L'univers des machines agricoles, et plus particulièrement celui des automotrices de récolte, représente un sommet d'ingénierie alliant robustesse mécanique et précision agronomique. Au cœur de cet écosystème, la Matrot M41H occupe une place de choix, fascinant aussi bien les modélistes passionnés que les agriculteurs engagés dans une démarche de préservation des sols.

La passion du modélisme : recréer la légende
Depuis novembre 2016, des passionnés ont entrepris la réalisation minutieuse d'une Matrot M41H à échelle réduite. Cette démarche, exigeante, est partie des quelques mesures disponibles sur le site Matrot et du catalogue 2009 des pièces constituant en partie la machine. Pour certains détails, il a fallu demander aux amis et aux possesseurs de cette machine.
Le processus de construction révèle la complexité de l'original : le moulage des roues en résine et leur positionnement sur le plan constituent des étapes cruciales. La réalisation de la cabine demande une précision chirurgicale. Parfois, des choix techniques s'imposent : si j'ai choisi de faire un moulage du toit, c'est que l'état de surface des différentes couches de PVC n'était pas convenable. Ce travail de longue haleine, partagé entre passionnés, témoigne de l'aura particulière de cette machine. Comme le soulignent certains observateurs : « Là, il y a du lourd, très lourd à venir je pense ». La patience reste la règle d'or pour aboutir à un résultat fidèle à la réalité.
L'automotrice Matrot 41 dans le champ : un choix agronomique
Au-delà de la miniature, l'usage réel de la Matrot 41, notamment dans sa version 2013, pose des questions fondamentales sur la gestion des exploitations. Acheter une Matrot 41 ? Quand trois agriculteurs voisins lui proposent d’investir dans une automotrice début 2021, Timothée Guéroult hésite beaucoup. Agriculteur sur 150 hectares à Croix-Mouligneaux dans le Santerre, il fait alors appel à une Entreprise de travaux agricoles (ETA) pour sa récolte. Pour 295 €/ha, le prestataire gère l’arrachage et le débardage. « L’ETA m’apparaissait comme la solution la plus facile. À cette période, j’ai beaucoup de travail, entre la récolte des pommes de terre, des betteraves et les semis de blé », détaille le betteravier.
Mais la volonté de préserver ses sols a prévalu. « Depuis mon installation en 2017, je pratique le non-labour. Comme mon père le pratiquait depuis 2002 », explique-t-il. « Les intégrales tassent en profondeur, notamment en condition humide. J’ai constaté des semelles lors de profils culturaux qui pourraient provenir de leurs passages à plein ». Le planteur vise une bonne structure sur tout le profil. Mais le pragmatisme reste sa règle. La possibilité de travailler avec d’autres agriculteurs pratiquant l’agriculture de conservation a fini par le convaincre d’investir dans l’automotrice. « Je découvre d’autres organisations, d’autres techniques », s’enthousiasme-t-il.
Arrachage de betteraves 2009 (MATROT M2011 Plus)
Organisation et maintenance : les clés de la longévité
Les quatre collègues partagent tous cette volonté de préserver les sols. Leur premier levier utilisé réside dans de bonnes conditions météo lors des arrachages. Ce que le plan de charge de 110 hectares arrachés par an permet. Le quatuor a trouvé une Matrot 41 de 2013, 1100 heures pour 75 000 € HT. « Pour l’instant, nous avons réussi à travailler dans de bonnes conditions pour le sol, même si cela s’est un peu bousculé en fin de campagne 2021 », constate-t-il. L’équipe vise une fin de récolte pour le 10 novembre.
Les planteurs, disposant de plus de temps en septembre, commencent la récolte par les parcelles les plus difficiles : petits champs, terres argileuses. La qualité des chantiers dépend d’une bonne organisation. Tous les associés sont aptes à conduire l’automotrice. Deux salariés des associés connaissent parfaitement la machine, dont un est le chauffeur attitré. « Je fais appel à ce chauffeur et à un autre salarié d’un associé pour conduire une benne. Mon salarié conduit la deuxième benne. »
Autre aspect, le service après-vente et les réparations. Outre l’expertise de leurs salariés, les quatre collègues font appel au prestataire Dachy à Athies-sous-Laon (Aisne), spécialiste des Matrot. Il leur a proposé plusieurs améliorations. Comme renforcer certaines tôles, des parties plus fragiles, monter des ressorts, changer des socs, ajouter des joints sur le boîtier des socs, changer le jonc des turbines et un arbre de roue. L’éclairage en led et la pose de quatre caméras (au-dessus de la trémie, dans la machine au niveau des turbines, en dessous) améliorent le confort de conduite. Car ils ont envie de la garder longtemps, leur belle rouge. Dix à quinze ans, espère Timothée.
Analyse économique et perspectives agronomiques
En 2022, la campagne a nécessité 16 jours de récolte, soit 200 hectares, transport compris. Le planteur estime le coût d’arrachage par hectare à 249 €/ha avec une productivité de 0,8 ha arraché par heure et un coût du carburant de 1,1 €/l. « L’arrachage avec l’automotrice revient à 188 €/ha, auquel il faut rajouter le coût du transport avec deux bennes (68 € x 2). Soit de 324 €/ha ».
Après deux campagnes, le chef d’entreprise ne regrette pas son choix. « J’ai hâte de voir les résultats agronomiques sur le long terme. J’espère mieux préserver mes sols et obtenir de meilleurs rendements dans les blés suivants avec des coûts d’implantation plus faibles. Notre tare terre moyenne est inférieure ( - 1 %) ou égale à celle des sucreries. Et surtout, j’apprécie de travailler avec des collègues. Une véritable plus-value pour moi. Nous n’hésitons pas à nous prêter de la main d’œuvre pour optimiser d’autres chantiers. »

Stratégies de réduction du tassement
Pour limiter l’impact des bennes sur le sol, Timothée Guéroult et ses trois associés de la Matrot ont réfléchi pour diminuer le tassement. Les chauffeurs des bennes utilisent les traces du pulvérisateur pour leur déplacement. Dans les longues parcelles (entre 500 et 1000 m de long), Timothée pose deux jalons pour les séparer en deux. La première benne suit l’automotrice jusqu’à la moitié du champ, puis est vidée à l’autre bout de la parcelle. La seconde benne prend le relais pour la deuxième partie de la longueur et vide dans le même côté. La première benne reprend à côté du silo pour la moitié de la parcelle et vide de l’autre côté. La deuxième benne la relaie et vide au bout du rang. Cette organisation millimétrée démontre que l'utilisation d'une automotrice Matrot ne se limite pas à la simple récolte, mais s'inscrit dans une gestion globale et réfléchie de l'exploitation agricole moderne.
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