L’histoire de l’agriculture biologique en France est indissociable de l’émergence de Nature & Progrès. Fondée en 1964 par des citoyens, producteurs et transformateurs, l’association s’est structurée comme une réponse directe à l’essor de l’agro-industrie, prônant un modèle alternatif, paysan et respectueux du vivant. Dès 1972, Nature & Progrès a élaboré le premier cahier des charges définissant les pratiques de l’agriculture biologique, un document fondateur qui servira de base à la réglementation française homologuée en 1986.

La genèse d'un engagement militant
Nature & Progrès n’est pas un simple organisme de certification, mais une association porteuse d’un projet de société. Dès son origine, le mouvement a cherché à concilier exigence agronomique et éthique sociale. En 1971, la création de son logo emblématique marque le début d’une identité forte. L’année suivante, lors du Congrès de Versailles, l’association joue un rôle pivot sur la scène mondiale en participant à la fondation de l’IFOAM (International Federation of Organic Agriculture Movements), dont elle assurera le secrétariat durant les quatre premières années.
Le militantisme de l’association s’est manifesté par des actions concrètes, comme la création du salon Marjolaine en 1976, devenu le premier grand rendez-vous public dédié à l’écologie et à l’alimentation biologique. Au fil des décennies, Nature & Progrès a su maintenir une position critique face aux dérives de la "pseudo-bio" et à l'industrialisation du secteur, notamment en signant en 1999 la « charte des mouvements de la bio » avec d’autres acteurs engagés comme le Syndicat d’agriculture biodynamique.
Le Système Participatif de Garantie (SPG) : une alternative démocratique
Au cœur de la démarche de Nature & Progrès se trouve le Système Participatif de Garantie (SPG). Contrairement aux organismes certificateurs privés qui monnaient le contrôle, le SPG est un outil de démocratie participative et de progrès collectif. Reconnu par l’IFOAM, ce système repose sur l’implication directe des producteurs et des consommateurs. Lors de l’enquête annuelle réalisée chez les adhérents professionnels, l’évaluation est menée par un pair et un consommateur, valorisant autant le savoir technique que le savoir-être et la posture de non-jugement.
Ce mécanisme de contrôle, initié dans les années pionnières, a été formalisé par l’IFOAM en 2004. Pour Nature & Progrès, il s'agit d'une garantie bien plus performante que la certification par tiers, car elle favorise la relocalisation de l’agriculture biologique et renforce le lien social entre ceux qui produisent et ceux qui consomment.

Exigences techniques et cahiers des charges maraîchers
Le cahier des charges de Nature & Progrès est réputé pour être impitoyable et exigeant, allant bien au-delà des normes européennes. Pour le maraîchage comme pour les autres productions, la mention garantit des pratiques excluant tout produit chimique de synthèse et tout organisme génétiquement modifié (OGM). Les paysans qui souhaitent obtenir cette distinction en font la demande auprès de leur groupe local et s'engagent à respecter un cahier des charges spécifique à leur type de production.
L’accent est mis sur la préservation du sol, l’utilisation de semences paysannes et la valorisation des variétés anciennes. Comme le souligne Renaud Daumas, producteur impliqué dans la démarche, ces variétés offrent des saveurs décuplées par rapport aux variétés hybrides. Cette approche holistique inclut également une réflexion poussée sur la réduction des emballages, la gestion des déchets et la limitation du transport, visant une cohérence sociale et environnementale totale.
Indépendance et vision de l’agro-écologie
L’indépendance totale de Nature & Progrès par rapport au système officiel de certification est un choix politique assumé. En quittant le giron de la certification officielle en 1993, l'association a choisi de se consacrer au développement qualitatif de l'agriculture biologique. Si environ la moitié des adhérents demandent la certification officielle en complément pour des raisons d'accès au marché, la mention Nature & Progrès demeure le garant de l'éthique associative.
L’association s'oppose fermement aux importations lointaines issues de pays à bas coûts salariaux, privilégiant le tissu rural local. Elle défend une agriculture nourricière qui préserve le métier de paysan et soutient activement la recherche d'alternatives économiques et sociales. Ce projet de société se traduit par une vigilance constante, notamment face aux règlements européens (comme le RCE n°834/2007) qui, selon l'association, ont souvent conduit à une baisse des exigences et à une ouverture aux dérogations facilitant l'usage de pesticides de synthèse.
« L’AGROECOLOGIE, UNE SCIENCE EXACTE FONDEE SUR LES SAVOIRS ENDOGENES » - MALICK SOW
Vers une agriculture résiliente et solidaire
La force de Nature & Progrès réside dans sa capacité à se renouveler tout en restant fidèle à ses racines. En actualisant régulièrement ses cahiers des charges et en invitant les citoyens à s'impliquer dans les visites de fermes et les débats de fond, la fédération maintient une dynamique horizontale. Que ce soit dans la culture de plantes médicinales, la production de cosmétiques artisanaux ou le maraîchage diversifié, l'approche demeure la même : privilégier la qualité sur la quantité et la simplicité sur l'efficacité industrielle.
Les producteurs, transformateurs et consommateurs qui composent la fédération forment un réseau solidaire, convaincus que l'agriculture biologique ne doit pas être une simple opportunité de marché, mais un levier de transformation sociale. En refusant les compromis avec l'économie de marché et en plaçant l'humain et le vivant au centre de ses préoccupations, Nature & Progrès continue de porter un modèle d'agriculture biologique qui, bien plus qu'une marque, est une véritable éthique de vie.