Le cinéma français entretient une relation particulière avec la figure du misanthrope. Dans Bon rétablissement !, réalisé par Jean Becker, cette figure est incarnée par Gérard Lanvin, qui campe un personnage bougon, type Gérard Lanvin, faisant les misanthropes mieux que personne. Suite à un accident, ce dernier se retrouve propulsé dans une épreuve de vie qui va bouleverser ses certitudes.

La genèse d'une convalescence forcée
Le récit prend naissance sur les quais de Seine, où, suite à un accident, le personnage principal, Pierre, se retrouve valdinguer dans la Seine, d’où il ressort la jambe toute brisée et le corps tout moulu. Pierre, la soixantaine, se retrouve cloué au lit avec une jambe dans le plâtre. Il n’a pas de souvenir précis de l’accident. L’homme est d’un naturel bourru et ronchon, pour ne pas dire misanthrope, et pourtant il va devoir s’adapter aux va et vient incessants des nombreuses personnes qui défilent à son chevet.
Le film, adapté du roman de Marie-Sabine Roger, utilise l’unité de lieu de l’hôpital pour orchestrer une valse humaine. Les portes de sa chambre s’ouvrent, se referment, s’ouvrent. L’ouvrage bien fait, en choisissant pour son nouveau film d’adapter à nouveau un roman de Marie-Sabine Roger, Jean Becker poursuit sur sa ligne d’un cinéma de divertissement populaire, souriant et tendre.
L'hôpital comme théâtre de la vie
L’hôpital devient le huis clos nécessaire à la transformation du protagoniste. On y verrait certes pas mal de recettes qui peuvent passer pour des facilités et on n’y trouverait guère de remise en question de l’art cinématographique. Mais on y trouverait aussi ce goût artisanal de l’ouvrage bien fait, et cet art d’offrir au spectateur ce qu’il attend, en réussissant à le faire rire avec ce qui n’est pas spécialement gai : le mal, la souffrance, les préjugés, l’égoïsme.
L’hôpital, unité de lieu du film, a été entièrement construit en studio sur un immense plateau de 900 m2. Thérèse Ripaud et son équipe ont fabriqué 35 mètres de couloir, l’entrée de l’ascenseur, la chambre du malade, les salles annexes. Ce décor joue un grand rôle, permettant de structurer les rencontres entre Pierre et une galerie de personnages, médecins, infirmières et personnels hospitaliers, puis ses proches dont son frère Hervé.

La transformation morale du misanthrope
La convalescence de Pierre est certes d’abord physique - l’éclopé réapprenant à se tenir debout, puis à marcher - mais aussi plus profondément morale. Le bougon autocentré en vient à s’ouvrir et à se rendre compte qu’il y a pire que se casser une jambe. Passer son temps à râler, par exemple, se mentir à soi-même, ne pas être attentif aux autres, et risquer tout simplement de passer à côté de la vie.
Gérard Lanvin est fidèle à lui-même, étant tour à tour bougon, drôle, râleur, puis faisant preuve de compassion et même de tendresse. Un personnage aux multiples facettes joué à la perfection par cet acteur si talentueux. Autour de lui, on retrouve des personnages drôles, sympathiques et touchants. Le film, loin de se vouloir moralisateur, souhaite faire rire tout en montrant que l’on peut changer à tout âge.
HISTOIRE DU CINÉMA | #3 LE RÉALISME POÉTIQUE en 5min
Les dynamiques de groupe et le casting
L’importance des seconds rôles est une marque de fabrique de Jean Becker. Dans Bon rétablissement !, les seconds rôles sont importants, voire essentiels et surtout très intéressants. Le casting est formidable, les acteurs sont justes, les personnages bien campés. On y retrouve l'inoubliable kiné joué par Philippe Rebbot, le frère joué par Jean-Pierre Darroussin, l’infirmière jouée par Claudia Tagbo, le flic joué par Fred Testot, ou encore le jeune prostitué joué par Swann Arlaud.
Jean Becker voulait Lanvin et il l’a eu : "Je souhaitais un acteur viril, très costaud, à qui on ne la fait pas. Et en même temps je voulais qu’on devine immédiatement une part de fragilité chez lui." Cette alchimie entre le réalisateur et son acteur principal nourrit le film d'une sincérité qui dépasse le simple cadre de la comédie.
Critiques et perspectives sur l'œuvre
Si le film est une comédie, il n'élude pas certains aspects critiques. Jean Becker ne se prive pas de dire ce qu’il pense. Ainsi, Bon rétablissement ! met en avant, de manière pas très élogieuse, les mandarins, nom donné à ces hauts fonctionnaires rétrogrades et élitistes. Le réalisateur explique qu'il voulait parler de certaines attitudes.
Cependant, le film fait aussi l'objet de lectures divergentes. Pour certains, le film est un éloge des petites gens un peu bourrues, tandis que d'autres perçoivent une forme de nostalgie ou une structure classique qui peut paraître décalée par rapport à une modernité plus acerbe. Néanmoins, la force du film réside dans sa capacité à fédérer autour de thèmes simples : l'intégration, la bienveillance et le dépassement de soi.

L'ancrage dans la réalité sociale
Le film cherche à s'ancrer dans le contemporain, bien que sa forme puisse rappeler les classiques du cinéma français. Le personnage de Pierre, initialement antipathique, devient le reflet exacerbé d'une société où les préjugés sont monnaie courante. Comme le souligne Gérard Lanvin, "les préjugés, il faut les laisser aux cons qui ne veulent pas changer."
Cette volonté de montrer que l'humanité est plurielle et que les barrières sociales ou culturelles peuvent s'effacer devant la vulnérabilité de la maladie est le cœur battant du projet. Que ce soit au travers des flash-back, qui dévoilent progressivement le passé de Pierre, ou des interactions présentes, chaque scène est conçue pour faire avancer le spectateur vers une meilleure compréhension de cet homme qui, en fin de compte, ne demandait qu'à être réapprivoisé par la vie.
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