Dans les vergers de pommiers et de poiriers, un petit papillon, le Cydia pomonella, plus connu sous le nom de carpocapse de la pomme et de la poire, peut semer de grands dégâts. Derrière son apparence discrète se cache un redoutable ravageur, dont les larves creusent les fruits pour en atteindre le cœur, laissant derrière elles des galeries souillées de déjections. Chaque année, cette menace met en péril la récolte des arboriculteurs, qu’ils soient en agriculture biologique ou conventionnelle. Face à ce défi, l'approche permacole offre des solutions naturelles et respectueuses de l'équilibre du verger pour limiter les attaques et préserver des récoltes abondantes et savoureuses.

Identifier l'Ennemi : Le Carpocapse sous toutes ses Formes
Comprendre le cycle de vie du carpocapse est essentiel pour une lutte efficace. L'adulte du carpocapse se présente sous la forme d’un petit papillon nocturne mesurant entre 15 et 22 mm d’envergure. Ses ailes antérieures, gris brunâtre, sont marquées d’une tache brun foncé soulignée de reflets dorés, tandis que ses ailes postérieures sont plus uniformes, bordées de fins cils. C’est la chenille (le stade larvaire) qui cause les dégâts. Elle creuse des galeries dans les fruits jusqu’aux pépins.
La larve est bien plus redoutée. Elle commence son développement sous une teinte blanchâtre avant de virer au rose pâle. Sa tête, d’un brun prononcé, contraste avec son corps cylindrique, qui atteint jusqu’à 15 mm de long à maturité. Avant de devenir adulte, la larve se transforme en chrysalide, enveloppée dans un cocon blanchâtre. Cydia pomonella peut développer deux à trois générations chaque année, suivant le climat. Les larves vivent dans le sol ou sous l'écorce des arbres, se transformant en nymphes avant de dévorer, au printemps suivant, vos pommes et poires.

Les Dégâts Inquiétants : Reconnaître une Attaque de Carpocapse
Les attaques de carpocapse se traduisent par la présence de fruits véreux, tombant souvent avant maturité. À l’œil nu, on remarque des trous d’entrée ou de sortie, accompagnés de déjections sous forme de sciure brunâtre. Le point de pénétration de la larve se situe souvent au contact de deux fruits ou d’un fruit et d’une feuille. Sur poire, il est fréquent que ce point de pénétration soit dans la cavité de l’œil. La larve crée ensuite des galeries en spirale, encombrées de déjections. Elle se dirige alors vers le cœur du fruit, et s’attaque aux pépins sur pommes et poires, au noyau sur noyer et cognassier.
Outre les dommages visibles, le carpocapse peut introduire des champignons pathogènes dans les fruits, comme ceux du genre Penicillium. Ces moisissures produisent une toxine, la patuline, strictement réglementée dans les jus et préparations à base de pommes. Une attaque par le carpocapse peut être une vraie déception pour un jardinier amateur. On retrouve le carpocapse majoritairement sur les pommiers et les poiriers. Il est également très présent sur noyer et cognassier, et parfois prunier et abricotier. Au stade baladeur de la larve, des petites morsures peuvent apparaître sur les feuilles.

Prévention et Surveillance : Les Fondements d'une Lutte Efficace
Le premier moyen de lutte, c’est la prévention. Au début du printemps, placer des pièges Delta à phéromones spécifiques de l’espèce de carpocapse est une première stratégie. Ces pièges attirent les mâles et évitent ainsi leur reproduction. Ils permettent également de détecter les premiers vols d'adultes et ainsi de surveiller et de traiter 10 jours après. En installant des pièges dès le printemps, on attire les mâles ou les mâles et femelles en adaptant les phéromones dédiées, ce qui permet de suivre précisément les périodes de vol. Ces données sont précieuses pour ajuster les interventions à des moments-clés. Les pièges à glu jaune, qui imitent la teinte des fruits, permettent également de piéger certains adultes en quête de ponte.

L'entretien du verger joue aussi un rôle crucial. Ramasser et éliminer les fruits touchés par le carpocapse permet d’enrayer le cycle de développement et de limiter la population. Chaque été, il est recommandé de passer régulièrement ramasser les pommes tombées au sol. La plupart contiennent une larve qui cherche à gagner le tronc ou la terre. En retirant ces fruits abîmés, on casse une partie du cycle. Un autre geste utile est de brosser légèrement le tronc en hiver. Les larves se cachent souvent sous l’écorce. Les troncs des arbres dont les fruits sont souvent attaqués peuvent être enduits de produits à base de chaux ou d’huiles qui détruiront les cocons durant l'hiver.
Lorsque le nombre d’arbres fruitiers est restreint, l’ensachage de chaque fruit dans un sac en papier les protégera contre les attaques du carpocapse. C’est un travail minutieux, mais ça protège efficacement. Pour un verger plus important, un voile anti-carpocapse peut être installé fin avril, avant la période de ponte. Ces filets protègent aussi les fruits des attaques d’oiseaux.
Accueillir les Auxiliaires : La Biodiversité au Service du Verger
Au jardin, on n’est pas seul face au carpocapse. Favoriser l’installation de prédateurs du carpocapse est une stratégie fondamentale en permaculture. Par exemple, les oiseaux insectivores comme les mésanges se nourrissent des chenilles. Les chauves-souris peuvent aider à réguler les populations de papillons (ceux-ci étant nocturnes). Installer des nichoirs à proximité des fruitiers pour diminuer les attaques par le carpocapse est donc une aide précieuse. Un abri pour les forficules (pince-oreilles), qui se nourrissent de ces chenilles, peut aussi être installé.
De la biodiversité au sein du verger est un atout majeur. Lors de la plantation des arbres fruitiers, alterner les différentes espèces et variétés permet d’éviter la propagation directe lorsqu’un arbre est attaqué. Les différentes espèces de carpocapses sont souvent spécifiques de leur hôte. Installer des plantes mellifères près du verger attire des insectes utiles. Les chrysopes, par exemple, se nourrissent volontiers des jeunes chenilles.

Les Traitements Naturels : Intervenir au Bon Moment
Lorsque les œufs de carpocapses éclosent, la chenille se déplace 2 à 5 jours sur le fruit avant d’y pénétrer. C'est à ce moment que des pulvérisations naturelles peuvent être efficaces.
Pulvérisations à base de micro-organismes :
- Bacillus thuringiensis souche kurstaki : Pulvériser sur le feuillage un produit à base de Bacillus thuringiensis souche kurstaki qui sera mortelle pour les chenilles qui l’ingèrent.
- Virus de la granulose (Carpovirusine) : Pulvériser un produit contenant le virus de la granulose sur le feuillage. Ce virus agit aussi sur le système digestif des chenilles mais sera spécifique du carpocapse.
Décoctions végétales :
Les infusions de tanaisie, d’absinthe ou de rhubarbe sont connues pour gêner le développement des larves. Pour réaliser une décoction, prélevez une poignée des végétaux (absinthe ou feuilles de rhubarbe). Faites chauffer dans une casserole avec un couvercle dans un litre d’eau à petits bouillons pendant 20 minutes. Laissez refroidir pour récupérer au maximum les vapeurs de la chauffe. Ajoutez 3 % de savon noir, soit 30 ml pour 1 litre, à la solution encore tiède et laissez refroidir complètement. La décoction doit être utilisée dans les 24 heures qui suivent sa fabrication. Filtrez et diluez à 20 %, soit 1 litre de décoction pour 4 litres d’eau. Pulvérisez avec un pulvérisateur sous pression sur le feuillage des arbres. Cette méthode a permis d’obtenir de bons résultats avec de l’absinthe.

Les Stratégies Hivernales : Rompre le Cycle du Ravageur
Lutter contre la forme hivernante du carpocapse est une étape cruciale. L’hiver suivant une attaque par le carpocapse, pulvériser une solution contenant le nématode Steinernerma feltiae sur le sol au pied des arbres ou sur les troncs peut être très efficace. Ce ver microscopique s’attaque aux cocons abrités. Il faut veiller à contrôler l’humidité des zones traitées pour maintenir l’efficacité du traitement. Pour appliquer le nématode : arrosez abondamment votre sol, pulvérisez les nématodes uniformément, ou bien dans un arrosoir mélangé avec de l'eau, puis arrosez une dernière fois et passez un petit coup de râteau. Les conditions idéales pour le traitement sont un sol ni trop chaud ni trop froid (18-20°C) et surtout humide.
À la fin de l’été, les chenilles peuvent se réfugier dans les anfractuosités des troncs d’arbre pour y passer l’hiver. Brosser les troncs pour enlever ces cocons est une pratique simple mais efficace. Une autre astuce consiste à entourer le tronc d’une bande de carton ondulé, côté creux contre l’écorce. Les larves en descente s’y installent pour se protéger. Fin août, il suffit de retirer et de brûler les bandes.
Gérer les Fruits Attaqués : Rien ne se Perd au Jardin
Même avec tous ces soins, il reste souvent quelques pommes abîmées. Pas question de les jeter. Les fruits véreux, même piquées, restent utiles. On peut les utiliser en compote, en jus ou en pâtisserie, à condition de retirer la partie touchée. Ramasser et éliminer les fruits touchés par le carpocapse permet d’enrayer le cycle de développement et de limiter la population.
Quand Traiter ? Le Calendrier des Interventions
Le printemps est crucial, au moment des vols du carpocapse, pour l'installation des pièges à phéromones. Mais l’été et l’automne comptent aussi, avec la pose de cartons et le ramassage des fruits. Il faut interrompre leur cycle à chaque étape.
Comment et quand lutter contre les vers de la pomme (carpocapse) ? avec l'aide des nématodes
Considérations Régionales et Variétales
Le carpocapse est très présent dans le sud de la France car les températures chaudes favorisent son développement. Avant de planter des arbres fruitiers, il peut être intéressant d’étudier les risques favorisés par le climat et de s’intéresser à des variétés moins sensibles aux ravageurs localement présents. Le degré de sensibilité des poiriers varie selon les variétés. Les variétés d’hiver (Conférence, Doyenné du Comice, etc.) sont sensibles surtout avec la deuxième génération de carpocapse, mais peuvent être attaquées avec la première. Les variétés d’été et d’automne (Dr. Jules Guyot, William’s, Beurré Hardy, etc.), sont quant à elles sensibles dès la première génération. Il est toujours utile de consulter le Bulletin de Santé du Végétal édité par la Chambre d’Agriculture ou la FREDON de chaque région. Il vous informe sur les risques momentanés en fonction des cultures.
En combinant plusieurs méthodes - pièges à phéromones, bandes de carton, ramassage des fruits tombés, infusions de plantes et accueil des auxiliaires - il est possible de traiter un pommier contre les vers de manière naturelle et efficace. Une approche régulière et diversifiée est la clé pour profiter de récoltes saines et abondantes.
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