La maîtrise de la pulvérisation est un levier majeur pour optimiser l’efficacité du désherbage et s’inscrire dans une démarche de transition agroécologique. Depuis quelques années, une tendance à la baisse des volumes de bouillie s’observe sur les exploitations céréalières françaises. L’objectif principal de cette stratégie est d’augmenter les débits de chantier. Certains agriculteurs cherchent même à diminuer les doses en partant du principe qu’un produit plus concentré sera plus efficace. Toutefois, cette pratique exige une compréhension fine des interactions entre la plante, le produit et le matériel.

Les principes fondamentaux : Contact versus Systémie
La sensibilité à la qualité de pulvérisation dépend avant tout du mode d’action de la substance active.
Les produits de contact sont très sensibles à la qualité de couverture de la cible. Ils agissent « là où ils tombent ». Pour être efficaces, ils nécessitent donc un nombre d’impacts suffisants répartis de manière homogène. Les essais menés les années précédentes ont toujours montré que la réduction des volumes en-dessous de 80 l/ha avait ses limites pour ces produits.
À l’inverse, les produits systémiques se montrent moins sensibles à la qualité de couverture et acceptent plus facilement une baisse de volume. Ils agissent en pénétrant la surface foliaire, puis circulent dans la plante via les vaisseaux de xylème et/ou de phloème. Jusqu’à 50 l/ha, la réduction des volumes apparaît possible sans affecter l’efficacité des traitements avec des herbicides systémiques dans la plupart des situations. Cependant, si le volume est trop réduit, 30 l/ha par exemple, trop peu de gouttelettes atteignent l’adventice, ce qui diminue la quantité de matière active et réduit l’efficacité.
Si les produits systémiques acceptent plus facilement une baisse du volume que les produits de contact, ils sont en revanche plus exigeants en ce qui concerne les facteurs agro-climatiques. Les herbicides systémiques s’avèrent plus efficaces en « conditions poussantes », lorsque la température est comprise entre le zéro de végétation de la plante-cible et 20-22°C et que l’hygrométrie dépasse 70% dans les 8 jours encadrant le traitement.
Le cas spécifique du glyphosate
Dans le cas du glyphosate, un essai réalisé en 2006 sur repousses de colza a clairement montré que la baisse du volume de bouillie améliorait significativement l’efficacité du traitement. Ce résultat s’explique par le fait que les ions calcium Ca2+ présents dans l’eau fixent la molécule de glyphosate chargée négativement, la rendant ainsi inefficace. De plus, le glyphosate est une molécule très soluble dans l’eau. Or, l’eau traverse difficilement la cuticule des feuilles, couche la plus externe de la feuille, de nature hydrophobe, qui a pour fonction de limiter les pertes d’eau par évapotranspiration. Par conséquent, plus le volume d’eau est réduit, plus les gouttes de glyphosate sont concentrées, et plus la quantité de matière active qui pénètre dans la plante est importante.
Les expérimentations ont montré que l'efficacité du glyphosate est améliorée avec une baisse des volumes de bouillie. Avec des eaux dites « dures », il perd en efficacité (+ de volume d’eau = - d'efficacité). Le glyphosate est particulièrement sensible à la dureté de l'eau (présence d'ions calcium Ca++, ferreux Fe++, magnésium Mg++ dans l’eau de bouillie). Les ions calcium inactivent les molécules de glyphosate, ce qui nuit à l’efficacité du traitement.
Maîtrise des conditions d’application et matériel
La buse est l’élément essentiel du pulvérisateur. Le choix du type de buse, de son diamètre et son entretien vont influer fortement sur la qualité de la pulvérisation. Le choix portera sur des buses à fente, ou, pour limiter la dérive, sur des buses à pastille de calibrage. Les buses à injection d’air sont à réserver aux situations plus exposées au phénomène de dérive. Dans ce cas, le volume d’eau sera au minimum de 150 l/ha pour obtenir un nombre d’impacts minimum, garantie d’une bonne efficacité des herbicides de contact.
WEBSERIE AGRICOLE - Comment bien préparer ses bouillies avec le mélangeur TYPHON® ? #agriculture
L’utilisation de papier hydrosensible permet de visualiser la qualité de la pulvérisation, le nombre d’impacts, la taille et la régularité des gouttes. Ces points sont primordiaux pour la réussite notamment des traitements herbicides. Il est également recommandé de choisir les produits qui ont été testés et référencés par l’ITB et d'appliquer les doses recommandées, doses toujours rapportées à l’hectare traité.
Entretien du matériel
Le pulvérisateur doit être maintenu en bon état, avec une révision annuelle et un contrôle de la qualité de pulvérisation. En particulier, la vérification de l’état des filtres depuis la pompe d’aspiration jusqu’aux buses doit être faite régulièrement. Ne pas hésiter à changer une buse qui présente une irrégularité de pulvérisation.
L’influence des adjuvants et de la qualité de l’eau
Les adjuvants ne sont pas des produits herbicides mais permettent d’améliorer les performances des herbicides, sans diminuer les doses utilisées. Les mouillants permettent d’étaler les gouttes et de mieux les accrocher au feuillage. Pour être homologués, ils doivent posséder des fonctions précises selon le règlement (CE) n°1107/2009.
Concernant la qualité de l'eau, il est possible d'installer des solutions de préparation de l’eau afin d’augmenter la solubilité des produits phytosanitaires à 95% (contre 40 à 60% en temps normal) et de régler la température de l’eau à 22°C.
Dureté de l’eau et pH : deux notions distinctes
Il est crucial de noter que la dureté de l’eau et le pH sont deux notions différentes et indépendantes. Le pH de l’eau n’a pas d’influence sur l’efficacité d’une formulation de glyphosate. Même si ce dernier est un acide faible, les produits formulés réagissent mal à l’acidification avec des pertes d’efficacité qui peuvent être considérables. Pour modifier la dureté de l’eau, afin de neutraliser les ions calcium, il convient d’utiliser du sulfate d’ammonium, bien moins agressif pour le matériel et moins dangereux que les acides. 100 g de sulfate d’ammonium neutralise 100 ppm de calcium dans 100 l d’eau.

Réglementation et sécurité des opérateurs
La préparation de la bouillie phytosanitaire requiert toute l’attention, car c’est l’étape la plus exposante pour l’opérateur. Il est indispensable de respecter le port des Équipements de Protection Individuelle (EPI) adaptés. La préparation doit se faire sur une aire sécurisée, de plain-pied, avec un point d’eau à proximité.
Obligations au champ
Il est obligatoire de laisser près des points d’eau et des cours d’eau une Zone Non Traitée (ZNT) de 5 m minimum ou plus selon les indications mentionnées sur l’étiquette du produit. Des distances minimales de sécurité (DSR) entre les zones d’épandage et les zones d’habitation ont également été instaurées. Le traitement n'est autorisé que si le vent est inférieur ou égal à l’indice 3 Beaufort, correspondant à une petite brise où les drapeaux légers se déploient.
Gestion des restes de bouillie
En fin de traitement, le fond de cuve doit être dilué de 5 fois son volume pour pouvoir l’épandre sur la parcelle venant d’être traitée. Les produits phytosanitaires ne doivent jamais être éliminés dans les canalisations. Un soin tout particulier doit être apporté au nettoyage des filtres et de l’incorporateur, précaution indispensable après un désherbage sur une autre culture.
Herbicides racinaires et nouvelles technologies
Les derniers essais confirment que les herbicides racinaires à base de prosulfocarbe ne sont sensibles ni au volume de bouillie ni au type de buses. Depuis 2018, l’application de prosulfocarbe doit obligatoirement se faire avec des buses antidérives homologuées. Ces herbicides racinaires sont davantage sensibles aux caractéristiques du sol (humidité et teneur en argile et matière organique) qu’à la qualité de pulvérisation. Il n’y a donc aucune crainte à avoir concernant l’application de prosulfocarbe avec des buses à injection d’air.
L’arrivée sur le marché de buses à haut potentiel de réduction de dérive a conduit ARVALIS à évaluer la compatibilité de ces matériels avec des désherbages à bas volumes. Les résultats montrent que, pour ces produits, l'efficacité est maintenue quel que soit le volume ou le type de buse utilisé, à condition que les conditions pédoclimatiques soient respectées.