Le marronnier (Aesculus hippocastanum), majestueux et robuste dans la nature, présente un défi fascinant pour les amateurs de bonsaï. Bien que sa propension à développer de grandes feuilles et ses cicatrices de taille marquées puissent décourager certains, il se révèle être une espèce volontaire et pleine de vigueur, capable d'offrir une satisfaction unique à ceux qui persévèrent. L'idée de transformer ces géants en mames, de minuscules bonsaïs, a longtemps poursuivi certains passionnés, notamment grâce à leur facilité de marcottage, un atout majeur pour la création de spécimens miniatures.

Choisir l'Espèce Adaptée à l'Art du Bonsaï
Toutes les espèces d'arbres ou d'arbustes ne se prêtent pas à la miniaturisation. Certaines supportent mal les tailles répétées, d'autres ont un système racinaire trop important pour survivre dans le peu de terre qu'autorise la culture du bonsaï. Le feuillage a également son importance : les espèces à petites feuilles (ou aiguilles) comme le buis, l'if ou le charme sont plus adaptées à la formation d'un bonsaï harmonieux que celles à larges feuilles, telles que le platane, le marronnier ou le catalpa. La longueur des internoeuds est aussi à prendre en compte : plus les nœuds (zones où s'attachent les feuilles sur la tige) sont rapprochés sur le rameau, meilleur sera le résultat. Le hêtre, par exemple, produit davantage de feuilles et de ramifications dans un faible volume qu'un chêne, aux longues pousses porteuses de feuilles très espacées. Ceci étant dit, on peut créer des bonsaïs avec des espèces très variées : feuillus, conifères, arbres et arbustes à fleurs. Les arbres ne sont d'ailleurs pas les seuls à donner de beaux bonsaïs : les arbustes ne sont pas en reste, pourvu qu'ils aient naturellement un tronc bien dessiné.
Il est plus difficile de réduire la taille des feuilles d'un marronnier que celle d'un orme. Pour assurer la cohérence de l'ensemble, la hauteur finale d'un bonsaï de la première espèce devra être supérieure à celle de la seconde.
Voici des exemples d'espèces pouvant être taillées en bonsaï :
- Conifères : pin sylvestre, pin noir, pin mugho, pin blanc du Japon, if, épicéa, genévrier, mélèze (conifère caduc !).
- Feuillus persistants : buis, houx (il existe différentes espèces de houx), cotoneaster, pyracantha.
- Feuillus caducs : pommier, prunier, érable du Japon, érable champêtre, hêtre, orme, ginkgo biloba, micocoulier, glycine, forsythia, cognassier du Japon, jasmins, charme.
Obtenir un Jeune Plant de Marronnier pour Bonsaï
Un bonsaï est avant tout un arbre. Comme ses grands frères, il est obtenu à partir d'un semis, d'une bouture ou d'un marcottage. Pour gagner quelques années, on peut aussi se procurer un jeune plant dans la nature. Si vous débutez, optez pour l'une de ces solutions qui ne coûtent rien ; vous pourrez vous lancer dans l'achat de jeunes plants chez un pépiniériste lorsque vous vous serez "fait la main". Rien ne vous empêche cependant de commencer par acheter un jeune arbre, soit parce que vous n'avez pas accès à ce réservoir de plantes qu'est la nature, soit parce que vous vous sentez suffisamment à l'aise… ou que vous êtes pressé !
Comment faire un bonsaï à partir de boutures ? Facile
Prélèvement d'un Jeune Plant dans la Nature
Par rapport au bouturage et au semis, qui demandent un peu de patience avant d'obtenir un résultat, partir d'un jeune plant permet de gagner quelques années. Pour se procurer un jeune arbre, on peut se rendre dans une jardinerie ou chez un pépiniériste ; on peut aussi prélever un sujet dans la nature ou dans un jardin. Pour un prélèvement sauvage, il faut en principe, en France, obtenir l'autorisation de l'État ou de son représentant (DRAAF, DIREN, ONF si c'est en forêt…) ; sur un terrain privé, il faut l'accord du propriétaire.
Si vous avez accès à un jardin à la campagne (en ville, les semis spontanés d'arbres et arbustes sont moins fréquents), inspectez-en tous les recoins, notamment au pied des arbres et le long des haies, épargnés par la tondeuse : il y a de bonnes chances d'y trouver un jeune plant, qu'il ne vous restera plus qu'à prélever délicatement, de préférence entre l'automne et le tout début du printemps, hors période de gel. Vous pouvez le faire tout au long de l'année, mais avec de moins bonnes chances de reprise. Les feuillus supportent généralement mieux la transplantation que les conifères, dont le prélèvement s'avère plus délicat.
Un cas particulier concerne un marronnier qui, en 1987, avait été coupé à la base et était reparti en cépée de plusieurs troncs. Le prélèvement s'est fait trois ans plus tard, après que les racines aient été retaillées la seconde année, démontrant ainsi qu'un défi peut être relevé avec patience.
Bouturage et Marcottage : Des Méthodes Efficaces
Il est tout à fait envisageable d'obtenir un bonsaï à partir d'une bouture. L'avantage de la technique est qu'elle vous donne accès à des essences non spontanées dans la nature ou les jardins, et elle est plus rapide que le semis. Parmi les espèces les plus faciles à multiplier et à entretenir, citons le buis, les érables ou encore le charme. Essayez aussi les genévriers, les cognassiers, les jasmins, les cotonéasters, les ifs, les cyprès. Procédez au printemps ou en été pour les feuillus, et en début d'automne pour les conifères.
Le marcottage se pratique au printemps, et il est assez facile à réussir chez les espèces qui s'y prêtent, notamment les feuillus. La glycine est, par exemple, une candidate idéale au marcottage, mais de nombreux arbres et arbustes aux branches basses, fines et souples donnent également de bons résultats. Chez les conifères, il faut compter un à deux ans pour avoir suffisamment de racines (entre 1 et 6 mois pour un feuillus). L'inconvénient de la technique est qu'il faut avoir l'arbre "père" sous la main : difficile de faire un marcottage dans un parc ! Dans le cas d'un bouturage ou d'un marcottage, il faudra attendre que les jeunes plants se soient bien enracinés et qu'ils aient bien redémarré avant de commencer à les tailler : comptez entre 1 et 2 ans de culture avant toute intervention (taille de racine, taille des parties aériennes, rempotage…). Le gros avantage des marronniers est leur facilité de marcottage, ce qui en fait des candidats intéressants malgré leurs grandes feuilles.
Le Semis : Pour les Plus Patients
Si le semis est incontournable pour certains arbres (pommiers, orme du Japon, pin noir du Japon), on peut aussi le pratiquer pour de nombreuses autres essences, du moment que l'on est un peu patient : il faut au minimum 5 ans pour obtenir un jeune bonsaï à partir d'un semis. L'avantage est que cette méthode est économique !
Contrairement au marronnier commun qui germe très facilement, des essais improductifs peuvent survenir. Puis, des années plus tard, des graines peuvent germer dans des conditions banales : plantation dès ramassage sur un lit de terreau de feuilles posé sur 1/3 de sable, 1/3 terreau, 1/3 akadama. Les marrons peuvent être de petite taille, ce qui permet d'obtenir plusieurs plants de quelques années. Une autre variété peut aussi intéresser les bonsaïka, avec des feuilles très découpées, pouvant faire croire à une déformation due à un désherbant. D'autres espèces avec des feuilles de taille moyenne existent mais sont difficiles à trouver.
Formation du Bonsaï : Les Premiers Pas
La méthode "Tailler et laisser pousser" permet de créer un bonsaï en structurant, avant tout, ses branches principales, dites primaires, et les racines principales, celles qui constitueront la base du tronc.
Le Pot Idéal pour Votre Marronnier Bonsaï
On commencera la culture du jeune plant dans un pot assez profond (une vingtaine de centimètres au minimum), pour lui permettre de bien amorcer son développement. Lorsque le petit arbre commence à prendre forme, on peut le rempoter dans des pots de plus en plus plats : les bonsaïs sont cultivés dans des poteries très larges, peu profondes, et présentant un large orifice de drainage. On en trouve dans la plupart des jardineries.
Le seul réel choix initial consiste à déterminer la hauteur finale que l'on souhaite donner à l'arbre. Cette taille est certainement affaire de goût, mais elle est aussi contrainte par l'espèce qui a plus ou moins la capacité à réduire la dimension de ses feuilles lors de l'application des techniques utilisées en bonsaï. De ce choix découle la largeur que devra avoir le pot définitif (en général 2/3 de la hauteur de l'arbre) et donne une bonne indication sur l'étendue possible des racines. Les pots présentant généralement un rapport largeur/longueur proche de 3/4, la largeur maximale du pain racinaire est de l'ordre de la moitié de la hauteur de l'arbre. En synthèse, deux nombres clés sont à conserver précieusement en tête au cours des travaux de construction : la hauteur finale de l'arbre et la largeur finale du pain racinaire (moitié de la hauteur finale).
Quel Substrat Utiliser ?
Le substrat devra être drainé, aéré et léger. On préférera des apports très réguliers d'engrais organiques à un substrat très nourrissant, afin d'adapter les apports au cycle végétatif de l'arbre. Soignez cependant sa qualité, car les bonsaïs n'ont que très peu de terre à leur disposition. On trouve parfois en jardinerie des substrats spécifiques adaptés aux bonsaïs, importés du Japon (akadama, kanuma…). Ces terres naturelles sont onéreuses : réservez peut-être l'investissement pour plus tard, lorsque votre arbre sera installé dans un vrai pot à bonsaï. En attendant, préparez votre propre mélange, par exemple :
- Pour les feuillus : 1/2 de terre de jardin, 1/4 de sable de rivière assez fin, 1/4 de terreau horticole.
- Pour les conifères : 3/4 de terre de jardin, 1/4 de sable de rivière.
- Pour les arbres à fleurs et à fruits : 1/2 de terre de jardin, 1/2 de terreau horticole.
- Pour les bonsaïs d'intérieur (ficus, bougainvillée, gardénia…) : 1/4 de terre de jardin, 3/4 de terreau horticole.
Si le substrat est très drainant, méfiez-vous des jours chauds et venteux car avec son feuillage, le marronnier demande beaucoup d'eau.

La Taille : L'Art de Façonner un Bonsaï de Marronnier
La taille du bonsaï est la pratique la plus importante pour façonner et maintenir sa forme. Elle est divisée en deux catégories : taille de formation (ou de façonnage) et taille d'entretien. La taille de formation est principalement réalisée au début du développement d'un bonsaï, visant à modifier et améliorer qualitativement l'arbre d'un point de vue esthétique. La taille d'entretien vise à maintenir le style façonné et à améliorer la forme existante par de nombreuses petites étapes. Elle est moins drastique et doit être faite régulièrement.
Taille de Formation
Intervenez rapidement sur les jeunes sujets, notamment ceux issus de semis. Les boutures et marcottes ont besoin d'un an ou deux "avec la bride sur le cou" avant de subir leur première taille. Si vous laissez "filer" en hauteur les jeunes arbres, il sera difficile de corriger ensuite. Gardez en tête l'aspect qu'aurait l'arbre dans la nature, avec ses dimensions normales. Un bonsaï n'est pas un topiaire ! Sa silhouette, bien que miniature, doit être naturelle.
Pour les caducs, les interventions de taille ont lieu lors d'un rempotage, uniquement si le jeune plant a atteint sa taille finale. La première intervention est destinée à positionner la branche 1, la seconde la branche 2, et ainsi de suite. La branche principale, celle qui constituera le tronc, est coupée à la distance théorique indiquée par ordre d'intervention. Ces distances correspondent aux principes généraux d'esthétique. On prend soin, à chaque fois, de tailler au-dessus d'un bourgeon qui est le plus proche de la hauteur idéale.
Pour les espèces à bourgeons alternes, il faut veiller à la direction du bourgeon au-dessus duquel on effectue la taille : il détermine celle du tronc. Pour celles présentant des bourgeons opposés, deux branches vont généralement se développer avec la même force. Il est souvent nécessaire de freiner l'une d'entre elles en la ligaturant à l'horizontale (jamais plus bas). On laisse les autres branches croître librement ; elles donneront de la profondeur au bonsaï. La taille des chandelles induit, la plupart du temps, un bourgeonnement multiple à l'endroit de la taille. Il faut, en automne, sélectionner les deux bourgeons les mieux positionnés et enlever les autres. Le travail des branches est proche des caducs avec une pousse continue pendant la saison. Les cicatrisations des coupes de branches provoquent de gros cals chez le marronnier.
Taille Racinaire et Rempotage
La plupart des caducs a tendance à développer des racines pivots qui servent à ancrer l'arbre profondément dans le sol. Dans le cas des bonsaïs, ces racines sont non seulement inutiles, mais nuisent au développement d'un fin réseau de radicelles nécessaire à la bonne alimentation en eaux et nutriments. Le premier rempotage (uniquement si le jeune plant a atteint sa taille finale) a pour objectif de contrer cette tendance en coupant le pivot. On ne laisse alors - sans les couper - que quelques radicelles pour alimenter le jeune plant ; on est proche d'une bouture de racine. Les radicelles conservées lors de cette première intervention n'ont pour seul but que d'alimenter l'arbre ; elles ne seront, en général, pas conservées dans le futur.
À l'endroit de la coupe, vont se développer de nouvelles racines partant toutes du même point, ou presque. Au cours des rempotages suivants, les racines partant vers le bas - de plus en plus rares - seront systématiquement éliminées. Les racines latérales seront coupées successivement, dans l'ordre des interventions, aux distances du tronc présentées ci-dessous :
- Pour une hauteur cible de l'arbre de 20 cm : taille du pivot, 2 et 3 cm
- 30 cm : taille du pivot, 3, 5 et 6 cm
- 45 cm : taille du pivot, 4, 6 et 8 cm
- 60 cm : taille du pivot, 5, 8 et 10 cm
- 90 cm : taille du pivot, 8, 13 et 16 cm
On essayera d'effectuer ces coupes à des embranchements de radicelles, de manière à favoriser la ramification. Les interventions ont lieu lors d'un rempotage, selon la saison appropriée à l'espèce (en général février-mars).
Taille d'Entretien
La taille d'entretien est généralement comprise comme la taille nécessaire pour maintenir la forme. Elle est moins drastique et doit être faite régulièrement (environ 2-3 fois par an pour les arbres à feuilles caduques comme les bonsaï d'érable, le pommier, le troène, les bonsaï de ficus, charme, bonsaï de Serissa, tilleul, bonsaï de Metaséquoia, fusain, poivrier, bonsaï d'orme). Pour ce qui concerne les conifères, il faut la faire moins souvent : par exemple, pour les mélèzes, il suffit de le faire 1-2 fois par an tandis que pour les bonsaï de pin blanc, les bonsaï de genévrier, le Podocarpus, 1 seule fois est suffisante.
Si le bonsaï est taillé régulièrement, la ramification fine augmente en raison de la nouvelle pousse. La densité des branches augmente, le feuillage est plus compacté. Bien que vous puissiez couper la plupart des espèces de bonsaï toute l'année, une coupe d'entretien de bonsaï est effectuée principalement pendant la période de croissance, c'est-à-dire depuis le mois d'avril-mai à la mi-août. Les blessures sont relativement petites et peuvent être rapidement "cicatrisées" par l'arbre.
Techniques Spécifiques au Marronnier
Malheureusement, de nombreuses espèces d'arbres bonsaï se ramifient avec parcimonie et à contrecœur. Ceci est un problème pour la réalisation des bonsaïs. Bien évidemment, nous ne voulons pas d'un grand bonsaï mince qui monte en flèche. L'enlèvement des bourgeons apicaux en fin d'hiver est une technique clé. Les marronniers se forment de petits plis où se trouvent des bourgeons dormants. Ces bourgeons peuvent rester des années sans montrer une quelconque activité. Leur taille est d'environ 1 mm, voire même d'1/2 mm ce qui est extraordinaire pour cette espèce. En taillant en fin d'hiver juste au-dessus des plis, on peut arriver à les réveiller mais parfois ce sont les bourgeons latéraux placés plus bas qui démarrent. Si c'est ce qui se passe, il faut les éborgner (enlever) pour forcer les plus petits à grossir. Cependant, cette méthode nécessite plus de recul pour certifier des résultats.
Dans le cas d'une défoliation complète ou partielle, toutes ou une grande partie des feuilles et tous les bourgeons sont enlevés à la fin de chaque pousse. Après quelques jours (comme par exemple, pour un orme chinois) ou des semaines (comme par exemple, pour un marronnier d'Inde), le bonsaï repousse. De nombreux "bourgeons dormant" sont activés et la ramification augmente considérablement.

Les Enjeux Spécifiques au Marronnier en Bonsaï
Malgré les grosses difficultés de nanification des feuilles et d'obtention d'une ramification des branches, le marronnier apporte beaucoup de satisfaction car il est volontaire et plein de vigueur.
Floraison et Fructification
En automne, les marronniers sont magnifiques avec leurs teintes jaunes et orangées. Mais, malheureusement, en ce qui concerne la floraison, il n'y a pas d'illusions à se faire. Les fleurs apparaissent sur les nouveaux rameaux du printemps issus des bourgeons apicaux que l'on retire. Il existe des marronniers à fleurs jaunes, saumon, rouges.
Gestion des Parasites et Maladies
Il existe un parasite des marronniers : la mineuse du marronnier (Cameraria ohridella, famille des gracillariides). Pour pallier aux problèmes posés par ce parasite dont la chenille pénètre dans les feuilles et forme une galerie, il est possible de presser fortement la feuille atteinte entre deux doigts à l'endroit de la galerie (taches brun/rouge) pour l'écraser. Il faut renouveler l'opération à chaque apparition d'une tache.
Au printemps, les pucerons affectionnent particulièrement les nouvelles feuilles à peine débourrées. Il est donc important de les surveiller de près à cette époque. Par contre, depuis quelques années, on observe dans la nature beaucoup de marronniers dont les feuilles se fanent avant l'heure et prennent donc une couleur rouille sans passer par le jaune-orangé de l'automne. Les spécialistes ne sont pas très explicites sur ce phénomène (maladie ou parasite), mais cela permet aux arbres de ne pas sécher trop vite.
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