Le genre Caesalpinia, qui compte environ 200 espèces, est largement répandu dans les régions tropicales et subtropicales, avec une prédominance en Amérique tropicale. Parmi elles, Caesalpinia bonduc (L.) Roxb., également connue sous le nom de "canique grise", "graine awale", "oiseau de paradis jaune", "petit flamboyant" ou encore "accroche-cœur", se distingue par sa remarquable polyvalence et son histoire riche en usages. Bien que souvent confondu avec d'autres espèces du genre comme Caesalpinia pulcherrima (Flamboyant nain) ou Caesalpinia gilliesii (Oiseau de paradis), C. bonduc possède des caractéristiques uniques qui méritent une exploration approfondie.

Description Botanique et Morphologie
Caesalpinia bonduc est une légumineuse pérenne qui se présente sous forme d'arbuste épineux, souvent armé de tiges robustes portant des épines sur leurs branches. Cette caractéristique défensive se retrouve également dans la structure de ses gousses, qui peuvent être cruellement épineuses, rendant leur manipulation délicate. Les graines, souvent décrites comme grises, douces, lisses et dures comme des galets miniatures, sont le signe distinctif de cette espèce et sont à l'origine de nombreux de ses usages. Elles sont remarquablement légères et leur enveloppe est étanche, des attributs qui leur confèrent une capacité exceptionnelle à voyager.
Reproduction et Stratégies de Survie
La reproduction de Caesalpinia bonduc s'effectue principalement par graines, mais l'espèce bénéficie également de plusieurs stratégies de reproduction végétative. Les tiges peuvent se multiplier par marcottage dès qu'elles touchent le sol, et par bouturage lorsqu'elles sont coupées. De plus, les racines latérales émettent des drageons, permettant la formation de plantes clones connectées entre elles.
Les graines de C. bonduc sont particulièrement remarquables pour leur longévité exceptionnelle, pouvant rester viables pendant de nombreuses années, voire des décennies, notamment lorsqu'elles flottent dans l'eau. Elles sont capables de voguer sur de longues distances, transportées par les courants marins, ce qui leur vaut le surnom de "graines dérivantes" ou "haricots de mer". Cependant, pour germer, ces graines doivent subir une scarification importante, c'est-à-dire une abrasion de leur tégument imperméable. Le cycle de développement de la plante est rapide : les plantules peuvent atteindre 20 cm en 40 jours, et la croissance annuelle peut dépasser 1 mètre.

Écologie et Répartition Géographique
Caesalpinia bonduc est une espèce pantropicale, largement répandue sur l'ensemble des zones côtières tropicales. Elle est indigène à des régions comme la Nouvelle-Calédonie, où elle est présente sur tout le littoral. L'Accroche-cœur tolère les embruns et les sols salés, mais ne supporte pas l'ombre. Elle se développe souvent près du littoral, à la lisière des formations boisées telles que les forêts sèches, ou de manière plus isolée dans les savanes.
Bien qu'elle ne constitue généralement pas une espèce adventice majeure des pâturages, C. bonduc peut former localement des peuplements épars qui, dans certaines conditions, peuvent se densifier et former des fourrés denses et impénétrables. Ces formations peuvent représenter une gêne non négligeable dans les pâturages et occasionner des blessures sérieuses au bétail en raison de leurs épines.
Usages Traditionnels et Ethnobotaniques
L'histoire de Caesalpinia bonduc est intimement liée à son utilisation dans les pharmacopées traditionnelles à travers le monde. Son nom même, "bonduc", dérive du mot arabe "bunduq" signifiant "noisette", faisant référence à la forme de ses graines.
En Afrique :
Dans l'aire de répartition africaine de C. bonduc, ses feuilles, son écorce et ses racines sont utilisées pour soigner la fièvre, les maux de tête et les douleurs de poitrine. Elles servent également de vermifuge. En Afrique de l'Ouest, la plante est employée comme rubéfiant et tonifiant pour traiter la jaunisse, la diarrhée et les éruptions cutanées. Sur la côte kenyane, la graine et des décoctions de feuilles et de racines sont consommées pour traiter l'asthme et les complications menstruelles, afin de prévenir les fausses couches. Elles sont aussi administrées en collyre pour traiter les caillots sanguins internes dans l'œil. En Tanzanie, l'amande de la graine, réduite en poudre, est ingérée avec de l'eau pour traiter le diabète sucré. En Somalie, l'huile des graines est utilisée pour traiter les rhumatismes.
À Niaouli, au Bénin, dans le cadre de la Journée Nationale de l'Arbre, des plants de Caesalpinia bonduc ont été mis en terre dans le cadre d'un projet visant à conserver cette espèce "à usage multiple" qui est en voie de disparition. Les racines sont utilisées dans la prévention et le traitement de la prostate et contre la faiblesse sexuelle chez l'homme, ainsi que pour le traitement de la hernie. Les feuilles sont utilisées pour soigner le paludisme, la fièvre, les maux d'estomac, et possèdent des propriétés antibiotiques et aident à traiter les troubles de la mémoire.
Les Niominka, une ethnie du Sénégal, considèrent Caesalpinia bonduc comme la seule espèce aux propriétés aphrodisiaques, l'effet recherché se produisant rapidement après l'absorption d'un décocté sucré de racines.
En Asie et dans le Pacifique :
En Asie tropicale et dans les îles de l'océan Pacifique, Caesalpinia bonduc est également une plante médicinale importante, partageant de nombreux usages avec ceux observés en Afrique.
Propriétés Médicinales et Compositions Chimiques :
La science a commencé à élucider les bases de ces usages traditionnels. Les extraits de Caesalpinia bonduc ont démontré des propriétés analgésiques et anti-inflammatoires, notamment grâce à la présence de la bonducelline dans le tégument des graines. Des études ont également mis en évidence une activité anthelminthique (vermifuge), immunomodulante, antidiabétique et hypoglycémiante.
Les graines de C. bonduc contiennent plusieurs composés chimiques d'intérêt, dont un isoflavonoïde, la bonducelline, et divers diterpènes de cassane, tels que la césaldékarine A, la césalpinine B, les bonducellpines A-D, les α-, β-, γ-, et δ-césalpines, et une bondénolide. Plusieurs de ces composés, notamment la bonducelline et la β-césalpine, ont confirmé leur activité antiplasmodique, bien que des résultats contradictoires aient été observés, potentiellement dus à une identification erronée des spécimens testés.
Les extraits de bondénolide et les extraits de graines ont montré une activité antifongique et antibactérienne. Des recherches sur des rats ont révélé que des extraits aqueux et éthanoliques de graines manifestent une activité hypoglycémique chez les rats normaux et un effet antihyperglycémique significatif chez les rats diabétiques. L'extrait aqueux a également démontré des effets antihypercholestérolémiques et antihypertriglycéridémiques chez des rats diabétiques induits par la streptozotocine.
Les effets d'un extrait de feuilles sur le métabolisme du calcium et sur les récepteurs cholinergiques de préparations de la couche musculaire externe isolée de l'utérus de rats gestantes étaient comparables à ceux obtenus avec de l'acétylcholine, suggérant une influence sur la contractilité utérine.
Caesalpinia bonduc as Indigenous Traditional Medicine: Pankaj Oudhia's Medicinal Plant Database
Usages Culturels et Ludiques
Au-delà de ses applications médicinales, Caesalpinia bonduc a une dimension culturelle et ludique significative. Ses graines grises, douces et lisses, sont souvent vendues sur les marchés, de la Thaïlande à l'Amérique du Sud, comme amulettes de protection ou pour exorciser les esprits malins. Cette utilisation reflète une aura magico-mystérieuse qui entoure ces "graines voyageuses".
De manière plus ludique, ces graines sont au cœur d'un jeu traditionnel, où l'objectif est de réunir un certain nombre de graines pour gagner. Ce jeu, qui demande peu de matériel (quelques trous creusés dans le sol suffisent), symbolise le cycle des semences et des récoltes, renforçant le rôle de la graine dans l'imaginaire collectif. Les enfants, quant à eux, peuvent s'amuser à les frotter sur une surface dure, les rendant "brûlantes", une autre manifestation de leur caractère fascinant.
Culture et Jardinage
Caesalpinia gilliesii, souvent appelé "petit flamboyant" ou "oiseau de paradis jaune", est un arbuste vivace apprécié pour sa floraison estivale spectaculaire. Ses grappes dressées de fleurs jaunes aux étamines rouges brillantes apportent une touche d'exotisme. Il est recommandé de le cultiver dans les régions au climat doux, car il est sensible au gel.
Pour la culture en pot, il est conseillé de planter le Caesalpinia gilliesii au printemps dans un mélange riche de terreau, de terre de jardin et de compost, en assurant un drainage optimal avec une couche de billes d'argile. Il prospère en pleine lumière et nécessite un arrosage régulier, surtout en période estivale, en veillant à ne pas laisser d'eau stagner dans la soucoupe.
La multiplication peut se faire par bouturage au printemps ou en été sur tige herbacée ou semi-aoûtée. Le semis est également possible au printemps, après un trempage des graines pendant 24 heures dans de l'eau à 35°C pour faciliter leur germination.
Pour la germination des graines de Caesalpinia en général, une scarification est souvent nécessaire en raison de leur enveloppe dure. Un trempage dans de l'eau tiède pendant 24 heures peut aider à ramollir l'enveloppe. Il est important de maintenir le substrat légèrement humide et de couvrir le pot ou le bac à semis pour conserver l'humidité. Une fois les jeunes plants bien établis, ils doivent être placés dans un endroit ensoleillé.

Prévention et Lutte contre la Prolifération
Bien que Caesalpinia bonduc ne soit pas considérée comme une espèce adventice majeure, son développement peut localement nécessiter un contrôle, notamment dans les pâturages où sa croissance peut devenir envahissante et causer des blessures au bétail. La coupe manuelle au sabre est souvent la seule méthode d'entretien physique. Cependant, en raison de la biologie de l'espèce, la coupe doit être accompagnée d'un traitement chimique avec un herbicide à base de triclopyr dilué pour un contrôle efficace.
Confusion Taxonomique et Espèces Connexes
Il est important de noter une certaine confusion taxinomique concernant Caesalpinia bonduc et d'autres espèces. Par exemple, Caesalpinia crista L., mentionné dans la littérature africaine, est un nom souvent mal appliqué qui peut désigner soit l'espèce indigène Caesalpinia bonduc, soit l'espèce introduite Caesalpinia decapetala (Roth) Alston. Caesalpinia crista se trouve principalement aux Amériques, en Asie, en Australie et dans les îles du Pacifique, et n'a été répertorié en Afrique tropicale que dans les Seychelles et à l'île Maurice.
Le "bois du Brésil" ou "pernambouc", quant à lui, dérive d'une espèce endémique du Brésil, Caesalpinia echinata Lam., qui est également une source de colorant. Ces distinctions soulignent l'importance d'une identification botanique précise lors de l'étude ou de l'utilisation de ces espèces.
Conclusion Partielle
Caesalpinia bonduc est bien plus qu'un simple arbuste épineux. C'est une plante à l'histoire millénaire, un trésor botanique aux multiples facettes, dont les graines ont traversé les océans, portant avec elles des propriétés médicinales, des usages culturels et une symbolique profonde. De sa capacité de survie exceptionnelle à sa contribution à la pharmacopée traditionnelle et aux jeux anciens, C. bonduc continue de fasciner et d'offrir ses bienfaits, tout en nous rappelant la richesse et la complexité du monde végétal.
Références Bibliographiques Clés
- Adomou A.C., H. Yedomonhan, B. Djossa, S. I. Legba, M. Oumorou, A. (Auteurs).
- Burkill, H.M., 1995. The useful plants of West Tropical Africa. 2nd Edition. Volume 3, Families J-L. Royal Botanic Gardens, Kew, Richmond, United Kingdom.
- du Puy, D.J., Labat, J.N., Rabevohitra, R., Villiers, J.-F., Bosser, J. & Moat, J., 2002. The Leguminosae of Madagascar. Royal Botanic Gardens, Kew, Richmond, United Kingdom.
- Francis, J.K., 2003. Caesalpinia bonduc (L.) Roxb.: gray nicker bean.
- Ibnu Utomo, B., 2001. Caesalpinia L. In: van Valkenburg, J.L.C.H. & Bunyapraphatsara, N. (Editors). Plant Resources of South-East Asia No 12(2): Medicinal and poisonous plants 2. Backhuys Publishers, Leiden, Netherlands.
- Journal of Ethnopharmacology, Volume 125, pp.
- Kayode, J, L. Aleshinloye and O. E. Ethnobotanical Leaflets 12: 164-170.
- Kinoshita, T., 2000. Chemical studies on the Philippine crude drug calumbibit (seeds of Caesalpinia bonduc): the isolation of new cassane diterpenes fused with a,b-butenolide.
- Lavergne, R. & R. Titre : Etude ethnobotanique des plantes utilisées dans la pharmacopée traditionnelle à la Réunion. Médecine traditionnelle et pharmacopée.
- Lyder, D.L., Peter, S.R., Tinto, W.F., Bissada, S.M., McLean, S. & Reynolds, W.F., 1998. Minor cassane diterpenoids of Caesalpinia bonduc.
- Mchangama, M. et P.
- Moshi, M.J. & Nagpa, V., 2000. Effect of Caesalpina bonducella seeds on blood glucose in rabbits.
- Oliver-Bever, B., 1986. Medicinal plants in tropical West Africa. Cambridge University Press, Cambridge, United Kingdom.
- Oudhia, P., 2007. Caesalpinia bonduc (L.) Roxb. In: Schmelzer, G.H. & Gurib-Fakim, A. (Editors). PROTA (Plant Resources of Tropical Africa / Ressources végétales de l’Afrique tropicale), Wageningen, Netherlands.
- Pakia, M. & Cooke, J.A., 2003. The ethnobotany of the Midzichenda tribes of the coastal forest areas in Kenya: 2. Medicinal plant uses.
- Peter, S.R., Tinto, W.F., McLean, S., Reynolds, W.F. & Yu, M., 1997. Bonducellpins A-D, new cassane furanoditerpenes from Caesalpinia bonduc.
- Peter, S.R., Tinto, W.F., McLean, S., Reynolds, W.F. & Yu, M., 1998. Cassane diterpenes from Caesalpinia bonducella.
- Poussin. Jardinier admin.
- Randriamiharisoa, M. N., A. R. Kuhlman, V. Jeannoda, H. Rabarison, N. Rakotoarivelo, T. Randrianarivony, F.Raktoarivony, A. Randrianasolo and R. W.
- Ranarijona, H., L., T, A. Tsitomotra, J. B. Ravoniarisoa, G. S.
- Rakotonandrasana, S., R. Rakotondrafara, R. Rakotondrajaona, V. Rasamison, M.
- Rissouzion. Messagerissouzion.
- Samoisy, A. K., M.
- Sharma, S.R., Dwivedi, S.K. & Swarup, D., 1997. Hypoglycaemic, antihyperglycaemic and hypolipidemic activities of Caesalpinia bonducella seeds in rats.
- Simin, K., Khaliq-uz-Zaman, S.M. & Ahmad, V.U., 2001. Antimicrobial activity of seed extracts and bondenolide from Caesalpinia bonduc (L.) Roxb.
- Sonibare, M.A., J.O. Moody, E.O. Journal of Ethnopharmacology, Volume 122, pp.
- Stiles, D., 1998. The Mikea hunter-gatherers of southwest Madagascar: ecology and socioeconomics.
- Veterinary World, 10(6): 580-592. Auteurs : Dougnon T.V., E. Déguénon, L. Fah, B. Lègba, Y. M. G. Hounmanou, J. Agbankpè, A. Amadou, H. Koudokpon, K. Fabiyi, A. Aniambossou, P. Assogba, E. Hounsa, M. de Souza, F. Avlessi, T. J. Dougnon, F. Gbaguidi, M. Boko, H. S. Bankolé and L.
- Ziegler, A., 1998. Effects of leaf extract of Caesalpinia bonduc (Caesalpiniaceae) on the contractile activity of uterine smooth muscle of pregnant rats.
tags: #caesalpinia #bonduc #plantation