Analyse et résumé de « La Bourgeoise et la Queue du Jardinier »

L'œuvre « La Bourgeoise et la Queue du Jardinier » nous plonge au cœur de récits variés, explorant des thématiques profondes telles que la violence, la filiation, la solitude, et les mutations sociétales. À travers une mosaïque de textes littéraires et historiques, se dessinent des destins singuliers et des réflexions universelles sur la condition humaine.

La Violence, une Force Omniprésente

La violence se manifeste sous diverses formes dans les textes explorés, qu'elle soit physique, institutionnelle, ou psychologique, et ses répercussions sont profondes sur les individus et les sociétés.

La Violence Judiciaire et Institutionnelle

Marie Dosé, dans La Violence faite aux autres, offre une galerie de portraits saisissants après vingt-cinq années d'exercice en tant qu'avocate pénaliste. Elle exprime le besoin d'exprimer ce qu'elle voit monter ces dernières années : une irrépressible violence judiciaire et institutionnelle. Son récit relate ce que ni les médias ni l'opinion ne voient jamais : la brutalité concrète d'une institution qui, par indifférence ou jubilation à juger, finit par briser des existences, ici ou ailleurs. Ce livre est un cri d'alarme devant le tombeau d'un certain humanisme, mais n'a rien d'un tract ou d'un pamphlet. Son écriture implacable, parfois clinique, fait surtout écho à une expression d'impuissance devant ce que notre société tend à devenir. Dans ce récit d'un quotidien en butte à la mécanique judiciaire, les angoisses et les tremblements du drame privé s'immiscent, non sans pudeur ni délicatesse.

Justice et brutalité institutionnelle

La Violence Familiale et ses Échos

Olivier Bourdeaut, dans Une histoire d'amour et de violence, aborde la violence intrafamiliale. Le jour où il enterre son père, tout le monde félicite Olivier pour le succès de son premier roman, une scène absurde, presque irréelle. C'est là que tout commence, car derrière la consécration de l'écrivain se cache une histoire intime. Celle d'un fils qui a grandi dans l'ombre d'un père aussi impressionnant qu'insaisissable, d'un enfant qui s'est construit contre la violence et sous les coups, d'un adolescent qui les a rendus. Cet homme, au moment de devenir père à son tour, choisit de transformer son héritage. De Nantes à l'Espagne, des bancs de la pension aux plateaux de télévision, Olivier Bourdeaut remonte le fil d'une vie faite de chutes, de réconciliations inattendues et de victoires inespérées. Le livre explore la question de savoir si l'on peut réécrire son histoire familiale et ce qui reste, au fond, de nos pères. Traversé par une émotion et un humour irrésistibles, ce récit vibrant raconte la métamorphose d'un mauvais élève en écrivain, d'un fils blessé en un père attentionné, et la joie de trouver enfin sa place.

La Violence Coloniale et l'Esclavage

Le Code Noir de 1685, promulgué en mars, scelle officiellement le sort des esclaves aux Antilles, marquant une année terrible. Cet édit, initié par Jean-Baptiste Colbert juste avant sa mort en 1683, légalise et encadre la pratique esclavagiste dans le domaine colonial du royaume de France. Il ne sera définitivement abrogé que lors de la seconde abolition de l'esclavage, en 1848. L'article premier de ce Code Noir, cependant, ne s'applique pas aux esclaves mais aux juifs, car l'édit concerne d'abord la police religieuse. Le roi ordonne à tous ses officiers de chasser de ses îles tous les juifs, comme ennemis déclarés du nom chrétien, leur commandant d'en sortir dans trois mois à peine de confiscation de corps et de biens. En 1685, le souci majeur de Louis XIV est d'imposer la religion catholique dans tout le royaume, et les juifs, déjà chassés du royaume de France, sont également bannis des colonies. Les articles suivants traitent de la religion des esclaves, qui devront être baptisés et catéchisés, et auxquels on accordera un repos le dimanche et pour les fêtes religieuses pour aller à la messe. Une autre série d'articles s'intéresse à leurs conditions de vie : ration alimentaire, vêtements, soins en cas de maladie, le corps des esclaves étant un outil de travail qu'il faut maintenir en état de fonctionnement.

Gravure d'époque du Code Noir

Le cœur de la philosophie esclavagiste est énoncé à l'article 44 : les esclaves y sont réputés être des « biens meubles » faisant partie du patrimoine, des marchandises pouvant être vendues avec l'habitation de leur maître, leur sort étant lié à celui de la terre. Le statut de l'esclave se transmet par la mère. Seul l'affranchissement donne une personnalité juridique (articles 55 à 59). Les autres articles concernent le maintien de l'ordre, les interdits et la répression. Pour les esclaves, posséder une arme ou tout ce qui peut en tenir lieu est prohibé, tout comme le fait de s'attrouper. Ceux qui désobéissent seront châtiés par des mutilations (oreilles ou jarrets coupés) ou des marques définitives sur le corps (fleur de lys sur l'épaule en cas de « marronnage », c'est-à-dire s'ils s'enfuient de la plantation). Les vols seront punis de coups de fouet et les atteintes à la personne du maître ou de sa famille, de mort. Avec ce texte, l'ordre colonial encadre la condition des esclaves tout en érigeant en droit absolu le principe de hiérarchie socioraciale qui en constitue le fondement. S'il codifie, à la marge, la pratique des maîtres, il officialise et justifie dans le même temps l'institution esclavagiste au plan politique, moral et religieux. Sa mise en œuvre s'est heurtée aux résistances des esclaves et à la mauvaise volonté des maîtres.

Le Code Noir : le document le plus monstrueux de l'histoire de France

Les Rébellions des Esclaves et des Autochtones

Avant la colonisation européenne, les Antilles avaient d'autres habitants, des populations venues des terres continentales d'Amérique du Sud, qui cultivaient le coton et le manioc et fabriquaient des poteries. Ces Amérindiens, baptisés « Caraïbes » par les Européens mais qui se nommaient entre eux les Kalina (les hommes Kalinagos et les femmes Kaliponam), avaient des activités strictement séparées. L'installation des premiers Européens, les Espagnols, ouvre le temps long des rencontres entre les autochtones et leurs envahisseurs (fin XVe-premier XVIIe siècle), moment de coexistence, parfois, et de conflits, souvent.

Le 26 juin 1618, le capitaine Charles Fleury, flibustier français, part de Dieppe et met cap sur les Indes. À bord de l'un des navires, un homme dont l'identité est inconnue rédige un journal de voyage, appelé l'« anonyme de Carpentras ». Le 21 avril 1619, la petite flotte fait une halte forcée aux abords de la Martinique. Les navigateurs voient bientôt venir à eux une pirogue portant dix à douze « sauvages », nus et peints en rouge, armés d'arcs et de flèches et chargés de victuailles. Ayant appris que les marins ne sont pas des Espagnols (leurs ennemis), ils décident de ne pas les tuer. L'anonyme de Carpentras séjourne plusieurs mois parmi eux, et son récit livre un témoignage précieux sur les mœurs des indigènes. Les Kalinagos se moquent des Européens aux corps entièrement couverts d'étoffe et les appellent « les contrefaits ». Eux appartiennent à la civilisation du nu, se frottant presque tous les matins avec une peinture rouge nommée couchieue qui, détrempée avec de l'huile de noix de palme, les rend frais et les préserve de l'ardeur du soleil, en plus d'être un bel ornement.

Représentation des Kalinagos

L'esclavage moderne est né aux Antilles. Les premiers Noirs d'Afrique qui y débarquèrent, employés comme domestiques, accompagnaient leurs maîtres lors de la seconde expédition de Christophe Colomb en 1493. Un siècle plus tard, les Espagnols et les Portugais ont introduit l'esclavage partout sur leurs possessions en Amérique, et la traite négrière est devenue une des composantes du commerce atlantique. Les conditions particulières de la Grande Transportation étaient toujours effroyables, avec une mortalité des déportés oscillant entre 13 % et 25 %. Sur un total d'environ 14 millions d'esclaves déportés aux XVIIe et XVIIIe siècles, on estime que 5 millions de personnes n'ont pas survécu à la traversée. L'historien Marcus Rediker insiste sur le fait que de telles horreurs ont toujours été, et demeurent, centrales dans le développement du capitalisme mondial.

Dans une lettre au cardinal de Richelieu, Pierre Belain d'Esnambuc annonce avoir pris officiellement possession de la Martinique au nom du roi le 15 septembre 1635, y ayant installé un gouverneur, 150 hommes, des munitions de guerre et des vivres. Le tabac, cultivé par les premiers colons, devient la « monnaie ordinaire du pays » dans une économie de troc. Mais la culture locale du tabac décline au milieu du XVIIe siècle, concurrencée par la production de Virginie. Les colons se tournent alors vers la canne à sucre, une culture qui implique une nouvelle forme d'organisation productive, l'économie de plantation, appelée habitation. À la tête de l'habitation, le propriétaire, « maître de case », détient une autorité hiérarchique qu'il délègue à un gérant. La terre est cultivée par des serviteurs blancs et des esclaves noirs. Sur l'habitation Crève-cœur à la Martinique, les logements des esclaves, faits de matériaux végétaux, sont disposés au-dessus de la maison du maître et des bâtiments industriels. Les archéologues retrouvent aujourd'hui des coquillages et des os de petits gibiers, témoins des compléments de fortune que les esclaves devaient apporter aux rations alimentaires insuffisantes.

En 1639, à Saint-Christophe, plus de soixante esclaves noirs quittent les habitations avec femmes et enfants et se réfugient dans les bois de la montagne, s'en prenant à des colons isolés. Une troupe de 500 hommes est envoyée pour mater la révolte, mais la résistance est acharnée. Entre 1636 et 1660, de nombreuses escarmouches dégénèrent en guerre de guérilla opposant les Kalinas aux colons français ou anglais, chassant progressivement les autochtones. Le traité de paix signé en 1660 laisse aux Caraïbes les petites îles de Saint-Vincent et de la Dominique ; ils s'y réfugient en 1657 et s'allient avec des Africains, installés sur l'île à la suite du naufrage d'un navire espagnol. Ce métissage des opprimés produira une symbiose entre cultures africaines et amérindiennes qui résistera jusqu'à la fin du XVIIIe siècle. La vigueur des rébellions africaines et des guérillas caraïbes témoigne de la difficulté pour les dominants à installer un nouvel ordre colonial, la menace d'une alliance entre esclaves et Kalinas restant une des principales obsessions d'un ordre colonial très instable.

La Quête d'Identité et de Filiation

Plusieurs ouvrages explorent la complexité de la construction de soi face à l'héritage familial et aux attentes sociétales.

Le Poids de l'Héritage Paternel

Olivier Bourdeaut, avec Une histoire d'amour et de violence, comme mentionné précédemment, offre une exploration touchante de la filiation et de la manière dont on peut transformer un héritage difficile en une force. Son récit vibrant raconte la métamorphose d'un fils blessé en un père attentionné, trouvant enfin sa place.

Les Racines et le Territoire

Patrick Chamoiseau, dans Texaco, retrace plus de cent cinquante ans d'histoire et d'épopée de la Martinique, depuis les sombres plantations esclavagistes jusqu'au drame contemporain de la conquête des villes. Marie-Sophie Laborieux, une vieille femme câpresse, très grande, très maigre, avec un visage grave, solennel, et des yeux immobiles, mélangeant le créole et le français, le mot vulgaire, le mot précieux, le mot oublié, le mot nouveau, raconte à l'auteur cette histoire. D'abord, les amours d'Esternome, le « nègre-chien » affranchi, avec la volage Ninon qui périt grillée dans l'explosion de la Montagne Pelée, puis avec Idoménée l'aveugle aux larmes de lumière, qui sera la mère de Marie-Sophie. Dans les temps modernes, Marie-Sophie erre d'un maître à l'autre, au gré de mille et un « djobs » qui l'initient à l'implacable univers urbain, ses amours sont sans lendemain. Patrick Chamoiseau a écrit, avec Texaco, le grand livre de l'espérance et de l'amertume du peuple antillais, depuis l'horreur des chaînes jusqu'au mensonge de la politique de développement moderne. Il brosse les scènes de la vie quotidienne, les moments historiques, les fables créoles, les poèmes incantatoires, les rêves, les récits satiriques, dans un monde en ébullition où la souffrance et la joie semblent naître au même instant.

Carte de la Martinique et ses territoires

Édouard Glissant, avec Poétique de la relation, interroge l'esthétique de la terre dans des contextes de désolation, comme la poussière famélique des Afriques, la boue des Asies inondées, les épidémies, les exploitations occultées, les mouches bombillant sur les peaux en squelette des enfants, le silence glacé des Andes, les pluies déracinant les favelas et les bidonvilles. Il propose d'imaginer des forces de boucan et de doux-sirop pour l'idée de l'amour de la terre, qui est si dérisoire ou qui fonde souvent des intolérances si sectaires, et de trouver des équivalents de fièvre pour l'idée d'« environnement » (qu'il nomme entour) et d'« écologie », qui paraissent si oiseuses dans ces paysages de la désolation.

La Mémoire et l'Absence

Patti Smith, dans Le pain des anges, poursuit son œuvre autobiographique par une méditation intime sur la mémoire, l'absence et ce qui nourrit une vie. Entre fragments de souvenirs et confessions, sa prose épurée et poétique se déploie sur huit décennies de vie en faisant dialoguer enfance et liberté, vivants et morts, art et sacré, dans un livre de fidélité et de gratitude qui célèbre, avant tout, le pouvoir de la littérature.

La Solitude et l'Aventure

La confrontation à la solitude, que ce soit par choix ou par contrainte, est un thème récurrent, souvent lié à l'aventure et à la découverte de soi.

Robinsonnades Modernes et Classiques

Soudain, seuls d'Isabelle Autissier raconte l'histoire d'un couple de trentenaires partis faire le tour du monde et qui se retrouvent, soudain, seuls sur une île déserte, entre la Patagonie et le cap Horn. La nature rêvée, sauvage, vire au cauchemar, et leurs nouveaux compagnons sont des manchots, des otaries, des éléphants de mer et des rats. Le roman explore comment lutter contre la faim et l'épuisement, et, si l'on survit, comment revenir chez les hommes. C'est un roman où l'on voyage dans des conditions extrêmes, où l'on frissonne pour ces deux Robinson modernes, une histoire bouleversante.

Île déserte et couple isolé

Daniel Defoe, avec Robinson Crusoé, présente le récit intemporel d'un marin d'York qui, après quelques premières expéditions, s'embarque pour la Guinée le 1er septembre 1659. Le bateau essuie une si forte tempête qu'il dérive pendant plusieurs jours et fait naufrage au nord du Brésil. Seul survivant, Robinson parvient à gagner une île située au large de l'Orénoque, où il va peu à peu s'assurer une subsistance convenable. Il y restera près de vingt-huit ans, d'abord seul, puis accompagné d'un fidèle indigène qu'il baptise Vendredi. Inspiré de l'aventure réelle d'un marin écossais, le roman que Defoe fait paraître en 1719 connaît un succès foudroyant qui ne s'est plus démenti. James Joyce fera plus tard de Defoe le « père du roman anglais », non seulement parce que l'auteur innove en prétendant offrir un authentique manuscrit retrouvé par l'éditeur, mais aussi parce qu'il crée un héros différent : un homme ordinaire qui raconte son histoire extraordinaire simplement, comme il l'a vécue, touchant tous les lecteurs. Cette histoire est devenue un mythe que d'innombrables écrivains s'attacheront à réécrire.

Le Code Noir : le document le plus monstrueux de l'histoire de France

Hugo Pratt et Milo Milani ont mis en images L'Île au trésor de Robert-Louis Stevenson dans les années soixante, avant Corto. Cette adaptation n'était plus guère disponible, sa dernière édition française, datée de la fin des années 80, étant pratiquement épuisée. L'Île au trésor est à nouveau dans l'actualité, cette fois dans un format à l'italienne en deux strips, déjà rodé avec la publication récente de Sandokan du même Hugo Pratt. Une nouvelle édition significativement enrichie, puisque s'ajoute à L'Île au trésor une seconde histoire de Stevenson, Enlevé !, spécialement mise en couleur pour l'occasion. L'ouvrage est assorti d'une préface.

Les Îles, Refuges et Espaces de Réflexion

Jean Grenier, dans Les Îles, explore la signification des grandes révélations qui transfigurent une vie. Il souhaite que de nouveaux lecteurs découvrent ce livre qui, pour l'être passionné de vivre et de connaître, offre une révélation semblable.

Isabelle Autissier et Zelba, dans Une bouteille à la mer, confient à l'océan Arctique un SOS dans une bouteille, à l'attention de Zelba, avec l'envie de faire un livre à deux. L'une est une navigatrice de renom, première femme à avoir fait le tour du monde en solitaire, présidente d'honneur du WWF France et spécialiste de la mer, l'autre une autrice drôle et engagée et fut championne du monde junior d'aviron. Ensemble, elles vont à la rencontre de personnes d'horizons différents, ayant en commun la protection des mers et océans : des spécialistes comme la biologiste Françoise Gaill, le professeur en écologie marine Didier Gascuel, l'ambassadeur des pôles et des océans Olivier Poivre d'Arvor ou encore la présidente de Sea Shepherd France, Lamya Essemlali. Avec ces témoignages et de beaux souvenirs de mer racontés par Isabelle Autissier, Zelba a réalisé un reportage, comme une nouvelle bouteille à la mer.

L'Arctique et une bouteille à la mer

Mystères et Intrigues Psychologiques

Certains ouvrages se distinguent par leur capacité à tisser des intrigues complexes, jouant avec la perception du lecteur et les profondeurs de l'âme humaine.

Suspense et Huis Clos

Michel Bussi, avec Que la mort nous frôle, revient à l'essence de son art : un suspense psychologique haletant, un huis clos oppressant et une intrigue savamment orchestrée, où rien n'est jamais ce qu'il paraît être. Quand on frôle la mort, ce n'est pas son passé que l'on voit défiler. Près de Lausanne, Jeanne, jeune psychiatre spécialisée dans les traumatismes, rejoint le manoir des Amarantes, qui, depuis 1945, abrite des pensionnaires brisés par la guerre. Maître dans l'illusion et l'art de la manipulation, Michel Bussi est l'un des auteurs préférés des Français, et le plus adapté à la télévision et en bandes dessinées.

Secrets Enfouis et Thriller Polyphonique

Charlotte McConaghy, dans Les Fantômes de Shearwater, signe un thriller polyphonique addictif sur la quête de communion et de beauté dans un monde au bord du précipice. Dominic Salt et ses trois enfants sont les gardiens de Shearwater, une île perdue au milieu de l'océan Austral. Abritant la plus grande banque de graines au monde, le site accueillait jusqu'à il y a peu de nombreux chercheurs que la montée des eaux a contraints à partir. C'est aux Salt, désormais seuls sous la menace inexorable des éléments, qu'il revient de choisir les semences qui seront sauvées et dont l'avenir de l'humanité pourrait bien dépendre. Un soir de tempête, une femme s'échoue sur le rivage, miraculeusement en vie. D'où vient-elle ? Et que cherche-t-elle ? Bientôt, des secrets enfouis referont surface, et chacun devra affronter ses fantômes. L'œuvre mêle suspense, réflexion écologique et tragédies familiales.

Dramas Irréversibles et Contes Vénéneux

Lucile Novat, dans Voir venir, offre un premier roman singulier qui détourne les codes du genre et donne à ce conte vénéneux des accents résolument modernes. À Saint-Denis, voisin de la nécropole royale, se trouve la maison d'éducation de la Légion d'honneur, un étonnant et imposant édifice. Vanessa est aujourd'hui surveillante dans cet internat de jeunes filles revêtant tantôt des airs de château de conte, tantôt de maison hantée. Véritable cheffe d'orchestre de ce roman choral, elle nous invite à faire la connaissance de quatre pensionnaires : Lou, Yasmine, Adèle et Suzanne. Ces adolescentes portent toutes un lourd symbole, une médaille remise à leur père ou à leur grand-père, leur clé pour entrer ici. Leur présent et leur passé s'entremêlent, le temps se détraque, jusqu'à ce drame irrémédiable, que personne n'avait vu venir.

Manoir ancien et secrets

Réflexions sur la Société et l'Humanité

Des œuvres proposent des observations critiques sur les travers de la société et la nature humaine.

Critique du Surtourisme et de la Médiocrité

Jérôme Ferrari, avec Nord Sentinelle : Contes de l'indigène et du voyageur, sonde la violence, saisit la douloureuse déception de n'être que soi-même et inaugure, avec la thématique du tourisme intensif, une réflexion nourrie sur l'altérité. Pour une banale histoire de bouteille introduite illicitement dans son restaurant, le jeune Alexandre Romani poignarde Alban Genevey au milieu d'une foule de touristes massés sur un port corse. Alban, étudiant dont les parents possèdent une résidence secondaire sur l'île, connaît son agresseur depuis l'enfance. Dès lors, le narrateur, intimement lié aux Romani, remonte la ligne de vie des protagonistes et dessine les contours d'une dynastie de la bêtise et de la médiocrité. Sur un fil tragicomique, dans une langue vibrante aux accents corrosifs, Ferrari explore ce qui, dès le premier pas posé sur le rivage, corrompt la terre et le cœur des hommes. Nicole Gnesotto le recommande comme une écriture vertigineuse, violente, sur l'extraordinaire bêtise, l'inculture, la paresse de la petite mafia corse qui arnaque le touriste.

La Poésie, Fenêtre sur l'Âme

Omar Khayyam (1048-1122), l'un des représentants les plus marquants de la poésie musulmane, est surtout connu pour ses Quatrains, vers sensuels et mystiques qui ont inspiré plusieurs générations de poètes. Au fil des siècles, le nombre de quatrains attribués à Omar Khayyam n'a cessé de croître, brouillant l'identité de l'œuvre originale et donnant de son auteur l'image d'un poète libertin et irrévérencieux. Le poète apparaît alors comme un sage soufi, usant d'une symbolique transgressive mais précise pour appeler les hommes à connaître l'ivresse de Dieu au-delà de la religion instituée.

L'Enfance et la Nature

Certains textes s'attardent sur la pureté de l'enfance et la relation intime avec la nature, souvent idéalisée.

Le Paradis Perdu de l'Enfance

Un passage extrait de l'œuvre de Colette, faisant écho à Claudine à l'école, nous transporte dans le souvenir d'une enfance rurale et libre. L'autrice confie n'avoir jamais désiré écrire dans sa jeunesse, se sentant faite pour ne pas écrire. Elle évoque la douceur d'une telle absence de vocation littéraire, son enfance et adolescence occupées uniquement à diriger leurs subtiles antennes vers ce qui se contemple, s'écoute, se palpe et se respire. Déserts limités et sans périls, empreintes sur la neige de l'oiseau et du lièvre, étangs couverts de glace ou voilés de chaude brume d'été, lui donnèrent autant de joies qu'elle en pouvait contenir. Elle décrit son école non pas comme une école, mais comme une sorte de rude paradis où des anges ébouriffés cassaient du bois le matin pour allumer le poêle et mangeaient d'épaisses tartines de haricots rouges, cuits dans la sauce au vin, étalés sur le pain gris que pétrissaient les fermières. Dans son pays natal, point de chemin de fer, d'électricité, de collège proche, ni de grande ville. Dans sa famille, point d'argent, mais des livres ; point de cadeaux, mais de la tendresse ; point de confort, mais la liberté. Aucune voix ne lui a glissé le conseil d'écrire, et d'écrire encore, de ternir, en écrivant, sa bondissante ou tranquille perception de l'univers vivant. Pourtant, sa vie s'est écoulée à écrire. Née d'une famille sans fortune, elle n'avait appris aucun métier. Elle savait grimper, siffler, courir, mais personne ne lui a proposé une carrière d'écureuil, d'oiseau ou de biche. Le jour où la nécessité lui mit une plume en main, et qu'en échange des pages écrites on lui donna un peu d'argent, elle comprit qu'il lui faudrait chaque jour, lentement, docilement écrire, patiemment concilier le son et le nombre, se lever tôt par préférence, se coucher tard par devoir.

Colette enfant dans la nature

Elle dépeint un bouquet de Puisaye, fait de jonc grainé, de grands butomes à fleurs roses plantés tout droits dans l'eau sur leur reflet inversé ; l'alise et la corme et le nèfle, roussottes que le soleil ne mûrit pas mais que novembre attendrit ; c'est la châtaigne d'eau à quatre cornes, sa farine à goût de lentille et de tanche ; c'est la bruyère rouge, rose et blanche, qui croît dans une terre aussi légère que la cendre du bouleau. C'est la massette du marais à fourrure de ragondin et, pour lier le tout, la couleuvre qui traverse à la nage les étangs, son petit menton au ras de l'eau. Ni pied, ni main, ni bourrasque n'ont détruit en elle le fertile marécage natal, réparti autour des étangs. Sa moisson de hauts roseaux, fauchés chaque année, ne séchait jamais tout à fait avant qu'on la tressât grossièrement en tapis. Sa chambre d'adolescente n'avait pas, sur son froid carreau rouge, d'autre confort, d'autre parfum que cette natte de roseaux.

L'autrice se présente : « Je m'appelle Claudine, j'habite Montigny ; j'y suis née en 1884 ; probablement je n'y mourrai pas. Mon Manuel de géographie départementale s'exprime ainsi : "Montigny-en-Fresnois, jolie petite ville de 1.950 habitants, construite en amphithéâtre sur la Thaize ; on y admire une tour sarrasine bien conservée…" Moi, ça ne me dit rien du tout, ces descriptions-là ! D'abord, il n'y a pas de Thaize ; je sais bien qu'elle est censée traverser des prés au-dessous du passage à niveau ; mais en aucune saison vous n'y trouveriez de quoi laver les pattes d'un moineau. Montigny construit "en amphithéâtre" ? Non, je ne le vois pas ainsi ; à ma manière, c'est des maisons qui dégringolent, depuis le haut de la colline jusqu'en bas de la vallée ; ça s'étage en escalier au-dessous d'un gros château, rebâti sous Louis XV et déjà plus délabré que la tour sarrasine, basse, toute gaînée de lierre, qui s'effrite par en haut un petit peu chaque jour. »

Le Code Noir : le document le plus monstrueux de l'histoire de France

Le Jardin, un Espace de Vie et d'Intimité

Dans son quartier natal, on n'eût pas compté vingt maisons privées de jardin. Les plus mal partagées jouissaient d'une cour, plantée ou non, couverte ou non de treilles. Chaque façade cachait un « jardin-de-derrière » profond, tenant aux autres jardins-de-derrière par des murs mitoyens. Ces jardins-de-derrière donnaient le ton au village. On y vivait l'été, on y lessivait ; on y fendait le bois l'hiver, on y besognait en toute saison, et les enfants, jouant sous les hangars, perchaient sur les ridelles des chars à foin dételés. Les enclos qui jouxtaient le nôtre ne réclamaient pas de mystère : la déclivité du sol, des murs hauts et vieux, des rideaux d'arbres protégeaient notre « jardin d'en haut » et notre « jardin d'en bas ». Le flanc sonore de la colline répercutait les bruits, portait, d'un atoll maraîcher cerné de maisons à un « parc d'agrément », les nouvelles. De notre jardin, nous entendions, au Sud, Miton éternuer en bêchant et parler à son chien blanc dont il teignait, au 14 juillet, la tête en bleu et l'arrière-train en rouge. Au Nord, la mère Adolphe chantait un petit cantique en bottelant des violettes pour l'autel de notre église foudroyée, qui n'a plus de clocher. À l'Est, une sonnette triste annonçait chez le notaire la visite d'un client.

Jardin secret et vie de village

La méfiance provinciale est questionnée : « Belle méfiance ! Nos jardins se disaient tout. Oh ! aimable vie policée de nos jardins ! Courtoisie, aménité de potager à "fleuriste" et de bosquet à basse-cour ! Quel mal jamais fût venu par-dessus un espalier mitoyen, le long des faîtières en dalles plates cimentées de lichen et d'orpin brûlant, boulevard des chats et des chattes? » De l'autre côté, sur la rue, les enfants insolents musaient, jouaient aux billes, troussaient leurs jupons, au-dessus du ruisseau ; les voisins se dévisageaient et jetaient une petite malédiction, un rire, une épluchure dans le sillage de chaque passant, les hommes fumaient sur les seuils et crachaient. Gris de fer, à grands volets décolorés, notre façade à nous ne s'entrouvrait que sur mes gammes malhabiles, un aboiement de chien répondant aux coups de sonnette, et le chant des serins verts en cage.

La maison était grande, coiffée d'un grenier haut. La pente raide de la rue obligeait les écuries et les remises, les poulaillers, la buanderie, la laiterie, à se blottir en contrebas tout autour d'une cour fermée. Accoudée au mur du jardin, je pouvais gratter du doigt le toit du poulailler. Le Jardin-du-Haut commandait un Jardin-du-Bas, potager resserré et chaud, consacré à l'aubergine et au piment, où l'odeur du feuillage de la tomate se mêlait, en juillet, au parfum de l'abricot mûri sur espaliers. La façade principale, sur la rue de l'Hospice, était une façade à perron double, noircie, à grandes fenêtres et sans grâces, une maison bourgeoise de vieux village, mais la roide pente de la rue bousculait un peu sa gravité, et son perron boitait, quatre marches d'un côté, six de l'autre. Grande maison grave, revêche avec sa porte à clochette d'orphelinat, son entrée cochère à gros verrou de geôle ancienne, maison qui ne souriait que d'un côté. Son revers, invisible au passant, doré par le soleil, portait manteau de glycine et de bignonier mêlés, lourds à l'armature de fer fatiguée, creusée en son milieu comme un hamac, qui ombrageait une petite terrasse dallée et le seuil du salon.

L'autrice se demande si le reste vaut d'être peint à l'aide de pauvres mots. Elle n'aidera personne à contempler ce qui s'attache de splendeur, dans son souvenir, aux cordons rouges d'une vigne d'automne que ruinait son propre poids, cramponnée, au cours de sa chute, à quelque bras de pin. Ces lilas massifs dont la fleur compacte, bleue dans l'ombre, pourpre au soleil, pourrissait tôt, étouffée par sa propre exubérance, ces lilas morts depuis longtemps ne remonteront pas grâce à elle vers la lumière, ni le terrifiant clair de lune, - argent, plomb gris, mercure, facettes d'améthystes coupantes, blessants saphirs aigus, qui dépendait de certaine vitre bleue, dans le kiosque au fond du jardin.

Il arrivait qu'un livre, ouvert sur le dallage de la terrasse ou sur l'herbe, une corde à sauter serpentant dans une allée, ou un minuscule jardin bordé de cailloux, planté de têtes de fleurs, révélassent autrefois, dans le temps où cette maison et ce jardin abritaient une famille, la présence des enfants, et leurs âges différents. Le jardin de ma maison natale perdit, le temps l'aidant, l'habitude d'écarter les intrus. Je ne lui connus qu'une grille bénigne, des portes entrebâillées le jour et la nuit. La porte charretière, tout le village savait comment secouer son gros vantail pour faire tomber, derrière, une lourde barre de fer qui eût dû le verrouiller. Les dernières recommandations, à l'heure du couvre-feu, étaient à rebours du bon sens : "Surtout qu'on ne ferme pas la porte du perron, une des chattes n'est pas rentrée! La porte du fenil est-elle ouverte, au moins?"

Jardin d'En-haut, jardin d'En-bas - leurs noms en disent assez sur la dénivellation du sol - nous laissaient sortir clandestinement, le mur enjambé, et clandestinement rentrer. Tous deux, mêlés d'utile et de superflu, mettaient la tomate et l'aubergine aux pieds des pyrèthres, repiquaient les laitues entre les balsamines et les héliotropes. Si nos hortensias étaient royalement bouffis de têtes roses, ce n'était pas le résultat de soins particuliers, c'est qu'ils touchaient presque la pompe, bénéficiaient ainsi des fonds d'arrosoirs jetés à la volée, des rinçages de cruches, et qu'ils buvaient leur saoul. Pour le prestige de notre jardin, fallait-il davantage qu'un chèvrefeuille centenaire et infatigable, que la glycine en cascatelles et le rosier cuisse-de-nymphe?

Le jardin familial, un havre de paix

Le Portrait de Sido

La description d'une jeune fille blonde pas très jolie et charmante, à grande bouche et à menton fin, les yeux gris et gais, portant sur la nuque un chignon bas de cheveux glissants qui coulaient entre les épingles, - une jeune fille libre habituée à vivre honnêtement avec des garçons, frères et camarades, nous introduit à Sido. Elle avait dix-huit ans quand "Le Sauvage" l'enleva, vers 1853, à sa famille qui comptait seulement deux frères, journalistes français mariés en Belgique, à ses amis, - des peintres, des musiciens et des poètes toute une jeune bohème d'artistes français et belges. Le Sauvage la vit, un jour qu'elle était venue, de Belgique en France, passer quelques semaines d'été chez sa nourrice paysanne, et qu'il visitait à cheval ses terres voisines. Accoutumé à ses servantes sitôt quittées que conquises, il rêva de cette jeune femme désinvolte, qui l'avait regardé sans baisser les yeux et sans lui sourire. La barbe noire du passant, son cheval rouge comme guigne, sa pâleur de vampire distingué ne déplurent pas à la jeune fille mais elle l'oubliait au moment où il s'enquit d'elle. Il apprit son nom et qu'on l'appelait "Sido", pour abréger Sidonie. Formaliste comme beaucoup de "sauvages", il fit mouvoir notaire et parents, et l'on connut, en Belgique que ce fils de gentilshommes verriers possédait, des fermes, des bois, une belle maison à perron et jardin, de l'argent comptant.

Effarée, muette, Sido écoutait, en roulant sur ses doigts ses "anglaises" blondes. Elle y trouva un inattendu salon blanc et or au rez-de-chaussée, mais un premier étage à peine crépi, abandonné comme un grenier. L'argenterie, timbrée d'une chèvre debout sur ses sabots de derrière, la cristallerie et le vin abondaient. Des vieilles femmes ténébreuses filaient à la chandelle dans la cuisine, le soir, teillaient et dévidaient le chanvre des propriétés, pour fournir les lits et l'office de toile lourde, inusable et froide. Ce Sauvage, homme de bonnes façons le plus souvent, traita bien, d'abord, sa petite civilisée. Mais Sido, qui cherchait des amis, une sociabilité innocente et gaie, ne rencontra dans sa propre demeure que des serviteurs, des fermiers cauteleux, des gardes-chasses poissés de vin et de sang de lièvre, que suivait une odeur de loup. Le Sauvage leur parlait peu, de haut. D'une noblesse oubliée, il gardait le dédain, la politesse, la brutalité, le goût des inférieurs ; son surnom ne visait que sa manière de chevaucher seul, de chasser sans chien ni compagnon, de demeurer muet. Sido aimait la conversation, la moquerie, le mouvement la bonté despotique et dévouée, la douceur. Elle fleurit la grande maison, fit blanchir la cuisine sombre, surveilla elle-même des plats flamands, pétrit des gâteaux aux raisins et espéra son premier enfant. Le Sauvage lui souriait entre deux randonnées et repartait. Au bout de recettes gourmandes, de patience et d'encaustique, Sido, maigrie d'isolement, pleura, et le Sauvage aperçut la trace des larmes qu'elle niait. Il comprit confusément qu'elle s'ennuyait qu'une certaine espèce de confort et de luxe, étrangère à toute sa mélancolie de Sauvage, manquait.

Dans le mortier dépoli, ébréché, je pourrais encore piler les amandes, mêlées au sucre et au zeste de citron. Mais je me reproche de découper en coussins et en sacs à main le cachemire à fond cerise. - Tu vois, me disait-elle, il me les a apportés ce Sauvage qui ne savait pas donner. Il me les a pourtant apportés à grand-peine, attachés sur sa jument Mustapha. Il se tenait devant moi, les bras chargés, aussi fier et aussi maladroit qu'un très grand chien qui porte dans sa gueule une petite pantoufle. Et j'ai bien compris que, pour lui, ses cadeaux n'avaient figure de mortier ni de châle. C'étaient "des cadeaux", des objets rares et coûteux qu'il était allé chercher loin ; c'était son premier geste désintéressé - hélas !

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