La gestion des matières organiques représente aujourd'hui un enjeu majeur de transition écologique. Entre contraintes réglementaires, impératifs agronomiques et recherche d'autonomie, le traitement des végétaux et des biodéchets s'impose comme un levier de transformation des pratiques, tant à l'échelle industrielle qu'à celle des exploitations agricoles ou des jardins particuliers. Le Broyat Vert Criblé (BVC) et les processus de compostage associés illustrent parfaitement cette dynamique où le déchet redevient une ressource inestimable.

L'Ingénierie du Traitement Mécano-Biologique (TMB)
Dans le cadre de la compétence « traitement des déchets », l’exploitation du site de Lézinadou a été transférée à VALCOR le 1er juillet 2020, suite à l’adhésion de la CCPBS qui en conserve la propriété et demeure porteur de l’arrêté d’autorisation. Le Traitement Mécano-Biologique (TMB) est un processus de traitement des déchets qui combine des étapes mécaniques et biologiques pour séparer les matières recyclables des déchets résiduels, tout en favorisant la dégradation biologique des composants organiques.
Le fonctionnement de l’Unité de Traitement Mécano-Biologique repose sur une logistique précise : les camions de collecte déversent les ordures ménagères dans la fosse de réception de 500 m3. Ensuite, via un grappin, les déchets sont déposés sur des tapis et orientés vers un grand tube de 40 m de long et de 4 m de diamètre : le Bio-Réacteur Stabilisateur - BRS -. Ce tube permet la pré-fermentation des déchets. L’humidité et le renouvellement d’air dans le tube sont maîtrisés pour permettre une activité bactérienne optimale pour la bonne dégradation des déchets.
A la sortie du tube, les déchets sont triés via le crible. Cette opération permet de retirer les gros déchets non fermentescibles comme les plastiques et les tissus par exemple. Enfin, trois opérations d’affinage ont lieu : un déferraillage lors duquel les boîtes de conserve et autres ferrailles sont récupérées ; un criblage permettant d’extraire les petits morceaux de plastique et autres déchets non fermentescibles de taille supérieure à 10 mm (= les refus légers) ; un tri balistique sur une table à rebonds permet de retirer les petits cailloux, les morceaux de verre et de plastiques dur (= les refus lourds).
Typologie et Processus de Fabrication du Compost
Trois types de compost sont fabriqués sur le site de Lézinadou. Le premier est un compost dit « urbain » réalisé à partir des ordures ménagères brutes après séparation des matières plastiques et des autres matières indésirables comme les métaux, verres et autres déchets inertes. Sa fabrication nécessite six étapes : la dilacération des sacs, la pré-fermentation et le séchage, le criblage et l’extraction des gros plastiques et inertes dans le tube BRS, le criblage et tri densimétrique pour séparation des plastiques de petit diamètre, l’extraction des métaux ferreux, le mélange avec des déchets verts broyés et mise en compostage dans les tunnels d’aération forcée avec contrôle de la température, le criblage, et enfin, la mise en maturation.
Le deuxième type est un compost composé uniquement de déchets végétaux. Les broyats de déchets végétaux sont mis à composter dans les tunnels d’aération forcée, subissent un criblage, puis une mise en maturation. Le troisième type est un compost composé de boues d’épuration et de végétaux. Le traitement des boues par compostage ne relève pas de la compétence de VALCOR, néanmoins, le process requiert une part de broyats de déchets végétaux produits par VALCOR.
Le temps de fabrication du compost urbain et du compost de végétaux est de 13 semaines, dont 5 semaines de fermentation et 8 semaines de maturation. Le suivi de la température de chaque lot permet de vérifier montée en température et donc l’hygiénisation des composts. Les températures à atteindre au minimum sont de 55° pendant 72 heures ou de 70° pendant une heure. Ce couple temps/température a été atteint pour chacun des lots produits.
Le Compostage : Fermentation et Maturation Contrôlées
Le pré-compost est mélangé à du broyat de déchets verts frais. Les déchets verts proviennent des déchèteries exploitées par la CCPBS et sont broyés sur le site de Lézinadou au fur et à mesure des apports. Le mélange est disposé dans des grands tunnels fermés dans lesquels la ventilation est forcée : on insuffle de l’air sous les andains et on aspire l’air sur le dessus. Cela permet de favoriser l’oxygénation dans le massif de déchets et donc d’améliorer l’activité des bactéries. Cette phase, de cinq semaines, produit le plus d’odeurs. L’air vicié extrait est traité sur le site.
Le produit est ensuite criblé et déposé en andains sur la plateforme extérieur. Démarre alors la phase de maturation pour 8 semaines. Un prélèvement est ensuite effectué dans le compost pour être analysé dans un laboratoire accrédité. Si le résultat est conforme à la norme NF U44-051 en vigueur, le compost pourra être commercialisé en tant que produit.
La valorisation des déchets organiques | Veolia
Valorisation Agricole : Le BVC au Service des Territoires
Le Broyat Vert Criblé (BVC) est une matière organique issue de résidus végétaux, essentiellement composée de branchages ou encore de coupes de haies. Dans la région de l’Uzège, par exemple, cette matière provient des quatre déchèteries de l’Uzège-Pont du Gard et est broyée à celle de Vallabrix. Elle est récupérée et livrée par le Syndicat intercommunal de collecte et de traitement des ordures ménagères de la région d’Uzès (Sictomu).
Le Sictomu souhaite encourager cette pratique : "L’idée est de démarcher des agriculteurs pour que la matière organique retourne dans nos sols". Ce dispositif existe depuis plusieurs années, mais le Sictomu a changé de prestataire de broyage, résultant en une matière « plus qualitative ». Les paysans interrogés affirment que ce service n’est pas contraignant d’un point de vue administratif. Comme le précise Antonin Derenne, maître composteur, il s’agit juste d’un rappel des obligations administratives, dont entre autres la déclaration en mairie de tout volume reçu dépassant les 50m3.
Pour les agriculteurs, comme Henri Janier, des Jardins du mas Darnès, ce partenariat permet d’économiser des forces économiques et physiques. Il utilise cette matière pour du compost, qu’il répand sur ses champs. "Ce n’est pas comme du fumier, qui émet des odeurs. C’est plutôt l’équivalent de humus de forêt", indique-t-il. Tout agriculteur du territoire peut faire la demande de livraison de BVC auprès du Sictomu.
Mulchs, Compost et Lombricompost : Stratégies pour le Vignoble
Dans le contexte de la monoculture de la vigne, les ressources en matière organique animale sont rares. Comment compenser ? Il s'agit de savoir préparer des mulchs, des compost et des lombricompost de bonne qualité biologique et nutritionnelle, et de connaître les techniques d’épandage et/ou d’intégration dans le sol, en fonction de la saison.
Les formations s’attachent à ce que les participants soient en capacité d’envisager la transition de leur propre vignoble : il s’agit pour chacun d’acquérir individuellement les moyens d’amorcer globalement sa propre transition et trouver les voies qui seront les mieux adaptées à leur contexte. Le programme aborde les fonctions et l’évolution du Carbone et de l’Azote dans les mulchs et les composts pour créer un amendement nutritif. Le rapport Carbone/Azote dans le sol et dans le compost est une histoire de temps.
Le lombricompostage est également une technique clé. Les deux produits issus du lombricompostage sont le compost lui-même avec sa très haute valeur fertilisante, et le « jus de lombricompost » comme levain pour le sol. Il est nécessaire de maîtriser le dimensionnement en fonction des ressources internes et des facteurs limitants : l’espace, le temps, les intrants et les besoins. Les intrants incluent les fumiers, les déchets organiques et la matière carbonique comme le broyat.

Le Broyat comme Ressource Polyvalente pour le Jardinier
L’essentiel à retenir est que le broyat constitue une ressource gratuite inestimable pour protéger les sols et nourrir les plantations via le paillage ou le compostage. Son utilisation intelligente réduit considérablement les besoins en arrosage et supprime la corvée de désherbage. Au lieu de considérer vos résidus de taille comme des déchets, transformons-les en un paillage protecteur.
Le paillage est le premier réflexe à avoir avec vos copeaux. En paillage pour économiser l’eau ou en compost pour nourrir la terre, c’est un cycle vertueux accessible à tous. Pour un paillage efficace, étalez une couche de 5 à 7 cm d’épaisseur sur un sol désherbé et réchauffé, généralement vers le mois de mai. N’enfouissez pas le broyat, laissez-le en surface. Veillez à laisser un petit espace autour du collet des plantes pour éviter la pourriture due à l’humidité. Une heure passée à pailler votre jardin peut vous faire économiser entre huit et dix heures de corvées d’entretien, d’arrosage et de désherbage.
Le broyat est souvent la solution miracle pour sauver un compost trop humide et malodorant. La méthode est bête comme chou : alternez systématiquement les couches de déchets verts avec des couches de broyat sec. Au final, vous récoltez un humus noir, grumeleux et vivant.
Bois Raméal Fragmenté (BRF) et Pratiques Avancées
Passons aux choses sérieuses avec le BRF. Oubliez la protection de surface ; ici, l’objectif est de nourrir le sol en profondeur en créant de l’humus stable. Son rôle est différent du paillage classique : il ne s’agit pas de couvrir, mais de nourrir le sol en profondeur. Attention, le compte à rebours tourne : il doit être utilisé frais (broyé dans les 24h) pour être efficace. Ce choc de matière fraîche réveille violemment la vie fongique et les vers de terre.
Il faut connaître le principal « piège » de l’utilisation du broyat frais : la faim d’azote. La solution est d’utiliser du broyat déjà un peu composté ou de l’associer à un apport riche en azote comme la tonte de gazon. Une précaution s’impose aussi avec les broyats de résineux ou de chêne. Les micro-organismes qui dégradent le bois sont gourmands.
Usages Pratiques et Réglementation
Au-delà des plantes, le broyat permet des aménagements pratiques. Il est excellent pour créer des allées souples et naturelles entre vos planches de potager ou dans le jardin d’ornement. À plus grande échelle, sachez que le broyat sec peut servir de combustible pour des chaudières biomasse ou alimenter des unités de méthanisation.
La meilleure façon de valoriser vos déchets verts est de les broyer pour les réutiliser sur place. Si vous avez un gros volume, la location ou l’achat d’un broyeur performant est la solution clé. Une fois broyé, le volume des déchets est divisé par six environ. Il est important de rappeler qu’il est strictement interdit de brûler des déchets verts à l’air libre. Cette pratique est polluante et passible d’une amende. Gérer ses déchets verts sur place, par le broyage, constitue un geste écologique et économique majeur.