Le binage constitue une pratique agricole fondamentale visant à ameublir la couche superficielle du sol autour des plantes cultivées. En pénétrant dans le sol, les socs ou les étoiles sectionnent les adventices présentes entre les rangs. Contrairement à la herse étrille ou à la houe rotative, la bineuse ne travaille pas en plein : elle désherbe spécifiquement les inter-rangs de cultures semées en ligne, qu'il s'agisse de blé, tournesol, sorgho, maïs, orge, soja, colza ou de cultures porte-graine.

La mécanique des éléments bineurs et le choix des socs
La précision du travail dépend directement du choix des pièces travaillantes fixées aux éléments bineurs. Chaque élément, indépendant et réglable en écartement, peut comporter une à cinq pièces travaillantes. La rigidité des dents, sur lesquelles sont fixés les socs, définit l’agressivité de l’outil. Il existe des dents rigides type betteravière, des dents mixtes ou demi-rigides (les plus utilisées), et des dents souples de vibroculteurs.
L’angle de pénétration du soc joue un rôle déterminant : s’il est faible, le soc tend à être parallèle au sol et effectue un travail de sectionnement de surface. S’il est élevé, le soc tend à pénétrer le sol verticalement. Dans ce cas, le travail est plus profond, davantage de terre est remuée, ce qui peut avoir une action favorable sur la croûte de battance.
- Socs de vibroculteurs : Ils sont étroits, facilitent la pénétration dans le sol et donnent lieu à un travail assez profond. Leur étroitesse ne permet pas un recouvrement du travail des différents socs.
- Socs triangulaires type « patte d’oie » : Ils travaillent à environ 5 cm de profondeur et permettent une bonne pénétration du sol s’ils ne sont pas plats. Ils peuvent avoir une action de buttage pour étouffer les adventices sur le rang.
- Demi-socs : Si la culture est fragile et qu’on ne vise pas d’action de buttage ou de recouvrement, il existe des demi-socs qui permettent une action de scalpage proche du rang.
- Lames plates : Leur travail se fait parallèlement au sol. Elles permettent de scalper l’inter-rang sur toute sa largeur mais nécessitent une conduite précise ou un système de guidage.
- Roues étoilées : Elles peuvent remplacer l'ensemble dent + soc. Ces roues arrachent les adventices et les recouvrent de terre.
Stratégies agronomiques : du semis aux faux-semis
Sur le terrain, la diversité des sols (sable, argile, loess, limons, tourbe) ne constitue pas un obstacle, même en présence de pierres. La bineuse peut être utilisée pour briser l’encroûtement avant la levée. Alexandre Métais (ITB) et Fabien Jouenne (Chambre d’agriculture de l’Eure) ont mené des essais en betteraves sucrières bio pour réduire le désherbage manuel.
Le semis en carré ou en diamant permet un binage dans les deux directions, soit sur 90 % de la surface, augmentant l’efficacité et réduisant les coûts de main-d’œuvre. Par ailleurs, les faux-semis offrent une excellente efficacité vis-à-vis de la dynamique de levée des adventices, notamment des graminées comme le ray-grass et la vulpie. Avec deux faux-semis, la quantité d’adventices levée est réduite de 90 %. Le troisième faux-semis se révèle particulièrement intéressant pour la gestion des dicotylédones.

Systèmes de guidage et précision technologique
Pour préserver la culture, il est nécessaire de maintenir l'outil dans l'inter-rang. Le guidage manuel, impliquant deux opérateurs, est limité par sa lenteur. Les systèmes modernes ont révolutionné cette pratique :
- Guidage par caméra : Des systèmes comme la bineuse Kult utilisent des caméras positionnées vers le sol pour identifier chaque plante. Le châssis, monté sur un parallélogramme, se décale pour suivre les rangs.
- Intelligence Artificielle : La bineuse Steketee IC-Weeder utilise une IA qui garde en mémoire les caractéristiques de la plante cultivée. Tout ce qui ne correspond pas à ces critères est éliminé, permettant un travail entre les rangs et entre les plants.
- Robotique autonome : Le robot FarmDroid sème chaque graine et la géolocalise via une antenne RTK. Il bine ensuite l’intégralité de la surface sans intervention humaine, alimenté par propulsion solaire.
- Interfaces de guidage : Le modèle d’interface SV de Kult fonctionne par translateur hydraulique placé entre la bineuse et le tracteur, guidé par une caméra à détection de couleur.
Gestion des adventices sur le rang
La bineuse classique atteint ses limites lorsqu'il s'agit de gérer les adventices situées directement sur le rang de culture. Pour pallier cela, plusieurs solutions techniques sont employées :
- Le buttage : Utilisation de disques ou de socs adaptés pour ramener de la terre sur le rang afin d'étouffer les jeunes adventices.
- Doigts souples (Kress) : Placés sur les éléments bineurs, ils viennent balayer mécaniquement les adventices sur le rang sans endommager la culture.
- Lames spécifiques : Les lames « Slash » ou « Lelièvre » travaillent au plus près de la plante, permettant un désherbage chirurgical.
- Reconnaissance individuelle : Des systèmes équipés de caméras dédiées à chaque rang permettent d’écarter les pales de binage à chaque détection de pied cultivé.
Bineuse à doigts kress
Performance et limites des outils mécaniques
Contrairement à la herse étrille, la bineuse a une action efficace, allant de 70 à 100 %, sur les adventices développées jusqu’au stade 3 à 6 feuilles. Cet outil est donc approprié à des passages plus avancés dans le cycle de la culture, à partir du tallage pour les céréales.
Cependant, la bineuse n’est pas efficace sur les vivaces, et son action de scalpage peut conduire au bouturage des rhizomes de ces dernières. La précision reste le maître-mot : l’utilisation d'un système de guidage (par caméra, cellule photoélectrique, capteurs ou GPS) est indispensable pour éviter que les éléments bineurs n’endommagent la culture en place. Pour une sélectivité optimale, la culture doit être suffisamment développée pour supporter le passage de l'outil sans subir de stress excessif. La combinaison de ces technologies, de la conception des socs aux systèmes d'autoguidage RTK, permet aujourd'hui une gestion intégrée des adventices, réduisant drastiquement le recours aux interventions manuelles et aux produits phytosanitaires.