Le bouturage est une technique fondamentale et gratifiante dans le monde du jardinage, permettant aux amateurs comme aux professionnels de multiplier leurs plantes favorites. Loin d'être un art réservé aux experts, le bouturage est un geste simple et économique qui consiste à créer une nouvelle plante, un clone identique à sa plante mère, à partir d'un simple fragment. Cette méthode de multiplication végétative s'oppose à la reproduction sexuée, qui mélange le patrimoine génétique de deux individus pour produire des graines. En choisissant le bouturage, vous avez la garantie de conserver les caractéristiques exactes des plantes que vous appréciez, qu'il s'agisse de leur couleur, de leur parfum ou de leur vigueur.

Qu'est-ce que le Bouturage ?
Le bouturage consiste à prélever une partie d'une plante mère - qu'il s'agisse d'une tige, d'une feuille ou d'une racine - et à la planter de manière à ce qu'elle développe ses propres racines et devienne une plante indépendante. Ce processus repose sur la capacité des cellules méristématiques présentes dans la bouture à se différencier. Ces cellules se modifient, se transforment en ébauches de racines, puis en bourgeons radiculaires et enfin en racines adventives. Ces nouvelles racines sont alors prêtes à alimenter le reste de la bouture en eau et en oligo-éléments, favorisant ainsi sa croissance.
À Quoi Sert le Bouturage ? Les Avantages d'une Reproduction à l'Identique
Le bouturage est une méthode de multiplication végétative qui présente de nombreux avantages pour les jardiniers.
- Conservation des caractéristiques génétiques : Cette technique est idéale pour préserver des variétés de plantes rares ou précieuses, car elle garantit que la nouvelle plante sera une copie génétique exacte de la plante mère, conservant ainsi ses caractéristiques spécifiques. Lorsque les génétiques sont identiques, vous pouvez appliquer les mêmes conditions environnementales idéales pour leur développement.
- Reproduction rapide : Pour certaines plantes, le bouturage permet une reproduction plus rapide que les semis, accélérant ainsi le processus de multiplication.
- Économique : C'est une méthode simple et économique qui permet de reproduire des végétaux à l’identique à partir d’un fragment de la plante mère.
- Contrôle de la génétique : Chaque graine est différente et offre donc une génétique différente, même si elles font partie de la même famille. Le bouturage vous permettra de choisir la génétique que vous souhaitez.
Les Différentes Sortes de Boutures
Le bouturage permet de reproduire des végétaux à l’identique à partir d’un morceau de la plante mère. Il peut s’agir :
- D’un fragment de tige ou de rameau : C’est la méthode la plus courante, utilisée dans plus de 90 % des cas.
- D’une feuille ou d’un fragment de feuille : Cette technique est particulièrement adaptée aux succulentes, aux saintpaulias et à certains bégonias.
- D’un fragment de racine : Moins fréquente, cette méthode est utilisée pour des plantes comme le cœur de Marie, le pavot d’Orient ou la corète du Japon.
Dans tous les cas, les plantes obtenues sont identiques à la plante mère, avec toutes ses caractéristiques.
Quand Bouturer ? Choisir le Bon Moment pour Chaque Type de Bouture
La période idéale pour réaliser des boutures dépend du type de plante et de la partie prélevée.
Boutures de feuilles et de racines : Ces boutures peuvent se faire toute l’année.
Boutures de tiges ou de rameaux : Elles se font à trois périodes privilégiées :
Boutures de printemps (mai-juin) : On réalise des boutures à partir de tiges ou de rameaux verts et tendres. On parle de boutures herbacées ou en vert. Elles sont généralement effectuées « à l’étouffée », sous une cloche ou une poche en plastique transparent, pour maintenir une atmosphère chaude et saturée d’humidité. Les vivaces (asters, lavande, lupin…) et de nombreuses plantes d’appartement (abutilon, caoutchouc, cordyline…) se bouturent bien à cette période.

Boutures d’été et d’automne (mi-août à mi-octobre) : On réalise des boutures semi-ligneuses, ou semi-aoûtées, à partir de rameaux de l’année qui commencent à durcir et à prendre une teinte brune à la base. Certains arbres, comme l’olivier, et la plupart des arbustes (hortensias, lavatère arbustive, lilas des Indes, rosiers…) peuvent se bouturer à cette période, ainsi que certaines vivaces (sauge, scabieuse, œillets, santoline…).
Boutures d’automne-hiver (fin d’automne ou début d’hiver) : On réalise des boutures de bois sec, ou ligneuses, à partir des rameaux de l’année qui ont pris une texture de bois dur. De nombreux arbres et arbustes à feuilles caduques peuvent se bouturer ainsi : buddleia, forsythia, troène, seringat, viorne, rosiers, saule, figuier, arbustes à fruits rouges…
Les Étapes Clés pour un Bouturage Réussi
Pour réussir un bouturage, il est important de suivre des étapes précises qui garantissent que la bouture s’enracinera correctement et deviendra une plante forte.
Étape 1 : Prélever la Bouture
- Sélection de la plante mère : Choisissez une plante mère parfaitement saine.
- Choix du rameau : Sélectionnez une tige ou un beau rameau de l’année, défleuri ou n’ayant pas porté de fleurs.
- Outil : Munissez-vous d’un sécateur ou d’un cutter bien affûté et désinfecté.
- Prélèvement : Prélevez à l’extrémité de la tige ou du rameau un fragment de 10 à 15 cm de long, en le coupant en biais juste en dessous d’un départ de feuille ou d’un bourgeon. Pour multiplier les chances de réussite, prélevez plusieurs boutures sur une même plante.
- Bouture à talon : Dans certains cas, une « bouture à talon » a plus de chances de réussir. Elle se fait à partir d’un rameau secondaire, en conservant à la base un fragment du rameau principal (« talon »). Ce type de bouture se pratique en particulier pour les arbustes fruitiers tels que la vigne, et parfois pour des arbustes comme le lilas.
Étape 2 : Préparer la Bouture
- Coupe : Éêtez la bouture en la coupant juste au-dessus d’un bourgeon (environ 15 cm). La base de la bouture doit être prélevée juste sous un nœud ou bourgeon.
- Feuillage : Éliminez toutes les feuilles sauf deux ou trois au sommet. S’il s’agit de grandes feuilles, coupez-les en deux pour limiter l’évaporation.
- Hormone de bouturage (facultatif) : Afin de favoriser la production de racines, vous pouvez tremper la base de la bouture dans une poudre d’hormone de bouturage vendue en jardinerie. Prenez la précaution de tapoter légèrement la bouture avec le doigt pour éviter un surplus néfaste d’hormones.
Étape 3 : Planter la Bouture
- Substrat : Une fois préparée, la bouture doit être plantée immédiatement dans un pot rempli à l’avance d’un substrat léger. Vous pouvez utiliser un mélange de terreau et de sable, ou un terreau spécial bouturage. Des supports de culture spécialement conçus pour l’enracinement optimal des boutures existent, tels que les Root Riot (cubes de substrat organique biodégradable offrant une oxygénation optimale), les Eazy Plug (cubes de laine de roche 100% organique) ou les plateaux et cubes de laine de roche Grodan.
- Plantation : À l’aide d’un crayon, creusez un trou dans le substrat, puis glissez la bouture dedans. Si le pot est grand, vous pouvez planter plusieurs boutures provenant de la même plante mère. Tassez légèrement le substrat autour de chaque bouture.
- Arrosage : Arrosez sans noyer la bouture.
- Emplacement : Placez le pot à mi-ombre, dans un endroit abrité du vent.
Cas Particulier : Le Bouturage à l'Étouffée
Certaines boutures (rosiers, hortensias, lavande, buis…) s’enracinent plus facilement lorsqu’elles sont placées dans un milieu chaud et saturé d’eau.
- Créer l’environnement : Recouvrez le pot d’une cloche transparente (une bouteille en plastique coupée à moitié fait très bien l'affaire) ou placez-le dans une mini serre.
- Humidité : Humidifiez régulièrement la bouture à l’aide d’un pulvérisateur.
- Aération : Laissez la cloche en place une quinzaine de jours, en veillant à aérer tous les deux jours pour éviter la pourriture de la bouture.
- Lumière : Placez vos boutures sous une ampoule de croissance, un kit turbo néons, une lampe économique type CFL, ou une ampoule MH ou hybride. Les boutures doivent recevoir de la lumière 18 heures par jour.
- Adaptation progressive : À partir de 5 ou 6 jours, ouvrez le capot de votre serre progressivement afin de créer un appel d’air.
Comment faire des BOUTURES de vos PLANTES d'INTÉRIEUR SIMPLEMENT - Tuto/astuce bouturage
Étape 4 : L'Entretien et le Suivi
- Humidité : Maintenez le substrat légèrement humide en arrosant modérément. Vaporisez régulièrement vos boutures afin que le taux d’humidité reste élevé (maximum 90%) pour que les racines fassent leur apparition. En effet, les boutures n’ont pas encore de racines et n’arrivent pas encore à prélever l’eau qui leur est nécessaire.
- Température et air : Assurez une température constante et évitez les courants d’air. Aérez régulièrement en ouvrant le sac plastique ou la mini-serre pour éviter une condensation excessive et les moisissures.
- Patience : L’enracinement peut prendre de quelques semaines à quelques mois, selon les plantes. Soyez patient et surveillez régulièrement l’état de la bouture.
Étape 5 : Rempoter ou Replanter la Bouture
Quelques mois après que la bouture ait donné des signes de reprise, avec des bourgeons qui se développent, c’est le moment de la rempoter dans un substrat horticole ou de la replanter directement en pleine terre, selon sa vigueur.
Cas Particulier : Bouture dans l’Eau
Certaines boutures de tiges peuvent s’effectuer tout simplement dans un verre d’eau. C’est le cas de certaines plantes vertes (papyrus, misère, coléus…), mais aussi de boutures de menthe, de lierre, de laurier rose, de saule…
- Préparation : Prélevez une bouture d’une dizaine de centimètres à l’extrémité d’une tige. Débarrassez de ses feuilles toute la partie de la bouture qui sera dans l’eau.
- Mise en eau : Mettez la bouture à tremper dans un verre d’eau (à changer tous les 3-4 jours).
- Enracinement : Patientez le temps que des racines apparaissent et se développent.
- Plantation : Lorsqu’elles atteignent environ 4 cm, replantez délicatement la bouture dans un terreau léger.

Les Plantes Faciles à Bouturer
Certaines plantes sont plus faciles à bouturer que d’autres. En voici quelques exemples :
- Plantes d’appartement : Coléus, misère, papyrus, abutilon, caoutchouc, cordyline.
- Plantes de balcon : Géraniums (pélargoniums), bégonias.
- Vivaces : Anthémis, asters, aubriète, corbeilles d’argent, lavande, lupins, népétas, œillets, penstémons, santoline, sauge, scabieuse.
- Plantes grimpantes : Chèvrefeuille, lierre, vigne vierge.
- Plantes aromatiques : Thym, romarin, basilic, menthe, sauge.
- Arbustes : Abélia, buddleia, buis, camélia, forsythia, fuchsia, groseillier à fleurs, hibiscus, hortensias et hydrangeas, laurier rose, lavatère arbustive, lilas, millepertuis, rhododendron, seringat, skimmia, spirées, sureau, troène, viornes, weigelia, certains rosiers.
- Arbustes à fruits rouges : Groseillier, framboisier.
- Arbres d’ornement et fruitiers : Saule, érable, marronnier, thuya, olivier, figuier, poirier, pommier.
Il est important de noter que les plantes annuelles ne se bouturent pas.
Le Bouturage dans le Contexte des Techniques de Multiplication Végétale
Le bouturage est une technique parmi d'autres de multiplication végétative, qui s'opposent à la reproduction sexuée. D'autres méthodes existent et sont complémentaires :
- Le marcottage : Plus facile à réussir que le bouturage mais moins "rentable" en nombre de plantes reproduites, le marcottage consiste à provoquer l'émission de racines sur un rameau sans le détacher de la plante mère. Il reste ainsi nourri par sa plante mère tant qu'il n'est pas capable de s'alimenter seul. C'est seulement à ce moment qu'il sera sevré, c'est-à-dire détaché de la plante mère. On peut enterrer l'extrémité d'un rameau souple au printemps dans un mélange de sable et de tourbe, et la marcotte pourra être sevrée à l'automne. Cette technique s'utilise principalement pour les plantes grimpantes et les arbustes à branches souples.
- La division des touffes : C'est un mode de multiplication pour toutes les souches vivaces, qui permet également d'éliminer les parties âgées pour les remplacer par des plantes jeunes et plus vigoureuses. Il suffit de soulever délicatement la souche, de la découper à la main ou au sécateur en veillant à ce que chaque nouvelle plante ait des racines, un bourgeon et une touffe de feuilles, puis de la replanter directement en terre. Les plantes rhizomateuses (iris) se divisent par séparation du rhizome.
- Le greffage : Le greffage consiste à mettre en contact étroit les tissus d'une ou plusieurs plantes pour qu'ils se soudent entre eux. Le greffon développe tige et feuilles, le porte-greffe fournit les racines. Ce procédé permet de reproduire des végétaux qui ne se reproduisent pas fidèlement par semis, ou qui sont difficiles à bouturer. Le greffage en écusson, réalisé à la fin de l'été, est le plus répandu.
Le bouturage, par sa simplicité et son efficacité, demeure une technique accessible et gratifiante, permettant à tous les jardiniers de multiplier leurs plantes préférées et d'enrichir leur jardin.