
L'habitat et le jardinage durables sont au cœur des préoccupations actuelles, poussant à l'exploration et à la réhabilitation de techniques écologiques éprouvées. Le terre-paille banché, une méthode de construction ancestrale revisitée, offre des solutions performantes pour l'isolation et la régulation hygrométrique des bâtiments. Parallèlement, le broyat de bois s'impose comme un allié précieux pour l'enrichissement des sols et la gestion des ressources au jardin. Ces deux approches, bien que distinctes dans leur application, partagent une philosophie commune : l'utilisation intelligente de matériaux naturels et locaux pour un impact environnemental minimal et un confort optimal. Cet article se propose d'explorer en détail ces techniques, leurs avantages, leurs mises en œuvre et les nuances qui les distinguent.
I. Le Terre-Paille Banché : Une Construction Écologique aux Multiples Vertus
La construction en terre paille est une méthode durable et respectueuse de l’environnement, offrant une excellente isolation thermique et une bonne régulation de l’humidité. Que ce soit pour de nouvelles constructions ou pour la rénovation de vieux bâtiments, cette technique traditionnelle allie efficacité et charme rustique. Le terre-paille est l’héritier du torchis qui sertissait, entre autre, nos maisons à colombage et les quenouilles de nos planchers. Sa composition n’est un mystère pour personne : de la terre et de la paille.

A. Qu'est-ce que le Terre-Paille Banché ?
Le terre-paille a vocation à être léger et présente un taux d’argile beaucoup plus faible que le torchis. Dans cette préparation de terre allégée, l’argile n’est utilisée que pour maintenir les brins de paille entre eux. Ces brins sont détrempés dans une barbotine de terre et égouttés naturellement en respectant préférablement un délai de 12 heures avant utilisation. Le terre-paille est principalement banché. C’est à dire qu’il est déposé en sandwich entre deux plaques de bois vissées à l’intérieur et à l’extérieur de l’ossature. Une autre technique consiste à préfabriquer des panneaux de terre et de paille compressés de 15 cm à 20 cm d’épaisseur. Une fois secs, ces panneaux sont ensuite « maçonnés » contre la surface à habiller.
Le terme "terre-paille" est masculin alors qu'il est composé de deux substantifs féminins : LA terre et LA paille. Alain Marcom, auteur de « Construire en terre-paille » suggère que l’on fait sûrement référence au « mélange terre-paille ».
B. Historique et Reconnaissance
La technique du terre-paille serait apparue en Allemagne après la première guerre mondiale. L’austérité et la nécessité de reconstruire le pays à cette époque ont mené à cette solution peu gourmande en matière première. À la fin de la seconde guerre mondiale, cette technique ayant déjà fait ses preuves, elle fût rapidement réhabilitée pour prévenir l’embargo sur les produits pétroliers imposé par les alliés. C’est ainsi que l’Allemagne, pionnière malgré elle, mit au point des normes constructives nationales incluant le terre-paille. Elle considéra logiquement que c’était une technique de construction fiable et ayant fait ses preuves.
En France, aucune reconnaissance officielle des techniques de terre-paille n’a encore été manifestée. Cependant, l’espoir demeure que la sortie du « guide des bonnes pratiques de la construction en terre crue » ouvrira la porte du futur aux techniques passées.
C. Mise en Œuvre du Terre-Paille Banché
1. Préparation de la Terre
Pour ce chantier, on a utilisé la terre de Alliance4, dans le nord Isère. C'est une bonne adresse si, comme nous, le terrain n'est pas du tout argileux, ou si vous n'avez pas le temps et/ou l'énergie d'aller chercher votre terre dans la nature autour de vous ! On l'a fait aux Hubacs, chantier pour lequel on n'a pas acheté un gramme de terre ! Mais cette fois-ci, on fait plus light… La bétonnière est l'outil idéal pour la malaxer et faire "fondre" les grains d'argile. Il faut mettre juste la quantité d'eau nécessaire. Le test, c'est celui du "gant" : quand on trempe la main dans la barbotine, elle doit ressortir recouverte de terre, sans que des gouttes d'eau glissent sur la main. C'est le bon dosage terre/eau. Difficile de donner un ratio, cela dépend trop de la terre, son niveau d'humidité… Il faut faire des essais pour savoir les bons dosages terre/sable/paille, pas de recette miracle !
2. Choix et Préparation de la Paille
C'est de la paille de céréale, pas de lavande qui est trop dure pour les enduits. Il faut la broyer grossièrement. Le plus pratique est de la passer à la débroussailleuse dans une grande poubelle. Pour le trempage, le top c'est une baignoire, que l'on remplit de barbotine et on vient tremper la paille directement ! Une grille par-dessus pour essorer la paille et c'est parti ! L'idée étant que les brins de paille soient recouverts d'une couche d'argile pour qu'ils se collent les uns aux autres en séchant.
3. Le Sable
Le plus basique, gris, 0/4, roulé… Il en faut une certaine quantité ! Personnellement, j'ai utilisé les big-bags de terre vides pour aller le chercher.
4. Le Banchage
On prépare les banches : nous on utilise des plaques d'OSB, mais ce n’est peut-être pas le mieux… Certain.e.s laissent un espace entre l'ossature et la banche pour que la paille recouvre l'ossature. Cela est sensé éviter les fissures dans l'enduit final. Sur notre maison de 300m2, on n'a jamais eu de fissure au niveau des ossatures… donc on continue comme cela ! Et pour que la cloison soit plus solide, on ajoute des clous sur les ossatures.
Une fois la paille trempée amenée sur le chantier, on l'insère dans les banches. Il faut bien tasser pour que la paille aille dans tous les coins, sinon, les enduits seront plus galères ! Mais il arrive que l'on voie à travers la cloison, sans pour autant que ce soit catastrophique ! Dès que la banche est remplie, on la déplace vers le haut, sans attendre que cela sèche. On laisse juste 10cm de recouvrement et c'est très bien ! Il ne faut pas essayer de retoucher le banchage une fois débanché… Le point délicat, c'est quand on arrive en haut… Pas de solution miracle ! Nous on finit avec un espace de 7/8cm et on tasse la paille le plus possible.
5. Séchage et Enduits
Il faut ensuite attendre le séchage pour pouvoir faire les enduits terre ! Le temps dépend de l'épaisseur, de la saison, de la région, de la météo… En Haute-Loire, en octobre, il commence à faire frais et humide. En plus, on fait du terre/paille contre des murs en granit… Ils mettent donc un peu plus de temps à sécher que dans les Baronnies !! Il y a apparition de moisissures à certains endroits. Ce n'est pas grave, elles vont disparaître au séchage.
Il se peut qu'il y ait des tâches noires qui apparaissent sur l'enduit en séchant. Ce sont les tanins contenus dans la paille qui ressortent quand un brin dépasse.
Un autre intérêt du terre paille banché, c'est que c'est relativement plat (puisque banché !) et les enduits terre accrochent formidablement bien sur la paille de lavande !!! Préparation des murs : comme aux Hubacs, on a utilisé la débroussailleuse pour "lisser" les murs en terre/paille. Il faut couper les brins qui dépassent, et potentiellement certaines imperfections. Ce n'est pas très agréable, surtout avec une débroussailleuse thermique, mais c'est efficace.
La technique d'enduits : il faut aller du haut vers le bas. En prenant du mélange sur la truelle, on vient l'étaler pour finir sur celui que l’on vient de poser, pour que cela colle et ne retombe pas au sol… Il y en a quand même qui se retrouve au sol, on ajoute donc une planche au sol (OSB des banches par exemple) pour pouvoir récupérer la terre sans tout pourrir.
Pour la couche de finition extérieure on laissera idéalement passer une année entière. Ainsi, les matériaux de finiront totalement leur travail et leur séchage.
Enduit terre mécanisé sur terre paille banché
D. Qualités et Avantages du Terre-Paille
1. Isolation Thermique
Riche en paille et aéré, le terre-paille est un matériau générant une isolation thermique honorable. R=3,7 pour 30 cm de mur compacté à 260kg/m². Le système de banchage permet d’intégrer cette isolation directement dans la structure du mur. Cela évite d’avoir deux postes spécifiques : un à la construction et un à l’isolation. Malheureusement, cette isolation a une limite qui est l’épaisseur maximale du mur. En effet, si le mur est trop épais, il ne séchera pas à cœur et cela engendrera la fermentation et le pourrissement de la paille. C’est pour cette raison de séchage qu’une mise en œuvre en été et une épaisseur conseillée de 30 cm est à respecter.
2. Isolation Phonique
La composition fibreuse du terre-paille restitue parfaitement l’effet de masse-ressort-masse propre une bonne isolation phonique. En cloison, il est une garantie de tranquillité. Surtout habillé d'une bonne couche d'enduits de part en part.
3. Inertie Thermique
Au contraire de la construction en botte de paille, le terre-paille n’a pas de déficit d’inertie. La terre crue représentant une très bonne masse inertielle, ce complexe est très adapté pour faire face aux canicules d’été. En hiver, il emmagasinera les calories de notre chauffage pour nous restituer une ambiance thermique agréable.
4. Coût
Le prix au mètre carré de cette solution est certainement la raison qui commencera par motiver les plus rétifs. Si le terrain de construction est assez argileux, on recyclera la terre du terrassement pour notre chantier. L’argile utilisée pourra donc être « gratuite ». La paille, elle, viendra des exploitations agricoles alentours et restera, en théorie, à un coût très raisonnable. Au final, c’est presque l’eau de gâchage qui coûtera le plus cher :)
En revanche, ce qu’il ne faut pas oublier d’intégrer dans les calculs, c’est le coût du travail humain. Comme toutes les transformations de matériaux bruts, la réalisation et la mise en œuvre du terre-paille est très gourmande en énergie humaine et en temps. Il faudra compter environ 1,6 m² de mur par jour et par personne. Cette estimation comprend le coffrage, le mélange, le remplissage, le décoffrage, l’échafaudage. C’est un facteur à considérer sérieusement dans les calculs car on n'a rien sans rien.
5. Planéité des Banchages
Par rapport à une maison en paille classique, le banchage en terre-paille offre des surfaces murales planes.

II. Le Broyat de Bois : Un Atout Précieux pour le Jardin et le Sol
Utiliser du broyat de bois comme paillage, voire du BRF, devient monnaie courante dans les jardins. Il est vrai que ce matériau est particulièrement bénéfique pour le sol, et qu’il permet de recycler le bois issu des diverses tailles réalisées au jardin.
A. Qu'est-ce que le Broyat de Bois et Pourquoi l’Utiliser ?
Le broyat est constitué des copeaux du broyage des végétaux. Il est composé de tout type de bois, vieux ou jeune, feuillus ou résineux, branches mortes ou vivantes… Le paillage est une technique simple qui consiste à disposer une couche de matériaux organiques aux pieds des plantes et arbustes de votre jardin ou de votre potager (tonte de gazon, paille, broyat de végétaux, etc.). Cette pratique permet de protéger et d’améliorer la croissance des végétaux tout en conservant la fraîcheur de la terre et en diminuant le développement des mauvaises herbes.
B. Broyat vs. BRF (Bois Raméal Fragmenté)
L’acronyme BRF vient de bois raméal fragmenté. Bois fragmenté est synonyme de bois broyé, c’est le mot raméal qui est important : il s’agit de bois provenant de rameaux, c’est-à-dire de branches. Celles-ci sont vivantes, fraîchement coupées, de faible diamètre, et principalement issues de feuillus.
En résumé, le BRF est un broyat, mais tous les broyats ne sont pas du BRF ! La différence vient du fait que les bois raméaux sont très riches en nutriments et qu’ils sont encore mal lignifiés.
C. La Décomposition du Bois dans le Sol
Le bois est composé pour une part de cellulose et pour l’autre part de lignine, en proportions variables selon l’essence et selon l’âge. La cellulose est souple, constituée de glucose, elle est facile à décomposer et à digérer. La lignine, elle, est constituée de “tanins”, c’est l’élément durcisseur qui donne au bois sa solidité. Elle est difficile à décomposer, d’ailleurs seuls les champignons (les basidiomycètes du sol, ce que l’on appelle souvent “la pourriture blanche”) sont capables de la décomposer.
Certains végétaux sont plus riches que d’autres en résine (conifères comme le pin, sapin, cyprès, thuya, genévrier) ou en tanin (feuillus comme le chêne, platane, laurier, poirier, noyer, châtaignier). Ces substances complexes (composés organiques aromatiques terpénoïdes ou phénoliques) protègent les plantes grâce à leurs propriétés insectifuges, fongicides et imputrescibles. Leur effet principal est de ralentir la biodégradation. De manière générale, les bénéfices du paillage l’emportent sur les nuisances éventuelles attribuées à ces essences. Leur décomposition pourra être plus longue, mais leurs qualités permettront d’obtenir un résultat comparable à celui des paillages issus d’autres broyats. En raison de la complexité des interactions physico-chimiques et biologiques, résumer la question selon un seul critère (dans ce cas, l’espèce végétale broyée) est réducteur et insuffisant. Il faut notamment tenir compte des caractéristiques du sol et des végétaux paillés.
D. Les Multiples Bénéfices du Paillage au Broyat
Le broyat de bois utilisé en paillage va apporter d’innombrables bénéfices à votre jardin :
1. Hôtel-Restaurant pour la Biodiversité
Il constitue un hôtel-restaurant grand luxe pour nombre d’organismes vivants : oiseaux, petits mammifères, insectes, mais aussi bactéries, champignons et autres micro-organismes. Cette biodiversité est importante car elle constitue un écosystème, dont fait aussi partie le sol de votre jardin. Il s’agit en effet d’une chaîne alimentaire, dans laquelle chaque élément a sa place et qui va enrichir la vie du jardin et du sol.
2. Amélioration de la Structure du Sol
Cette faune du sol (la pédofaune) va considérablement modifier le sol, qui va être constamment brassé et aéré par des quantités de travailleurs. Résultat : un sol décompacté, meuble, dans lequel air et eau vont circuler facilement et qui va faciliter l’enracinement des plantes.
3. Formation d'Humus Stable et Sol Fertile
Grâce à tout ce petit monde et au broyat de bois, va se former un humus stable, et donc un sol fertile, riche en nutriments directement assimilables par les plantes que vous y cultivez.
4. Rétention d'Eau et Économies d'Eau
Ce type de sol a d’importantes capacités de rétention d’eau, il est comme une éponge qui peut restituer lentement, par capillarité, l’eau qu’elle contient dès que son environnement est plus sec. Cela permet donc de notables économies d’eau, et de travail pour le jardinier !
5. Favorisation des Mycorhizes
La décomposition du broyat faisant intervenir des champignons, la présence de mycélium et de champignons mycorhiziens est acquise. Les champignons mycorhiziens sont ceux qui sont capables d’établir une relation symbiotique avec les racines des plantes. Relations bénéfiques à chacune des parties puisque le champignon est capable d’aller chercher très loin eau et nutriments (contrairement à la plante) qu’il va fournir aux racines en échange de sucres que la plante fabrique grâce à la photosynthèse. Qui dit champignons dit plantes bien nourries !
6. Autres Bénéfices du Paillage Organique
Bien sûr, en sus de tous ces bénéfices spécifiques, il y a les bénéfices de tout paillage organique : limitation du lessivage et de l’érosion, protection contre le froid et la chaleur, limitation de l’évaporation… Le paillage est bénéfique toute l’année. Il assure une protection physique contre les fortes précipitations, l’érosion par le vent et le dessèchement par le soleil.

E. Fabrication du Broyat de Bois
Pour fabriquer soi-même du broyat de bois à utiliser comme paillage, il faut un broyeur bien sûr, à acheter, louer ou se faire prêter, ainsi que du bois.
1. Quel Bois Utiliser ?
De nombreuses théories et débats existent sur tel et tel bois qu’il serait déconseillé d’utiliser comme broyat en raison de la présence de substances allélopathiques ou de tanins. Il semble cependant d’après nombre d’expériences que tous les bois, y compris les bois de résineux et de noyers, peuvent être employés. Peut-être pour éviter des excès en tel ou tel composé est-il judicieux de broyer divers bois ensemble.
À savoir : il n’a à ce jour jamais été démontré qu'apporter uniquement du broyat de résineux pouvait provoquer une acidification du sol.
Pour du BRF : prélevez entre octobre et février des rameaux de feuillus de 7 cm de diamètre maximum, âgés de 2 ou 3 ans, idéalement en lune descendante. Broyez ce bois dans les 15 jours qui suivent la coupe. Le BRF doit être épandu juste après avoir été broyé (dans les 24 h).
2. Quelle Taille ?
Il est généralement conseillé de broyer en morceaux de 2 à 10 cm. Cependant, plus le broyat est fin, plus rapidement il se décompose car les champignons vont pouvoir se développer plus rapidement.
3. Le Broyeur
Préférez un broyeur électrique pour un jardin de superficie petite à moyenne (jusqu’à 500 m2). Affichant entre 2000 et 3000 watts, vous serez en mesure de broyer des rameaux et des branches jusqu’à 45 mm.
Un broyeur thermique sera adapté pour des jardins plus grands et sa puissance, jusqu’à 6600 watts, viendra à bout de branches de 75 mm.
Pour vos petits volumes, pensez à broyer vos tailles de haies fraîches avec votre tondeuse thermique !
4. Récupération du Broyat
Le broyat de bois est le résidu de la taille des haies, arbustes et arbres pratiquée par les paysagistes entre août et mars. Soit ils le portent en déchetterie, soit ils le stockent. Vous pouvez donc vous renseigner auprès des paysagistes de votre région pour vérifier comment ils travaillent et voir s’ils peuvent vous livrer du broyat frais (au lieu de l’emmener en déchetterie) ou composté (s’ils le conservent). Notre élagueur nous facture quelques dizaines d’euros les chargements de 5m3 de broyat : de quoi couvrir les frais d’utilisation d’une chargeuse et la livraison avec son camion. Le matériau que nous utilisons est du broyat de branches composté qui date de plus d’un an.

F. Utilisation du Broyat de Bois
1. Pour Quel Type de Sol ?
L’utilisation du broyat de bois comme paillage est très efficace pour restaurer un sol appauvri ou pour “créer” un sol fertile dans des zones de remblai. Il va donc être épandu 1 à 2 fois sur un terrain, mais une fois celui-ci redevenu vivant, l’utilisation du broyat devient inutile, des ajouts réguliers de compost suffisent à maintenir un bon taux de matière organique. Le broyat de bois est également plébiscité pour le paillage des fraisiers. Ceux-ci sont en effet des plantes qui poussent en sous-bois et ce paillage est celui qui leur convient le mieux, que ce soit en terme de production de fruits que de production de stolons.
2. Quand et Comment ?
a. En Paillage Simple
Le broyat est tout simplement étalé au sol et laissé tel quel jusqu’à sa décomposition, avec ajout régulier pour compenser la matière décomposée dans le cas d’un paillage permanent (pour les fraisiers par exemple). Pour pailler des arbres, vous étalerez le broyat de bois sur 3 à 10 cm sur toute la surface de leur couronne. Cette matière organique très riche en carbone sera mise en place comme couverture entre la fin de l’hiver et le printemps. Le sol forestier est considéré comme le meilleur des sols, stable et fertile. Composé d’humus fabriqué lentement par la matière qui tombe au sol et les organismes qui travaillent à la décomposer, il paraît assez simple de le reproduire tout simplement en recouvrant le sol du jardin de bois, broyé pour plus d’efficacité.
b. En Amendement
Il est possible d’intégrer le broyat sur quelques centimètres, à condition que ce soit superficiel et que la terre ne recouvre pas le broyat. Vous intégrerez le broyat dans le sol en automne plutôt qu’au printemps. En effet, au printemps, vous risquez de provoquer une importante faim d’azote : les bactéries qui décomposent la matière organique ont besoin d’azote pour faire leur travail. Or, le broyat est riche en carbone mais très peu en azote. Tout ce qui est disponible dans le sol va être puisé pour la décomposition, et il n’y en aura plus de disponible pour les plantes qui poussent ou sont mises en place à cette période clé de l’année. Cette carence va durer environ 6 mois, autant dire que les plantations de l’année seront assez mal loties !
En automne par contre, beaucoup d’azote est présent dans le sol (toutes les plantes herbacées en fin de culture qui meurent au sol, y compris leurs racines, en apportent beaucoup). Et il n’est pas utilisé donc il finit par être lessivé et partir dans les nappes phréatiques sous forme de nitrates. Il est alors judicieux de mettre beaucoup de broyat sur et dans le sol, cela va mobiliser cet azote qui ne sera donc pas perdu. Si vous utilisez en même temps d’autres méthodes de fertilisation, vous pouvez apporter du broyat en amendement même en fin d’hiver. Par exemple, vous pouvez le mettre en place au pied d’engrais verts ou de cultures de pois et autres légumineuses.
c. Le BRF
En ce qui concerne le BRF, voici ce qui est préconisé : prélevé et broyé entre la fin de l’automne et le début de l’hiver, il est épandu au sol sur 3 cm, un sol même enherbé. Il est conseillé d’avoir réalisé un semis de légumineuses pour assurer par la suite la présence d’azote. Il pourra avantageusement être recouvert de paille qui maintiendra une certaine chaleur et protégera toute la faune qui vit dans le sol. La paille favorisera de ce fait la décomposition qui sera plus rapide.
Après 3 à 4 mois, au printemps donc, sa décomposition a commencé et de nombreux champignons doivent l’avoir colonisé. Certains l’enterrent alors dans le sol, dans les 10 premiers centimètres, mais cela n’est pas recommandé. En effet, tous ces organismes décomposeurs, les champignons ici, sont des organismes aérobies. Cela signifie qu’ils ont besoin d’oxygène pour vivre et se multiplier. Et en enfouissant la matière organique dans le sol, vous les privez d’oxygène, et le travail de décomposition s’arrête. Il suffit de regarder le sol d’une forêt et de s’en inspirer : la matière organique (feuilles, branches) tombe au sol, et elle y reste, elle n’est jamais enterrée. L’intégration, si elle est faite, sera donc superficielle et le BRF ne sera pas enterré.
Un apport de fumier bien composté pourra être fait en l’absence de culture de fèves et autres pois (toujours pour l’azote). Il sera alors possible de cultiver normalement votre sol, sans avoir besoin de le travailler.
3. Gestion des Gros Morceaux et Tamisage
Le principal problème que nous avons rencontré est la présence de gros morceaux dans le broyat livré. Ces derniers sont déjà assez secs et mettent plusieurs années à se décomposer complètement… si tant est que cela soit possible. Placée sur une brouette, le broyat y est jeté pour filtrage. Le broyat est placé dans une cagette en plastique qui est secouée au-dessus d’une brouette. Au vu des quantités de broyat à traiter, nous avons finalement opté pour l’achat d’un tamis rotatif Scheppach. C’est un matériel relativement cher (autant qu’un broyeur électrique), assez lourd et encombrant, mais il permet de traiter rapidement des volumes importants.
Le broyat doit être suffisamment humide. C’est un point à surveiller en été. Les matières brunes et vertes doivent être mélangées. Le jardinier Charles Dowding détaille ses expérimentations avec le broyat et les conditions pour parvenir à bien le décomposer.
La seconde utilisation du broyat tamisé est en paillage dans les allées du potager. En novembre de l’année suivante, le broyat est suffisamment composté. Nous le décaissons à la pelle et l’apportons sur les planches de culture situées juste à côté. Cela permet d'éliminer les adventices des allées et de doper la vie du sol aussi au-dessous des allées (et pas seulement sur les planches). Nous utilisons pour cela du broyat pur (non tamisé). Cette méthode fonctionne bien pour empêcher la repousse des graminées (sauf peut-être le chiendent), mais pour certaines autres plantes, elle ne suffira pas, à moins d’en remettre plusieurs fois d’affilée. Les boutons d’or, par exemple, semblent se moquer des épaisseurs de broyat qu’on dépose sur eux : il faut les biner dès qu’ils repoussent en éliminant leur racine.
Enduit terre mécanisé sur terre paille banché
4. Cas Spécifique : Le Broyat de Chutes de Scierie pour les Cours
Le sol de ma cour, entouré sur trois côtés et demi par la bâtisse, est totalement dégradé. Le socle rocheux de plaques de schistes apparaît çà et là. Cette cour doit devenir le cœur de la maison en été, l’endroit où l’on mange, où les enfants jouent, où l’on cuisine sur le barbecue ; et pour l’instant, c’est un désert de boue, de graviers, de fragments de lauzes, de touffes d’herbes maigres et de pieds de pourpier.
J'avais au jardin un tas de longues planchettes dont je ne savais que faire. Ces planchettes avaient été livrées en mélange avec les dosses de sciage qui me servent de bois de chauffage depuis deux ans. Elles correspondent à ce qui est expurgé quand les scieurs avivent les planches. Elles sont principalement constituées d’aubier (la partie plus tendre et plus jeune, celle que les champignons et les vrillettes attaquent en priorité).
Je me suis alors dit que si j’arrivais à broyer ces chutes, non seulement je me débarrasserais d’un tas disgracieux, mais en plus je pourrais en faire un revêtement de sol parfait pour la cour. Ce sol serait parfaitement modulable dans l’éventualité de futurs travaux, résistant aux roues d’un camion, pas salissant, ludique, frais l’été et chaud l’hiver. Il absorberait les eaux de pluie. Il amortirait même le rebond des gouttes qui tombent du toit, évitant de trop mouiller le pied des murs.
Pour broyer telles quelles les chutes de scierie, il faudrait un gros broyeur thermique, donc cher. Au début, j’imaginais louer les services de quelqu’un ou louer un tel broyeur, passer tout mon tas, et en rester là, sans acheter de broyeur. En réalité, en fait de rameaux de 4cm, il ne passe que ceux de sureau. Pour les essences dures, c’est plutôt 3cm. Et quand le bois est sec, la limite est plutôt à 2cm. Cela dit, pour faire les quelques mètres cube nécessaires pour recouvrir toute la cour de 5cm de copeaux, cela demande pas mal de travail. En effet, il me faut déligner les planches en largeurs de 2cm à la scie circulaire avant de les passer au broyeur.
Petite subtilité supplémentaire : contrairement à des branches naturelles, ces tasseaux que je broie n’ont pas de rameaux par lesquels on termine de pousser dans l’ouverture du broyeur, et qui finissent par être broyés un peu n’importe comment quand il faut bien lâcher. Si je laisse les vingt derniers centimètres de mes tasseaux vivre leur vie entre la goulotte et les couteaux sans que je puisse les guider, ils peuvent arriver à se mettre en travers et tout bloquer. La subtilité consiste en fait à ne pas broyer les vingt derniers centimètres : dès qu’il ne reste plus qu’un petit bout qui dépasse de la goulotte, plutôt que de lâcher et prier pour que ça ne bloque pas, je retire ce qui reste, et je le jette dans ma caisse à chutes de menuiserie (destinées au feu). On peut considérer que c’est nettement moins que le temps que j’aurais passé à faire une dalle en béton.
Après avoir eu cette idée de broyat de chutes de scierie pour la cour et en paillage, je suis tombé sur un podcast du Land Stewardship Project -une association du Minnesota- à propos d’une ferme en permaculture où le fermier utilisait systématiquement ces chutes broyées en paillage. Mais lui avait choisi d’acheter un gros broyeur.
