Le binage est une pratique ancestrale remise au goût du jour par les impératifs de la transition agroécologique. Outil de désherbage mécanique travaillant dans l’inter-rang des cultures sarclées déjà implantées, la bineuse agit en coupant ou arrachant les adventices tout en remuant la terre. Elle permet aussi de décroûter et de butter, selon les différents éléments bineurs utilisés. Cette technique, facilement généralisable sur culture implantée à écartement suffisant pour le passage des éléments bineurs (minimum 15 cm), s'inscrit dans une stratégie globale de gestion des flores adventices.

Mécanismes d'action et efficacité agronomique
La bineuse est équipée de socs (plats ou en forme de pattes d’oie) qui sectionnent les racines des mauvaises herbes présentes dans l’inter-rang. Son efficacité est très bonne sur un large spectre d’adventices, notamment les graminées et dicotylédones annuelles, de la levée jusqu’à des stades de développement avancés. À l'inverse, elle n’est pas efficace contre les vivaces car sa profondeur de travail est trop faible ; elle permet au mieux d'en ralentir la croissance, mais risque de générer des boutures de rhizomes.
Au-delà du désherbage, le binage améliore l'infiltration de l'eau dans le sol et limite l'évaporation en brisant la croûte superficielle et en supprimant les remontées par capillarité. En créant une couche ameublie à la surface du sol et une semelle de binage sous cette dernière, on empêche l’eau de remonter jusqu’à la surface et de s’évaporer. Cette aération du sol et l'amélioration du statut hydrique peuvent amener une légère augmentation du rendement.
Cependant, il faut veiller à la précision : l'utilisation de la bineuse peut provoquer des pertes de pieds si l'intervention est mal conduite et que les cultures ne sont pas protégées par des protège-plantes durant leur stade sensible.
Conditions de réussite et mise en œuvre
Pour une bonne réussite du binage, il faut en amont soigner la préparation du sol, notamment le nivelage au semis ou à la plantation, afin d’éviter les mottes et les levées hétérogènes. Le sol doit être plat, rappuyé et suffisamment ressuyé, tout en étant exclu des parcelles à gros cailloux. La profondeur de travail doit être comprise entre 2 et 6 cm.
Bineuse Kverneland Onyx pour un désherbage dans les cultures en rangs (FR)
Le binage est très dépendant de la météo. Le sol doit être sec lors du passage, et le temps doit rester séchant les jours suivants pour éviter que les mauvaises herbes ne se repiquent. Plusieurs binages par temps séchant peuvent s’envisager pour une meilleure efficacité. La vitesse de binage peut aller de 3 à 10 km/h, progressant au fil du développement de la culture, mais cela dépend aussi du matériel de guidage (manuel, frontale, par caméra, par satellite).
Stratégies de désherbage mixte et intégration
La bineuse est à mobiliser dans des stratégies de désherbage mécanique en complément de la herse étrille et de la houe rotative. Pour obtenir une bonne efficacité, ces outils complémentaires doivent être mis en œuvre « à l’aveugle » sur des adventices non levées ou très jeunes, au stade « fil blanc ». En conduite bio, ces outils sont indispensables et complémentaires de la bineuse.
Une solution pertinente consiste en le désherbage mixte : une intervention chimique de prélevée sur le rang au moment du semis (HERBISEMIS) suivie d'un binage dans l'inter-rang. Cette technique permet de réduire la surface pulvérisée de deux tiers, diminuant ainsi significativement l'IFT herbicide tout en maintenant des performances technico-économiques satisfaisantes. Des outils d'aide à la décision, comme l'application mobile PréciLoc, permettent désormais de calculer les réglages optimaux pour ces pulvérisations localisées.
Spécificités par culture : du maïs au colza
Le maïs figure parmi les cultures les plus adaptées au désherbage mécanique. En présence importante de vivaces comme le rumex, plusieurs passages répétés peuvent affaiblir les plantes. Vis-à-vis des chardons, le binage supprime les plantes mères mais peut lever la dormance apicale, provoquant le démarrage de pousses sur les drageons. Pour contrôler le salissement sur le rang, l'utilisation d'équipements spécifiques comme les doigts Kress, la herse peigne à l’arrière ou les disques de buttage est préconisée.
Pour le colza, le binage est réalisable à partir de 3 feuilles avec des protèges-plants, ou de 4 feuilles à la reprise de végétation sans protèges-plants. L'intérêt réside dans la capacité naturelle d’étouffement du colza, qu'il est judicieux de mettre à profit. Un second binage peut s’envisager en entrée ou sortie d’hiver.

Le binage à petite échelle : du jardin potager au maraîchage
Le sarclage et le binage conviennent parfaitement pour entretenir un jardin potager et le verger. Un bon binage doit être léger et superficiel, environ 1 à 2 cm de profondeur. Utilisée depuis très longtemps en maraîchage biologique, la houe maraîchère est encore aujourd’hui un accessoire indispensable. Qu'il s'agisse d'un pousse-pousse, d'un grattoir ou d'une houe, ces outils permettent de réduire la main-d’œuvre et l’utilisation d’herbicides.
Le sarcloir oscillant, par exemple, est particulièrement efficace dans les terrains avec des petites pierres. Contrairement à certaines idées reçues, il n'existe pas de désherbants "bio" miracles à base de purins ou de décoctions ; le travail mécanique reste la solution la plus pérenne. L'entretien des allées de graviers ou des bordures peut également être réalisé avec des outils spécifiques comme le SCALP-COM, garantissant une précision sans recours aux produits chimiques.
Évolutions et perspectives du désherbage mécanique
L'investissement dans une bineuse représente une dépense allant de 4 000 € à 40 000 €. Si le coût est important, il peut être amorti par la surface cultivée ou par la réalisation de prestations pour des voisins. Dans un contexte où de nombreuses substances actives herbicides sont retirées du marché et où la réglementation européenne durcit les conditions d'usage, le désherbage mécanique s'impose comme une alternative inéluctable.
Le développement des systèmes de guidage par caméra a radicalement changé la donne, permettant un confort, une précision du travail et des débits de chantier supérieurs, même à des vitesses élevées. En France, le mouvement vers le "zéro phyto" dans les collectivités et chez les agriculteurs démontre que le retour à ces techniques mécaniques n'a rien de ringard : c'est une réponse pragmatique, agronomiquement saine et économiquement viable pour la gestion moderne des parcelles.