L’engouement actuel pour les potagers prend une telle ampleur que l’on parle autant d’agriculture urbaine que de jardin potager. Cette culture autrefois réservée à un lieu bien déterminé au sein d’un jardin s’émancipe dans toutes les configurations possibles. Même les principes de base ont évolué, les pratiques et les supports de culture également. L’envie de récolter ce que l’on va consommer reste cependant identique. Le potager devient ainsi un style de jardin très prisé. C’est un espace réservé aux cultures nourricières. Il peut rassembler des légumes, des plantes aromatiques et des petits fruits comme les groseilles, le cassis, les framboises, les fraises et autres fruits poussant sur des arbustes ou des plantes vivaces. Les arbres fruitiers sont, eux, plantés dans un verger, ou dans une autre partie du jardin d’ornement. Mais les espaces clairement dédiés à ces catégories de plantations dans les anciens jardins ont évolué à notre époque pour finalement se confondre de plus en plus.

La planification : une étape indispensable
Pour beaucoup d'entre vous, potagistes débutants et confirmés, le même problème se répète à chaque printemps : un vrai casse-tête chinois. Comment trouver la bonne place pour chaque légume dans votre potager ? Pour qu'ils grandissent bien, pour qu'ils ne poussent pas les uns par-dessus les autres, et pour pouvoir enchaîner plusieurs cultures au même endroit dans l'année, ne vous en remettez plus au hasard pour placer vos légumes. Faire un plan, c'est simple.
La méthode que je vais vous montrer convient pour les potagers de petite taille (potagers en carrés), ceux de taille moyenne (moins de 100 m2 ce qui équivaut à un carré de 10 m sur 10 m), et pour les potagers menés en rangs classiques de légumes, ou menés en cultures associées : un mélange de microparcelles contenant des légumes qui s'entendent bien ensemble.
Avant de commencer, deux choses sont à faire :
- Faites un plan très sommaire de votre potager : dessinez juste des rectangles (ou des carrés) pour matérialiser chaque parcelle. Les rectangles doivent être assez grands pour que vous ayez la place d'écrire les noms des légumes dedans. N'oubliez pas d'indiquer dans quelle direction donne le soleil, en faisant une petite flèche dans un coin. Si il y a des « obstacles » (maison, haie, grands arbres) qui pourraient faire de l'ombre, dessinez-les aussi.
- Sur une autre feuille, faites la liste des légumes que vous voulez faire pousser. Ne mettez pas tous les légumes imaginables, mais choisissez uniquement ceux que vous aimez manger. Indiquez à côté de chaque légume si vous en voulez un peu, moyennement ou beaucoup.
Comment faire un PLAN de JARDIN ?
Stratégies de répartition des cultures
Une fois le plan tracé, la répartition doit suivre une logique de besoins et de développement.
Les légumes assoiffés de soleil
Placez en premier les légumes assoiffés de soleil. Ces légumes viennent des pays chauds et il faut leur donner les meilleurs emplacements pour qu'ils poussent bien dans nos contrées. Il s'agit de l'aubergine, du melon, du piment, du poivron et de la tomate. Sur votre plan, grâce à la petite flèche, vous savez d'où vient le soleil. Méfiez-vous aussi des zones qui seraient à l'ombre, surtout pendant l'après-midi. Muni d'un crayon à papier et d'une gomme, commencez à répartir ces légumes sur votre plan. Pour ne pas vous perdre, au fur et à mesure que vous avez placé un légume, je vous conseille de le cocher dans votre liste personnelle.
Les légumes à long développement
Placez ensuite les légumes qui prennent du temps pour pousser. Ce sont eux qui vont occuper le plus de place et pendant la plus longue durée. Cette liste comprend : ail, bette, carotte, céleri, choux (tous), concombre, courge, courgette, échalote, fenouil, fève, maïs, oignon de garde, poireau, tomate. Placez ces légumes sur votre plan, en veillant à ce que les légumes de grande hauteur ne cachent pas le soleil aux autres légumes qui poussent à proximité. Par exemple, n'hésitez pas à reculer les tomates d'un rang ou d'un carré pour pouvoir mettre des carottes devant.
Les légumes à développement rapide
Pour finir, placez les légumes qui poussent vite. Mettez-les là où il reste de la place sur votre plan. En général, ces légumes n'occupent pas beaucoup d'espace. Ils peuvent même servir de bouche-trou. Voici les légumes rapides : chou-rave, épinard, haricot nain, laitue, navet, oignon blanc (bulbes), pois, radis, engrais vert rapide (moutarde, phacélie).
Diversité des supports de culture
Le potager se construit au-dessus de la surface du sol. L’encadrement se fait avec toute sorte de matériaux (bois, métal, PVC,…). La hauteur, d’environ 40 à 60 cm, se choisit en fonction des matériaux disponibles et de ce que l’on souhaite créer. Ce jardin potager se répartit en carrés de petites superficies (entre 1,20 m et 1,50 m de côté environ) divisés en parcelles (ou compartiments) égales, le plus souvent carrées ou rectangulaires. Cette organisation a l’avantage d’optimiser la surface cultivée. Différentes sortes de légumes se côtoient dans ce système, ce qui multiplie la diversité végétale.

Ce potager reprend les formes du potager en carré mais sa hauteur est plus importante. La plupart des structures proposées dans le commerce sont sur pied, à 80 ou 90 cm de hauteur. Mais il est aussi possible de construire un potager surélevé sans avoir d’espace libre en dessous. Dans ce cas, la hauteur de terre sera plus importante, ce qui peut privilégier certaines plantes comme les légumes racines. Au jardin, le potager surélevé est plébiscité pour minimiser les efforts physiques : en effet, il n’y a plus besoin de se baisser pour semer, planter ou récolter.
Dans les jardins de ville exigus, la seule solution pour cultiver fleurs et légumes réside souvent dans l’utilisation des surfaces verticales. Les plantes poussent dans des poches de terre, mais la terre peut également être remplacée par un feutre qui se décompose au fil des mois. L’arrosage se fait par goutte-à-goutte et contient le plus souvent une solution nutritive, solution que l’on retrouve dans les structures de culture en hydroponie.
La rotation des cultures : préserver la santé du sol
La rotation des cultures est le moyen le plus sûr pour éviter d'une part l'épuisement des sols, d'autre part la propagation des parasites et des maladies spécifiques à certains légumes, et qui peuvent rester en dormance dans le sol jusqu'au printemps suivant. Cette rotation suit un principe simple : changer l'endroit où l'on plante chaque culture chaque année, selon un ordre prenant en compte les besoins nutritifs des familles de légumes.
La répétition d'une même plante au même endroit augmente les risques de dégâts dus à des maladies ou à des ravageurs et de « fatigue du sol » si l'on ne veille pas à réapporter les éléments utilisés par cette plante en quantités suffisantes. Cultiver sans interruptions des plantes de la même famille au même endroit contribue à appauvrir le sol et à augmenter les risques d'infestation par des bioagresseurs. C'est pourquoi, depuis fort longtemps, les jardiniers et les agriculteurs pratiquent au potager comme au champ une rotation des cultures.
Que ce soit sur un petit ou un grand terrain, la rotation des cultures peut se faire sur un minimum de trois ou quatre ans avec la possibilité d'intercaler un engrais vert. Un exemple classique de rotation sur quatre ans :
- Première année : légumes feuilles (choux, salades, épinard).
- Deuxième année : légumes racines (carotte, betterave, navet, radis, pomme de terre).
- Troisième année : légumes grains (fèves, haricots, pois) ou engrais vert (phacélie, moutarde, luzerne, vesce).
- Quatrième année : légumes fruits (tomate, courgette, aubergine, potiron, concombre, cornichon) ou légumes bulbes (ail, oignon, échalote).
Optimisation par l'association des cultures
Dans ce dossier, nous abordons les associations de cultures au potager. Oubliez les tableaux que l'on trouve sur le net : ils sont remplis de contradictions et nous compliquent plus la vie qu'autre chose. Les associations au potager sont donc des plantes que l'on fait pousser ensemble pour créer des synergies. Le principe est d'associer des plantes qui ont une action l'une sur l'autre. Néanmoins, ces associations sont parfois difficiles à mettre en place, car elles peuvent demander beaucoup d'organisation en amont.

Nous ne faisons plus que des associations « gain de place ». Le principe est d'associer des plantes au port plus ou moins haut pour maximiser la photosynthèse sur une surface donnée en jouant sur les étages de végétation. La règle générale consiste à maximiser la photosynthèse. On cherchera alors à occuper toute la surface disponible avec des feuilles, situées à différents étages. Cette maximisation se joue également dans le temps. Par exemple, lorsque vous plantez vos pieds de tomates en mai, pourquoi ne pas réaliser un ou deux cycles de radis avant que vos tomates ne prennent toute la place ?
Il est très utile d'installer dans vos associations au potager des plantes qui fixent l'azote atmosphérique. Ce sont les légumineuses. En mourant, ces plantes vont libérer de l'azote dans le sol, aidant les futures cultures à bien se développer. Les pois, haricots, et fèves sont les trois cultures potagères principales qui remplissent cette fonction. Si vous le pouvez, installez-en dans vos associations, cela ne fera que du bien à votre sol.
Gestion des allées et délimitation physique
Organiser son potager consiste à concevoir en amont la forme qu'il va prendre, en imaginant par exemple les différents espaces de culture et les allées pour s'y déplacer. À ce propos, prévoyez des allées plus ou moins larges en fonction des outils que vous comptez utiliser, la brouette par exemple. Outre le fait d'organiser des espaces distincts, la délimitation du potager avec des bordures permet de retenir la terre et ainsi limiter l'érosion des sols.
Pour délimiter un potager, la meilleure chose à faire est sans doute de faire un plan. Une fois votre potager délimité théoriquement, il est temps de délimiter les espaces concrètement sur le terrain, en installant des bordures. Vous pouvez par exemple opter pour des bordures en pierre. Granit, ardoise ou grès sont appréciées pour leur côté esthétique et chaleureux. Dans la pratique, les pierres sont également très pratiques, voire nécessaires, quand il faut retenir les terres d'un terrain pentu.
Non moins élégant, le treillage peut lui aussi faire office de bordures au potager. Comme la pierre, il est non seulement utile mais également très décoratif. Il peut en effet tout à la fois servir de tuteur et offrir au jardinier la liberté de créer des motifs artistiques. Noisetier, rotin, bambous ou osiers, branches de châtaigniers ou de saules, vous n'avez que l'embarras du choix quant à la matière première. Les planches en bois, que l'on rencontre souvent dans les potagers, sont également un très bon moyen, efficace et économe, de délimiter des espaces. Mais le bois pourrit très rapidement avec l'humidité. Privilégiez des essences imputrescibles comme le Douglas ou l'acacia.
Pour les allées, certains jardiniers laissent pousser l'herbe et la tondent au coupe-bordure, ce qui est très bon marché. D'autres utilisent des bâches en plastique recouvertes de briques récupérées ou de l'herbe de tonte pour éviter la pousse des indésirables. L'utilisation de dosses (planche faite avec le bord des troncs) est une solution naturelle et esthétique pour délimiter les carrés de culture.
Techniques de succession culturale pour une productivité accrue
Comment réussir durant la saison potagère à faire se suivre 2, 3 voire 4 légumes sur une même planche de culture ? Faire se succéder efficacement et rapidement les cultures, voilà un enjeu fort du potager productif. Optimiser l'espace au potager permet naturellement une augmentation des rendements au m2.
Semis en contenant
Réaliser vos semis dans des contenants (godets, plaque de culture, terrine…) permet d'une part d'allonger la saison de culture (les semis peuvent être démarrés au chaud, à une période où les semis en pleine terre sont impossibles), d'autre part d'accélérer la succession des cultures au potager.
Le chevauchement de cultures
Contrairement à la contre-plantation, qui consiste à semer ou repiquer plusieurs cultures conjointement dans le temps, le chevauchement désigne l'installation d'une culture au sein d'une autre culture qui s'apprête à être récoltée (généralement sous 15 jours à 3 semaines). Les cultures en chevauchement ne se côtoient donc que très peu de temps, mais permettent une accélération évidente dans la succession des cultures.
Récolte dès maturité
Nombreux sont les légumes qu'il est possible de conserver en terre, en envisageant une récolte échelonnée. C'est le cas des carottes, betteraves, panais. Pour optimiser la succession de vos cultures, récoltez dès maturité et privilégiez le stockage en cave ou en silo. Planifiez vos semis : lorsque vous récoltez une planche de culture, vous aurez intérêt, le jour même, à y repiquer le légume qui prendra la suite. Pour avoir de jeunes plants prêts à être repiqués, il vous faudra avoir anticipé vos semis. Créer votre propre calendrier du jardinier devient alors indispensable.

Il est fréquent que les carottes primeurs ne soient pas encore récoltées au moment de repiquer des tomates d'été. Les tomates sont donc repiquées au milieu des carottes (chevauchement). En septembre-octobre, on peut repiquer des choux pommés et des verdures asiatiques sous les tomates encore en place. Fin octobre/début novembre, on coupe au pied les pieds de tomates.
Entretien et fertilité du sol
L'entretien du potager demande que le jardinier s'investisse dans la connaissance de ce qu'il cultive et des moyens à mettre en œuvre pour que cet entretien soit optimisé par des pratiques économes et respectueuses de l'environnement. L'arrosage du jardin potager est très important. C'est d'ailleurs, en général, le seul arrosage qui soit accepté par les arrêtés préfectoraux interdisant l'arrosage des jardins lors des périodes de sécheresse.
La couverture du sol par un paillis organique garde l'humidité plus longtemps en été, et protège le sol du soleil brûlant. La récolte régulière évite que les légumes ne grossissent de trop, perdent en saveur et deviennent durs. Laisser des légumes pourrir sur place peut ensuite attirer les maladies et parasites, ce qui est totalement contre-productif.
Tous les ans, faites un apport de matières organiques (fumier ou compost bien décomposé) pour entretenir la fertilité du sol. Avant la plantation de légumes-fruits, ajoutez du compost. Il est évident qu'en cultivant plus de plantes dans un même espace, votre sol aura besoin de plus de nutriments pour produire. Un sol déjà fertile nécessite 1 kg de compost mûr par an et par mètre carré. Cette quantité dépend des légumes, certains étant plus gourmands que d'autres.
D'une manière générale, il est toujours préférable de limiter les périodes où le sol est nu. Couvrir le sol avec une culture ou un paillage empêche le développement des espèces indésirables, favorise la vie biologique du sol, stabilise le sol et permet ainsi de limiter l'érosion, et enrichit le sol en matières organiques lorsqu'ils se décomposeront.
Réflexion sur les pratiques potagères modernes
L'engouement pour les potagers modernes, incluant la permaculture, invite à repenser nos méthodes traditionnelles. Si la culture en rangs reste un modèle efficace pour la gestion de l'espace, l'observation et la compréhension de l'écosystème deviennent primordiales. Cultiver une petite surface facilite le recours à des techniques manuelles et sobres. Vos engrais verts pourront être fauchés à la main, les limaces pourront être ramassées manuellement, et vos besoins en paillage seront limités.
Il est important de se détacher des dogmes et d'expérimenter. La phytosociologie et les influences négatives et positives entre les légumes en sont encore à leurs débuts. Ainsi, il reste beaucoup de choses à découvrir. Par exemple, pourquoi ne pas associer plantes annuelles et plantes vivaces ? Une rhubarbe placée au pied d'un fruitier profitera du soleil en début de printemps tant que l'arbre n'a pas fait ses feuilles par exemple.
En somme, l'organisation d'un potager, qu'il soit en carrés, en rangs ou en buttes de permaculture, repose sur une planification rigoureuse combinée à une observation constante du terrain. La recherche de l'autonomie et de la productivité passe par une gestion fine du temps, de l'espace et de la fertilité du sol, transformant chaque jardinier en un acteur conscient de son environnement nourricier.