En France, les fourragères représentent un vaste ensemble d’espèces et de variétés. Ces plantes, véritable culture à part entière, sont principalement destinées à l’alimentation animale en agriculture (élevage de vaches, moutons…). En agriculture, le choix des fourragères doit être mûrement réfléchi car il vous permettra d’apporter une nutrition optimale à vos animaux. En plus de conduire le système vers plus d'autonomie fourragère, vous vous assurerez une bonne production pour votre élevage (lait et/ou viande). Par ailleurs, avec une capacité de production en moyenne supérieure aux cultures fourragères et surtout un faible coût à la tonne de matière sèche récoltée, les prairies naturelles et temporaires restent la base de la production de fourrages. Il n’y a rien de moins cher que de l’herbe pâturée pour l’alimentation des ruminants, et cela se vérifie chaque année.
Critères de sélection et adaptation climatique
Pour choisir les bonnes cultures, vous devez avant tout cibler leur utilisation. Pour la technique du pâturage, préférez des espèces appétentes, qui tolèrent le piétinement et qui sont tolérantes aux maladies. Vous envisagez la technique de fauche ? Toutes les espèces n’ont pas la même durée de vie, ce sont les rotations pratiquées sur votre exploitation ainsi que vos objectifs qui vous permettront de sélectionner celles en adéquation avec ces critères.

Pour les trois grands types de critères climatiques que sont le froid, la sécheresse et la chaleur, il faudra sélectionner des fourragères bien spécifiques. Face au froid, quasiment toutes les espèces sont tolérantes, à condition que les plantes aient atteint le stade 3 feuilles avant les premières gelées. En cas de sécheresse, nous allons rencontrer 2 cas de figure : soit la plante va arrêter de pousser et se dessécher pour redémarrer dès que les conditions climatiques le permettront ; Soit la plante va se dessécher et mourir. La plupart des espèces poussera relativement bien sous une chaleur allant jusqu’à 30-35 °C à partir du moment où l’eau sera facilement accessible. Cependant, certaines vont entrer en dormance estivale à compter de 25 °C afin de conserver leur énergie et ainsi pouvoir survivre. Attention aux sols hydromorphes qui ne sont vraiment pas adaptés à certaines espèces comme le brome, le dactyle ou la luzerne.
Paramètres variétaux et gestion des stades de développement
Afin de s’assurer une bonne productivité de fourrage tout au long de l’année, il est essentiel de diversifier ses parcelles afin d'étaler au mieux la production d'herbe sur l'exploitation. La complémentarité des espèces pourra ainsi permettre de lisser les pics de productions mais aussi répartir les risques selon les conditions climatiques. Plusieurs stades repères et critères variétaux vont vous guider dans le choix de vos variétés fourragères.
Le départ en végétation correspond au « réveil » de la prairie. Ce stade repère est atteint lorsque 2 conditions sont réunies : atteindre le « zéro végétation » et atteindre le cumul d’une somme de base 0 à compter du 1er janvier. La souplesse d’exploitation est une période qui débute au départ en végétation et se termine au début de l’épiaison. Exprimée en nombre de jours, elle correspond à la période possible de pâturage. Plus la souplesse sera longue, plus il sera possible de conserver son fourrage sur pied avant de le faire pâturer.
Nous parlons d’alternativité lorsque la plante commence son cycle de reproduction l’année du semis. La variété alternative monte donc en épis l’année du semis contrairement aux plantes non-alternatives, qui elles, ne produiront que des pousses feuillues (très bonnes pour le pâturage) la première année. La remontaison qualifie l’aptitude des plantes à refaire des épis ou des fleurs après une exploitation. Pour aider dans la sélection des variétés fourragères, le GEVES a mis en place une règle de notation de la remontaison allant de 1 à 9 (1 étant peu remontant et 9 très remontant). La ploïdie est un critère variétal qui ne concerne que les ray-grass et le trèfle violet. Les fourragères sont généralement diploïdes : elles ont 2 paires de chromosomes. Un traitement à la colchicine permet à la plante de devenir tétraploïde et donc d’avoir 4 paires de chromosomes. Cette méthode offre des variétés plus appétentes et globalement plus rustiques, elles seront plus résistantes aux accidents climatiques et aux maladies.
Techniques d'implantation et fertilisation des parcelles
Pour réussir son semis et s’assurer une bonne vitesse d’implantation de sa prairie, il faut avant tout préparer son lit de semences fourragères comme il se doit. Pour une germination rapide, il faudra travailler sur un sol réchauffé et le travailler de manière fine et aérée pour permettre aux semences fourragères, qui sont de très petites tailles, de bien s’implanter : « nous devons pouvoir rouler sur la terre à vélo ! ». Il sera également nécessaire de semer à la bonne dose et d’avoir le matériel adapté (un semoir à céréales peut tout-à-fait convenir !).
L’azote, tout comme l’eau, est une ressource indispensable pour assurer la bonne croissance des plantes. Les graminées peuvent s’alimenter en azote grâce la minéralisation de la matière organique du sol, à la redistribution des légumineuses qui stockent l’azote de l’air (présent dans le sol) et aux apports organiques tels que le fumier, lisier et autres. Seulement cela n’est pas toujours suffisant et il est donc nécessaire d'instaurer un apport d’azote minéral. L’apport de phosphore (P) et de potassium (K) est également recommandé mais n’est pas à systématiser, d’autant plus s’il s’agit d’apport sur une prairie pâturée ou sur une prairie de fauche.
Savoir faire Väderstad - Préparer un lit de semences après un travail en profondeur
Les maladies, provenant de virus, champignons, bactéries et même celles apportées par certains insectes, peuvent diminuer la productivité et la pérennité des plantes fourragères qui seront moins appétentes et donc moins consommées par votre élevage. Dans certains cas, cela peut même conduire à la formation de maladies chez les animaux. Chaque éleveur doit définir son stade optimal de récolte des fourragères en fonction des besoins de son troupeau. Plus nous avançons dans le cycle des plantes, plus le rendement en matière sèche est important ; mais parallèlement, la valeur alimentaire diminue.
Valorisation des mélanges et méteils fourragers
Les méteils fourragers y figurent en bonne place : ils se sont largement développés du fait de leur productivité et de la valeur alimentaire du fourrage obtenu. Ces mélanges céréales-protéagineux permettent de produire des stocks de bonne heure au printemps, mais ils peuvent aussi être pâturés. Les méteils fourragers augmentent la période d’implantation de cultures fourragères à l’automne et peuvent ainsi venir compléter des cultures dérobées fourragères. S’ils sont implantés à l’automne et récoltés au printemps, ils permettent de constituer des stocks avant la période sèche. Les méteils fourragers doivent être semés au cours du mois d’octobre : un semis après le 15 novembre pénalise la production.
Selon le type d’aliment recherché, en priorité du tonnage ou de la valeur alimentaire, la stratégie sera différente. Si on cherche à obtenir un aliment qui comporte une bonne valeur alimentaire, on optera plutôt pour une coupe précoce, qui se fera au détriment du tonnage. Ce type de fourrages permet de récolter du volume : jusqu’à 8 T de MS/ha. Avec une valeur alimentaire intermédiaire, il doit être destiné à des animaux ayant des besoins limités. La valeur alimentaire moyenne d’un enrubanné se situe autour de 0,75 UFL/kg de MS et de 11% de MAT/kg de MS.
Diversité des associations et cultures dérobées
Il est possible de semer une prairie sous un couvert de méteil fourrager. L’intérêt de réaliser ce type de mélange est de sécuriser les semis, ce qui peut s’avérer utile vu les risques de sécheresse que nous connaissons. L’intérêt est de faire du stock avec le méteil, en le récoltant tôt au printemps, et en laissant ainsi la prairie déjà en place se développer par la suite. Ce type de semis (couplant un méteil et une prairie) doit être fait avant le 25 octobre. La céréale protège les légumineuses du froid, notamment la luzerne.

En RGI, mieux vaut choisir les variétés alternatives de courte durée car elles vont se développer plus rapidement (ce qui permettra d’avoir plus rapidement du tonnage au printemps) : Bartimum, Bartigra pour un pâturage précoce ; Barveloz, Lactimo, Ulrik, Pulse, pour faire du stock. Le trèfle incarnat peut être remplacé par de la vesce velue : 10-12 kg de RGI et 10-12 kg de vesce velue. La production semble plus importante avec de la vesce velue et elle améliore la valeur alimentaire du mélange grâce à la teneur élevée en protéines de la vesce velue. Les variétés de vesce velue sont Nickel et Savane pour les implantations de fin d’été et automne, Massa pour les implantations de printemps. Il faut faire attention cependant à la vesce velue, car sa graine est toxique.
Innovations et espèces estivales
Les sorghos fourragers peuvent se semer au semoir à céréales à la dose de 20 à 25 kg/ha à 2-3 cm de profondeur. Le sorgho présente beaucoup d’intérêt en alternative au maïs. Il a besoin de 2 fois moins d’eau, et il produit plus efficacement de la MS pour la même quantité d’eau que le maïs. Sa résistance à la sécheresse est importante : le sorgho continue de se développer jusqu’à 40°C, tandis que le maïs s’arrête à 30°C. Les sorghos multicoupes se caractérisent par leur capacité de repousse. Pour le pâturage, il est intéressant d’associer ces sorghos à du trèfle d’Alexandrie.
Le millet perlé est une plante proche du sorgho, qui est encore plus résistante à la sécheresse et à la chaleur que ce dernier. Le millet perlé a besoin d’un sol plus chaud au semis que le sorgho : semer à partir du 20 mai à début aout. Il peut être utilisé en dérobée derrière un ensilage de méteil, ou après une céréale moissonnée. Le millet est aussi mieux adapté au pâturage que le moha et il y a moins de refus au pâturage qu’avec du sorgho. Pour favoriser son tallage, il est préférable de faire la première pâture à 1,5 mois environ après le semis (30 cm de haut).
Au niveau d’une ferme, il est possible de panacher ces différents types de culture. Cela permet ainsi de limiter les risques (mauvaise levée, sécheresse d’hiver et/ou de printemps). Ces cultures fourragères permettent de réaliser des stocks, ou des fourrages de bonne valeur alimentaire, mais également de sécuriser sa production de fourrage dans le cas de sécheresse. Elles peuvent remplacer totalement ou partiellement l’ensilage de maïs en production laitière et en engraissement. Concernant la gestion des prairies, des carences minérales ont été identifiées sur les fourrages. L’étude de l’activité biologique du sol a révélé que celle-ci variait en fonction de l’altitude et de la fertilisation. Des périodes de minéralisation de la matière organique ont été mises en évidence et l’efficience d’absorption de l’azote par les plantes s’est révélée assez faible.
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