L'oignon rose, avec sa tunique cuivrée caractéristique et sa chair fondante, représente bien plus qu'un simple légume. Il incarne une histoire riche, un patrimoine agricole et un savoir-faire transmis de génération en génération. Particulièrement emblématique, l'oignon de Roscoff, également appelé oignon de Roscoff, est une variété rustique et vigoureuse, cultivée depuis le XVIIe siècle dans la région du Léon, dans le nord du Finistère. Sa reconnaissance par une Appellation d'Origine Protégée (AOP) en 2013 témoigne de son caractère unique et de son ancrage territorial.

Une identité historique et géographique
L'oignon de Roscoff est un bel oignon à la tunique cuivrée, reconnaissable à sa chair blanche bordée d'un liseré rose. Sa référence à Roscoff s'explique par le fait que cette ville a longtemps été le seul port à vendre ces légumes en Grande-Bretagne. Son histoire est intrinsèquement liée aux "Johnnies", ces marchands d'oignons qui, du XIXe siècle au milieu du XXe siècle, partaient chaque été en Angleterre pour vendre leurs oignons roses. Transportant leurs tresses d'oignons sur leur bicyclette, les Johnnies ont contribué à la renommée de cette variété outre-Manche.
L'oignon de Roscoff a d'ailleurs une histoire fascinante. C'est un moine capucin, Frère Cyril, qui, à son retour de Lisbonne en 1647, sema les premières graines dans les jardins du couvent. À cette époque, l'oignon constituait un aliment essentiel pour les marins, en raison de sa richesse en vitamine C, permettant ainsi de prémunir contre le scorbut. Très vite remarqué pour ses qualités gustatives et sa très longue conservation, sa culture se développa rapidement dans les environs du port. Au XVIIIe siècle, avec le déclin du commerce de la toile, les paysans se tournèrent vers la culture de l'oignon et d'autres légumes sur Roscoff et les communes avoisinantes. L'histoire des Johnnies débuta en 1828, lorsqu'Henri Ollivier, un jeune paysan de Roscoff, tenta l'aventure de vendre ses oignons en Angleterre, en revenant les cales vides et les poches bien remplies. Le phénomène connut son apogée dans les années 1920 avec 9000 tonnes vendues outre-Manche par près de 1 400 Johnnies.
La crise économique des années 1930, la Seconde Guerre mondiale, la dévaluation de la livre et le protectionnisme anglais ont ensuite conduit au déclin des ventes outre-Manche. Menacé de disparition dans les années 1990, l'oignon de Roscoff est maintenant reconnu et sauvegardé par une Appellation d'origine protégée (AOP) depuis 2013. Selon un cahier des charges très précis, il doit être planté, récolté puis tressé manuellement dans une aire géographique délimitée, comprenant 24 communes du Haut-Léon, entre Kerlouan et Saint-Pol-de-Léon. Cependant, rien n'empêche les jardiniers amateurs d'en cultiver ailleurs, dans leur jardin.
La Maison des Johnnies et de l'Oignon de Roscoff, installée dans une ancienne ferme, retrace l'histoire de cette culture dans le pays de Léon, tandis que la Fête de l'oignon de Roscoff, célébrée chaque année sur le vieux port, met en avant le travail des producteurs et rend hommage à cette tradition.
Les spécificités de l'oignon rose
L'oignon rose, comme l'oignon de Roscoff, est de la variété Allium cepa. Il est peu sensible au mildiou, ce qui en fait une culture relativement robuste. Sa texture est croquante et juteuse lorsqu'il est cru, tandis qu'une fois cuit, l'oignon laisse apparaître une chair fondante et même sucrée. Cette saveur sucrée est intensifiée par la cuisson et le rend idéal pour les préparations crues, mais aussi pour les soupes, compotes d'oignons et ragoûts. Il est d'ailleurs recommandé par de nombreux cuisiniers pour son goût subtil et non écrasant. La variété 'Keravel', resélectionnée par l'Office Breton de Sélection, incarne parfaitement ces qualités, avec sa couleur rosée et ses arômes fruités prononcés.
Techniques de culture de l'oignon rose
La culture de l'oignon rose, qu'il s'agisse de l'oignon de Roscoff ou d'autres variétés roses, demande une certaine attention mais reste accessible aux jardiniers. Voici les étapes clés pour réussir sa culture :
Semis
Le semis de l'oignon rose peut être réalisé de différentes manières, en fonction de la période de récolte souhaitée :
- Semis de printemps pour une culture annuelle : Pour une culture annuelle, il faut compter 2 mois entre le semis et la plantation, idéalement en mai. Puis, à partir de la plantation, comptez 3 mois pour la récolte d'été. Les semis peuvent être effectués à partir de février en pépinière, avec 3 à 5 graines par motte, ou en terrine, avec un terreau "spécial semis" ou un compost finement tamisé, entre février et avril, à l'intérieur. La température de germination idéale se situe entre 13°C et 25°C. Les semis peuvent être disposés dans une mini-serre chauffante ou derrière une fenêtre orientée plein sud, en veillant à maintenir une humidité suffisante jusqu'à la levée. La germination prend généralement 8 à 18 jours.
- Semis direct en ligne : À partir de mi-mars à mai, les graines peuvent être semées directement en ligne, à environ 1 cm de profondeur. Il est important d'éclaircir les plants en laissant un espace de 10 à 15 cm entre eux.
- Semis de fin d'été pour une culture bisannuelle : Pour une culture bisannuelle, il faut compter 7-8 mois entre le semis direct et la récolte. Le semis direct en ligne peut être réalisé d'août à octobre pour une récolte printanière.

- Variétés spécifiques : Pour les variétés géantes, il est conseillé de semer en pépinière en février-mars, puis de repiquer une ou deux fois en coupant l'extrémité des racines et un peu les feuilles. Certaines variétés, comme les 6459, 6457, 6465, 6490, 6503, 6522, 6526 et 6534, sont adaptées à la culture automnale pour une récolte printanière, avec un semis direct en ligne d'août à octobre, suivi ou non d'un repiquage.
Repiquage
Lorsque les plants sont suffisamment vigoureux, avec 2 feuilles et une taille de 6 à 9 cm, ils peuvent être repiqués directement en pleine terre, idéalement en avril/mai. L'écartement recommandé est de 15 cm x 20 cm. Il est essentiel de bien arroser après le repiquage.
Sol et emplacement
L'oignon apprécie un endroit ensoleillé, avec un sol léger et bien drainé, sans fumure fraîche. Il est idéal de le cultiver après une culture gourmande comme la tomate, le chou, la courgette, le melon, la courge ou la pomme de terre. Pour les terrains lourds et humides, il est préférable de cultiver sur butte pour assurer un bon drainage.
Entretien
- Arrosage : Diminuez les arrosages juste avant la formation du bulbe. Par la suite, n'arrosez qu'en cas de sécheresse exceptionnelle. La formation du bulbe débute lorsque le feuillage commence tout juste à jaunir.
- Désherbage et binage : Pensez à désherber et biner régulièrement vos rangs. Lorsque le bulbe se forme, privilégiez le désherbage manuel, car le système racinaire de l'oignon est superficiel et il n'apprécie pas que la terre soit retournée régulièrement. Il n'est pas recommandé d'apporter un paillage.
- Apports nutritifs : Il est possible de faire un apport de purin de prêle, qui apportera une meilleure résistance face aux champignons et un bon maintien des parties aériennes. Un apport modéré de purin d'ortie peut également être fait en début de culture. Il est important de noter que l'excès d'azote ou l'apport de fumure fraîche pourrait faciliter le développement de certaines maladies.
- Maturation des bulbes : À l'approche de la récolte, si le feuillage est trop imposant, vous pouvez le coucher à l'aide du dos d'un râteau. Cela favorisera la maturation des bulbes.
Les oignons au potager d'Olivier
Rotation des cultures et associations bénéfiques
Pour une culture saine, il est conseillé de respecter une rotation des cultures d'au moins 6 ans, voire 8 à 10 ans sans liliacées sur la même parcelle. Évitez de cultiver les oignons trop près des haricots, pois, fèves et pommes de terre. Privilégiez plutôt des associations avec les tomates, betteraves, fraisiers et panais. L'association oignon / carotte est particulièrement efficace, car il y a une répulsion mutuelle de leurs mouches respectives, agissant comme un répulsif naturel contre les ravageurs.
Besoins spécifiques
L'oignon a besoin d'une longueur de jour minimum (photopériode) pour la formation de son bulbe. Ce seuil est différent selon les variétés (de 12 à 16 heures). Les températures supérieures à 18°C déclenchent le renflement des bulbes, tandis que les températures basses initient la croissance végétative et l'émission des hampes florales (montée à graines).
Ravageurs et maladies
Les principaux ravageurs et maladies de l'oignon incluent les mouches de l'oignon et des semis, les thrips, les teignes du poireau, les nématodes, le mildiou, le botrytis, le sclérotinia, la rouille et le charbon de l'oignon. Une bonne rotation des cultures, un sol sain et des pratiques culturales adaptées contribuent à limiter ces problèmes.
Récolte et conservation
La récolte des oignons roses a lieu entre mi-juillet et fin août, environ cinq mois après la plantation, lorsque les feuilles jaunissent et que les deux tiers des oignons ont leurs feuillages qui retombent. Il est préférable d'arracher les bulbes par temps sec. Laissez-les sécher sur place au soleil pendant quelques jours pour finir de les faire mûrir et de les colorer. Cela leur donnera un goût plus prononcé et améliorera leur conservation.

Après le ressuyage, frottez les bulbes pour qu'ils soient intacts. Vous pouvez ensuite les suspendre en bottes, les étaler dans des clayettes ou les tresser en nattes suspendues. Placez-les à l'abri de la lumière, dans un endroit sec, frais et bien aéré, pour éviter qu'ils germent. La conservation est très bonne, généralement de mi-août à fin mars pour l'oignon de Roscoff. Une récolte tardive peut malheureusement entraîner une mauvaise conservation.
L'oignon rose dans la cuisine
Le goût croquant, juteux et fruité de l'oignon de Roscoff lorsqu'il est cru en fait un ingrédient idéal pour les salades et les garnitures. Une fois cuit, il devient sucré et fondant, avec une texture crémeuse. Sa saveur fruitée se maintient à la cuisson, le rendant parfait pour des plats mijotés, des soupes ou des compotes. Sa douceur permet de l'utiliser dans des plats où l'on souhaite une saveur d'oignon présente mais non dominante.
L'oignon de Roscoff, reconnu pour ses qualités de conservation et sa richesse en vitamine C, permettait de lutter contre le scorbut, ce qui en faisait un aliment précieux pour les marins. Aujourd'hui encore, sa saveur et ses propriétés nutritives en font un choix prisé des gourmets et des cuisiniers.
