L’art du lombricompostage en appartement : guide complet et gestion thermique

Le composteur est un indispensable du jardin zéro déchet. Quand on connaît la richesse de la terre issue d’un compost sain, difficile de s’en passer. En revanche, quand on habite en appartement, accueillir un bac à compost est une autre paire de manches. Pourtant, rien de tel que le lombricompostage (ou « vermicompostage ») pour revaloriser ses déchets de cuisine. Le lombricomposteur apparaît alors comme une excellente alternative pour qui habite en ville. Celui-ci permet en effet de transformer les déchets organiques en engrais écologique, avec l’aide de petits vers, ou lombrics (d’où le nom de la technique).

Schéma illustrant le fonctionnement d'un lombricomposteur en appartement avec ses différents niveaux de plateaux

Comprendre le lombricompostage intérieur

De nombreux citadins peuvent être réticents à l’idée d’accueillir dans leur petit appartement le fameux bac en plastique (et oui, malheureusement, pour l’instant, pas d’autre matière au programme, à moins de le bricoler soi-même). Pourtant, des astuces existent ! Voici quelques pistes pour que votre lombricomposteur se porte comme un charme dans votre intérieur.

Pour éviter les petits désagréments d’un composteur intérieur, préférez le loger sur votre balcon, votre terrasse ou même dans votre cave si vous en avez une. Trier les déchets à la maison devient une nécessité pour ne pas dire une obligation. On vit de plus en plus à la maison et l’on produit forcément de plus en plus de déchets. Il est vraiment nécessaire de bien gérer ses déchets ménagers.

La gestion de l’humidité : clé d’un compost sain

Un lombricomposteur trop humide est la principale raison d’une prolifération de moucherons et mouches du vinaigre, ces petits insectes aussi appelés « sciarides ». Les épluchures de fruits sont souvent les premières responsables de cette humidité sucrée très appréciée des nuisibles. C’est le cas des fruits, mais aussi de certains légumes cuits (épinards, blettes, courgettes…) ou encore des restes de fromages végétaux.

Le sucre des fruits et leur humidité ont vite fait d’attirer une armada de nuisibles volants en tout genre ! Si vous vous contentez de composter des épluchures de fruits et légumes à longueur de journée, il vous sera assez difficile d’échapper aux moucherons, qui raffolent des sucres et de l’humidité qu’elles contiennent. C’est d’ailleurs dans ce milieu humide que les insectes pondent leurs œufs.

Pour y remédier, alternez les couches de déchets organiques. Le papier, ou le carton, voire le bois réduit en copeaux (si vous avez accès à une broyeuse), permettra à votre lombricomposteur de conserver un taux d’humidité acceptable, tout en absorbant les odeurs éventuelles. Si le mal est fait, pensez à mélanger des morceaux de carton à vos restes alimentaires pour absorber l’excès d’humidité. N’hésitez pas à nourrir votre lombricomposteur avec beaucoup de carton, quitte à risquer l’indigestion !

Infographie montrant les déchets autorisés et interdits dans un lombricomposteur

Optimisation de l’environnement du bac

Pour accélérer le processus de décomposition de vos restes alimentaires, prenez le soin de couper finement vos déchets organiques. Pour vous faciliter la tâche et ne pas faire d’erreur de lombricompostage, vous pouvez coller près de votre lombricomposteur ou devant la poubelle à compost de votre cuisine, les déchets que vous pouvez lombricomposter, et ceux que vous ne devez pas y jeter.

Pour protéger le couvercle de votre bac à compost et éviter qu’il soit trempé, vous pouvez le recouvrir de deux morceaux de vieilles serviettes. La paille, les feuilles mortes (bien sèches) ou encore la sciure de bois en copeaux permettraient de réduire le taux d’humidité d’un bac à compost intérieur, tout en favorisant l’aération. Pour cela, il est aussi tout bénéfique d’ajouter quelques branches de bois coupées.

Si vous observez des moucherons ou mouches du vinaigre s’échapper de votre lombricomposteur, ne prenez pas pour autant la décision de vous débarrasser de votre bac aussi sec ! Déposez un piège à moucherons proche de votre composteur ou carrément à l’intérieur, au fond. Arrêtez de composter vos aliments pendant un temps. Un petit régime d’un mois environ ne fera pas de mal à votre lombricomposteur envahi par les moucherons.

Le rôle de la température et du radiateur

La gestion thermique est cruciale. Placez votre lombricomposteur devant un radiateur, par période, afin que le compost ne soit pas trop humide. En plein soleil au jardin ou dans votre cuisine si vous avez opté pour un petit bac de compostage, la chaleur va accélérer le processus du pourrissement et dégager de fortes odeurs. Plus le cœur du compost chauffe, plus le risque de fermentation s’active. L’humidité est nécessaire pour que le compost prenne. L’été, il est même parfois nécessaire d’ajouter de l’eau afin d’éviter que ce dernier ne s’assèche.

Le Jardicomposteur - Installation

Le compostage : définition et principes généraux

Réduire le volume de déchets organiques à traiter par la collectivité tout en produisant un fertilisant naturel, voilà le rôle principal du compost. Le compost est un élément essentiel à la fertilité d’un sol. Le compostage est un procédé de fermentation et de transformation des déchets organiques grâce à la présence d’oxygène. Il permet l’obtention d’une matière fertilisante stabilisée et riche en humus : le compost.

Tout déchet est une ressource inexploitée : en effet, selon l’ADEME (Agence de la transition écologique), les déchets organiques représentent 40 à 60% de nos ordures ménagères. Le recyclage des déchets et leur transformation en compost représente une ressource encore largement sous-exploitée. Les produits synthétiques non biodégradables (verre, plastique, métaux, tissus synthétiques, etc.) sont exclus.

Diversité des méthodes de compostage

Pour composter, il n’est pas indispensable de vivre à la campagne. Il existe plusieurs techniques :

  • Le lombricompostage pour les balcons ou appartement : cette technique consiste à composter les déchets dans des bacs grâce à des lombrics.
  • Le compostage en tas pour les grands jardins : il s’agit de regrouper les déchets organiques à même le sol dans un endroit à l’abri du vent et à l’ombre.
  • Le bac à compost pour les plus petits espaces : cette pratique nécessite l’utilisation d’un composteur, appelé aussi bac à compost ou à silo. L’avantage est que le bac protège des aléas climatiques et des animaux et qu’il n’encombre pas trop.

Il existe des composteurs pour tous types de logement : les composteurs de jardin, les composteurs de balcon ou encore les composteurs d'appartement.

Vue d'ensemble comparant un composteur de jardin en bois et un lombricomposteur compact

Construction d'un composteur domestique

Comment fabriquer un composteur maison ? Il suffit de se procurer quatre palettes en bois non traité, de les placer debout en carré et de les relier les unes aux autres avec du fil de fer. Pour cette réalisation, préférez des lattes en bois traité ou traitez-les vous-mêmes. Le bac que nous vous proposons de construire est fait de planches de 27 mm d'épaisseur. Il peut s'agir de planches de récupération, par exemple de palettes, ou de planches spécialement débitées. Dans les deux cas, appliquez un produit de traitement pour éviter le pourrissement du bois.

L'assemblage se fait par vissage sur des tasseaux d'angle avec des vis inoxydables. Espacez les planches de 2 à 3 cm de façon à favoriser l'aération du compost. Prévoyez un couvercle opaque sur charnières (un panneau de contreplaqué CTBX fera l'affaire). Une simple feuille de plastique épais, clouée à l'arrière du bac pour l'enrouler et la dérouler, peut également convenir.

Processus de transformation et maturité

Combien de temps pour faire du compost ? On reconnaît un compost mûr lorsque les déchets ne sont plus reconnaissables et les vers rouges peu nombreux. Un compost mûr est sans odeur, de couleur foncée et grumeleux. Ce résultat s’obtient au bout d’une durée de 6 mois environ. Lorsque le compost est prêt, il devient un amendement parfait pour le jardin et le potager. Les périodes les plus propices à l’utiliser du compost sont l’automne et le printemps car c’est quand les vers sont le plus actifs, mais il est tout à fait possible d’en utiliser tout au long de l’année.

La décomposition dure de trois à six mois en fonction de ce qu’il y a dans le bac, du climat et de la mise en place des couches. Une fois le compost prêt, son volume aura diminué d’environ 70 %. Il peut être sombre et se désagréger, un peu comme de la mouture de café. Il ne doit plus y avoir de gros morceaux non décomposés. Afin d’éviter cela, idéalement, broyez très fin tous les branchages ou autres morceaux de bois. Vous pouvez accélérer le processus avec un activateur de compost ou simplement en l’arrosant avec de la bière, riche en levures.

Les bactéries : moteurs de la décomposition

Les bactéries sont responsables de la décomposition des matières placées dans le bac à compost, mais pour cela, elles ont besoin d’air, d’humidité, d’azote et de chaleur. C’est en superposant des couches différentes que vous obtiendrez les meilleurs résultats. Commencez par des couches de matériaux fibreux (du bois) afin que l’air circule dans le bac. Placez ensuite différentes couches de matériaux broyés en veillant à ce que chacune ne soit pas trop épaisse ou dense.

Emplacement idéal du composteur

Si aucune réglementation ne stipule où placer ce dernier, tous les lieux ne conviennent pas. En plastique ou en bois, le composteur ne jouit pas d’une bonne réputation comme élément décoratif. Par ailleurs, lorsqu’il est mal mis en œuvre, des nuisances olfactives peuvent apparaître et nuire aussi bien aux habitants du foyer qu’à leurs voisins en cas de mitoyenneté. Toutefois, lorsque le compost est correctement alimenté et possède un couvercle, il dégage une bonne odeur d’humus et non un effluve pestilentiel.

Généralement, il convient de placer votre bac à biodéchets à proximité de votre potager pour faciliter le travail d’épandage du jardinier. Les raisons inesthétiques et le risque de rater un jour son compost vous invitent de même à placer votre composteur loin des habitations voisines. Même à la campagne, certains propriétaires sont sensibles aux nuisances visuelles et olfactives.

Pour faciliter la décomposition des déchets organiques, le bac à compost doit être placé à même le sol. Vers et microfaune vont s’y glisser et accélérer la décomposition. Un terrain plat, sans cailloux ni mauvaises herbes est le lieu idéal. Une situation mi-ombragée est préférable au soleil pour faire votre propre compost. Il est logique de penser à le placer sous un arbre. Selon l’essence, ce dernier va émettre de nombreuses racines qui peuvent limiter l’accès des vers au compost. Les racines de l’arbre peuvent également s’en nourrir ou détériorer votre composteur.

Trop près de l’habitation, le compost ne s’aère pas et ne respire pas, ralentissant le processus de décomposition. Sa proximité de la maison, ainsi que nous l’avons dit plus haut, peut générer des odeurs de soufre et d’azote. De plus, lorsque l’aération naturelle n’est pas suffisante, le compost ne produira pas suffisamment d’éléments nutritifs. Particulièrement lorsqu’il est fermé, un composteur soumis aux rayons solaires voit sa température grimper jusqu’à 93°C. Or, pour que le compostage soit propice à une saine décomposition, la chaleur dégagée ne doit pas dépasser les 70°C.

L'héritage de Jean Pain : compostage et énergie

Ingénieux et autodidacte, Jean Pain a inventé dans les années 1970, un système de production d’énergie (chaleur et gaz) et d’engrais autonome qui fait encore des émules. En 1964, Jean Pain et son épouse Ida s’installent au Domaine des Templiers à Villecroze dans le Var. Un jour, Jean décide, par mesure d’économie, de remplacer la paille dans la litière de ses chèvres par les petites broussailles de la forêt environnante. Il réalise un compost constitué exclusivement de petites broussailles récoltées en sous-bois. En 1969, il applique sur son jardin son « compost de broussailles » : les résultats, spectaculaires, sont rapidement remarqués.

Outre ses propriétés intéressantes pour la production de compost, la méthode qu’a mise au point Jean Pain permet de récupérer la chaleur (environ 60°C) et le méthane produits naturellement par la fermentation. On calcule que 10 kg de broussailles broyées produiront 2 m3 de méthane, ce qui équivaut à 1 litre de pétrole. On branche ensuite un tuyau sur le bac pour récupérer le méthane. Ce tuyau peut être entouré de tuyaux de polyéthylène pour récupérer la chaleur en même temps que le méthane.

Diagramme simplifié de la méthode Jean Pain pour la récupération de chaleur et de méthane

Les enjeux du tri et de la valorisation des déchets

Depuis le 1er janvier 2024, particuliers et entreprises de France ont obligation de trier leurs déchets organiques. La perspective d'une facturation de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères au poids ou au volume va imposer le tri domestique et le traitement de certains déchets à la maison, avant qu'elles ne rejoignent les bacs de collecte.

La poubelle à compost est un petit seau conçu pour la collecte et le tri des déchets organiques. Compacte et pratique, elle vous permet de réduire vos déchets tout en enrichissant votre sol. Épluchures, marc de café, reste des aliments… Tout ce qui est biodégradable trouve sa place dans cette poubelle. Les poubelles à compost EDA sont conçues pour une utilisation quotidienne sans effort sur le plan de travail de la cuisine. La poubelle à compost avec filtre (10 L) est l’allié indispensable de votre cuisine. Elle dispose d’un filtre à charbon intégré sur son couvercle neutralisant les odeurs désagréables.

Pour réussir son compostage, certains aliments sont à bannir : les poissons, les produits laitiers, les graisses, les huiles, et tous les autres déchets non-organiques (papiers, plastiques, verres, métaux, etc.). Dans un contexte climatique toujours plus oppressant, particuliers comme entreprises sont à la recherche de moyens innovants et renouvelables de créer de l’énergie. Valoriser ses déchets pour en faire une source d’énergie semble sur le papier une excellente idée. En règle générale, le compost sert à augmenter la fertilité des terres, mais il peut également être une importante source d’énergie.

Perspectives sur la biomasse et le biogaz

Les scientifiques estiment que nos déjections, en se décomposant, produiraient 60% de méthane, que l’on pourrait utiliser afin de créer du biogaz. Ce biogaz pourrait, s’il était exploité, dépasser la valeur actuelle du gaz naturel. L’autre avantage des excréments en tant que matière première : une fois séchés et carbonisés, la matière que l’on obtient pourrait servir à remplacer le charbon dans les chaudières. Ici encore, on estime que l’on pourrait obtenir entre 4,8 et 8,5 millions de tonnes en traitant cette matière première, ce qui pourrait permettre à des personnes sans accès au gaz d’en profiter.

Ce genre de projets est déjà mis en place en France ainsi que dans le reste de l’Europe. Ainsi, dans la ville de Strasbourg, la communauté urbaine valorise les déchets des stations de traitement d’eaux usées pour créer du biogaz et ainsi alimenter en énergie 5 000 foyers. Autre exemple à Stockholm, où toute la flotte de bus urbaine est alimentée par ce type de biogaz.

Vous venez de le lire, se chauffer en utilisant ses déchets peut être contraignant, dans le sens où vous devrez avoir des quantités importantes. Si vous avez des déchets chez vous, à type d’épluchures de légumes, vous pouvez tout de même envisager d’installer un composteur à votre domicile. Par contre, cette fois, il ne sera pas question de vous chauffer avec, mais de l’utiliser pour enrichir la terre de vos fleurs ou de votre potager. Quel que soit le modèle que vous choisirez, le principe est le même : les déchets que vous mettez dans votre composteur sont amenés à être décomposés, pour devenir de l’humus, autrement dit de la terre. Pour cela, votre compost a besoin des organismes vivants présents dans la terre. Vos déchets devront donc être à même le sol dans votre composteur, pour que cela fonctionne.

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