La guimauve, plante sauvage dont les enfants de jadis mordillaient les racines épluchées pour « se faire les dents », a sa place au jardin potager et parmi les herbes médicinales. Partie de la grande famille des Malvacées, elle est native de l’Europe, de la Russie et de ses pays satellites du sud, ainsi que de l’Afrique du Nord, notamment en Algérie et en Tunisie. Le Maroc ne connaît pas la Guimauve mais bien l’Althæa rosea, qui est la Rose trémière.

Une identité botanique entre histoire et légende
La guimauve Althaea officinalis est à classer, rien que par son nom d’officinale, dans la catégorie des plantes médicinales. Le genre Althaea provient du mot grec « althaînô » qui veut dire guérir. Elle porte différents noms comme Mauve blanche, Haute mauve, Double mauve ou Guimauve sauvage. On l’appelait autrefois le « Bourdon de Saint-Jacques », car au Moyen-âge elle accompagnait les pèlerins qui en portaient des morceaux sur eux. Elle se place dans la catégorie des plantes herbacées vivaces.
La guimauve peut atteindre jusqu’à 120 cm, parfois plus, avec un étalement d’environ 60 cm. Ses fleurs blanches ou légèrement rosées apparaissent dès la fin de l’été jusqu’en automne. Son feuillage est gris-vert, duveteux et lobé. Les graines ont une forme étonnante : les carpelles sont bombées car rangées l’une à côté de l’autre autour du fruit. À l’origine, la guimauve vivait dans les sols salins, aimant les terres riches où l’humus règne en abondance, comme au bord des rivières ou des étangs.
Culture, entretien et multiplication
La guimauve ne s’entretient quasiment pas si ce n’est qu’au printemps, on peut diviser les touffes pour les replanter ailleurs au potager, en tout cas à environ 30 cm d’une autre guimauve. En été, on peut rabattre les tiges après floraison pour stimuler la poursuite de la croissance. La plante disparaîtra dans le sol en hiver.
Pour la plantation, commencez par travailler le sol en profondeur car la racine peut descendre jusqu’à 50 cm. Aménagez une cuvette qui retiendra l’eau d’un arrosage généreux. Assez gourmande, la guimauve demandera un arrosage régulier les premiers mois suivant la plantation. Le semis de guimauve est possible : c’est en automne que l’on fait les semis en caissette sous châssis froid, en laissant faire la nature durant l'hiver. Le bouturage de tiges, en début d’été, réussit aussi très bien.
Le mucilage : le cœur des propriétés thérapeutiques
La guimauve se fait remarquer par une présence importante de mucilage : avec ses 35% à 40% dans la racine d’une plante de minimum 3 ans d’âge, surtout en automne, elle en contient également 8 à 12% dans les feuilles plus faciles à récolter. Les fleurs en contiennent 5 à 10%. Ces mucilages sont composés d’acide glucuronique, de l’acide galacturonique, de rhamnose et de galactose.
Le mucilage est un polymère végétal hydrophile. Lorsque ces polymères sont en présence d’eau, un gel se forme et devient une barrière physique protectrice. Ils absorbent l’eau par capillarité et forces osmotiques, créant une suspension colloïdale ou un gel visqueux. C’est cette propriété qui fait sa réputation : elle apaise les inflammations, les ulcères de l’estomac et de l’intestin grêle, les maux de gorge, et la cystite.

Récolte et gestion des racines abîmées
C’est en automne, lorsque les tiges sèchent, qu’il faut récolter les racines, avant les premières gelées. Sortez délicatement la plante de terre à l’aide d’une fourche-bêche. Prenez garde de ne pas trop endommager les racines tendres qui cassent facilement. Une fois sortie de terre, trempez la masse de racine dans un seau d’eau afin d’enlever le plus gros de la terre.
Si vous avez endommagé une racine, coupez la partie abîmée dans le sens de la longueur et éliminez les zones noires. Gardez le reste. Il est recommandé de garder les racines en tronçons entiers plutôt que de les pulvériser, car cela favorise l'oxydation et l'absorption d'humidité, ce qui peut mener à des moisissures. Séchez-les dans des endroits secs et aérés.
Usages culinaires et préparations artisanales
La guimauve a une fonction adoucissante. Il est possible de faire un sirop en faisant macérer 125 g de racines fraîches lavées et coupées en dés dans de l’eau froide pendant 24 heures. Filtrez, ajoutez 2 kg de sucre et portez à ébullition. Pour retrouver les sensations anciennes de la pâte molle, coupez les racines en tranches, faites-les bouillir 20 minutes, retirez-les et faites bouillir le liquide avec du sucre avant de fouetter pour obtenir la consistance désirée.
Recette de guimauve fait maison
La guimauve au potager : une alliée précieuse
L’intérêt de placer une guimauve dans le potager est important pour les autres plantes. Les racines maintiennent l’humidité autour des racines voisines, réduisant l’évaporation en sol léger ou sableux. Les mucilages servent de substrat carboné pour les bactéries et champignons bénéfiques du sol. Ce sont les solanacées et les cucurbitacées qui profitent le mieux de la présence de guimauve, ainsi que la laitue, le chou, la carotte, le piment et l’épinard. Des études ont montré que les infusions de racines de guimauve ont une activité antifongique modérée sur certains champignons comme les Fusarium, ce qui en fait un traitement préventif doux contre l’oïdium.
Précautions et conseils d'utilisation
Bien que la guimauve agisse sur toutes les muqueuses du corps, elle a un lien spécifique avec les reins. Il est recommandé de consulter un professionnel de santé avant d’utiliser la guimauve, surtout en cas de grossesse, d’allaitement ou de problèmes de santé préexistants. Concernant le diabète, la source d'une éventuelle contre-indication n'est pas claire, bien que certaines études animales suggèrent une baisse de la glycémie sanguine. En cas d'inflammation gastrique, comme avec Helicobacter pylori, il est préférable d'utiliser des préparations adaptées pour éviter toute réaction douloureuse. Enfin, les feuilles et fleurs de guimauve ne se conservent pas et doivent être consommées le jour même, tandis que la racine, correctement séchée, permet de profiter de ses bienfaits tout au long de l'hiver.