« Un voyage de mille lieues commence toujours par un premier pas. » Lao-Tseu, philosophe chinois, VI - V siècle av. J.C. Créer un bonsaï, du choix de l’espèce à la présentation en exposition, c’est le voyage qui est proposé ici. Il a pour principal objectif de gagner du temps sur la formation de l’arbre en évitant les erreurs qui nécessitent des retours en arrière… et allongent la durée du travail.

Les fondamentaux du choix de l'espèce
La plupart des espèces d’arbres et d’arbustes conviennent à l’obtention d’un bonsaï. Certains critères doivent cependant être respectés : une bonne réaction à la taille des racines, une bonne cicatrisation lors de la taille des branches, et une capacité à réduire la taille des feuilles en cohérence avec les futures dimensions du bonsaï. Les espèces présentées ici ont été sélectionnées pour leur bonne réponse à la culture en bonsaï - expérimentée depuis de nombreuses années - dans une région au climat semi-océanique. Elle n’est, bien entendu, pas exhaustive.
Parmi les conifères remarquables, le Cryptomeria japonica, souvent appelé « Cèdre du Japon » bien qu'il appartienne à la famille des Taxodiaceae, occupe une place de choix. Originaire d'Asie du Sud-est, cet arbre majestueux peut atteindre 25 à 30 mètres en pleine nature. Sa silhouette colonnaire devenant conique et son écorce rouge-brun fibreuse offrent un contraste esthétique saisissant avec son feuillage persistant, vaporeux et vert tendre.
La propagation par bouturage : une technique de précision
La bouture ne consiste pas à couper une branche n’importe où et à la planter dans la première barquette de bouillasse que l’on a sous la main. C’est une technique de propagation qui permet d’augmenter le nombre de spécimens ayant les mêmes caractéristiques génétiques que l’original : c’est un clone.
En japonais, cette technique se nomme « Sashiki ». Elle est très populaire parmi les Bonsaïkas, car c’est une méthode très économique pour obtenir de nouveaux arbres. Pour réussir, il faut choisir un arbre sain et vigoureux. Les boutures doivent normalement mesurer entre 5 et 10 cm de long, avec une épaisseur de quelques millimètres.
Protocole de bouturage étape par étape
- Sélection et récolte : Il est préférable d’utiliser le sommet d’un petit arbre ou l’extrémité d’une branche saine. Lorsque vous avez taillé le rameau sur lequel vous allez prélever vos futures boutures, n’oubliez jamais de porter avec vous un récipient d’eau. La plante continue à faire circuler sa sève et absorber une bulle d’air est très dangereux pour la future bouture.
- Préparation : Utilisez du matériel qui coupe net. Évitez les sécateurs qui ont tendance à écraser une partie du tissu de la branche, ce qui empêche les cellules de se régénérer. Les lames doivent être nettoyées avant utilisation avec de l’alcool ou de l’eau de javel.
- Taille : Coupez l’extrémité en angle pour favoriser l’absorption de l’eau. Conservez 2 ou 3 entre-nœuds en dessous des 2 ou 3 paires de feuilles. Si la bouture contient beaucoup de feuilles, il est judicieux d’en couper plusieurs. Ne libérez pas le cambium de l’écorce pour l’exposer ; contrairement à certaines idées reçues, cela favorise les champignons pathogènes.
- Mise en terre : Insérez environ la moitié de la bouture dans le sol. Laissez suffisamment d’espace entre les boutures pour que les feuilles ne se gênent pas. Il ne devrait pas y avoir de feuilles sous terre.
- Substrat et irrigation : Utilisez des pots en plastique plein de bonne qualité (les pots noirs sont souvent conseillés) pour éviter un dessèchement trop rapide. Rincez avec une quantité généreuse d’eau en utilisant une buse fine, en veillant à ce qu’aucune saleté ne soit emportée.

La gestion du substrat et des soins post-bouturage
Ne récupérez jamais les « restes » de fond de tiroir pour vos boutures. Un bon substrat doit être drainant tout en retenant suffisamment d’humidité. Si vous utilisez des terreaux du commerce, souvent composés de tourbe, n’hésitez pas à ajouter de la pouzzolane de petit diamètre pour augmenter le drainage.
Les soins après coup : Placez le pot dehors, dans un endroit ensoleillé mais à l’abri du vent. Le lit de coupe doit rester humide, sans être détrempé. Testez l’humidité avec votre doigt. Une fois planté, ne touchez plus rien. Le déplacement des pots pour vérifier l’apparition de racines est le meilleur moyen d’empêcher la réussite. La patience est la vertu cardinale du bonsaïka : après un an, les boutures peuvent être mises de côté, en conservant une partie du mélange d’origine lors du rempotage.
Le Cryptomeria japonica 'Bandai-sugi' : un cultivar pour le bonsaï
Le CRYPTOMERIA japonica 'Bandai-sugi' est un cultivar nain ne dépassant pas 2 mètres, au port arrondi et irrégulier, idéal pour la topiaire ou le bonsaï. Contrairement à l’espèce type, il est très compact. Il supporte bien le climat maritime et le vent, mais n’est pas recommandé en front de mer. Son feuillage, vert foncé au printemps, peut prendre des teintes orangées puis marron durant l’hiver selon les conditions.
Taille et mise en forme entièrement aux ciseaux sur #Épicéas Conica destiné à une forêt de #Bonsaï
Construction de l'architecture : du nebari à la ramification
Un arbre ne vit que rarement dans un espace restreint : son système racinaire s’étend largement. Dans le pot, nous devons compenser cette restriction.
- Le Nebari : Les rempotages sont l’occasion de construire la partie visible des racines à la base du tronc. Cette zone donne une image d’ancrage solide et rend plus vraisemblable la vision miniature d’un arbre mature.
- Croissance et structure : Pour les jeunes plants, l’objectif est de développer l’épaisseur du tronc. Le principe est simple : plus on laisse pousser, plus le flux de sève est important et plus le tronc grossit. L’arbre devient alors volontairement « hirsute ». La taille de structure, réalisée en hiver, intervient ensuite pour finaliser l’architecture.
- La Ramification : Elle s’obtient par des pincements successifs qui favorisent la division des branches en deux, du primaire vers le tertiaire. La ligature constitue un complément presque indispensable pour orienter les branches, surtout chez les conifères dont le bois peut être souple mais lent à conserver sa position.
La culture du Cèdre en bonsaï : gestion des contraintes
Le cèdre est un bonsaï d’extérieur qui doit impérativement vivre au grand air toute l’année. Le protéger inutilement l’affaiblira. Il a besoin de ressentir le gel hivernal (rustique jusqu’à -15°C environ).
En matière de fertilisation, la différence entre un arbre en formation et un spécimen mature se fait sur la quantité apportée, plutôt que sur la fréquence. Utilisez conjointement de l'engrais organique et chimique pour assurer un apport complet en minéraux. Attention toutefois à ne jamais tailler drastiquement les racines : le cèdre tolère mal les interventions brutales au cœur de la motte. Si vous remarquez que le bout des aiguilles jaunit, c’est souvent le signe d’un excès d’eau ou d’un drainage insuffisant.

Partage et présentation
Au-delà d’un loisir prenant, la création d’un bonsaï est une démarche artistique sur le vivant. Un bonsaï abouti mérite d’être partagé. Au Japon, cette mise en valeur passe par des éléments codifiés : tablettes de présentation, plantes d’accompagnement (shitakusa), estampes suspendues (kakemono), pierres remarquables (suiseki) et l’alcôve traditionnelle (tokonoma). Cette finalisation transforme l’arbre en un tableau vivant, témoin du travail accompli et de la patience du jardinier.