Le Carpocapse du Prunier : Comprendre et Lutter Efficacement avec les Pièges à Phéromones

Illustration d'un prunier et d'une prune infestée par le carpocapse

Le carpocapse du prunier, scientifiquement connu sous le nom de Grapholita funebrana ou Cydia funebrana, représente un fléau majeur pour les vergers, capable de compromettre sérieusement les récoltes de prunes, mirabelles, quetsches et reines-claudes. Ce petit papillon discret, dont les larves dévorent les fruits de l'intérieur, est la deuxième cause de dommages dans la production de fruits après le carpocapse de la pomme. Comprendre son cycle de vie et mettre en place des stratégies de lutte efficaces, notamment grâce aux pièges à phéromones, est essentiel pour tout jardinier soucieux de protéger ses arbres fruitiers.

Qu'est-ce que le Carpocapse du Prunier ? Description et Cycle de Vie

Le carpocapse du prunier est un papillon d'une envergure d'environ 15 mm, caractérisé par des ailes antérieures triangulaires foncées, ornées d'une tache grise cendrée contenant quatre petits bâtonnets noirs horizontaux. Ses ailes postérieures sont de couleur brune. L'adulte est un papillon discret, d'une taille d'environ 8 mm, de couleur grise avec des écailles bleues. Il vole principalement au crépuscule et tôt dans la nuit.

Le cycle de vie du carpocapse est fascinant et rapide, s'étalant généralement sur 3 à 4 semaines, du stade d'œuf à celui de papillon, en fonction des conditions environnementales et du climat. On observe généralement deux générations par an, et parfois une troisième dans les régions plus chaudes.

Cycle de vie du carpocapse du prunier

Les chenilles passent l'hiver enkystées dans le sol ou sous l’écorce des pruniers, à l'abri dans un cocon protecteur. À la fin du mois de mars, ces chenilles se transforment en chrysalides. Les papillons commencent à émerger dès la fin avril et jusqu'à juin. Les adultes sont les plus nombreux deux semaines après la floraison des pruniers, en pleine période de reproduction.

Les femelles pondent leurs œufs sur les fleurs pollinisées ou directement sur les fruits déjà développés, lorsque les fruits ont atteint environ 1 cm de diamètre et que les températures dépassent les 15°C. Les œufs, plats et blancs, sont déposés individuellement, un par jeune fruit. La période de ponte peut s'étaler sur un mois, avec une moyenne de 45 œufs par femelle. Si les températures baissent, la ponte peut être temporairement interrompue. Par temps chaud, les œufs éclosent après seulement une semaine.

Après éclosion, les larves pénètrent très rapidement dans la pulpe de la prune en creusant des galeries. Ces jeunes vers des prunes sont de couleur crème, tandis que les larves matures, qui mesurent entre 10 et 12 mm, sont roses avec une tête brune ou noire. Elles dévorent les prunes de l'intérieur, rendant le fruit impropre à la consommation. Lorsque la larve perce le pédoncule, elle se transforme en un vairon juste sous la peau avant de ramper jusqu'au noyau. Elle ronge ensuite la chair autour de la pierre. Lorsque la gomme de prune quitte le fruit le long de la peau, un trou de 2 mm se forme dans le fruit, d'où peut suinter une sorte de résine qui durcit.

Les chenilles quittent le fruit une fois leur développement achevé, soit en se laissant tomber au sol sur un fil, soit en cherchant refuge dans les crevasses de l'écorce. Selon la période de l'année, elles se nymphosent pour donner naissance à un papillon adulte, initiant ainsi une nouvelle génération, ou elles se créent un cocon pour passer l'hiver.

La première génération n'occasionne généralement que peu de dégâts, mais les vers de la seconde génération peuvent causer des dommages très importants, notamment pour les variétés semi-tardives ou tardives, pouvant entraîner l'échec de cultures entières. Le vol de la seconde génération a lieu fin juin, et la ponte s'échelonne sur un mois, avec des œufs déposés sur les prunes en cours de maturation.

Symptômes et Conséquences de l'Infestation

Les fruits atteints par le carpocapse du prunier présentent plusieurs symptômes distinctifs. Ils prennent une couleur foncée, cessent leur développement et tombent prématurément. À l'ouverture, on observe des galeries creusées par les larves roses et des déjections à l'intérieur, rendant le fruit non comestible. Les fruits sont percés de galeries et infestés par ces chenilles.

L'évolution de l'infestation est rapide : les fruits tombent à terre et sont perdus pour la consommation. Une attaque sérieuse peut sérieusement compromettre la récolte, surtout pour les variétés sensibles.

Il est important de ne pas confondre les dégâts du carpocapse du prunier avec ceux de la tenthrède du prunier (Hoplocampa). Le pic de vol de l'hoplocampe tombe en avril, au moment où les prunes sont en pleine floraison. Elles pondent leurs œufs dans le calice des fleurs de prunier pendant plusieurs semaines. La larve de l'hoplocampa du prunier mesure 11 mm de long, est de couleur blanche avec une tête brun clair à un stade larvaire plus avancé. Contrairement aux larves matures roses du carpocapse, les jeunes larves de l'hoplocampe sont également de couleur crème. La larve de l'hoplocampa de la prune se déplace d'un fruit à l'autre, touchant facilement environ cinq prunes. Les trous de sonde de l'hoplocampe sont reconnaissables à la pulpe noire et humide qui entoure le trou.

Prunes saines et prunes infestées par des vers

Les Pièges à Phéromones : Une Solution Écologique et Efficace

La meilleure lutte contre le carpocapse est la prévention, et le piégeage des adultes avant leur reproduction via des pièges à phéromones est une méthode de choix. Cette approche s'inscrit parfaitement dans le cadre de la culture biologique et représente une méthode de lutte biologique intégrée respectueuse de l'environnement.

Fonctionnement du Piège à Phéromones

Le piège à phéromones anti carpocapse du prunier est conçu pour attirer et attraper les individus mâles de l’espèce. Un piège se présente souvent sous la forme d’une « maisonnette » triangulaire (piège Delta) ou d'une petite plateforme. Il se compose d’une plaque engluée et d’une capsule de phéromones sexuelles spécifiques de l’insecte visé.

Les phéromones femelles contenues dans les capsules émettent l'odeur sexuelle que les carpocapses du prunier femelles sécrètent pour attirer les mâles. Les mâles, attirés par cette phéromone, viennent se poser sur la plaque engluée et se retrouvent piégés, empêchant ainsi la reproduction et la propagation des ravageurs.

Ces pièges sont utilisés pour détecter les vols de papillons, teignes et autres lépidoptères. Ils permettent également de cibler au mieux la période de traitement avec un insecticide biologique spécifique des chenilles, le cas échéant.

Schéma de fonctionnement d'un piège à phéromones

Installation et Utilisation des Pièges

Les pièges à phéromones sont vendus pratiquement prêts à l’emploi et sont très simples d’installation. Il vous suffit de retirer le piège de son emballage et de l’accrocher à la hauteur souhaitée dans votre prunier grâce à la ficelle prévue à cet effet. Pour une efficacité optimale, le piège est à suspendre dans l'arbre à une hauteur d'environ 2 mètres.

Sur le fond du piège, déposez une capsule de phéromone. Il est important de ne pas toucher la capsule avec les doigts afin de ne pas modifier son odeur. Une capsule de phéromone reste active pendant 6 semaines. La durée d'utilisation d'un piège est généralement de 2 mois ; passé ce délai, il faut le renouveler. Un pack "Piège Delta carpocapse des prunes" comprend souvent deux capsules de phéromones, suffisantes pour une protection de 12 semaines. Le piège Delta est réutilisable pendant au moins trois ans.

Période d'installation

Il est crucial d'accrocher le piège à phéromones du carpocapse du prunier à temps. Les observations montrent que le carpocapse des prunes commence généralement à voler autour du mois d'avril et peut rester actif jusqu'en septembre. En principe, les premiers papillons adultes apparaissent vers le début du mois de mai, mais en raison des années chaudes, les papillons peuvent se nymphoser plus tôt après l'hiver.

Il est recommandé d'installer les pièges dès la mi-avril, voire début avril par temps chaud, et de les laisser en place jusqu'à septembre (pour les variétés tardives). Il est préférable d'accrocher le piège à phéromones quelques semaines trop tôt que trop tard. Le pic de vol du carpocapse du prunier se situe en juin et juillet. Cette période doit absolument maintenir le piège à phéromones, sinon des dégâts importants vont se produire dans les cultures tardives. La deuxième période de vol est encore plus dommageable que la première.

Si vous avez raté le début du vol, installez tout de même un piège. Le carpocapse des prunes a deux générations par an, donc vous pouvez encore en suspendre un plus tard dans la saison, de juin à fin août (ou septembre par temps chaud), car c'est le temps que peuvent voler les papillons de la deuxième génération.

Quantité de pièges

Installez 2 à 3 pièges par arbre, au moment de l’envol des papillons. Attention : si vous installez trop de pièges, l’odeur des phéromones se diffuse trop largement. Cela attire de nombreux papillons mâles, mais ils ne trouvent plus le piège efficacement.

COMMENT PIÉGER LE CARPOCAPSE?

Rechargement

Vous pouvez recharger vos pièges avec des recharges de phéromones spécifiques contre le ver des prunes. Rajoutez un second piège ou renouvelez la capsule au bout de 8 semaines, car il y a deux générations de carpocapse.

Avantages des Pièges à Phéromones

Les pièges à phéromones, sélectionnés pour la culture biologique, présentent de nombreux avantages :

  • Sans insecticide ni produit chimique : C'est un piège à phéromones redoutable contre le carpocapse des prunes, sans nuire aux ennemis naturels présents dans le verger (perce-oreilles, chrysopes, guêpes parasites, coccinelles et oiseaux).
  • Méthode de surveillance : Un piège à phéromones est un système de surveillance. Il nous permet de savoir exactement quand les vols du carpocapse du prunier ont commencé dans notre région. C'est important pour effectuer un contrôle tel que le lâcher de lianes de Trichogrammes au bon moment.
  • Réduction de l'infestation : De nombreux jardiniers ont observé une nette réduction des dommages causés par le carpocapse des prunes après l'installation de ces pièges. Par expérience, les pièges à phéromones peuvent, au fil du temps, réduire le carpocapse du prunier au point qu'aucun autre contrôle n'est nécessaire et que l'infestation est minimisée.
  • Ciblage des traitements : Il permet également de cibler au mieux la période de traitement avec un insecticide biologique spécifique des chenilles, le cas échéant.

Il est important d'éviter de rentrer en contact avec d'autres objets ou plantes afin de ne pas disséminer la phéromone du carpocapse des prunes dans l'environnement.

Autres Solutions de Lutte Biologique et Prévention

Du fait de la haute taille des pruniers, il est souvent difficile d'atteindre les stades baladeurs des vers des prunes au cours d'un traitement avec un insecticide biologique contre les vers et chenilles. C'est pourquoi d'autres solutions de lutte biologique sont très intéressantes et complémentaires aux pièges à phéromones.

1. Guêpes Parasitoïdes Trichogramma

Les guêpes parasitoïdes Trichogramma se développent sous forme de larves dans les œufs des papillons et des mites, un phénomène appelé parasitisme des œufs. Une espèce particulière de guêpe Trichogramma parasite les œufs du papillon de la prune. À partir d'un œuf parasité, une nouvelle guêpe parasitoïde émerge après 10 jours à la place d'une larve du pique-prune. Si vous connaissez l'heure exacte à laquelle les œufs ont été déposés par le carpocapse du prunier, vous pouvez accrocher les cartes avec la bonne espèce de guêpes parasitoïdes Trichogramma ici.

2. Bandes de Carton Ondulé pour Piéger les Chenilles

Les chenilles adultes se laissent tomber au sol sur un fil ou se réfugient dans les crevasses de l'écorce. Cela se produit également avec le carpocapse. Pour intercepter ces chenilles, vous pouvez accrocher des sangles de retenue en carton ondulé autour du tronc de l'arbre. Les chenilles qui cherchent un lieu d'hibernation s'y cacheront plutôt que dans les crevasses de l'écorce.

Suspendez le collier dès le début du mois de juin et retirez-le à la fin du mois de juillet afin d'éliminer déjà partiellement les chenilles de la première génération du carpocapse du prunier. Répétez cette opération pour la deuxième génération de mouches de la prune en appliquant une nouvelle bande de piégeage à la fin du mois de juillet et en la retirant à la fin du mois de septembre.

Conseil : Découpez le carton ondulé à une hauteur de 20 cm, utilisez du carton ondulé double, puis enroulez du plastique ou un filet fin autour de celui-ci pour une meilleure efficacité.

3. Favoriser les Prédateurs Naturels

Une méthode ancienne mais très éprouvée consiste à s'assurer qu'il y a beaucoup de perce-oreilles dans votre verger. Les perce-oreilles sont de véritables auxiliaires qui ont une variété d'insectes à leur menu, y compris les pucerons et les chenilles du carpocapse et du carpocapse du prunier.

Conseil : Remplissez des pots en terre cuite de paille et recouvrez-les de grillage à poules. Puis accrochez-les à l'envers dans les arbres. Les perce-oreilles y trouveront refuge.

D'autres prédateurs naturels à favoriser incluent les oiseaux (installez des nichoirs et des mangeoires, offrez-leur de l'eau en été, des boules de graisses en hiver) et les chauve-souris (installez-leur des nichoirs). La biodiversité au jardin et au verger est la solution à long terme, car les ennemis naturels maintiennent l'équilibre des parasites.

4. Nématodes Entomopathogènes

Les chenilles du carpocapse du prunier restent dans les prunes en tant que larves tout au long de leur cycle de vie, les rendant difficiles à contrôler à ce moment-là. Il faut 4 à 5 semaines pour qu'elles atteignent la maturité. Puis elles quittent le fruit en se laissant tomber avec un fil qui tourne.

La première génération de chenilles se transforme en chrysalide entre la mi-juin et la mi-juillet. À cette période, vous pouvez traiter le tronc de l'arbre et le sol avec Felti-care (nématodes entomopathogènes). Pour cibler la deuxième génération de chenilles, traitez en septembre-octobre. Les températures du soir et de la nuit doivent être d'au moins 12°C ; des températures plus élevées sont préférables. Les nématodes doivent être appliqués sur le tronc humide de l'arbre dans la soirée, car ils ne supportent pas les rayons UV. Traitez le sol sous les arbres et les troncs d'arbres jusqu'à 1 mètre de hauteur.

5. Ramassage des Fruits Tombés

Le ramassage d'un maximum de prunes tombées au sol permet de contenir les infestations du carpocapse du prunier. Il est donc important de ramasser quotidiennement les prunes qui se retrouvent sur le sol après la première et la deuxième génération et de les jeter dans la poubelle des déchets organiques, certainement pas sur le tas de compost.

6. Poules dans le Verger

Les poules sont d'excellentes alliées au verger, car elles mangent les pupes du carpocapse qui passent l'hiver dans le sol.

7. Ensachage des Fruits

Une méthode douce et efficace consiste à ensacher vos fruits lorsqu’ils sont encore très petits, avant la date d’envol des papillons. Cela crée une barrière physique contre la ponte des œufs.

Promouvoir la Biodiversité pour un Jardin Équilibré

Aménager un jardin favorable à la biodiversité

Le point le plus important de toute stratégie de lutte contre les parasites est de promouvoir la biodiversité. C'est la réponse aux parasites dans notre jardin, car les ennemis naturels maintiennent l'équilibre des parasites. Nous aurons toujours des insectes nuisibles, mais nous les remarquerons à peine car ils serviront de nourriture aux ennemis naturels présents. La nature elle-même équilibre tout.

Pour cela :

  • Accrochez des nichoirs pour les mésanges et pour les chauve-souris.
  • Accrochez plusieurs hôtels d'insectes pour les abeilles solitaires et une boîte à coccinelles.
  • Fabriquez vos propres maisons de perce-oreilles à accrocher dans les arbres.
  • Très important : aménagez un jardin naturel avec des haies, des arbustes et des arbres dans lesquels les insectes utiles peuvent également passer l'hiver.
  • Ne tondez pas l'herbe sous les arbres fruitiers tout court, mais laissez les morceaux pousser plus haut.

En adoptant une approche intégrée combinant les pièges à phéromones et ces diverses méthodes de lutte biologique et de prévention, il est tout à fait possible de protéger vos pruniers et de récolter des fruits sains et délicieux, tout en respectant l'équilibre de votre jardin.

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