Maîtrise de la fertilisation et nutrition foliaire pour le bonsaï

La culture du bonsaï est une discipline qui exige une compréhension fine des besoins physiologiques des arbres. Contrairement aux plantes poussant en pleine terre, le bonsaï évolue dans un environnement contraint, où le volume de substrat est extrêmement limité. La survie des plantes bonsaï dépend des substances nutritives qu’ils reçoivent régulièrement pendant leur période de croissance. Dans la nature, les plantes cherchent les nutriments nécessaires à leur croissance dans le sol par le biais de leur système racinaire. Par contre, ceci n’est pas le cas des bonsaïs qui sont plantés dans de petits pots. Ils ont plutôt besoin d’engrais pour satisfaire leur besoin en nutriments.

Schéma illustrant la différence de volume racinaire entre un arbre en pleine terre et un bonsaï en pot

Les défis de la nutrition en milieu clos

Les bonsaïs sont des plantes qui sont le plus souvent plantées dans des pots. De ce fait, il est donc nécessaire d’utiliser des fertilisants pour leur croissance. En effet, le volume de terre disponible est faible sur les pots comparés à ces plantes disposent dans la nature. Les quantités d’éléments nutritifs dont les bonsaïs ont besoin sont faibles. De plus, les cycles naturels sont interrompus dans une coupe à bonsaï. En effet, les feuilles qui tombent au sol ne sont pas réintégrées à la terre. Ceci est dû à l’absence d’animaux détritivores comme les lombrics. Cette interruption des cycles naturels de cette plante est une raison supplémentaire pour utiliser des fertilisants.

Mais aussi, des mélanges drainants sont utilisés dans les coupes à bonsaï. L’inconvénient de ces matières drainantes est qu’ils sont pauvres en matières nutritives. La fertilisation en culture d’arbres en conteneur repose sur un principe simple : restituer ce que l’arbre consomme, dans un espace où la matière organique ne se renouvelle pas naturellement. Le substrat de culture, aussi bien aéré soit-il, reste un milieu fermé et rapidement appauvri. Comprendre les différentes formes d’engrais permet d’ajuster les apports nutritifs à la physiologie de l’arbre, à la saison et au type de substrat utilisé.

La composition chimique de l’engrais : NPK

On trouve trois éléments de base dans la composition des engrais. Ces trois éléments sont l’Azote (N), le Phosphore (P) et le Potassium (K). L’Azote apporte à un bonsaï, les protéines nécessaires pour sa croissance. Pour ce qui est du Phosphore, il participe à la floraison et à la fructification de l’arbre. Par ailleurs, le potassium joue un rôle essentiel dans l’absorption des sels présents dans le sol.

L’azote stimule la croissance foliaire, le phosphore favorise le développement racinaire, et le potassium améliore la résistance des tissus. En bonsaï, il est conseillé de mettre de l’engrais pendant toute la période de croissance de l’arbre. Cette période de croissance débute au printemps et s’achève au mi-automne. Ce type d’engrais permet de stimuler la croissance de l’arbre. Par contre, un engrais plus équilibré est un meilleur choix pendant l’été. Pour avoir des bonsaï en pleine santé et qui répondent bien aux travaux il est essentiel de leur assurer une bonne fertilisation avec des engrais de qualité.

La nutrition des végétaux - 3ème - Madame SVT

Le substrat et la dynamique des nutriments

Le substrat de nos bonsaï ne contient pas naturellement d’éléments nutritifs, il est pauvre en nutriments car inerte. Il est donc nécessaire d’apporter aux plantes et aux micro-organismes qui colonisent le pot tout ce dont ils ont besoin. Même si le substrat, suite à un rempotage, est composé uniquement d’éléments minéraux : akadama, kyriu, pumice, etc ; l’ajout d’engrais organiques et la vie racinaire vont transformer petit à petit ce substrat en un sol riche contenant de l’humus.

Les engrais organiques proviennent de la décomposition de matières végétales ou animales. Sous l’action des micro-organismes, ils libèrent lentement les éléments minéraux assimilables : azote, phosphore, potassium et oligo-éléments. Contrairement aux amendements (composts, fumiers), qui améliorent la structure du milieu, les engrais organiques nourrissent directement la plante tout en stimulant la vie microbienne. Les engrais organiques agissent en douceur, mais leur effet s’inscrit dans le temps. Ils créent un milieu biologiquement actif et durable, propice à la santé générale de l’arbre.

Types d'engrais et modes d'application

Les engrais organiques sont composés à partir de matières organiques animales ou végétales. Leur procédé de fabrication est plus ou moins complexe et leur qualité va dépendre des ingrédients utilisé et du processus de production. Du fait qu’ils sont composés de matières complexes ils vont contenir un grand nombre d’oligo-éléments.

Engrais organiques solides

Ils présentent l’avantage d’être à libération lente. Ils vont fertiliser pendant plusieurs semaines et le pluies ne vont pas lessiver le sol des nutriments puisqu’elles vont participer à la dégradation de l’engrais. L’inconvénient c’est qu’il faut un certain temps pour qu’ils commencent à être efficaces lorsqu’on les mets sur le substrat.

Engrais organiques liquides

Ils permettent d’apporter rapidement des éléments nutritifs dans toutes les parties du pot. Ils vont donc avoir une efficacité immédiate. Ils sont créés par synthèse chimique ou par l’exploitation de gisements naturels de phosphate et de potasse. Ils ont souvent un NPK (pourcentage en azote « N », phosphore « P » et postassium « K » ) avec des valeurs élevées.

Engrais minéraux

Les engrais minéraux sont composés de sels nutritifs directement assimilables par les racines. Leur principal atout est la rapidité d’action : ils permettent de corriger rapidement une carence ou de soutenir une phase de croissance active. Mais leur efficacité impose rigueur et mesure. Les engrais minéraux sont un outil de pilotage précis, mais ils n’entretiennent pas la vie biologique du substrat.

Engrais à libération lente

Les engrais à libération lente, comme l’Osmocote, représentent une solution intermédiaire entre l’organique et le minéral. Chaque granulé contient une réserve de nutriments enrobée d’une membrane semi-perméable. La libération s’étale sur plusieurs mois - de trois à douze selon la formulation - assurant une nutrition régulière et limitant les pertes par lessivage. Ce type d’engrais est particulièrement adapté aux arbres en pot ou en pépinière, car il évite les variations brusques de concentration.

Diagramme comparatif montrant la vitesse de libération des différents types d'engrais

La fertilisation foliaire et les compléments spécifiques

Qu’ils soient à base d’algues, de macérations de plantes ou autre, ils sont essentiellement un concentré d’oligo-éléments assimilables par la plante par le feuillage. Ils vont donc permettre d’apporter des éléments essentiels à la plante via ses feuilles. Le glucose est la plus petite molécule de sucre existante. Elle est naturellement synthétisée par les plantes et lui sert d’élément de base pour produire d’autres éléments dont elle a besoin. Elle est souvent employée pour aider un arbre en reprise suite à un prélèvement ou un rempotage, surtout les conifères.

Les engrais liquides sont des solutions solubles apportant directement les nutriments assimilables. Ils sont utilisés pour répondre à des besoins ponctuels : reprise après rempotage, stimulation printanière, soutien à la floraison ou correction d’une carence. Leur grand avantage réside dans la précision du dosage : on peut ajuster la concentration selon la vigueur de l’arbre, la température ou la période de croissance. En bonsaï, les engrais liquides s’emploient comme un complément.

Stratégies de gestion et précautions

Il faut éviter de regrouper les engrais (organiques, minéraux, osmocotes) sous forme de bouchons ou de paniers : cela concentre la nutrition dans une seule zone du pot. La fertigation consiste à injecter les engrais directement dans l’eau d’arrosage, le plus souvent via un système goutte-à-goutte. Cette technique, largement utilisée en pépinière, s’adapte parfaitement à la culture en conteneur. Elle garantit une répartition homogène des éléments, tout en limitant les pertes d’eau et de nutriments. Cependant, sa mise en œuvre demande un certain savoir-faire : le pH et la conductivité électrique (EC) de la solution doivent être régulièrement contrôlés.

La question n’est pas de savoir si oui ou non il faut mettre de l’engrais à nos bonsaï, la réponse est forcément oui. On veut que les arbres poussent fort et grossissent quand ils sont en construction et qu’ils soient vigoureux. Il existe autant de façon de fertiliser que de passionné. Chacun a sa sauce, ses petites astuces basées sur son expérience et les produits qu’il a pu tester. Les carences en oligo-éléments sont un problème classique en bonsaï. Elles peuvent être dues à deux choses. La première c’est absence de l’oligo-élément en quantité suffisante, c’est le phénomène de rareté.

Nous avons tous fait un jour ou l’autre l’expérience d’un engrais solide qui part en bouillie sur le substrat à force d’arrosages répétés. Il finit par faire une croûte qui va colmater le substrat en surface mais aussi en profondeur. Pour éviter cela il est possible de placer l’engrais dans des petits sachets de thé que l’on agrafe pour les refermer. J’espère que cette page répond à vos questions concernant les engrais. En bonsaï comme en pépinière, l’art de fertiliser consiste à combiner ces approches selon la saison, la vigueur et le substrat.


Sources consultées :

  • INRAE (2019) - Fertilisation raisonnée en cultures hors-sol : principes et pratiques.
  • Favre A., Lecourt P., Furet M. (2020) - Les substrats horticoles et la nutrition minérale des plantes en conteneur.
  • Chabanne J.-L. (2017) - Les bonsaïs et la maîtrise des apports nutritifs.
  • Marschner H. (2012) - Mineral Nutrition of Higher Plants.

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