La Côte de Mancy, classée Réserve Naturelle Régionale (RNR) depuis 2010, est un petit trésor préservé, à quelques pas de la ville de Lons-le-Saunier. Ce site remarquable, constitué des anciens pâturages communaux de Macornay et de Lons-le-Saunier, représente un témoignage vivant de l’évolution des paysages jurassiens. Sur 1,5 kilomètre de long et moins d’un demi km², la Côte de Mancy est un coteau calcaire du Revermont représentatif de la diversité que l’on peut trouver sur un ancien pâturage communal. Le site est également classé Natura 2000 depuis 2002 en raison des divers habitats et espèces à enjeux européens présents sur le site.

Une mosaïque d'habitats singuliers
Le site est composé d’une mosaïque de milieux ouverts et semi-ouverts (pelouses et bosquets) et fermés (boisements). Une partie du site comprend une diversité de pelouses particulièrement riches : pelouses pionnières sur dalles rocheuses (au substrat très pauvre et superficiel), pelouses mésoxérophiles (plutôt sèches), pelouses acidiclines (assez acides), pelouses à Sermontain (où pousse une plante assez rare qu’est le Sermontain) et pelouses marnicoles (où les conditions sont plus humides).
Les pelouses calcaires, habitats naturels à fort enjeu en termes de préservation de la biodiversité, ont subi un fort déclin durant le siècle dernier. Les pelouses calcaires sont des habitats herbacés ras et peu productifs, riches en plantes vivaces formant un tapis plus ou moins continu sur des sols superficiels peu profonds, à la sécheresse estivale marquée et pauvres en nutriments. L’objectif est aussi de préserver certains milieux arbustifs, car nombre d’espèces ont besoin des deux.
Gestion et conservation d'un patrimoine vivant
Le classement en tant que RNR est intervenu en 2010, après un premier classement en tant que Réserve naturelle volontaire en 1996. Le Conservatoire d’espaces naturels de Franche-Comté a été désigné gestionnaire principal et Jura Nature Environnement (JNE) gestionnaire associé en 2013. Depuis l’an dernier, la RNR a entamé son deuxième plan de gestion, qui court jusqu’en 2031. Ces différents statuts entraînent un travail collaboratif et favorisent les actions conjointes.
Le maintien des espaces ouverts est l’un des grands enjeux de conservation du site. Ainsi, des travaux d’abattage de 38 sapins Douglas, de débroussaillage et de réouverture de milieux (2 ha) ont été conduits en 2023. Le parc de clôtures a aussi été rénové sur la majeure partie de la RNR pour faciliter le pâturage. Des brebis sont présentes au printemps et en hiver, tandis que des chevaux Konik polski investissent les pelouses l’hiver. Selon un protocole du Muséum national d’histoire naturelle, un suivi de l’état de conservation des milieux agropastoraux est assuré pour bien adapter les mesures de gestion.

Inventaire naturaliste et richesse faunistique
Le niveau de connaissances naturaliste et biohistorique est tel qu'on recense plus de 2700 espèces dans l'inventaire permanent, avec des données complètes remontant jusqu'en 1858. 16 espèces de plantes patrimoniales ont été recensées, dont le Baguenaudier et la Spiranthe d’automne, respectivement considérées comme vulnérable et quasi-menacée régionalement.
Parmi les espèces d’oiseaux, on peut citer la Pie-grièche écorcheur, l’Alouette lulu, la Linotte mélodieuse, ou le Bruant jaune. On compte 9 espèces de reptiles à enjeux, dont le Lézard à deux raies (autrefois nommé Lézard vert), qui fait l’objet d’un suivi photographique pour être dénombré de façon précise en distinguant les individus. Parmi les 105 espèces de papillons de jour, 15 sont particulièrement rares comme le Damier de la Succise, l’Azuré des cytises et la Bacchante. Nous recherchons en permanence à améliorer les connaissances pour mener des actions adaptées en fonction des enjeux et de leur évolution. Nous souhaitons par exemple mieux comprendre le rôle de la RNR pour certaines espèces faunistiques comme les chauves-souris.
Montagne sauvage : Faune et Flore - Documentaire
Fréquentation et découverte du site
La balade de Mancy, à très faible dénivelé, se découvre à tous âges et offre, en bonus, de superbes points de vue sur Lons-le-Saunier et la vallée de la Sorne : un grand bol d’air et de nature en perspective ! Le sentier de découverte de la Côte de Mancy vous invite à parcourir la RNR sur une boucle de 3 km au départ de Lons ou de Macornay. Durant une promenade d’environ 1 heure, des panneaux vous feront suivre sur les traces des naturalistes du siècle dernier. Un itinéraire balisé permet de ne pas se perdre sur le coteau. En 2021, sept panneaux d’interprétation sur les milieux traversés ont été installés pour les promeneurs. Un jeu de piste permet de découvrir le site en autonomie de façon ludique et pédagogique.
Afin de protéger l’incroyable diversité de flore, de fonge et de faune ayant élu domicile sur ces pelouses sèches, on ne peut l’arpenter qu’à pied (vélos interdits) et en respectant la réglementation : la cueillette y est interdite, les manifestations sportives y sont interdites, de même que l'équitation, le bivouac, le camping, les feux. Les chiens doivent être tenus en laisse. Cette réglementation sur un site périurbain permet de concilier la présence de 20 habitats différents sur moins de 50 hectares tout en restant ouvert à la fréquentation humaine. D’instructifs panneaux informent les visiteurs sur quelques unes des magnifiques espèces présentes dans cet espace, mais aussi sur les différents usages que l’Homme en a fait à travers l’histoire, façonnant ainsi ce paysage.
Défis de la dynamique paysagère
L'étude de photographies aériennes et de cartes postales anciennes a permis de mettre en évidence la fermeture graduelle des milieux avec régression des milieux ouverts au profit de la progression des boisements. Cette constatation est confirmée par les inventaires de terrains. Par ailleurs, au sein de la partie Ouest, des traces résiduelles de pelouses sèches existent au sein du milieu arbustif, signe que l’embroussaillement et la fermeture du milieu sont relativement récents. Ce fait est également montré par l’étude de cartes postales anciennes qui confirment une fermeture relativement récente et progressive depuis le début du XXème siècle en lien avec l’abandon de la gestion.
Tout l’enjeu consiste à préserver l’originalité de cette mosaïque, par nature en perpétuelle évolution, tout en conservant la fonctionnalité de l’ensemble à son échelle mais aussi à l’échelle plus vaste du réseau de pelouses sèches dont Mancy constitue l’extrémité Nord. Une difficulté supplémentaire provient de son caractère périurbain : située sur et à côté de la commune préfecture du Jura, la Côte de Mancy est visitée toute l’année, l’accès du public étant libre dans les limites de la réglementation sur la circulation des personnes.