La régulation du chauffage des serres en agriculture biologique : enjeux agronomiques, économiques et éthiques

La question du chauffage des serres en agriculture biologique (AB) constitue l'un des débats les plus clivants au sein de la sphère agricole contemporaine. Entre les impératifs de souveraineté alimentaire, la lutte contre les distorsions de concurrence et le respect des principes fondamentaux de l'agroécologie, le cadre réglementaire a connu des évolutions majeures et parfois contradictoires.

Schéma illustrant le cycle naturel de croissance d'une tomate en pleine terre versus sous serre chauffée

Évolution du cadre juridique et contentieux administratif

Le développement de la production biologique française poursuit sa dynamique : en 2018, près de 5 000 producteurs ont fait certifier leur production en agriculture biologique, portant le nombre de producteurs bio à plus de 41 000, soit près de 10 % du nombre total d'agriculteurs français. Face à cette croissance, le Comité national de l’agriculture biologique (CNAB) a dû clarifier les règles applicables aux cultures sous abri.

Jusqu'en 2019, le chauffage des serres n’était pas limité, ce qui a permis l'installation des premières serres chauffées en France dès 2017, représentant environ 0,2 % des surfaces en légumes bio selon les estimations des chambres d’agriculture. En 2019, les professionnels français, dont la FNAB, se sont mis d’accord pour encadrer cette pratique en restreignant la commercialisation de légumes produits sous serres chauffées, justifiant ce cadrage par les grands principes de l’AB : saisonnalité, économie, durabilité, sobriété.

Cependant, le 28 juin 2023, le Conseil d’État a enjoint l’INAO d’abroger dans un délai de quinze jours la mesure présente dans le guide de lecture du règlement (UE) 2018/848 qui interdisait la commercialisation au stade de la production avec la qualité biologique pour les légumes tomates, courgettes, poivrons, aubergines et concombres entre le 21 décembre et le 30 avril sur le territoire métropolitain. La raison invoquée par les coopératives légumières partisanes de cette évolution était la distorsion de concurrence subie par les serristes face aux importations européennes, des légumes bio d’été venant d’Espagne, d’Italie ou d’Afrique étant déjà présents sur le marché français durant cette période.

Les principes de l’agriculture biologique face à l’industrialisation

Le développement de la production biologique repose sur une réglementation fixée au niveau européen dont les principes généraux visent notamment à favoriser un système de gestion durable respectant les systèmes et cycles naturels. Le cahier des charges bio impose le « respect des cycles naturels ». La saisonnalité en est le pilier central : la tomate, par exemple, ne peut arriver à maturité dans des conditions naturelles avant la fin du mois de juin, donc l’été.

Pour de nombreux acteurs, produire en serres chauffées à contre-saison met les cultures dans des conditions propices aux maladies : journées peu lumineuses et humides (risque de botrytis), courtes et humides (cladosporiose) dans un climat confiné et doux (mildiou). L’un des principes de l’AB c’est « prévenir plutôt que guérir », donc le plus simple pour éviter l’apparition des champignons, c’est de placer les cultures dans un environnement favorable. De plus, pour augmenter la rentabilité des serres chauffées, les industriels se spécialiseront sur une production unique, ce qui contrevient aux principes de la bio et contribue à épuiser les sols.

Le maraîchage en serre froide : faire pousser sans chauffer

L’impact énergétique : une réalité technique et environnementale

L’argument selon lequel le chauffage engendrerait des consommations modérées est souvent contredit par les données de terrain. Les consommations d’une serre chauffée hors-sol sur une année s’établissent en moyenne à 3 500 MWh/ha, soit environ 368 m3 de fioul par hectare. Pour bien décrire cette opération, on chauffe intensément le milieu pour l’assécher, tout en favorisant la circulation de l’air. A l’image d’une maison un peu humide, on met les radiateurs à fond et on ouvre les fenêtres, ce qui semble être une utilisation peu responsable de l’énergie.

En Loire-Atlantique, on estime que dix à quinze pourcent du gaz naturel livré par GRT est consommé par des serres pour fournir hors saison des légumes que le soleil pourrait faire pousser à la saison estivale. Cette pratique est jugée par certains comme une aberration écologique au regard des matériaux rares composant ces équipements dispensables. Si les producteurs sont soumis à l’obligation d’utiliser uniquement des énergies renouvelables pour chauffer les serres, il reste que le recours à ces technologies nécessite des investissements lourds et une réflexion sur l'empreinte carbone réelle du cycle de vie des installations.

La qualité gustative et le lien au consommateur

La question de la qualité gustative des fruits et légumes sous serre chauffée est centrale. Comme l’observe le chef étoilé Olivier Roellinger, « la bio sous serre aura autant d’intérêt que la conventionnelle sous serre : elle n’aura de tomate que le nom et la couleur, mais aucun goût ». Les producteurs bio qui refusent de chauffer ont une éthique : ils favorisent des variétés à pousse lente mais goûteuses, cueillies à maturité.

L’article 277 de la Loi Climat et résilience (loi 2021/1104 du 22 août 2021) va imposer à tous les magasins de vente au détail de plus de 400 mètres carrés de mettre à la disposition des consommateurs une information claire et lisible relative à la saisonnalité des fruits et légumes frais. Cette mesure vise à accompagner le consommateur dans une démarche plus cohérente. Le défi pour la filière est de maintenir la pédagogie nécessaire pour que les « mangeurs » fassent la différence entre un produit de saison et un produit issu de forçage, afin de ne pas semer le doute sur un mode d’agriculture qui réclame encore de la sensibilisation.

Infographie comparant les besoins en énergie et le rendement gustatif selon le mode de production

Guide pratique pour se lancer dans le maraîchage biologique

Se lancer dans une activité de maraîchage bio implique de préparer minutieusement son projet en amont. Vous devrez ainsi faire le point sur votre situation actuelle, puis définir vos objectifs personnels et professionnels. Acquérir de l’expérience sera un facteur clé de la réussite de votre activité d’entrepreneur. Pour votre recherche foncière, n’hésitez pas à vous rapprocher de certains organismes et interlocuteurs qui sauront vous conseiller sur le métier de maraîcher (RDI, Safer, collectivités locales, Terre de Liens, notaires, agences immobilières…).

Le métier de maraîcher implique d’avoir certaines prédispositions : c’est une profession exigeant une bonne condition physique et un mental solide. Vous serez multi-tâches : technicien, agronome, vendeur, communiquant, gestionnaire et mécanicien. Le maraîchage est, en effet, marqué par la saisonnalité ; votre temps de travail ne sera donc pas le même selon les saisons (en moyenne, 40 à 60 h par semaine).

Pour choisir votre terrain, vous devrez tenir compte de plusieurs critères : la qualité du sol, le précédent cultural, l’accès à l’eau ou encore l’exposition au vent et la luminosité. Du côté des bâtiments, vous devrez prévoir un atelier de stockage, une zone de lavage, une zone de tri ou encore un espace de rangement du petit matériel. Pour optimiser votre rendement, vous pourrez et devrez même prévoir des serres professionnelles. Il vous faudra ensuite assurer la planification de vos cultures pour réussir votre saison. La qualité du travail du sol et la rotation seront des éléments clés de votre réussite. Les semences et plants que vous achèterez devront être certifiés bio. Privilégiez des variétés ayant déjà fait leurs preuves. En maraîchage biologique, la protection des cultures est un autre facteur clé de votre réussite. Le désherbage et la maîtrise des adventices seront également deux points cruciaux.

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