Le bouturage est une méthode simple et économique qui permet de reproduire des végétaux à l’identique à partir d’un fragment de la plante mère. Contrairement à ce que l’on croit parfois, c’est un geste simple, à la portée du jardinier débutant. Il suffit de connaître la marche à suivre et de se lancer ! Le bouturage est une technique essentielle pour tout jardinier souhaitant multiplier ses plantes sans recourir aux graines. En plus d’être économique, cette méthode permet de conserver les caractéristiques exactes des plantes que vous appréciez. La bouture, définie comme une partie d'un végétal (branche, tige ou feuille) que l'on plante en terre pour lui faire prendre racine, est une pratique ancestrale documentée dès le XVe siècle.

Fondements biologiques et utilité du bouturage
Le bouturage consiste à prélever une partie d’une plante mère - qu’il s’agisse d’une tige, d’une feuille ou d’une racine - et à la planter de manière à ce qu’elle développe ses propres racines et devienne une plante indépendante. Dans tous les cas, les plantes obtenues sont identiques à la plante mère, avec toutes ses caractéristiques (couleur, odeur…), ce qui n’est pas toujours le cas lorsqu’on fait un semis.
Le bouturage est une méthode de multiplication végétative qui présente de nombreux avantages pour les jardiniers. Tout d’abord, cette technique est idéale pour préserver des variétés de plantes rares ou précieuses, car elle garantit que la nouvelle plante sera une copie génétique exacte de la plante mère, conservant ainsi ses caractéristiques spécifiques. De plus, le bouturage permet une reproduction plus rapide que les semis pour certaines plantes, accélérant ainsi le processus de multiplication.
Typologie des boutures selon le végétal
Le bouturage permet de reproduire des végétaux à l’identique à partir d’un morceau de la plante mère. Il peut s’agir :
- d’un fragment de tige ou de rameau, dans plus de 90 % des cas ;
- d’une feuille ou d’un fragment de feuille (succulentes, saintpaulia, certains bégonias…) ;
- d’un fragment de racine (cœur de Marie, pavot d’Orient, corète du Japon…).
En revanche, les annuelles ne se bouturent pas. Certaines plantes sont plus faciles à réussir que d’autres. Parmi elles, on retrouve les plantes d’appartement (coléus, misère, papyrus), les plantes de balcon (géraniums de balcon ou pélargoniums, bégonias), ainsi que de nombreuses vivaces (anthémis, asters, aubriète, corbeilles d’argent, lavande, lupins, népétas, œillets, penstémons, santoline). Les plantes grimpantes comme le chèvrefeuille, le lierre ou la vigne vierge se prêtent également très bien à cet exercice, tout comme les plantes aromatiques (thym, romarin, basilic, menthe, sauge).
Les arbustes ne sont pas en reste : abélia, buddléia, buis, camélia, forsythia, fuchsia, groseillier à fleurs, hibiscus, hortensias et hydrangeas, laurier rose, lavatère arbustive, lilas, millepertuis, rhododendron, seringat, skimmia, spirées, sureau, troène, viornes, weigelia, et certains rosiers. Les arbustes à fruits rouges comme le groseillier ou le framboisier, ainsi que les arbres d’ornement et fruitiers (saule, érable, marronnier, thuya, olivier, figuier, poirier, pommier) complètent cette liste exhaustive.
Réussissez toutes vos boutures !
Calendrier et méthodes de bouturage
Quand bouturer ? Les boutures de feuilles et de racines peuvent se faire toute l’année. En revanche, les boutures de tiges ou de rameaux se font à trois périodes privilégiées.
Boutures de printemps
Au printemps, en mai-juin, on réalise des boutures à partir de tiges ou de rameaux verts et tendres : on parle de boutures herbacées ou encore de boutures en vert. De manière générale, celles-ci seront effectuées à « l’étouffée » (sous une cloche en verre ou plastique, ou une poche en plastique transparent maintenu par un élastique sur le pot). Cela permet à la bouture d’évoluer dans une atmosphère chaude et saturée d’humidité. Les vivaces (asters, lavande, lupin…) se bouturent bien de cette façon, de même qu’un certain nombre de plantes d’appartement (abutilon, caoutchouc, cordyline, etc.).
Boutures d’été et d’automne
En été, et en début d’automne, de mi-août à mi-octobre, on réalise des boutures semi-ligneuses, encore appelées boutures semi-aoûtées, à partir de rameaux de l’année qui commencent à durcir et à changer de couleur, prenant une teinte brune à la base. Certains arbres, comme l’olivier, et la plupart des arbustes peuvent se bouturer à cette période : hortensias, lavatère arbustive, lilas des indes, chèvrefeuille arbustif, rosiers… Certaines vivaces sont également concernées (sauge, scabieuse, œillets, santoline…).
Boutures d’automne-hiver
En fin d’automne ou en début d’hiver, on réalise des boutures de bois sec, encore appelées boutures ligneuses ou boutures sur bois dormant. Elles se font à partir des rameaux de l’année qui ont pris une texture de bois. De nombreux arbres et arbustes à feuilles caduques peuvent se bouturer ainsi : buddléia, forsythia, troène, seringat, viorne, rosiers, saule, figuier, arbustes à fruits rouges…
Processus technique : les étapes de réussite
Le fragment de tige ou de rameau prélevé est d’abord convenablement préparé, puis planté dans un substrat adéquat. Pour réussir, il vous faudra : un sécateur ou un couteau propre et bien aiguisé, un substrat léger (mélange de terreau et de sable ou terreau spécial bouturage), des pots ou des godets bien nettoyés, éventuellement une hormone de bouturage, et un sac plastique transparent ou une mini-serre.
Étape 1 : Prélever la bouture
Sur une plante mère parfaitement saine, sélectionner une tige ou un beau rameau de l’année, défleuri ou n’ayant pas porté de fleurs. Se munir d’un sécateur bien affûté et désinfecté. Prélever à l’extrémité de la tige ou du rameau un fragment de 10 à 15 cm de long, en le coupant en biais sous un départ de feuille ou un bourgeon. Pour multiplier les chances de réussite, prélever plusieurs boutures sur une même plante. Dans certains cas, une « bouture à talon » a plus de chances de réussir : elle se fait à partir d’un rameau secondaire, en conservant à la base un fragment du rameau principal (« talon »). Ce type de bouture se pratique en particulier pour les arbustes fruitiers tels que la vigne, et parfois pour des arbustes comme le lilas.

Étape 2 : Préparer la bouture
Étêter la bouture en la coupant juste au-dessus d’un bourgeon (environ 15 cm). La base de la bouture doit être prélevée juste sous un nœud ou bourgeon. Éliminer toutes les feuilles sauf deux ou trois au sommet. S’il s’agit de grandes feuilles, les couper en deux pour limiter l’évaporation. Afin de favoriser la production de racines, on peut tremper la base de la bouture dans une poudre d’hormone de bouturage vendue en jardinerie. Il faut alors prendre la précaution de tapoter légèrement la bouture avec le doigt pour éviter un surplus néfaste d’hormones.
Étape 3 : Planter la bouture
Une fois préparée, la bouture doit être plantée immédiatement dans un pot rempli à l’avance d’un substrat léger. À l’aide d’un crayon, creuser un trou dans le substrat, puis glisser la bouture dedans. Si le pot est grand, on peut parfaitement y planter plusieurs boutures provenant de la même plante mère. Tasser légèrement le substrat autour de chaque bouture, arroser sans noyer la bouture, et placer le pot à mi-ombre, dans un endroit du jardin abrité du vent. Humidifier de temps en temps la ou les boutures jusqu’à l’enracinement.
Concernant les boutures à l’étouffée, recouvrir le pot d’une cloche transparente (une simple bouteille en plastique coupée à moitié fait très bien l’affaire). Humidifier régulièrement la bouture à l’aide d’un pulvérisateur et laisser la cloche en place une quinzaine de jours, en veillant à aérer tous les deux jours pour éviter à la bouture de pourrir.
Étape 4 : Entretien et transplantation
Aérez régulièrement en ouvrant le sac plastique ou la mini-serre pour éviter une condensation excessive et les moisissures. Maintenez le substrat légèrement humide en arrosant modérément. Assurez une température constante et évitez les courants d’air. L’enracinement peut prendre de quelques semaines à quelques mois, selon les plantes. Soyez patient et surveillez régulièrement l’état de la bouture. Quelques mois après que la bouture ait donné des signes de reprise, avec des bourgeons qui se développent, c’est le moment de la rempoter dans un substrat horticole ou de la replanter directement en pleine terre, selon sa vigueur.
Techniques alternatives : le bouturage dans l’eau
Certaines boutures de tiges peuvent s’effectuer tout simplement dans un verre d’eau. C’est par exemple le cas de certaines boutures de plantes vertes (papyrus, misère, coléus…), mais aussi des boutures de menthe, de lierre, de laurier rose, de saule… Très ludiques, les boutures dans l’eau sont également très simples à réaliser :
- prélever une bouture d’une dizaine de centimètres à l’extrémité d’une tige ;
- débarrasser de ses feuilles toute la partie de la bouture qui sera dans l’eau ;
- mettre la bouture à tremper dans un verre d’eau (à changer tous les 3-4 jours) ;
- patienter le temps que des racines apparaissent et se développent ;
- lorsqu’elles atteignent environ 4 cm, replanter délicatement la bouture dans un terreau léger.

Cette méthode, bien que visuelle et gratifiante, demande une transition soigneuse vers le substrat terreux une fois le système racinaire suffisamment développé. Le bouturage, qu'il soit pratiqué en terre ou dans l'eau, demeure une compétence fondamentale permettant à tout jardinier de pérenniser son espace vert avec efficacité et précision.