Stratégies et méthodes pour le calcul des besoins en fourrages récoltés

La gestion rigoureuse des ressources alimentaires est le pilier de la pérennité d'un élevage. Déjà utile en année normale pour gérer ses stocks, le bilan fourrager est encore plus nécessaire en cas de sécheresse. Il consiste à prévoir les besoins en fourrages du troupeau sur une période choisie (hiver, année entière…) et à les comparer aux stocks disponibles. Il vous permettra donc de déterminer quelle quantité de fourrage, de paille ou de co-produits vous devrez peut-être acheter. Réaliser un inventaire précis des stocks de fourrages est une étape essentielle pour garantir la santé et la performance des animaux. Il assure qu’ils disposent d’une nourriture suffisante et de qualité. Connaître avec précision les quantités de nourriture disponibles et les besoins alimentaires de son troupeau permet de mieux planifier les récoltes.

Schéma conceptuel du bilan fourrager : besoins versus stocks disponibles

Évaluer les besoins des animaux

Les besoins des animaux sont évalués à partir du nombre d'animaux par catégorie, des rations journalières et de la durée des périodes à prendre en compte. Pour les vaches traites, les 15 kg MS peuvent par exemple se répartir en 9 kg MS d'ensilage maïs et 6 kg MS d'ensilage d'herbe. À cela il faut ajouter les concentrés azotés et/ou énergétiques. Pour les effectifs, il faut se baser sur le nombre moyen d'animaux par catégorie. Attention, les besoins des herbivores varient en fonction de leur gabarit, de leur poids et de leur niveau de performance zootechnique.

La détermination de la durée d'hiver, c'est à dire de la période durant laquelle les animaux ne reçoivent que des fourrages conservés, est assez aisée. Pour les vaches laitières, elle varie entre 160 jours en zone de plaine et 200 jours en montagne, auxquels il faut ajouter 30 jours à demi-ration (soit 15 jours de ration pleine) pour la transition de mise à l'herbe. Si vous ne connaissez pas la consommation volontaire de matière sèche (CVMS) de vos animaux, référez-vous au tableau de consommation annuelle moyenne (Holstein) produit par Lactanet qui prend en compte le stade physiologique des animaux.

Estimer les stocks disponibles

Dans le cas où des achats de fourrages sont inévitables, on a intérêt à évaluer les stocks le plus précisément possible. Mais une évaluation précise est délicate surtout pour les ensilages. Mieux vaut la réaliser avec l'appui d'un technicien. La méthode la plus rapide et la plus approximative est la comparaison "à l'oeil" du volume occupé par les récoltes dans les silos ou les granges par rapport à celui d'une année "normale". Cela donne une idée de l'ampleur du déficit fourrager, mais reste très imprécis.

Pour estimer la quantité d’ensilage d’un silo, il vous faut donc procéder à un cubage de celui-ci. Il s'agit de ramener le tas d'ensilage à une forme géométrique simple. Cela est simple pour les silos-couloirs. Les densités varient selon le taux de matière sèche, la hauteur du tas, le type d'ensilage, le tassement du tracteur. Des tables ont été établies en fonction de la teneur en matière sèche et de la hauteur silo. Pour les ensilages d'herbe, on retient les mêmes valeurs diminuées de 10 %. Le volume calculé, éventuellement corrigé pour le tassement, multiplié par la densité donne le tonnage d'ensilage utilisable si le silo est bien conservé. Selon l’Institut de l’Elevage (Idele), pour un ensilage à plus de 26% de Matière Sèche, il faut soustraire 5% du volume calculé à 10 jours, et 3% à 20 jours.

Illustration technique : méthode de cubage d'un silo-couloir

Pour les fourrages pressés (foin, enrubannage, paille), réalisez un comptage précis des bottes présentes. La connaissance du poids moyen par botte et du taux de matière sèche est indispensable pour convertir ces stocks en tonnes de MS :

  • Pour le foin, on peut retenir une valeur moyenne de 85 % de MS.
  • Pour la paille, 90 % de MS est généralement admis.
  • Pour l’enrubannage, le taux de MS est plus variable.

Une balle ronde réalisée à partir d’herbe humide contient moins de matière sèche qu’une autre de même dimension réalisée à partir d’herbe sèche.

Confronter les besoins et les stocks

La confrontation des besoins et des stocks permet de déterminer la nature et la quantité des fourrages à trouver en dehors de l'exploitation. Le calcul renseigne sur les proportions de fourrage manquant et, donc, sur l'échéance de la fin du stock et pour quels animaux. Ces informations sont précieuses, d'autant plus lorsqu'elles sont connues longtemps à l'avance. Un constat précoce permet, par exemple, d'anticiper un achat si une opportunité se présente.

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Dans le cas d'un bilan excédentaire ou équilibré, la conduite technique du troupeau pourra être menée normalement en répartissant les fourrages en fonction de leurs qualités selon les besoins des animaux. À l'inverse, un bilan déficitaire doit interroger. La météo est souvent mise en cause lorsqu'elle pénalise les rendements, mais si cette situation est récurrente d'une année sur l'autre il y a inévitablement des causes annexes. L'augmentation des effectifs sans augmentation des capacités de stockage a parfois réduit la marge de sécurité et pénalisé la qualité du stockage.

Construire son schéma troupeau

Grâce aux effectifs animaux déterminés précédemment, un schéma troupeau peut être construit. Il permet de visualiser les flux entrants et sortants de son troupeau : les réformes, les naissances, les pertes, les ventes. Les taux de renouvellement, de mortalité, de réforme permettent de vérifier l'équilibre de ses flux. Si le cheptel est en rythme de croisière, les flux entrants devront être équilibrés avec les flux sortants. Le plan d'alimentation commence à 0 mois et se termine à l'âge prévisionnel de vêlage. Si vous avez deux périodes de vêlage, il est judicieux d'établir deux plans d'alimentation : un pour les génisses de printemps et un pour les génisses d'automne.

Déduire l’assolement prévisionnel

Afin de connaître les surfaces fourragères à implanter pour être autonome avec les rations inclues dans les plans d'alimentation, il faut faire la somme des quantités de fourrages de toutes les catégories animales. En précisant le rendement objectif par type de fourrage, la surface à implanter est obtenue. Il reste à étudier les rotations à mettre en place selon le parcellaire. La question stratégique se pose d'acheter du maïs à l'extérieur, et garder la surface totale en herbe. Les rotations pourront être faites avec des céréales autoconsommées, ou bien vendues.

Chaque année, les conditions climatiques modifient profondément la quantité et la qualité des fourrages disponibles. Face à l'incertitude climatique, diversifier ses cultures fourragères est une stratégie payante. Face à des récoltes irrégulières et à un contexte climatique incertain, la maîtrise de votre bilan fourrager devient un levier essentiel pour piloter votre atelier. Le bilan fourrager est donc un outil de conduite d'élevage incontournable pour permettre à l'éleveur d'adapter son système à l'actualité. Les analyseurs infrarouges ont nettement fait baisser le coût d'une analyse de fourrage. Cela doit inciter les éleveurs à mieux connaitre les valeurs alimentaires de leurs récoltes pour adapter la distribution et affiner le calcul des stocks. Pour les fourrages fermentés, il faut attendre la stabilisation, soit quatre semaines minimum après la récolte.

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