée. Les coraux mous sont souvent les premiers à trouver place dans nos aquariums. Ils sont moins exigeants que les coraux durs LPS et SPS quant à la qualité de l’eau, se nourrissent généralement que de lumière et consomment les nitrates. Ces coraux poussent rapidement, ils grandissent parfois trop vite et empiètent les uns sur les autres. Il est alors nécessaire de les tailler pour réduire leur dimension et pour limiter toute forme de lutte chimique ou d’agression entre les souches.
Techniques de bouturage spécifique
Les coraux s’étendent et colonisent leur espace de façon naturelle, soit en bourgeonnant, soit par scissiparité ou encore par fragmentation. Même si la plupart des coraux mous sont peu fragiles et se coupent très simplement avec une paire de ciseaux, un scalpel ou une lame de rasoir, il y a tout de même un certain nombre de règles à respecter. Ils sont parfois toxiques, dangereux même pour l’homme, provoquant des réactions cutanées ou des problèmes respiratoires. Selon les espèces, certains relarguent des terpènes, parfois des produits toxiques, d’autres vont produire un mucus épais et gluant qui va provoquer le débordement de l’écumeur.
Gros consommateur de nitrates, les Sarco par exemple peuvent devenir vraiment imposants jusqu’à 50 cm en aquarium et il devient indispensable de réduire leur taille. Il est alors possible de découper des morceaux régulièrement tout autour du corail pour garder une forme esthétique au pied mère ou de le fractionner en plusieurs tronçons de 4-5 cm ou carrément le couper en 3 ou 4 si l’on veut garder des grosses pièces. N’hésitez pas à couper franchement, en quelques jours le corail recommence à pousser et la coupe ne se voit plus.

Fixation et supports : méthodes et astuces
Ces boutures n’ont pas besoin d’être collées, un simple élastique suffit pour les faire tenir sur le support choisi, en moins d’une semaine elles seront fixées. L’emploi de téflon en rouleau permet de fixer, comme on le ferait avec un élastique, mais sans risque d’abîmer la bouture. Une méthode efficace est l’utilisation de fil de couture, coton ou nylon. On passe à travers le corail avec une aiguille et du fil, et on le “coud” littéralement sur la pierre en faisant plusieurs tours.
Le cas des Zoanthus et Corallimorphaires
Les Zoanthus sont des cnidaires, des anémones coloniales. Si les conditions de maintenance sont bonnes, ils prolifèrent rapidement. Ils sont asexués et forment de grandes colonies, parfois envahissantes. Il est donc souvent nécessaire de limiter leur expansion. Ils n’ont pas de squelette dur, mais un tissu coriace qui réunit les polypes et qu’il faut décoller du support pour créer des boutures. Pour la repiquer sur un autre support, l’emploi de super Glue en gel est la solution la plus efficace : on ne peut pas employer de colle chaude qui brûle les tissus ni d’époxy qui ne convient pas.
Les corallimorphaires, les anémones disques, présentent une forme de disque, et une bouche centrale. Il est souvent difficile de décoller les Discosomas, dont le pied s’accroche fortement. S’il est fixé contre une vitre, on utilise simplement une lame de rasoir pour le décoller, s’il est sur une pierre, il faut généralement travailler hors de l’eau, soit en cassant la pierre, soit en utilisant un tournevis plat, une petite cuillère qu’on glisse doucement sous le pied pour faire décoller le corail.
Précautions de sécurité et outils
Les Palythoas sous l’eau ne sont pas dangereux mais il faut prendre des précautions quand on les manipule à l’air libre et plus encore quand on les coupe et qu’on les blesse : Gants, masque, lunettes de protection, pièce bien aérée, pas de blessure sur les mains et les avant bras. Éviter de les toucher si l’on a une plaie ou une petite blessure.
Avant toute manipulation, il est essentiel de protéger vos mains. Lors du bouturage, le corail subit une agression qui provoque un stress important. En réaction, il libère du mucus et des toxines susceptibles de provoquer des irritations cutanées.
Instruments de précision
- Bistouri avec scalpel : Idéal pour effectuer une coupe nette et précise sur un corail mou.
- Lame pour bistouri : Utilisez une lame chirurgicale tranchante et stérile.
- Pince en inox : Pour les coraux durs, la pince en inox est un outil de choix. Elle permet de saisir et de couper le corail rapidement et proprement.
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La multiplication des coraux durs (SPS)
La constitution de boutures de coraux SPS est le plus simple moyen de propager une souche et de sauvegarder les coraux dans les océans en évitant leur prélèvement. S'il y a bien quelque chose d'assez simple et facile à effectuer avec les coraux durs SPS branchus comme les acroporas, c'est leur fragmentation pour bouturage; il suffit, en effet, de prélever correctement un morceau du corail, appelé pied-mère, pour obtenir un clone génétique et ainsi perpétuer l'espèce et sa souche.
Pour fragmenter une colonie d'Acropora, il est indispensable de se munir d'outils utiles, si possible de très bonne qualité et adaptés à l'environnement salé de l'eau de mer, en particulier très agressive avec les métaux ferreux : parfois, même l'inox peut finir par rouiller à la moindre écorchure de l'outil.
Fabrication artisanale de supports à boutures
Une solution économique consiste à fabriquer soi-même ses propres supports à bouture. Préparez à l'avance vos ingrédients :
- Du sable de corail (granulométrie fine).
- Du ciment blanc (prompt).
- Du film plastique.
- De l'eau douce osmosée.
- Optionnellement, de l'hydrogénocarbonate de sodium.
Mélangez deux portions de sable de corail fin avec une portion de ciment. Ajoutez lentement de l'eau pour obtenir une pâte consistante, non liquide. Moulez la pâte obtenue à la main ou à la spatule sur un support plastifié, puis patientez une bonne journée. Une fois le support bien sec, laissez-le tremper une journée dans de l'eau de mer fraîchement préparée. Certains aquariophiles utilisent également des plaques de polystyrène pour mouler des formes spécifiques, en perçant un trou central avec un gros tournevis pour accueillir la bouture.
Cadre légal et éthique du partage
La réglementation concernant le partage de boutures entre particuliers dépend de plusieurs facteurs, notamment de l’espèce concernée, de son statut de protection et du caractère commercial ou non de l’échange. En règle générale, le simple échange ou le don de boutures entre particuliers à titre non commercial est toléré. La législation tend à être moins contraignante lorsqu’il s’agit d’un partage amical ou d’un don, sans visée lucrative.
Il est important de souligner que si l'amateur cherche des boutures pour la sauvegarde, non pas dans un esprit idéaliste et écologique, mais purement financier, cette contrainte économique oublie des acteurs, les professionnels, sans qui notre passion ne saurait exister. Respectons-les d'abord, ils nous le rendent souvent.

Suivi post-intervention et pérennité
Le prélèvement est une étape cruciale qui conditionne la survie de la bouture. Une fois la bouture installée, limitez les manipulations et assurez-vous de maintenir une qualité d’eau optimale. Observez-la attentivement pendant les jours suivants. Le corail va mettre en place un mécanisme de cicatrisation et d’enracinement. Réalisez l’opération lorsque l’aquarium est dans de bonnes conditions, c’est-à-dire en période de stabilité avec peu de fluctuations de température. Tenez un journal de bord pour noter les dates d’intervention, les produits utilisés et les observations sur l’évolution de la bouture.
Les supports en céramique ou les plugs composés d’aragonite sont particulièrement recommandés pour les coraux durs et mous. La colle époxy bi-composant est idéale pour les coraux durs, offrant une fixation solide. Le ciment prompt, quant à lui, est utilisé à la fois pour le bouturage et la fixation de pierres, permettant une bonne intégration de la bouture dans l’environnement de l’aquarium. Enfin, la glue spéciale aquarium, conçue spécialement pour les milieux récifaux, ne nuit ni à l’eau de l’aquarium ni aux organismes vivants.
En suivant ces étapes, du choix du matériel jusqu'à la fixation finale, vous facilitez la multiplication de vos coraux tout en maintenant l’équilibre esthétique et écologique de l’aquarium. La culture corallienne devient alors un art noble, contribuant à la fois à la beauté de votre bac et à la préservation des souches génétiques pour les générations futures d'aquariophiles.