Les premiers frimas d'octobre s'installent, et le jardin revêt lentement ses couleurs automnales. Les rayons du soleil rasent les massifs alors que l'humidité matinale recouvre le gazon et les bordures d'une légère brume argentée. Face à ce tableau, une question se pose à de nombreux jardiniers : comment profiter d'un coin aromatique riche, parfumé et résistant tout l'hiver, sans risquer de voir ses plantes disparaître au fil des gelées ? Parmi toutes les alternatives à la pelouse et aux massifs classiques, le romarin, emblème du jardin méditerranéen, apporte une réponse simple et efficace. Le romarin, comme de nombreuses plantes méditerranéennes, profite encore des dernières douceurs de l'automne pour renforcer ses tiges et ramifier ses jeunes pousses. En procédant aux boutures à ce moment précis, les jeunes plants bénéficient de plusieurs semaines pour développer leurs racines avant que le sol ne durcisse.

Pourquoi privilégier le bouturage automnal du romarin ?
Bouturer le romarin en octobre, c'est enrichir son jardin paysager de plantes extra-robustes et simples à entretenir, parfaites pour créer des bordures vivaces, sublimer les massifs ou structurer un jardin zen. La multiplication du romarin par bouturage permet d'obtenir plusieurs plants identiques à la plante mère. Cette technique économique s'avère particulièrement utile pour créer des bordures, garnir une rocaille ou enrichir le potager de plantes aromatiques.
Le romarin (Rosmarinus officinalis) est surtout connu pour ses propriétés aromatiques utilisées en cuisine mais également en tisane ou en cosmétique. Au jardin d'ornement, il permet également de créer des bordures ou de garnir une rocaille en sols secs comme peut l'être la garrigue où s'y développe l'espèce sauvage. Le romarin qui résiste bien au froid de l'hiver dès lors qu'il est cultivé en plein soleil, à l'abri des vents froids, dans un sol chaud, léger et bien drainé, finit, après quelques années, par prendre un port déséquilibré, manquant de branches à la base notamment, ce qui peut le rendre beaucoup moins décoratif. Anticipez avant que sa silhouette soit vraiment disgracieuse en faisant des boutures.
Préparation et sélection du matériel végétal
Ciblez des pousses encore souples mais déjà robustes, issues de l'année en cours. Elles affichent généralement une couleur verte, légèrement brunie à la base. Durant l’été, mon romarin prend généralement des proportions hors de contrôle dans mon petit jardin. A l’automne, j’en profite pour lui faire une belle taille. D’un côté, je fais sécher des branches pour profiter de sa saveur toute l’année. N’ayez pas peur de tailler votre romarin ! La taille stimule votre pied à se ramifier et s’étoffer ! À noter : Taillez le bois de l’année, vert et tendre.
La préparation du matériel conditionne la réussite des boutures de romarin. Un sécateur bien aiguisé et désinfecté à l’alcool à 90° évite la transmission de maladies. Pour éviter la propagation de maladies dues aux champignons ou bactéries, chaque outil utilisé, chaque pot ou terrine doivent être soigneusement nettoyés, voire désinfectés. Prélevez une tige de 10 à 15 centimètres, en coupant proprement juste sous un nœud (emplacement des futures racines), de préférence tôt le matin quand la plante est la plus hydratée. Retirez délicatement les feuilles sur le tiers inférieur de la tige, en laissant un vert séduisant sur le dessus.

Les différentes méthodes de bouturage
Le taux de succès du bouturage est proche des 100% ! J’ai testé 2 méthodes de bouturage pour vous : le bouturage en eau et le bouturage en terre à l’étouffée.
Le bouturage dans l’eau
Le bouturage en eau du romarin est vraiment très simple. Je préfère vous prévenir : vous n’aurez pas un taux de réussite de 100%, mais les boutures les plus vaillantes vont raciner. Dans un contenant, immergez la partie dénudée des tiges dans l’eau. Placez vos boutures à un endroit lumineux. Les boutures se placent dans un verre d’eau de pluie ou d’eau déchlorée, dans un endroit lumineux sans soleil direct. Le renouvellement quotidien de l’eau maintient la fraîcheur et évite le développement de bactéries. Comptez environ une quinzaine de jours pour voir apparaître des racines.
Le bouturage en terre et à l’étouffée
Le bouturage du romarin directement en terre demande un peu plus d’attention. Le processus prend environ un mois. Un mélange de terre du jardin et de terreau universel est idéal. Le substrat idéal se compose d’un mélange à parts égales de terreau et de sable de rivière. Cette composition assure un bon drainage tout en fournissant les éléments nutritifs nécessaires.
Bouturez vos tiges à l’étouffée à l’aide d’une poche congélation ou d’une demi-bouteille en plastique pour éviter que les boutures ne se dessèchent. Vous pouvez placer les pots à l’étouffée c'est-à-dire sous un sac plastique à l'envers sur le pot, afin de favoriser une atmosphère chaude et humide propice au développement racinaire. Attention toutefois à ne pas les faire pourrir ! Aérez régulièrement pour éviter que les tiges ne pourrissent, surtout si vous voyez beaucoup de condensation.
Bouturer le laurier-sauce à l'étouffée
Conditions de culture et soins durant l'hiver
Que l'on plante en pleine terre, sur une terrasse, ou en pots sur un petit balcon urbain, un point reste central : le sol doit être bien drainé. Pour maximiser vos chances, trempez rapidement l'extrémité coupée dans de la poudre d'hormone d'enracinement (en jardinerie) ou, pour une alternative naturelle, dans une infusion de saule. Pour les jardins spacieux ou les bordures, choisissez un emplacement ensoleillé et abrité du vent. Dans les jardins urbains ou balcons, installez les pots près d'un mur qui emmagasine la chaleur et protège du gel.
Durant les premières semaines, un arrosage régulier s'impose sans toutefois détremper la terre, le romarin tolérant mal l'excès d'eau. L’arrosage des boutures de romarin demande de la mesure. Il faut maintenir le substrat légèrement humide sans excès, en évitant absolument de poser les pots sur des coupelles remplies d’eau. Lorsque les nuits se rafraîchissent sérieusement, recouvrez le pied d'un léger paillage : feuilles mortes, paille ou copeaux garderont un peu de chaleur tout en aérant le sol. Durant l’hiver, les jeunes plants se conservent dans un endroit lumineux à l’abri du gel. Une serre froide constitue l’emplacement idéal, sinon une fenêtre non chauffée convient.
Suivi et pérennisation des jeunes plants
À l’approche des premières vraies gelées, surveillez vos boutures : si une vague de froid sévère est annoncée, couvrez-les la nuit avec un voile d'hivernage ou une cloche en plastique. Tant que vos boutures ne flétrissent pas ou ne pourrissent pas, c’est bon signe. Tirez délicatement sur les tiges : si vous rencontrez de la résistance, vos boutures ont commencé à bien prendre racine. Le repiquage en pleine terre s’effectue au printemps suivant, quand les températures se radoucissent durablement. Les jeunes plants de romarin ont alors développé un système racinaire suffisant pour s’établir au jardin.
Pour mettre toutes les chances de réussite de votre côté, consultez le calendrier lunaire et privilégiez une période de lune descendante, durant laquelle la sève descend dans les parties souterraines, favorisant ainsi un bon enracinement. Même au cœur de la saison froide, un romarin bien raciné conserve ses qualités aromatiques et ornementales. C'est aussi le moment idéal pour imaginer de nouveaux massifs, densifier les haies basses, ou préparer des cadeaux maison à offrir aux proches. En multipliant et installant vos boutures de romarin dès la mi-octobre, vous offrez à votre jardin un avantage décisif pour l'hiver à venir.

Alternatives et points de vigilance
Le marcottage constitue une alternative au bouturage pour multiplier le romarin. Cette technique consiste à enterrer une branche basse et souple tout en la maintenant attachée à la plante mère. La partie ressortie de terre s’attache à un tuteur pour maintenir la verticalité. L’enracinement s’effectue naturellement grâce à la sève de la plante mère.
Concernant les échecs possibles :
- Pourquoi mes boutures de romarin pourrissent-elles ? Le pourrissement résulte généralement d’un excès d’humidité ou d’un mauvais drainage. Le romarin supporte mal les substrats détrempés et les atmosphères trop confinées.
- Mes boutures ne racinent pas, que faire ? Tant que vos tiges sont en bonne santé, à savoir qu’elles ne flétrissent ou ne pourrissent pas, pas d’inquiétude !
- Peut-on bouturer le romarin toute l’année ? Le bouturage du romarin réussit mieux au printemps et en fin d’été. L’hiver présente des risques de pourrissement accrus, tandis que l’été chaud complique le maintien de l’humidité.
Nul besoin de matériel sophistiqué, ni d'un grand espace pour profiter d'un massif aromatique beau toute l'année et d'aromates à portée de main. Plante mellifère par excellence, le romarin attire les pollinisateurs… et ravit les amateurs de miel parfumé. Vous savez tout sur le bouturage du romarin ! Qui va essayer ?