Comprendre la fourmi rouge : entre utilité écologique et gestion domestique

Si vous jardinez, il est certain que vous rencontrez des fourmis. Elles sont partout ! Différentes espèces sont présentes sur tous les continents, à l’exception de l’Antarctique, et dans tous les environnements terrestres. Le jardinier amateur, tout comme le professionnel, observe souvent ce va-et-vient incessant sans toujours saisir l’ampleur du rôle joué par ces insectes sociaux. La fourmi n'est pas qu'un simple locataire de votre terrain ; elle est un acteur majeur de l'équilibre biologique, capable d'influencer la santé de vos cultures, la structure de votre sol et la biodiversité de votre écosystème.

une fourmi rouge sur une feuille dans un jardin

Le rôle écologique des fourmis dans le jardin

Peu de jardiniers se doutent de l’effet majeur que les fourmis peuvent avoir sur d’autres parasites du jardin. Très souvent, ce sont les fourmis qui les gardent sous contrôle. Les fourmis limitent le développement de nombreux indésirables - altises, perce-oreilles, limaces, etc. Les fourmis chassent activement de petits ravageurs et mangent aussi leurs œufs. Certaines plantes, la pivoine étant la plus connue de ce groupe, offrent même du nectar et d’autres ressources aux fourmis, car leur présence rebute les insectes qui peuvent leur nuire.

Au-delà de leur rôle de prédateur, les fourmis agissent comme de véritables agents d'entretien. Si vous prenez la peine d’observer les fourmis, vous les verrez transporter toutes sortes de déchets vers leurs nids : pétales de fleurs tombés, insectes et animaux morts, etc. En fait, elles nettoient nos jardins, comme autant de mini aspirateurs ! En creusant leurs tunnels, les fourmis aèrent le sol. En dessous des fourmilières que vous voyez, il y a toute une série de tunnels et de galeries que vous ne voyez pas, mais qui sont utiles aux plantes. Votre terrain en est sans doute miné !

Contre leur gré, les fourmis nourrissent beaucoup d’animaux utiles. Toutes sortes d’oiseaux insectivores, dont les pics, les gélinottes et les troglodytes, se nourrissent en partie de fourmis. C’est aussi le cas de nombreux autres animaux : crapauds, lézards, musaraignes, etc. Ces insectivores mangent aussi les insectes nuisibles et normalement vous voudrez donc encourager leur présence.

La relation complexe entre fourmis et insectes suceurs

Il existe un revers à cette médaille bénéfique. Certaines fourmis élèvent et entretiennent les pucerons. Aussi, si les fourmis protègent nos plantes contre certains insectes, parfois elles en protègent et même en élèvent d’autres. C’est le cas des insectes suceurs comme les pucerons et les cochenilles. Ces insectes sécrètent un liquide sucré appelé miellat que les fourmis adorent. Elles vont jusqu’à masser les insectes suceurs pour stimuler une plus grande production de miellat. Elles défendent ces insectes contre leurs prédateurs (coccinelles, chrysopes, larves de syrphes, etc.) et peuvent même les transporter d’une plante à une autre pour commencer une nouvelle colonie.

Il y a au moins un avantage relié à cet élevage : la présence de fourmis peut vous indiquer qu’il y a un problème. Si vous voyez une procession de fourmis qui montent dans un arbre ou un arbuste, ne tuez pas les fourmis : elles ne sont pas le problème ! Cherchez plutôt les pucerons ou les cochenilles qui, eux, se nourrissent de la sève de vos végétaux.

fourmis protégeant des pucerons sur une tige de plante

Identifier la fourmi rouge : Myrmica rubra

Parmi les 12 000 espèces de fourmis qui existent dans le monde et les 225 qui évoluent en France, vous aurez de fortes chances de rencontrer des Myrmica, les fameuses fourmis rouges. À ne pas confondre avec la « fourmi de feu » (Solenopsis invicta), très invasive en Amérique du Nord, la fourmi rouge est présente dans toute la France, et en particulier dans les Alpes et la vallée du Rhône. Elle vit dans les jardins, dans la terre, sous les pierres, dans les bois. Elle est friande de souches de bois humides et de la mousse qui peut pousser sur des arbres morts.

Comme toutes les autres fourmis, la fourmi rouge est un insecte social qui vit en colonie. Elle se nourrit presque exclusivement d’insectes puisqu’elle a de gros besoins en protéines qui lui permettent aussi de nourrir les couvains du nid. Une colonie s’articule toujours autour d’une seule reine qui consacrera sa vie à pondre après avoir fondé la fourmilière.

La fourmi rouge utilise son venin essentiellement pour chasser d’autres insectes puisqu’elle peut tout aussi bien se délecter d’insectes vivants ou morts. Lorsqu’elle chasse, elle ouvre alors ses mandibules ainsi que la glande à venin reliée à l’extrémité de son abdomen. Ce qui est valable pour la chasse, l’est aussi pour la défense et le seul moment où une fourmi rouge va vous attaquer, c’est lorsque vous allez la menacer. En réalité, vous allez souffrir d’une morsure sur laquelle elle va déverser sa sécrétion composée majoritairement d’acide formique. Une telle mésaventure arrive fréquemment quand vous vous asseyez à proximité d’une fourmilière.

Distinction avec la fourmi du feu

Il ne faut surtout pas confondre la fourmi rouge européenne avec la fourmi du feu (Solenopsis invicta). La fourmi du feu est minuscule, mais très agressive et dangereuse. Sa piqûre est tellement douloureuse qu’elle fut utilisée autrefois par certaines tribus d’Amérique du Sud pour torturer à mort leurs ennemis. Elle est très agressive envers les humains et quand elle pique, elle injecte un venin irritant provoquant des rougeurs cutanées et une sensation de brûlure intense.

La fourmi du feu devient peu à peu un fléau planétaire. Cette fourmi sud-américaine a été introduite par accident aux États-Unis dans les années 1930 et s’étend rapidement. À cause de leur dangerosité, ces deux fourmis piqueuses n’ont pas leur place dans nos jardins. Les deux font toutefois souvent des nids multiples et couvrent alors de vastes superficies, donc vous aurez plusieurs nids à contrôler.

COMPRENDRE : les espèces invasives

Gestion et contrôle des populations de fourmis

Personne ne veut de fourmis dans sa maison. D’abord, tirons les choses au clair : si les fourmis peuvent être bénéfiques en plein air, elles ne le sont pas dans nos demeures. Si des fourmis pénètrent chez vous, vous avez tout à fait raison de vouloir les en chasser. Surtout s’il s’agit de fourmis charpentières. Elles sont une vraie peste dans la maison, car elles ne voient pas la différence entre une vieille souche à décomposer et le bois qui tient votre maison debout.

Mettant de côté les fourmis piqueuses et les fourmis charpentières qui se trouvent dans la maison, deux cas où les services d’un exterminateur sont souvent nécessaires, il vaut mieux apprendre à accepter les fourmis communes que vous trouvez sur votre terrain. Comme vu précédemment, elles sont plus souvent bénéfiques que nuisibles.

Méthodes de contrôle déconseillées

Il existe de nombreuses astuces issues de la tradition populaire, mais beaucoup ne sont pas recommandées à cause des dégâts qu’elles peuvent causer aux animaux et à la nature :

  • Le vinaigre : son utilisation est interdite par la loi, car il pollue le sol et les eaux souterraines.
  • La levure et le sel : la levure, mélangée à un édulcorant, se dilate dans l'estomac de l'insecte, provoquant sa mort. Cependant, cela affecte également d'autres insectes utiles comme les abeilles. Le sel, quant à lui, est extrêmement nocif pour la structure du sol et la santé des plantes.
  • L'eau bouillante : si elle tue les individus en contact, elle est rarement efficace pour détruire la reine située profondément dans les galeries, rendant la méthode cruelle et inutile sur le long terme.

Approches raisonnées

Dans les rares cas où les fourmis vous posent vraiment des problèmes et qu’il vous faut éliminer une fourmilière, sachez que vous trouverez dans toute quincaillerie plusieurs produits anti-fourmis. La plupart sont à base de bore, un élément naturel qui est toxique seulement à fortes doses.

Si vous préférez une recette maison, mélangez 5 ml de borax (produit nettoyant vendu dans les supermarchés et grandes surfaces) ou d’acide borique (aseptisant vendu en pharmacie) à une quantité égale de sucre à glacer. Versez le mélange dans un contenant afin que l’appât soit à l’abri de la pluie (une canette de soda ou de bière vide, par exemple) et placez-le près du nid à éliminer.

Pour l’intérieur, une boîte à appâts est la meilleure alternative. Choisissez un produit écologique contenant la substance naturelle spinosad, que les fourmis emportent dans leur nid et dont elles nourrissent leurs larves. Ce n’est pas parce que vous ne trouvez pas immédiatement des fourmis mortes que le produit ne fonctionne pas ; le processus agit en profondeur sur l'ensemble de la colonie.

illustration d'un appât à fourmis sécurisé dans un jardin

Perspectives sur la cohabitation

La présence de fourmis dans le jardin est un indicateur de vie. Comme le soulignait le regretté Larry Hodgson, jardinier paresseux, il est essentiel de démystifier le jardinage pour le rendre plus accessible. Plutôt que de chercher à éradiquer systématiquement tout ce qui grouille, il est souvent préférable de laisser quelques endroits dans le potager pour les auxiliaires. Des jardins fleuris ou des zones non travaillées permettent de maintenir un équilibre où les prédateurs naturels des fourmis, comme les oiseaux, peuvent jouer leur rôle.

Il n'y a par ailleurs aucun drame à courir si les pucerons colonisent une plante : si les pucerons tuent la plante, ils finissent par disparaître, et les fourmis n'ont plus à manger. Un animal n'est pas "bon" ou "mauvais" dans l'absolu ; il s'inscrit dans un cycle biologique. En préparant votre terrain, sachez que les fourmis n'aiment généralement pas les sols dérangés régulièrement. Une observation attentive et une intervention ciblée uniquement en cas d'infestation réelle dans l'habitat restent les meilleures stratégies pour maintenir un jardin sain et respectueux de la biodiversité.

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