L’aménagement des espaces publics contemporains, particulièrement dans des zones sensibles aux aléas naturels, nécessite une approche holistique où le végétal ne joue plus un rôle purement décoratif, mais structurel et bioclimatique. Le projet de plantations sur talus à Épreville illustre parfaitement cette dynamique de reconquête paysagère. L’espace aménagé correspond à une large bande de prairie bordée d’un côté par un talus herbeux soutenant la route, et de l’autre côté, par la ripisylve de la berge de Garonne. Située en entrée de ville, à proximité des zones d’activités, la prairie est inondable en moyenne tous les deux ans. L’intervention s’est attachée à traiter les accès au site et à redonner une visibilité au fleuve. Des plantations sur le talus ont permis d’atténuer la présence de la route, une allée à usage mixte piétons et vélos a été aménagée au pied de ce talus. Afin d’opérer la « reconquête du fleuve », la ripisylve a été éclaircie et des pontons couverts s’avançant vers le fleuve ont été installés.

L’identité végétale comme socle de projet
Les Landes ont une forte identité végétale, variée et typée. Depuis un demi-siècle, les plantations d’agrément s’inscrivent dans un registre ornemental plus ou moins exotique, au détriment de l’authenticité des paysages et des équilibres écologiques locaux. De nombreux végétaux locaux mériteraient d’être utilisés en aménagement, et ainsi affirmeraient l’identité du territoire. Cette démarche de valorisation patrimoniale s'inscrit dans une volonté de retrouver les fondamentaux de l'écologie locale, en privilégiant des espèces adaptées au climat et aux sols, garantissant ainsi une pérennité accrue et une meilleure intégration visuelle dans le paysage environnant.
Concevoir avec le climat et la topographie
En réfléchissant au plan d’aménagement des quartiers, en tirant parti des caractéristiques du site et du climat, les collectivités peuvent générer d’importantes économies d’énergie, à long terme, et engager les habitants à conduire des démarches bioclimatiques. L’orientation et l’articulation du bâti et de la trame végétale au sein du quartier peut permettre un gain de 15 à 20 % d’apport énergétique. Concevoir avec le climat, c’est aussi une façon d’optimiser les ressources de la trame verte et bleue du territoire. La proximité de masses végétales arborées, d’espaces végétalisés, la création ou la conservation de plans d’eau, même de faibles dimensions, sont des atouts pour rafraîchir les températures du quartier, et limiter les effets d’accumulation et de réverbération.
Vagues de chaleur et îlots de chaleur urbains
Préserver et valoriser l’existant
La végétation existante, protection naturelle contre les vents hivernaux et la chaleur estivale, présente l’avantage d’être déjà en place, et adaptée au milieu. Son impact est immédiat dans un nouveau quartier, donc offre un gain de temps de plusieurs dizaines d’années par rapport à de jeunes plantations. Des arbres existent parfois sur le terrain objet du projet : ripisylve, bosquet, haies bocagères, barradeaux, arbres isolés. Conserver les éléments les plus structurants permet d’asseoir la conception du nouveau quartier sur une trame déjà constituée, atténuant ainsi l’impact du changement pour les riverains. La préservation durable des grands arbres suppose une attention portée non seulement au tronc, mais aussi à l’ensemble des racines. Les travaux n’affecteront les sols qu’au-delà de 10 à 15 m du tronc des arbres imposants, sous peine de voir péricliter et s’effondrer ceux-ci à l’issue de la décennie.
Végétalisation raisonnée : une stratégie pour les parcelles privées et publiques
D’une manière générale, la végétation à feuillage caduc apporte un ombrage qui protège les constructions des surchauffes d’été, et laissent pénétrer les rayons du soleil en hiver, sources de lumière et de chaleur. En revanche, une végétation mal choisie et mal placée n’optimisera pas son potentiel climatique pour le bâti. Du côté sud de la maison, l’idéal est d’implanter un arbre caduc, ou, dans un espace plus contraint, à palisser des plantes grimpantes caduques sur des terrasses couvertes, pergolas, grillages, appliques. A l’ouest, les plantations créent une ombre appréciable les après-midis d’été. Au Nord et à l’Ouest, la végétation arbustive filtrera les vents dominants : diminution des déperditions thermiques en hiver, et de l’évaporation en été. Sur les parcelles à vendre, un pré-verdissement permet de créer une structure végétale homogène sur l’ensemble du quartier pour un coût dérisoire, mettant en valeur les terrains. Plantés en jeunes plants forestiers protégés, avec une technique particulière proche de celles des haies « agricoles », cette réalisation est économique, performante, et prend sa dimension pittoresque avec le temps.
L’architecture landaise : une leçon d’adaptation climatique
En complément de protections végétales, la forme architecturale du quartier et des constructions doit s’adapter au climat, et ainsi servir de rempart contre les aléas, valorisant les apports de chaleur et de lumière. Traditionnellement dans les Landes, l’adaptation au climat a généré des constructions aux volumes simples, carrés ou rectangulaires. Les formes compactes favorisent la performance thermique en limitant la surface des parois extérieures. Les toitures descendent assez bas à l’Ouest pour limiter la prise aux intempéries. En ouvrant sa façade à l’Est par un auvent, les maisons landaises et chalossaises captent le soleil du matin. S’inspirer de cette architecture identitaire, c’est retrouver les fondamentaux de la maison bioclimatique locale. Dans les bourgs et les villes, le bâti était le plus souvent accolé, voire continu, et en R+1 : ce qui contribue à réduire les déperditions de chaleur. L’urbanisme pavillonnaire du XXème siècle a oublié ce bon sens de la forme urbaine groupée, économe en énergie.

La trame végétale : structure et biodiversité
Dans le paysage du quartier, un fonds végétal crée une unité, un écrin vert pour le bâti, atténuant son impact visuel. Pour jouer ce rôle structurant, la trame végétale doit s’articuler avec les volumes bâtis, les espaces publics, le réseau viaire, le parcours de l’eau, au point d’en être indissociable. Le bâti peut aussi jouer un rôle structurant dans le paysage urbain, comme dans les siècles passés, notamment grâce à des plans et règlements d’alignement. Les trames végétales tempèrent le climat, sont un vecteur et un refuge pour la biodiversité, et ont un rôle social. La mise en œuvre d’un quartier pavillonnaire dans un milieu boisé est toutefois délicate : les tranchées, l’imperméabilisation des sols, la destruction des lisières, la modification des nappes phréatiques entrainent en quelques années des dégradations radicales du peuplement végétal. Depuis les années 70, le végétal est souvent utilisé dans l’aménagement comme un gadget décoratif. À l’opposé, une trame végétale vise à créer une ambiance sur une échelle significative, en rapport avec les dimensions du site.
Typologie des éléments paysagers
La trame végétale du quartier se décline à partir des formes végétales du site, comportant un panel riche et ancien de nuances possibles. Les trames composées à partir d’arbres ne coupent pas les vues, mais créent un « plafond » d’ombrage, et dessinent l’horizon végétal du quartier : elles protègent, unifient, composent. Les arbres d’avenue et d’espace public sont spécifiques, adaptés au milieu urbain. Il est ouvert à la vue. Les arbres d’airial sont plus éloignés les uns des autres que dans une forêt ou un parc. Un fossé est une structure linéaire creusée pour drainer, collecter ou faire circuler des eaux. Ils s’accompagnent souvent de végétations spécifiques, d’un grand intérêt pour la biodiversité. Les arbres fruitiers étaient traditionnellement plantés en ligne le long des champs et des chemins, dans les cultures, comme dans les anciennes joualles du sud-ouest. Une haie est une structure végétale linéaire, usuellement disposées en limites de parcelle pour assurer la séparation des propriétés ou la protection contre l'intrusion. Les haies peuvent comporter une à trois strates. Les anciennes haies champêtres faisaient partie d’un ensemble fossé-talus-haie, appelées localement barradeau, barrat, dougue. La haie vive est une haie large et touffue où les arbres ne sont pas taillés. Les trames composées à partir d’arbustes forment un écran visuel à hauteur des yeux, et donc sont utilisées pour séparer, empêcher le passage. Le fourré arbustif est un groupe dense d’arbustes et de jeunes arbres, commun dans les friches. La lande, qui a donné son nom au département, est l’association de plantes herbacées et arbustives des sols pauvres et acides. Les plantes couvre-sols ont un mode de croissance et une densité de feuillage qui tapisse le sol. Elles empêchent ainsi l’installation et le développement des adventices, en les privant de lumière et d’espace. Elles permettent de constituer des surfaces végétales basses, qui nécessitent un entretien minimum. Les vivaces sont des plantes herbacées vivant plusieurs années, permettant de créer des massifs fleuris pérennes et économes. On peut aussi choisir d’enherber un espace public, en toute simplicité. Autrefois, de nombreux espaces publics ou collectifs étaient enherbés : places, airials, et même cimetières.
Références et héritages urbains
Il existe localement des références de quartiers pavillonnaires qui accordent une place particulière à l'arbre, et qui présentent aujourd'hui une qualité d'ambiance exceptionnelle. Hossegor en est l'exemple emblématique. De 1923 à 1932, la « Cité-Parc » d’Hossegor implante ses villas sur des parcelles de dunes boisées de chênes-lièges, pins maritimes, arbousiers. Maxime Leroy écrivait que « l’originalité d’Hossegor et de toutes les landes est dans cette rusticité persistante ». Elle est devenue l’emblème d’un urbanisme végétal qui a perduré, où l’arbre local joue un rôle structurant, créateur d’ambiance pittoresque. D’autres quartiers plus tardifs, de « lotissements sous les pins » comme ceux de Biscarosse-plage, ont résisté aux tempêtes de 1999, 2004 et 2009, contrariant la réputation d’instabilité prêtée au pin des landes forestier. Ailleurs, comme à Mont-de-Marsan, de grands chênes constituent des oasis de fraîcheur d'été au sein de secteurs pavillonnaires. Les opérations récentes de « nouveaux quartiers landais » à Garein, Morcenx, Retjons, Labrit s’inscrivent dans la continuité de cet urbanisme arboré. Contrairement au bâti, à la voirie et aux réseaux, les trames végétales sont composées d’organismes vivants, donc évolutifs, non définitifs, nécessitant une gestion souple. L’entretien de ces espaces plantés, ainsi que les compétences et moyens nécessaires, ne doivent pas être sous-estimés.
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