Le monde de l'agriculture et de la viticulture est constamment à la recherche de méthodes innovantes et durables pour améliorer la qualité des sols et des produits. Parmi ces méthodes, l'utilisation du Bois Raméal Fragmenté (BRF) et le rôle ancestral du chêne dans l'élevage du vin se distinguent. Ces deux approches, bien que distinctes, partagent un objectif commun : optimiser les processus naturels pour obtenir des résultats exceptionnels.
Le Bois Raméal Fragmenté (BRF) : Un Trésor pour le Jardin et la Culture
Marc-Henri Doyon des pépinières Ripaud, lève le mystère sur le BRF, un matériau utilisé, entre autres, comme paillage et améliorateur de sol au jardin. De quoi s'agit-il exactement ? Comment l'utiliser ? Le BRF, ou Bois Raméal Fragmenté (le terme 'raméal' se rapportant à la ramure d'un arbre), est constitué de l'ensemble des branches d'un arbre d'un diamètre inférieur à 7 cm réduites en petits morceaux. Une technique écologique et économique qui nous vient du Canada, le Bois Raméal Fragmenté, mélange de copeaux de bois frais, est une révolution ! Le BRF, c’est la richesse de l’humus, cette terre très riche des forêts, dans son jardin, pour ses cultures, son potager.
Le BRF: Bois Raméal Fragmenté
Définition et Composition du BRF
Le Bois Raméal Fragmenté - ou BRF - est un mélange de résidus de broyage de rameaux de bois frais et de jeunes branches. À sa sortie du broyeur, il est rapidement répandu sur le sol en couche épaisse. Il est inutile de le composter, car le processus dégage de la chaleur et également du méthane dans un certain nombre de cas. Riche en lignine, nutriments, sucres, protéines, celluloses, tanin, il va reproduire le cycle naturellement présent en forêt.
Les Bienfaits du BRF pour la Santé des Sols
Le BRF va constituer une excellente nourriture pour toute la vie du sol (insectes, bactéries, champignons…). En se décomposant, il attire les champignons qui eux-mêmes attirent la pédofaune du sol. Une symbiose se met en place. Le cycle de vie de la pédofaune engendre la vie et la mort d’êtres vivants qui restituent à la terre leur eau biologique, c’est pourquoi la terre est souple et toujours légèrement humide. De l’humus se crée : une matière souple, saine, aérée, riche en carbone organique, qui absorbe et retient l’eau. Les qualités du BRF sont multiples : il restaure les sols de culture épuisés. Votre terre devient fertile, facile à manipuler, souple. Elle ne réclame plus de labourage. Gardons en tête que plus de la moitié de la biodiversité globale de la planète se trouve dans le sol, ce qui est énorme, même si dans la plupart des cas, malheureusement, rares sont ceux qui en tiennent compte. Un sol en bonne santé va assurer un support idéal dans lequel les végétaux vont bien se développer.

Lorsque l'on double la quantité de matière organique dans un sol, on double sa capacité à stocker de l'eau. Le paillage permet donc réellement de conserver l’eau dans le sol. Vos cultures s’épanouissent avec moins - voire plus du tout - d’apport d’eau, d’engrais et même de pesticides. En effet, les mauvaises herbes et les maladies sont neutralisées dans ce sol. Le BRF, c’est moins - voire plus du tout - de labour, d’arrosages, d’engrais, de pesticides, pour des plantes en pleine santé sans rien faire ! Et tout ça gratuitement ! Dans un sol forestier, la matière organique est très présente, on observe des empilements de feuilles, de petites branches, de bois mort ; il est intéressant de recréer ce phénomène naturel au jardin.
Gestion des Adventices et Faim d'Azote
Le BRF empêche l'herbe de germer en créant un phénomène de faim d'azote en surface et en séchant plus vite, les graines vont donc peiner à germer. Par contre si vous étalez du BRF sur une herbe déjà haute, elle finira par passer au travers. Pour éliminer ce type d'herbe, étalez des cartons (après avoir pris soin d'enlever les papiers adhésifs éventuels) puis couvrez-les d'une couche de BRF ; l'herbe sera étouffée. Les graminées vont mourir.
Un des principaux inconvénients du paillis de BRF est la faim d'azote, même si celle-ci sera moindre qu'avec des copeaux de bois secs. Cette faim d’azote a lieu en surface du sol, en début de dégradation car les bactéries et micro-organismes qui décomposent la matière organique carbonée prélèvent l’azote présent en surface du sol, sous sa forme minérale, pour l’utiliser comme « carburant » en quelque sorte dans leur processus de décomposition. L’azote prélevé n’est donc plus disponible en surface pour les jeunes plantes cultivées qui peuvent montrer des signes de carences comme le jaunissement du feuillage, des baisses de rendements les premiers mois après la mise en place du paillage de BRF ou encore des difficultés à croitre.

D'après les experts, un enrichissement du sol par le BRF en fin d'été est idéal. La faim d'azote sera alors très importante, car le BRF en se décomposant va absorber beaucoup d'azote, ce qui peut être problématique à une autre période que l'automne. Rappelons que l'azote est un élément essentiel dans la croissance de végétaux. Il est donc préférable de subir le phénomène de faim d'azote en automne, lorsque les plantes entrent en repos. Les saisons vont opérer leur travail de dégradation de cette matière organique, et au printemps, il sera possible de planter et semer sur un sol ameubli et plus riche, sans risque de cristallisation des plantes par faim d'azote. Cependant, pas d’affolement outre mesure avec la faim d’azote, car elle ne se produit qu’en surface, cela ne dérangera donc pas les plantes vivaces déjà bien installées. Et pour ne pas en subir les effets au potager où cela peut poser problème, il suffit d’anticiper l’installation de son paillage de BRF pour que celui-ci soit déjà bien décomposé au moment où on devra y installer les jeunes et fragiles plants potagers !
Choix des Essences et Modalités d'Application
Selon Marc-Henri, il existe une légende sur certaines essences employées comme paillage, notamment les conifères qui auraient tendance à acidifier le sol. Dans la réalité, il faudrait des siècles pour obtenir un tel résultat. Marc-Henri conseille d'utiliser les essences que l'on a sous la main, sans hésitation. Cependant, le bois des résineux (pin, épicéa, thuya) est généralement à éviter. Privilégiez les bois nobles : chêne, châtaignier, érable, hêtre, acacia…
Le bois peut être soit déchiqueté, soit transformé en copeaux. Pour obtenir un BRF qui se dégrade assez vite lors de son incorporation dans le sol, préférez un bois déchiqueté. Pour une utilisation en paillage, on se tournera vers du BRF en copeaux, qui durera plus longtemps.
L'Application du BRF au Jardin
Entre novembre et mars, vous avez effectué la taille de vos arbres et arbustes. Que faire de tous ces déchets de taille ? Brûler le bois mort et récupérer les cendres pour enrichir les cultures. Et le bois vert ? Conservez pour le BRF tous les rameaux de bois verts et les jeunes branches de feuillus, de moins de 7 cm de diamètre. Évitez les grosses branches. Broyez-les et récupérez à la sortie du broyeur dans un grand sac ou une bâche. N’attendez pas pour l’utiliser au jardin ou au potager !
Juste après le broyage, épandez sans attendre le BRF sur votre sol de culture en couche épaisse d’au moins 3 cm. En février, griffez légèrement le sol pour incorporer le BRF à la terre de surface. Et mettez en place vos plants ou semez directement dessus au printemps. Notre expérience nous a prouvé que certains ravageurs appréciaient tout particulièrement ce paillis chaud et humide. Vous veillerez alors à ne pas mettre cette couche épaisse de BRF trop près du tronc des arbres, arbustes, et plus généralement des collets des végétaux afin de permettre leur respiration. Pour les arbres notamment, vous pourrez laisser un espace d’environ 30 cm entre le tronc et votre paillage épais de BRF. Vous pouvez aussi, selon les dimensions des arbres à pailler, installer cette couche épaisse de BRF uniquement en cordon tout autour de l’arbre sur la ligne d’égouttement de celui-ci.

Si le sol est très dégradé, un apport massif de matière organique sera bénéfique. Le BRF ne peut être composté. Un petit conseil pratique : lorsque vous taillez vos arbres ou haies, ayez toujours en tête les périodes de taille plus favorables aux oiseaux pour éviter de les perturber dans leurs nidifications - jamais entre mars et fin août.
Les Limites et l'Approvisionnement en BRF
Le BRF peut entraîner des dérives : coupes massives d’arbres verts en forêt, nombre croissant de broyeurs en déchetterie… Cela pourrait toutefois être évité : les broyeurs peuvent être achetés dans le cadre d’une association de jardiniers, les entreprises peuvent louer leur broyeur, les élagueurs peuvent fournir des copeaux de bois… Vous pouvez récupérer auprès d’élagueurs professionnels soit des rameaux de bois, soit des copeaux de bois. Étant donné qu’ils payent une taxe pour pouvoir se débarrasser de leurs déchets de taille dans les déchetteries, ils sauront tout à fait disposés à vous les céder gratuitement. N’hésitez donc pas à prendre contact avec les élagueurs de votre commune.
Le BRF en Viticulture : Une Alternative Écologique au Désherbage
L'intérêt du BRF ne se limite pas au jardin potager ; il trouve également des applications prometteuses en viticulture, notamment comme alternative au désherbage chimique.
L'Expérience de Frédéric Bourgoin en Charente
« Tout est parti d’une rencontre avec Claude Bourguignon, se remémore Frédéric Bourgoin, viticulteur à Saint-Saturnin, en Charente. Il expliquait comment reconstituer un sol vivant, pour optimiser le goût du terroir. Pour lui, il fallait s’inspirer du système forestier, qui se perpétue sans ajout d’engrais, grâce à la dégradation de bois. » En viticulture, cela revenait à ajouter du bois raméal fragmenté (BRF). Frédéric Bourgoin décide donc de réaliser un essai. « Mon but était de voir si cette technique peut être une alternative au désherbage chimique sous le cavaillon valable », résume Frédéric Bourgoin.
Le BRF: Bois Raméal Fragmenté
Le vigneron se rapproche donc de l’interprofession forestière de sa région, Futurobois. Cette dernière lui conseille d’opter pour du BRF de peuplier. Il s’agit d’un bois exempt de tanins, particulièrement léger et poreux, et ayant de bonnes capacités de rétention de l’eau. Frédéric Bourgoin contacte alors tous les prestataires locaux, « afin d’avoir un bon bilan carbone ». La SARL Martin et fils est partante. Dans un premier temps, il va chercher une benne de BRF pour mettre au point sa méthode d’épandage. Il compte employer un épandeur à engrais organiques, déjà présent sur l’exploitation. Ce Dagnaud de 5 m3 et de 1,5 m de large, est doté de chaînes à godets, qui déposent la matière sur deux disques rotatifs. Ces derniers la distribuent alors sous le rang, de part et d’autre. « Nous avons dû faire quelques modifications pour qu’il fonctionne avec du BRF, note le viticulteur. Nous avons notamment ajouté des barres métalliques entre les chaînes. »

Quelques jours plus tard, il se fait livrer 70 m3 de P45 (BRF de 45 mm maximum de long), pour pailler les 33 ares du test, qu’il épand en couche de 15 cm d’épaisseur, sur 40 cm de large. L’opération est chronophage et prend deux jours. « La SARL Martin et fils nous a gracieusement fourni et livré le BRF dans une benne en U », indique Frédéric Bourgoin. Mais il a ensuite dû louer un manitou équipé d’une pelle (de la même largeur que l’ouverture de la benne) durant les deux jours, pour déplacer le BRF de la benne à l’épandeur. « Il faut être bien aguerri pour ces manœuvres, indique son père, Alain Bourgoin. »
Résultats et Observations de l'Expérience
Au moment de notre reportage, le 22 juin, soit cinq mois après l’épandage, le taux de salissure du cavaillon était faible. Seuls quelques liserons, chardons et garances avaient réussi à traverser la couche de copeaux. De même, dès que l’on ôtait le BRF pour atteindre la terre, celle-ci était fraîche et humide bien que l’on soit en période de canicule et en plein après-midi. Le paillage permet donc réellement de conserver l’eau dans le sol. Et d’ailleurs, les micro-organismes ne s’y trompent pas. Ils étaient nombreux, collemboles, araignées, cloportes, à s’y bousculer.
Le Rôle Essentiel du Chêne dans l'Élevage des Vins et des Alcools
Au-delà du BRF comme améliorateur de sol, le bois, et particulièrement le chêne, joue un rôle fondamental et irremplaçable dans l'élevage des vins et des alcools.
Une Tradition Ancienne et Incontournable
Le bois joue pour le vin et les alcools un rôle essentiel, que le plastique, l’inox ou le ciment ne saurait remplacer. Des générations de vignerons et de distillateurs ont fait le constat que, logés dans certains bois, et notamment le chêne, ils se modifiaient, que leur coloration et leur arôme se transformaient, et qu’une lente oxygénation s’opérait à la faveur de la perméabilité du bois, matériau vivant. Aujourd’hui, nul ne conteste que l’élevage en fût est l’élevage noble. Le fût en bois est en effet capable de sublimer en profondeur les qualités d’un vin ou d’un alcool, de révéler le meilleur de lui-même.

La Tonnellerie Française : Un Savoir-Faire d'Excellence
Héritière de 2000 ans de tradition, la tonnellerie est l’un des fleurons de l’industrie du bois en France. Grâce à la qualité de sa matière première et à son savoir-faire, la tonnellerie française jouit désormais d‘une renommée mondiale. Unique activité « bois » excédentaire de la balance commerciale française, la tonnellerie participe à la réputation internationale de la « forêt tricolore ». Elle contribue à sa gestion durable, en favorisant ses fonctions écologique, biologique, économique et sociale, par l’emploi d’un matériau pluri-centenaire patiemment élaboré par les forestiers et exploité par les mérandiers.
La Gestion Durable des Chênaies Françaises
En 1669, la forêt française étant surexploitée, Colbert, contrôleur général des finances de Louis XIV, prend une ordonnance qui oblige d’en conserver une partie en haute futaie pour les besoins de la charpente de marine. À partir de la moitié du XIXème siècle, cette gestion en futaie régulière est progressivement généralisée, les besoins en bois de chauffage déclinant au profit de nouvelles sources d’énergie. Ce mode de sylviculture consiste à conduire en peuplement des arbres de même âge et à les renouveler à maturité. Leur régénération se fait naturellement à partir de glands de chênes adultes afin de conserver leurs patrimoines génétiques.
Les chênaies domaniales et communales notamment ont aujourd’hui atteint un capital sur pied optimum qui permet d’en récolter la production. Elles n’ont jamais été aussi riches en gros bois ; les surfaces des futaies de 120 à 180 ans sont très importantes. Un héritage que l’Office National des Forêts prend soin de pérenniser par une gestion durable qui a valeur d’exemple dans le monde entier.

Deux espèces dominent la chênaie française : le chêne sessile (ou rouvre) et le chêne pédonculé. Le premier dispose d’excellentes vertus aromatiques et le second est plus riche en tanins. Tronçais, Bercé, Darney, Loches, Bellême, Fontainebleau… les plus belles forêts de France sont une source d’approvisionnement de merrains de la meilleure qualité.
Les Différentes Formes de Bois de Chêne en Œnologie
L'utilisation de morceaux de bois de plus de 2 mm est autorisée en élevage depuis le règlement CEE du 20 décembre 2005 (sauf pour les Organismes de Défense et de Gestion - ODG les ayant explicitement interdits). Au-delà des barriques traditionnelles, diverses formes de chêne sont employées pour affiner le profil des vins.
Planches intérieures ou douelles (Staves)
Les planches intérieures ou douelles, « staves », ont l’avantage de posséder une large gamme de composés aromatiques. Lors de la chauffe, il existe un gradient de température au sein d’une même planche. Elles offrent une complexité aromatique intéressante et une alternative aux barriques.
Copeaux ou Éclats de Chêne
Les copeaux ou éclats de chêne, dont la petite taille doit être supérieure à 2 mm pour respecter la réglementation, permet d’obtenir une chauffe homogène. Il apporte moins de complexité que les douelles. Lorsque les copeaux sont introduits avant et/ou au cours de la fermentation alcoolique, les notes boisées restent discrètes, demeurent bien intégrées et fondues. Lorsque l’ajout est réalisé après la fermentation alcoolique, l’impact aromatique est plus net. Les copeaux de bois frais donnent des vins plus frais et les notes boisées restent discrètes. Le caractère boisé sera d’autant plus important dans le vin que la dose des copeaux sera élevée. La dose dépend essentiellement du vin de base, du style de vin que l’on veut produire et du moment d’incorporation.
Le BRF: Bois Raméal Fragmenté
Le temps de contact peut varier de 1 à 3 mois selon la taille des copeaux utilisés. Dans le cas de la sciure qui n’est pas autorisée par l’OIV et où la diffusion est rapide (contact bois/vin important), l’ensemble des composés aromatiques est extrait après 1 mois de contact. Dans le cas d’éclats, il peut être nécessaire de patienter pendant 3 mois. Non, la perception du boisé au cours de l’élevage est différente. Dans le cas des copeaux, elle est croissante et très intense les deux premiers mois, jusqu’à l’apparition parfois de notes désagréables de « planche ». Cependant, lorsque les copeaux sont utilisés judicieusement, aucune différence significative ne peut être observée entre les vins en barrique et les vins expérimentaux additionnés de copeaux de chêne.
Aspects Économiques de l'Utilisation du Chêne
Le prix d’achat d’une barrique neuve de chêne français de type Bordeaux transport est de 560 à 860 € HT. Amorti sur 3 ans, cela représente un coût entre 83 et 127 € HT/hL. Le coût de mise en œuvre des copeaux de chêne ou petits blocs varie en fonction des usages et des quantités mises en œuvre de 0,15 à 13,30 € HT/hl alors que celui des douelles s’échelonne entre 5,5 et 26,5 € HT/hl. Ces chiffres soulignent la flexibilité économique offerte par les différentes formes de bois de chêne pour les vignerons, permettant d'adapter l'élevage du vin à des contraintes budgétaires variées tout en recherchant la qualité aromatique souhaitée.
En résumé, le BRF, qu'il soit utilisé en paillage ou en incorporation, est un matériau de première importance au jardin. Il offre des bénéfices considérables pour la santé du sol, la rétention d'eau et la gestion des adventices. Son application en viticulture, comme en témoigne l'expérience de Frédéric Bourgoin, représente une voie prometteuse pour une agriculture plus durable. Parallèlement, le chêne, sous ses diverses formes, demeure un pilier incontournable de l'élevage des vins et alcools, un héritage de savoir-faire et de gestion forestière durable qui contribue à la renommée mondiale des produits français.