En bonsaï, il y a d’abord ce que l’on voit bien sûr, mais il y a aussi ce que l’on ne voit pas, ce qui échappe à l’œil et pourtant soutient toute la vie de l’arbre dans son pot. Et en l’occurrence, il y a une coopération ancienne discrète qui est un réseau souterrain invisible : les mycorhizes. Les mycorhizes lient les racines du bonsaï à son substrat grâce à une association symbiotique entre des champignons bénéfiques du sol et les racines des arbres.

Fondements de la symbiose mycorhizienne
Mycorhize, traduit littéralement, signifie « racine de champignon » (mykes = champignon, rhiza = racine). Ce terme est très approprié mais aussi trompeur. La mycorhize est le résultat d’un partenariat étroit entre différents champignons et plantes. Un tel partenariat s'appelle une symbiose et vise toujours au profit des deux partenaires. Environ 80 % des plantes terrestres sont capables de former une symbiose avec des champignons mycorhiziens.
Le mycélium est la partie végétative du champignon, c’est-à-dire l’ensemble des fonctions biologiques de l’organisme qui servent au maintien de l’homéostasie. Ces filaments fongiques, de taille microscopique (5 à 15 microns), poussent par milliers, formant un réseau très dense autour des racines. Ce système filamenteux contribue de façon positive à l’agrégation du sol, ce qui facilite le développement des racines. Par le fait même, le mycélium contribue aussi à aérer et à drainer le sol.
Diversité et spécificité des associations
Il n’existe pas une forme de mycorhize, mais plusieurs. Les endomycorhizes pénètrent à l’intérieur des cellules des racines fines. Elles ne forment pas de manchon visible à l’extérieur, mais colonisent discrètement le cortex racinaire. Les endomycorhizes sont beaucoup moins sélectives quant à l’espèce de plante mycorhizée. La mycorhize VA (vésiculo-arbusculaire) est souvent comptée parmi les endomycorhizes et peut être trouvée dans presque toutes les familles de plantes. Malgré cette grande importance, il n'existe que 30 types différents de mycorhizes VA, appartenant principalement au genre Glomus.
Les ectomycorhizes, à l’inverse, restent à l’extérieur des cellules racinaires. Elles forment une gaine autour des radicelles et un réseau dense appelé réseau de Hartig entre les cellules. Elles ne constituent qu’environ 5 % de toutes les symbioses mycorhiziennes puisque l’association du champignon est très spécifique à l’espèce d’arbre, notamment chez les Pinacées (Pinus, Cedrus, Larix, Pseudolarix, Abies, Tsuga, Picea). Rares sont les espèces d’arbres qui peuvent abriter à la fois des endo- et des ectomycorhizes.

Rôles physiologiques et nutritionnels
Le mycélium fongique mycorhizien s'étend souvent sur de grandes surfaces. Grâce à la connexion avec la racine de l'arbre, l'approvisionnement du sol en eau et en sels nutritifs est beaucoup plus disponible pour la plante. Les hyphes fongiques, plus fins que la moindre radicelle, vont bien plus loin dans le sol, atteignent des zones où l’eau ou les minéraux sont encore disponibles quand la racine n’y arrive pas.
Les mycorhizes jouent un rôle clé dans l'absorption de nutriments peu mobiles, comme le phosphore, impliqué dans la multiplication cellulaire, la transmission de l'information génétique, le transfert d'énergie et la photosynthèse. Les hyphes prélèvent également l'azote des sources inorganiques d'ammonium. De plus, elles assurent un rôle protecteur contre les substances toxiques, en exerçant une action détoxifiante à proximité immédiate des racines. Elles forment une barrière physique et chimique contre certains pathogènes.
Le Bonsaï Pin : Exigences et culture
Le bonsaï pin est le roi des bonsaï au Japon, mais il est exigeant. C’est un arbre strictement d’extérieur qui nécessite une exposition en plein soleil toute l’année. Sans un ensoleillement direct d’au moins 5 à 6 heures par jour, les aiguilles s’allongent démesurément et l’arbre perd sa compacité. Le Pinus thunbergii (pin noir du Japon) et le Pinus parviflora (pin blanc du Japon) sont des arbres rustiques. En hiver, il est recommandé de protéger le pot du gel prolongé en l’enveloppant de voile d’hivernage.
L’arrosage demande de la rigueur : la règle fondamentale est de laisser le substrat sécher légèrement en surface entre deux arrosages. Les pins détestent avoir les racines constamment humides : un excès d’eau chronique provoque le pourrissement des racines mycorhizées et peut tuer l’arbre en quelques semaines. Une technique spécifique, la « culture sèche », consiste à réduire l’arrosage au printemps, juste avant l’éclosion des chandelles, afin de contrôler la longueur des aiguilles.
Le Langage des Chandelles et des Aiguilles du PIN 🌱NEJIKAN BONSAI 🌱
Rempotage et préservation du réseau symbiotique
Le rempotage du bonsaï pin s’effectue de préférence au début du printemps, entre mi-mars et mi-avril. Le substrat doit être extrêmement drainant : un mélange classique se compose de 100 % d’akadama pour les arbres matures, ou d’un mélange akadama/pumice à parts égales pour les arbres en développement.
Lors du rempotage, ne retirez pas plus d’un tiers des racines. Il est crucial de préserver les mycorhizes, ces champignons symbiotiques blancs visibles sur les racines, indispensables à la santé du pin. Réintroduisez quelques poignées de l’ancien substrat contenant des mycorhizes dans le nouveau mélange. Si l’arbre montre des signes de faiblesse généralisée, vérifiez l’état des racines : le dépérissement peut être causé par un substrat mal drainant entraînant la disparition des mycorhizes.
Fertilisation et gestion de la vigueur
La fertilisation suit un calendrier précis. Au printemps, évitez de fertiliser pendant la période d’élongation des chandelles (avril-mai) afin de ne pas stimuler une croissance excessive. Utilisez un engrais organique solide à décomposition lente (Biogold, Tamahi ou Hanagokoro) posé en boulettes sur le substrat. Privilégiez un engrais équilibré ou légèrement moins azoté. En hiver, cessez tout apport. Pour les arbres aboutis dont on veut maintenir la compacité, un engrais pauvre en azote sera préférable.
Inoculation et pérennité en pot
Dans les pots à bonsaï, avec des substrats neutres et stériles (akadama, pumice, kiryu), la symbiose est souvent rompue. D’où l’intérêt d’inoculer, c’est-à-dire d’introduire volontairement des spores ou des fragments de mycorhizes vivantes. Les produits du marché, comme ceux de la compagnie Myke, offrent des solutions adaptées.
Il est nécessaire de vérifier l'étiquette : certains produits ne contiennent que des endomycorhizes, alors que les pins, en tant que Pinacées, nécessitent des ectomycorhizes (telles que Rhizopogon roseolus ou Laccaria laccata). L’inoculum, s’il est de qualité, n’a besoin d’être appliqué qu’une fois ; les mycorhizes, une fois installées, se reproduisent d’elles-mêmes. Introduire des mycorhizes, ce n’est pas chercher un raccourci mais réparer une alliance naturelle, permettant de créer dans le pot un sol vivant, accueillant et fécond.