
L'art du bonsaï est aujourd'hui universellement reconnu comme la pratique de cultiver des arbres miniaturisés en pot, dont la croissance est délibérément limitée par une taille spécifique et des exigences particulières en matière d'eau et de substrats. Ce phénomène culturel, souvent associé au Japon, a en réalité des racines profondes en Chine, où il a pris la forme du penjing, un art paysager qui incorpore non seulement des arbres mais aussi des éléments minéraux pour recréer des scènes naturelles majestueusement complexes.
De la Nature à l'Art : L'Origine et l'Évolution du Bonsaï et du Penjing
Le bonsaï est apparu en Europe au XIXème siècle, ramené par des voyageurs de leurs périples au Japon. D'ailleurs, bonsaï - plus précisément, à l'origine "bon-saï" - est un mot japonais qui signifie "arbre dans un pot" ou "arbre sur un plateau". Cependant, les peintures chinoises de l'époque Song (960-1279) montraient déjà que l'homme parvenait à "créer dans un seul pot une impression d'immensité dans un petit espace". Cette vision est fondamentale pour comprendre l'essence du penjing.
Dans la nature, les arbres étaient sans doute, naturellement nanifiés par les affres du climat qu'ils subissaient au flanc des montagnes battues par les vents. Ce phénomène se poursuivait en les replantant dans des contenants décorés très petits. Entre le Xème et le XIIème siècle, ces petits arbres "sauvés" par les moines bouddhistes chinois portaient le nom de p'en-tsai ou pensai, terme qui a ensuite donné le mot japonais bonsaï. Finalement, durant la dynastie des Ts'ing (1644-1911), l'art du p'en-tsai devint accessible à tous, et les arbres commencèrent à prendre des formes plus proches de celles qu'ils ont dans la nature.
Le jardin d'Extrême-Orient, contrairement aux jardins occidentaux tels que les jardins à la française, très structurés avec de la symétrie, des carrés, des ronds parfaits et des lignes droites, s'inspire de la nature plutôt que de chercher à la dompter. Les montagnes y sont tourmentées, avec des gorges profondes, des cascades puissantes, et des arbres arrimés "contre vents et climats" allant de l'aridité à la mousson. Ces paysages bouleversés servent de modèle au penjing, cherchant à capturer l'essence de ces scènes grandioses dans des formats miniatures.
La Composition d'un Penjing : Au-delà de l'Arbre Miniaturisé
La création d'un penjing, traditionnellement, se présente sur un suiban, un plateau en marbre blanc, sans trous, long et étroit. Le choix du rocher est d'une importance capitale car il ne se développera pas comme les plantes, il faut bien l'avoir en tête et anticiper ! Des figurines et miniatures, telles que des personnages, des ponts ou des bâtiments, peuvent être insérées pour préciser l'échelle du paysage et lui conférer davantage de réalité. Pour réussir un penjing pérenne, il est essentiel d'avoir de bonnes notions dans la création de bonsaï.

Plusieurs exemples illustrent cette diversité et cette richesse créative :
- Un "Cliff Bonsaï" utilise une pierre extraite de la rivière Ibi ("ibi-gawwa") au Japon. L'espèce d'arbre employée ici est un "Nirekeyaki" (Ulmus parvifolia). Les bâtiments, souvent des temples en plastique, sont attachés à la roche, évoquant une scène montagneuse.
- Certains artistes s'inspirent des temples des montagnes de Chine où les moines vivaient. Un Épicéa (Picea jezoensis ou Ezo matsu en japonais) peut être utilisé pour ce type de composition.
- Une autre inspiration peut être la cabane d'un hermite, souvent représentée avec un Genévrier ou Shinpaku (Juniperus sargentii), suggérant la solitude et la contemplation.
- Un penjing peut également ressembler à un temple construit à côté d'une cascade, utilisant encore un Genévrier ou Shinpaku (Juniperus sargentii) pour son réalisme et sa résilience.
- Enfin, certains s'inspirent d'une tour où les moines prient, créant ainsi des scènes de dévotion et de spiritualité.
Le Bonsaï en Pierre de Hache de Menghe : Un Patrimoine Culturel Immatériel
La technique du bonsaï en pierre de hache de Menghe (Menghe fupi shi penjing) est un patrimoine culturel immatériel de la catégorie des arts traditionnels de la Province du Jiangsu. Elle est inscrite sur la quatrième liste provinciale du patrimoine immatériel du Jiangsu, témoignant de son importance culturelle et historique.
Cette technique utilise comme matière première la pierre de hache, spécifique au mont Xiaohuang (Petit Mont Jaune) de Menghe, dans le district de Xinbei de Changzhou. La texture de cette pierre, formée par l'érosion des eaux fluviales et l'altération naturelle sur des milliers d'années, présente des caractéristiques uniques telles que la majesté, l'élégance, l'étrangeté et la dangerosité. Le mont Xiaohuangshan, situé dans le bourg de Menghe et faisant face au fleuve Yangtsé, est un lieu où l'érosion éolienne, l'impact des eaux du fleuve et l'altération météorique ont façonné des pierres stratifiées aux formes extraordinairement variées. Ces pierres combinent la majesté, l'élégance, l'étrangeté et le caractère escarpé des roches de montagne. De texture dure et aux arêtes vives, leurs veines présentent, en plus de lignes droites et nettes, des caractéristiques telles que la finesse, la ténuité, la transparence, les perforations, le plissement et la maigreur. Elles semblent avoir été taillées par un travail divin et sont surnommées « Pierre de hache », constituant un matériau de premier choix pour la création de bonsaïs.
La fabrication de ces penjing utilise des matériaux pierreux de couleur vert foncé et multicolores pour exprimer l'ambiance paysagère des montagnes et des eaux. La technique intègre le coup de pinceau « coup de hache » (fupi cun) de la peinture chinoise traditionnelle et l'art tridimensionnel de l'empilement de pierres. Le sujet principal est représenté par des plaques de pierre verte du mont Xiaohuang pour montrer des paysages naturels de montagnes et d'eaux.
Une Histoire Riche et une Renaissance Moderne
L'art du bonsaï en pierre de hache de Menghe est déjà mentionné dans le « Livre des pierres de Yunlin » de la dynastie Song et a été historiquement offert en tribut au Musée du Palais. Dès la dynastie Song, il y a plus de 1000 ans, les habitants de Menghe utilisaient déjà la Pierre de hache pour créer délicatement des bonsaïs, qu'ils offraient en tribut à la famille impériale. Le Musée du Palais impérial de Pékin en conserve encore aujourd'hui des spécimens précieux.
Après la fin de la dynastie Qing et jusqu'à l'époque moderne, cet art a connu un déclin, avant de renaître à partir des années 1970. En 1978, Wei Darong a relancé la technique et fondé une entreprise de bonsaïs, favorisant son développement industriel. Les héritiers représentatifs Wei Darong et son fils Wei Yuyu ont créé le « Bonsaï combiné du Séjour dans les monts Fuchun » après quatre ans de travail, réalisant une fusion d'images culturelles des deux rives du détroit. Leur œuvre « Mur de pierre de la montagne verte » a remporté le Grand Prix de la première exposition de fleurs et bonsaïs de Shanghai en 1985.
Depuis près de 40 ans, l'art du bonsaï en pierre de hache de Menghe, dont Wei Darong et Wei Yuyu sont les représentants et héritiers, a permis d'accumuler près de dix mille pièces de toutes tailles : grandes, moyennes, petites et miniatures. Outre leur diffusion dans de grandes villes comme Shanghai, Shenzhen, Xi'an, Shenyang et Zhuhai, ces œuvres sont également exportées et vendues avec succès vers de nombreux pays et régions, notamment le Japon, Singapour, la France, les États-Unis, le Canada, l'Australie, les Pays-Bas, le Sri Lanka et Hong Kong. Parallèlement, sur le plan artistique, cet art a établi de vastes relations de coopération et d'échanges avec divers domaines tels que les objets culturels, les beaux-arts, la calligraphie, la médecine et le théâtre.
