Le secteur de l'horticulture dans la région des Pays de la Loire constitue un pilier économique et paysager majeur, bien que cette filière traverse des périodes de turbulences sans précédent. Entre les aléas climatiques, la pression de la concurrence internationale et des crises sanitaires imprévues, les producteurs font face à des défis structurels complexes. Cette analyse explore la réalité du métier, les enjeux économiques de la production florale et le rôle des institutions régionales dans le maintien de cet écosystème fragile.

L'impact des crises sur une production saisonnière
Faute de réseau de distribution ouvert, les horticulteurs doivent mettre à la poubelle toute leur production florale. L'activité du printemps représente 70% de leur chiffre. Cruel. Ils comprennent les consignes sanitaires, pour éviter la propagation du Covid-19. Mais elle a un fort impact sur leur activité. Depuis que les fleuristes, les marchés et les jardineries sont fermés, le moral des horticulteurs est fané. Les images d’exploitants obligés de jeter leurs primevères, pensées et autres oeillets justes écloses, au compost ont déjà fait le tour de la toile.
La situation est catastrophique, n’hésite pas à annoncer Didier Delhommeau, président départemental de la fédération des producteurs horticoles et pépiniéristes qui compte une quinzaine de structures pour 200 salariés en Loire-Atlantique (70 au total). En moyenne, la moitié du chiffre d’affaires annuel se joue de mars à mai. Seule demeure une activité de vente en drive ou par livraison à des particuliers. On est entrain de tout perdre. Entre les fleurs mais aussi les semis pour les potagers, rien ne se vend aujourd’hui. Par contre, nous avons déjà payé nos charges. Soit 80% ajoute Didier Delhommeau en comparant à la même semaine en 2019. Et cette semaine, on se dirige sur 7,5 millions d’euros.
La détresse des professionnels : un besoin d'accompagnement
Une cellule psychologique va être mise en place par la chambre d’agriculture pour accompagner les professionnels. Ne pas laisser seuls ces professionnels qui reçoivent des coups de massue chaque jour (pas le droit au chômage partiel, mesures de reports de charges ou d’échéances de prêt mineures) est la priorité, exprime celui qui s’étrangle quand il voit des gens sortir des hypermarchés avec sacs de terreau et pots alors que les jardineries voisines sont fermées.
La disparité entre les circuits de distribution crée une injustice flagrante pour les producteurs locaux. Alors que le consommateur cherche à verdir son intérieur ou son potager, le blocage des circuits spécialisés étouffe la production régionale. Ce sentiment d'injustice est renforcé par le fait que les charges, elles, continuent de courir sans interruption.

Analyse des structures horticoles : fragilité et enjeux
A La Planche, les très renommés Fuschia Delhommeau subissent de plein fouet les conséquences de la crise sanitaire. Cette période est cruciale pour nous. Là, j’ai déjà perdu 70% de mon chiffre d’affaires, indique Mickaël qui emploie habituellement 7 personnes. La seule activité qui me reste, c’est la vente par correspondance. Mais avec une Poste qui va désormais fonctionner trois jours par semaine, les fleurs ne se conserveront pas avec les délais de livraison, soupire-t-il.
Le contexte de ces dernières années était déjà très délicat : d’abord en raison de la météo - les hivers doux faisaient ressortir les plantes des années précédentes chez les particuliers et les canicules dès juin nous pourrissaient la fin de printemps, explique l’expert - mais aussi de la concurrence étrangère - sans Europe sociale ni fiscale, les jardineries sont aux trois-quarts composées de plants étrangers, soupire-t-il. Aujourd’hui, la filière fait de la place dans ses serres pour les prochaines productions florales. Sans de nouvelles certitudes qu’elles pourront être vendues.
Coronavirus Hérault : les horticulteurs doivent faire travailler leurs salariés sans rien vendre
L'organisation institutionnelle : La Maison des horticulteurs
La Maison des horticulteurs est une commission professionnelle qui comprend l’ensemble des structures œuvrant pour la filière horticulture et pépinières à l’échelle de la région des Pays de la Loire : ASTREDHOR, BHR, la Chambre d’agriculture des Pays de la Loire, VERDIR et Végépolys Valley, service régional Formation et Développement de la DRAAF des Pays de la Loire, ainsi que les représentants des familles d’enseignement. Elle est portée et animée par la Chambre d’agriculture des Pays de la Loire et est présidée en alternance par les présidents Verdir et du BHR.
La structure régionale cherche à coordonner les efforts pour protéger la production horticole en Pays de la Loire, qui est par ailleurs extrêmement diversifiée. Elle tente de créer un pont entre les enjeux de formation, la recherche appliquée avec des pôles comme Végépolys Valley, et la réalité économique du terrain. Cette mutualisation des expertises est indispensable pour assurer la pérennité d'une filière qui doit constamment s'adapter à des marchés mondialisés et à un climat changeant.
Dynamique de la production horticole régionale
L'horticulture régionale ne se limite pas aux fleurs d'ornement. Elle englobe également la production de plants de légumes, d'arbres fruitiers, et d'espèces arbustives adaptées au climat ligérien. Cette diversité est une force, permettant aux exploitations de ne pas dépendre d'un seul segment de marché, même si les crises systémiques touchent l'ensemble des acteurs.

La spécialisation vers des variétés locales, le respect des cycles naturels et l'innovation variétale sont les leviers que les producteurs activent pour se distinguer de la concurrence internationale. Cependant, l'absence de régulation fiscale équitable au sein de l'Union européenne reste le point noir majeur. Pour les producteurs des Pays de la Loire, le défi est de maintenir une qualité irréprochable tout en gérant une logistique devenue, au fil du temps, le maillon le plus vulnérable de la chaîne de valeur. Les investissements dans la technologie de serre, le contrôle des maladies végétales et l'optimisation de la consommation d'eau sont autant de chantiers technologiques qui occupent les équipes de la Chambre d'agriculture et des instituts de recherche régionaux au quotidien. L'avenir dépendra de la capacité des pouvoirs publics à reconnaître l'horticulture non pas comme un loisir, mais comme un secteur agricole stratégique, au même titre que les grandes cultures ou l'élevage.
tags: #cat #horticulture #pays #de #loire