Dans une ère où la durabilité et la conscience écologique sont devenues des priorités, il est temps de réexaminer nos pratiques post-mortem. Le compostage humain émerge comme une alternative plus respectueuse de l’environnement que ne le sont l’inhumation traditionnelle ou la crémation. Cette pratique ancienne, autorisée aujourd’hui dans quelques états américains, au Canada ou encore en Australie, offre une manière de retourner à la terre d’une manière plus harmonieuse et durable. Cet article explore les tenants et aboutissants du compostage humain, ses implications sociales, environnementales et culturelles, ainsi que les progrès et les défis qui façonnent son adoption.
Comprendre le Compostage Humain : Un Processus Biologique Fondamental
Le compostage humain est un processus qui transforme le corps humain en sol riche en nutriments. Ce procédé repose sur des principes biologiques similaires à ceux du compostage des déchets organiques. La décomposition se déroule en plusieurs étapes clés, orchestrées par une multitude de micro-organismes et macro-organismes.

Décomposition Initiale : L'Action des Micro-organismes
Au début du processus, les micro-organismes entrent en jeu pour initier la dégradation des tissus.Les bactéries "décomposeuses" jouent un rôle crucial dans le début du processus. Elles commencent à dégrader les tissus mous du corps. Les champignons, quant à eux, participent à la décomposition de la matière organique plus résistante, comme la cellulose des cellules végétales.
Pour que ces organismes travaillent efficacement, des conditions environnementales spécifiques doivent être contrôlées :
- Température : La température doit être contrôlée pour favoriser l’activité microbienne. Une température autour de 55-65°C est idéale pour la phase thermophile, où l’activité bactérienne est la plus intense.
- Oxygène : Une aération adéquate est essentielle pour maintenir un environnement aérobie, nécessaire à la survie des bactéries décomposeuses.
- Humidité : Un niveau d’humidité optimal (40-60%) est nécessaire pour que les micro-organismes puissent fonctionner efficacement.
Décomposition Active : Phases Thermophile et Mésophile
La décomposition active se divise en deux phases distinctes, chacune caractérisée par des conditions et des acteurs microbiens spécifiques.La phase thermophile est marquée par une augmentation de la température due à l’intense activité microbienne. La chaleur produite aide à tuer les agents pathogènes et accélère la décomposition. Les bactéries thermophiles décomposent rapidement les protéines, les lipides et les glucides. Après la phase thermophile, la température baisse, et les bactéries mésophiles (qui prospèrent à des températures modérées) prennent le relais. Les champignons et les actinomycètes jouent un rôle clé dans la décomposition de la matière organique plus résistante.
Formation de l'Humus : Le Produit Final Enrichissant
Les produits de décomposition, comme les acides aminés, les acides gras et les sucres simples, sont consommés par les micro-organismes et transformés en humus, une matière organique stable et riche en nutriments. Les restes de tissus osseux et autres matériaux résistants sont également décomposés lentement et incorporés dans l’humus. Le compost subit ensuite une phase de maturation où il est stabilisé et devient biologiquement inactif. Cela peut prendre plusieurs mois. Le produit final est un sol riche en nutriments, sans pathogènes, prêt à être utilisé pour enrichir les sols.

Similitudes avec le Compostage des Déchets Organiques
Le compostage humain partage des principes fondamentaux avec le compostage des déchets organiques, soulignant son caractère naturel et écologique.Les mêmes types de micro-organismes (bactéries, champignons) et macro-organismes (insectes, vers) sont impliqués dans les deux processus. Les besoins en température, oxygène et humidité sont similaires. Les deux processus passent par des phases thermophile et mésophile, avec une décomposition initiale rapide suivie d’une maturation plus lente. Enfin, les deux processus aboutissent à la production d’humus, une matière organique stable et enrichissante pour les sols.
En résumé, le compostage humain est un processus naturel et contrôlé de décomposition des corps, similaire à celui du compostage des déchets organiques, visant à retourner les nutriments au sol de manière écologique et durable.
Techniques et Méthodes de Compostage Humain
Le compostage humain, ou « réduction organique naturelle », peut être réalisé par différentes approches, chacune ayant ses propres spécificités.
Compostage Aérobie (Humusation)
Le compostage aérobie est un processus naturel, mais contrôlé, de compostage du corps dans un broyat de bois et de feuilles.Le corps du défunt est placé sur un lit végétal composé de matières végétales broyées, notamment des copeaux de bois et des feuilles, puis il est recouvert des mêmes matériaux. En une année seulement, l’humusation du défunt produirait plus ou moins 1,5 m³ d’humus.
Avantages :
- Ne nécessite ni produits chimiques, ni technologie coûteuse.
- Le procédé est on ne peut plus naturel.
- Production d’un humus riche en nutriments.
Inconvénients :
- Contrôle quelque peu aléatoire du processus.
- Un processus de compostage mal maîtrisé pourrait entraîner des risques sanitaires.
Francis Busigny, ingénieur belge, a théorisé une technique d'humusation où la dépouille est déposée sur un lit végétal de 20 cm d'épaisseur puis ensevelie par 2m² de ce même mélange de terre. La décomposition se fait sur un temps beaucoup plus long, de douze mois. Francis Busigny imagine qu'une petite partie de cet humus contribue à faire pousser un arbre en mémoire du défunt. Le reste serait utilisé pour régénérer des sols dégradés dans la région alentour.
Méthodes de Fermentation Accélérée
Ces méthodes, souvent plus technologiques, visent à accélérer le processus de décomposition.
Hydrolyse Alcaline (Aquamation)
L'hydrolyse alcaline utilise une solution d’hydroxyde de potassium et de sodium pour dissoudre les tissus mous du corps à haute température et pression. Le corps est placé dans une chambre hermétique où il est exposé à la solution alcaline à environ 150°C. Les tissus se décomposent en quelques heures. La solution contient des acides aminés, des peptides, des sucres simples et des lipides, et les os sont broyés en une poudre fine.

Promession
La promession utilise la congélation et les vibrations pour décomposer le corps. Le corps est congelé à une température très basse (environ -196°C) à l’aide d’azote liquide, puis soumis à des vibrations qui le réduisent en une poudre fine. La poudre peut ensuite être séchée et utilisée comme compost.
Avantages des méthodes de fermentation accélérée :
- Rapidité du processus (quelques heures à quelques jours).
- Moins de production de gaz à effet de serre comparé à la crémation.
- Conversion complète des tissus en un produit stérile et stable.
Inconvénients :
- Processus très complexes entrant dans un nouveau « business » très rentable, s'éloignant parfois de la notion de permaculture.
- Coût très élevé.
Comparaison des Méthodes de Compostage Humain
Chaque méthode de compostage humain a ses avantages et ses défis. Le choix de la méthode dépend souvent des préférences culturelles, des réglementations locales (rappelons qu’à l’heure actuelle, le « compostage humain » n’est pas autorisé en France) et des considérations environnementales.
| Méthode | Durée | Contrôle des conditions | Impact environnemental | Produit final |
|---|---|---|---|---|
| Compostage aérobie | Environ 1 an | Moyenne | Très faible | Humus naturel riche en nutriments |
| Décomposition naturelle dans le sol | Plusieurs années | Faible | Très faible | Humus naturel |
| Compostage en conteneur | 4-6 semaines + maturation | Élevé | Faible | Humus riche en nutriments |
| Hydrolyse alcaline (aquamation) | Quelques heures | Très élevé | Faible | Solution riche en nutriments et poudre d’os |
| Promession | Quelques heures | Très élevé | Faible | Poudre fine pour compost |
Avantages Environnementaux du Compostage Humain
Le compostage humain représente une avancée significative en matière de pratiques funéraires écologiques, offrant des avantages notables par rapport aux méthodes traditionnelles.
Réduction de l’Empreinte Carbone
La comparaison de l’impact environnemental du compostage humain avec les méthodes traditionnelles d’inhumation et de crémation met en évidence des différences significatives en termes de durabilité et d’émissions de gaz à effet de serre (GES).
Compostage Humain : Un Impact Favorable
L'impact environnemental global du compostage humain est significativement réduit.Le compostage humain produit très peu de GES. La décomposition aérobie évite les émissions de méthane (CH4), un puissant gaz à effet de serre, qui se produisent dans les conditions anaérobies des enterrements traditionnels. Le processus nécessite des matériaux carbonés (comme la paille ou les copeaux de bois) et de l’énergie pour maintenir les conditions optimales, mais ces besoins sont relativement faibles par rapport à d’autres méthodes. Le compost final est un humus riche en nutriments, utile pour enrichir les sols et promouvoir la biodiversité.
Inhumation Traditionnelle : Des Effets Négatifs
L'inhumation traditionnelle a un impact environnemental global négatif.Les enterrements traditionnels dans des cercueils en bois ou en métal peuvent produire des GES indirectement par la décomposition anaérobie dans les cimetières. Selon le Green Burial Council, chaque année, les enterrements traditionnels utilisent des millions de litres de liquide d’embaumement (y compris des produits chimiques comme le formaldéhyde), des millions de pieds de bois, plus d’un million de tonnes de béton et des milliers de tonnes de cuivre, de bronze et d’acier. Cela contribue à la déforestation et à la pollution du sol. D’après une étude menée par la ville de Paris, un enterrement émet 833 kilos de CO2 dans l’atmosphère.
Crémation : Contributions aux Émissions et à la Pollution
La crémation, bien que de plus en plus populaire, présente également des inconvénients environnementaux.La crémation peut produire environ 160 kg de CO2 par crémation. Outre le CO2, la crémation peut libérer d’autres polluants tels que le mercure (des amalgames dentaires) et des particules fines. Elle rejette également d'autres métaux lourds dans l'atmosphère. La crémation nécessite des ressources énergétiques fossiles, contribuant ainsi aux émissions de GES. Aux États-Unis, la crémation produit 1,74 milliard de tonnes d’émissions de CO2 chaque année.
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Comparaison des Émissions de Gaz à Effet de Serre
| Méthode | Émissions de GES directes | Émissions de GES indirectes | Impact environnemental global |
|---|---|---|---|
| Compostage humain | Très faible | Faibles (liées aux matériaux carbonés et énergie) | Favorable (enrichissement des sols, biodiversité) |
| Inhumation traditionnelle | Modérées à élevées | Élevées (déforestation, fabrication de cercueils, formaldéhyde) | Négatif (déforestation, pollution du sol, méthane) |
| Crémation | Élevées (~160 kg CO2/crémation) | Modérées (production d’énergie, transport) | Négatif (pollution atmosphérique, GES, mercure) |
En résumé :
- Le compostage humain offre un impact environnemental nettement plus faible en termes de GES et de dégradation des ressources naturelles. C’est une méthode durable qui recycle les nutriments dans l’écosystème.
- L’inhumation traditionnelle a un impact environnemental négatif principalement dû à la déforestation, la pollution du sol et l’émission de méthane.
- La crémation contribue significativement aux émissions de GES et à la pollution atmosphérique, bien qu’elle utilise moins de terres que l’inhumation.
En résumé, le compostage humain est la méthode la plus écologique parmi les trois, réduisant les émissions de GES et promouvant un cycle de vie durable.
Restauration des Sols
Le compostage humain, en transformant les restes humains en humus riche en nutriments, joue un rôle essentiel dans l’enrichissement des sols. Voici comment ce processus contribue à la restauration des écosystèmes.
Enrichissement des Sols en Nutriments
L'apport de matière organique par le compost humain est crucial pour la santé des sols.L’humus produit par le compostage humain est riche en matière organique, ce qui améliore la structure du sol. La matière organique augmente la capacité de rétention d’eau du sol, le rendant plus résilient face à la sécheresse. Le compost humain contient des macronutriments essentiels comme l’azote (N), le phosphore (P) et le potassium (K), ainsi que des micronutriments tels que le calcium, le magnésium et le fer. Ces nutriments, libérés progressivement, fournissent une source durable de nutrition pour les plantes.
Amélioration de la Structure du Sol
L'ajout de compost a des effets bénéfiques sur l'aération et le drainage des sols.L’ajout de compost améliore la porosité du sol, ce qui facilite l’aération et le drainage. Une bonne aération permet aux racines des plantes de respirer et favorise la croissance des micro-organismes bénéfiques. La matière organique du compost aide à réduire la compaction du sol, créant un environnement plus favorable pour les racines des plantes.
Promotion de l’Activité Microbienne
Le compost humain favorise une biodiversité microbienne essentielle à la vitalité des sols.Le compost humain introduit une diversité de micro-organismes bénéfiques (bactéries, champignons, actinomycètes) dans le sol. Ces micro-organismes jouent un rôle crucial dans la décomposition de la matière organique et la libération des nutriments. Les micro-organismes bénéfiques aident à protéger les plantes contre les pathogènes en compétitionnant pour les ressources et en produisant des substances antimicrobiennes. Ils favorisent également la symbiose mycorhizienne, où les champignons mycorhiziens augmentent l’absorption de nutriments par les plantes.

Promotion de la Croissance des Plantes
Des sols sains et riches en humus se traduisent par une végétation plus robuste.Les sols enrichis en humus sont plus fertiles et peuvent soutenir une croissance végétale plus dense et plus vigoureuse. Les plantes cultivées dans des sols riches en compost sont souvent plus saines et plus productives. Les sols bien nourris et structurés aident les plantes à mieux résister aux stress abiotiques (sécheresse, salinité) et biotiques (maladies, ravageurs).
Contribution à la Restauration des Écosystèmes
Le compostage humain est un outil précieux pour la régénération des écosystèmes.Le compost humain peut être utilisé pour restaurer les sols dégradés ou épuisés, rétablissant leur fertilité et leur capacité à soutenir la vie végétale. En améliorant la structure et la fertilité du sol, le compost humain contribue à la régénération des écosystèmes naturels. Les sols riches en humus favorisent la croissance d’une végétation diversifiée, ce qui attire une faune variée et augmente la biodiversité de l’écosystème. La végétation diversifiée crée des habitats pour les pollinisateurs et d’autres espèces essentielles à la santé de l’écosystème.
En résumé : Le compostage humain transforme les restes humains en un humus riche en nutriments qui enrichit les sols, améliore leur structure, et favorise la croissance des plantes. Ce processus soutient la restauration des écosystèmes en augmentant la fertilité des sols, en favorisant la biodiversité et en renforçant la résilience des plantes face aux stress environnementaux. En retour, des écosystèmes sains et diversifiés contribuent à la stabilité écologique et au bien-être des communautés humaines et naturelles.
Implications Sociales et Culturelles du Compostage Humain
Le compostage humain, bien que souvent perçu comme une innovation moderne, trouve ses racines dans diverses pratiques historiques et culturelles de gestion des corps humains après la mort.
Le Compostage Humain dans l'Histoire
L'idée de retourner les corps à la terre n'est pas nouvelle et a été observée dans de nombreuses civilisations.
Pratiques Traditionnelles et Indigènes
Certaines cultures indigènes utilisaient des méthodes de décomposition naturelle des corps pour enrichir les sols. Par exemple, les peuples autochtones d’Amérique du Nord enterraient parfois les corps avec des matières organiques pour accélérer la décomposition et fertiliser les sols environnants. La pratique de retourner les corps à la terre sans cercueils ou avec des cercueils biodégradables a été courante dans de nombreuses cultures traditionnelles, facilitant ainsi la décomposition naturelle.Diverses sociétés ont pratiqué des rites funéraires qui impliquaient la décomposition naturelle. Les Zoroastriens, par exemple, exposaient les corps dans des « Tours du Silence » pour être consommés par des oiseaux charognards, retournant les restes à la nature sans pollution du sol.
Pratiques Agricoles Anciennes
Dans les sociétés agricoles anciennes, les restes animaux étaient souvent utilisés comme engrais pour enrichir les sols. Ce principe de retour des nutriments à la terre pourrait être vu comme un précurseur conceptuel du compostage humain. Les amateurs de poésie font remarquer que l’on retrouve dans « humus » les mêmes racines étymologiques que dans « homme » et « humilité », soulignant une connexion profonde entre l'humanité et la terre.
Le Compostage Humain Aujourd'hui : Innovations et Défis Législatifs
Le concept de transformer en douceur le corps humain en terreau, c’est toute la promesse de Return Home, société de pompes funèbres d’Auburn, près de Seattle (États-Unis) avec son procédé « Terramation ». Un nom poétique pour désigner du compost fabriqué à partir de corps humains.
Le Procédé "Terramation" de Return Home
Le processus se fait en trois étapes. Le corps du défunt est d’abord placé dans un récipient réutilisable et semi-ouvert avec une litière adaptée faite de luzerne, de pailles et de copeaux de bois, histoire de mettre les microbes dans de bonnes conditions pour travailler. Un mois plus tard et après le broyage des os, on obtient un mètre cube de sol riche en nutriment que Return Home laisse reposer trente jours de plus. Ce n’est qu’ensuite que cette terre est restituée à la famille et peut être utilisée comme engrais.
Avancées Législatives aux États-Unis
Un tel traitement d’une dépouille est interdit en France, rappelle Michel Kawnik, fondateur et président de l’Association française d’information funéraire (Afif). « Il n’y a que deux modes de traitement possibles, soit l’inhumation [enfouissement sous terre], soit la crémation [brûler le corps et le réduire en cendres], explique-t-il. Et dans tous les cas, la mise en cercueil est obligatoire. » Aux États-Unis, en revanche, les choses bougent. L’État de Washington a été le premier à légaliser le compostage humain en 2019. Suivi du Colorado et de l’Oregon en 2021, puis du Vermont et de la Californie, en 2022. En ce début 2023, c’est au tour de l’État de New York de sauter le pas, rapporte le Guardian. La vice-présidente MoDem de l'Assemblée nationale, Élodie Jacquier-Laforge, a déposé une proposition de loi pour expérimenter l'humusation en janvier 2023. Ce procédé, naturel et écologique, ne porte pas atteinte à la dignité, à la décence et au respect du corps humain. À l’image des cendres issues de la crémation, le statut juridique des particules peut facilement être défini. Pour l’heure, cette proposition a reçu un point de non-retour, dans la continuité des précédentes tentatives.
L'Intérêt Croissant en France et Ailleurs
Laetitia Royant, co-autrice, avec Brigitte Lapouge-Déjean de Funérailles écologiques (ed. Terre vivante) est persuadée que d’autres États suivront, et que la France finira par s’y mettre, elle aussi. Une sénatrice avait déjà posé la question de sa légalisation en octobre 2016 et une députée Modem a également déposé un amendement en ce sens en 2021. « Les deux initiatives ont été rapidement rejetées mais deux associations - Humusation France et Humus Sapiens - ont vu le jour l’an dernier et continuent à porter cette demande », précise l’experte.Laëtitia Royant comme Michel Kawnik notent un intérêt croissant des citoyens pour des modes d’enterrement plus respectueux de l’environnement. Preuve en est : près de 270.000 personnes ont été incinérées en France en 2020, ce qui représente 40 % de tous les décès. Un chiffre en constante augmentation depuis 1975, selon l’Afif.
La Promesse d'un Réel Retour à la Terre
La promesse du compostage humain est radicalement opposée aux pratiques traditionnelles : permettre un réel retour à la terre, qui lui soit, en prime, profitable. Encore faut-il distinguer les différentes techniques. Brigitte Lapouge-Déjean émet quelques bémols sur celles employées à ce jour aux États-Unis. « On est tout de même sur des solutions très technologiques, où tout est fait pour accélérer le processus de décomposition, pointe-t-elle. Deux mois c’est extrêmement rapide. Est-ce vraiment alors naturel ? Et même écologique ? »Les deux autrices de Funérailles écologiques préfèrent se référer à une autre technique, celle de l'humusation de Francis Busigny, évoquée précédemment.
Alternatives Écologiques en Attente de Légalisation
Brigitte Lapouge-Déjean songe plus à des solutions pour la France, « jusqu’à aller vers des cimetières jardins dont la terre serait nourrie par ces corps décomposés ». Encore faut-il faire modifier la loi. L’experte désespère de voir les choses bouger un jour et pointe « l’intense lobbying des sociétés funéraires contre le compostage humain », dont « l’intérêt n’est pas seulement d’être un mode funéraire écologique mais aussi beaucoup moins cher ».Pierre Larribe, responsable juridique de la Confédération des professionnels du funéraire et de la marbrerie (CPFM), se défend de toute opposition de la profession. « Si ça passe, on s’adaptera, explique-t-il. Notre travail ne se limite de toute façon pas au traitement des dépouilles mais aussi à l’organisation des obsèques, ce qui restera toujours nécessaire quelle que soit la méthode de traitement des corps choisie… »
Concepts Avant-Gardistes : Capsula Mundi et Transcend
Parmi les options funéraires écologiques, des projets très avant-gardistes ont émergé, offrant des visions innovantes de la fin de vie.
La Capsule Funéraire Capsula Mundi
Qu’est-ce qu’une capsule funéraire et comment se transforme-t-elle en arbre ? La capsule funéraire Capsula Mundi est une capsule organique et biodégradable en forme d’œuf. Le défunt est déposé à l’intérieur du cocon, en position fœtale, puis enterré sous terre. Une graine ou un plant d’arbre du choix de la famille est ensuite planté au-dessus. L’arbre se nourrit et s’enracine dans la dépouille du défunt pour devenir un arbre mature au bout de quelques années. La famille peut ensuite retrouver l’arbre et s’y recueillir.
Un engagement environnemental :Très similaire à l’humusation, le but principal derrière ce projet est de réduire l’impact écologique des obsèques traditionnelles. La crémation et l’inhumation d’un défunt requièrent un cercueil et nécessitent donc de couper des arbres. La capsule funéraire, elle, est 100% organique et nécessite peu de matières premières. De plus, comme un arbre est planté, l’impact environnemental des obsèques est fortement réduit.L’autre motivation derrière ces capsules funéraires est de modifier le paysage bien souvent très minéral des cimetières pour créer à la place des forêts cinéraires qui laissent place à la promenade et au recueillement.Capsula Mundi reste cependant au stade de projet en Italie et n’est pas compatible avec la législation française. En France, d’après l’article 2213-15 du CGCT, tout défunt doit être placé dans un cercueil homologué. En attendant la légalisation de cette pratique, Capsula Mundi propose une variante à la capsule funéraire. Elle propose de transformer les cendres du défunt en arbre grâce à une urne biodégradable, en forme d’œuf.

Le Concept de Transcend
Chez Transcend : le client choisit une espèce d’arbre, sur un terrain appartenant à l’entreprise. Lorsqu’il décède, on enveloppe son corps dans un linge de lin biodégradable. On l’enterre entouré d’un mélange de copeaux de bois, de terre locale et de champignons pour faciliter le compostage. Au-dessus de la sépulture, on plante un arbre de deux à quatre ans. L’arbre absorbe la quantité de nutriments libérée par le cadavre. Les premiers sites de Transcend ne sont pas encore confirmés. L’entreprise a été fondée par l’entrepreneur Matthew Kochmann qui s’est inspiré de la « Capsula Mundi ». « D’ici la fin de 2023, nous espérons avoir quelques sites ouverts et nous espérons avoir déjà enterré plusieurs personnes. », explique Kochmann.Transcend a « pour mission de reboiser le monde », déclare Kochmann. Chaque plantation d’arbre acheté paiera pour que 1 000 arbres soient plantés par One Tree Planted. Transcend a attiré le soutien de personnalités telles que le cinéaste nominé aux Oscars Darren Aronofsky. « C’est une tâche ardue d’amener les gens à penser à la mort », a déclaré Aronofsky lors d’une récente table ronde Transcend. Selon une enquête réalisée en 2017 par la National Funeral Directors Association (NFDA), seules 21 % des personnes avaient discuté de leurs dernières volontés funéraires avec leur famille. Alors que, les deux tiers reconnaissent l’importance de le faire. « Une grande partie de ce que nous faisons ici, consiste à utiliser l’arbre comme métaphore pour aider les gens à avoir une conversation inconfortable », explique Kochmann. « Je ne nous considère pas comme une entreprise de soins de la mort ou une entreprise funéraire. », ajoute-t-il. Vendu 8 500 $, le forfait funéraire de Transcend est plus élevé que le coût médian d’un enterrement (7 848 $) ou d’une crémation (6 971 $) en 2021 aux USA. Le fondateur a refusé de chiffrer le nombre de clients qui devraient s’inscrire pour rendre l’entreprise viable à long terme. L’entreprise procédera à son premier enterrement au printemps 2023 ou à l’été, il attend actuellement la confirmation des premiers sites d’inhumation. Avant même de creuser la première tombe aux États-Unis, Kochmann réfléchit déjà à son implantation internationale. « Chacun d’entre nous va devoir faire face à la décision du devenir de son enveloppe corporelle après sa mort », dit-il.
Défis et Résistances au Changement
Les innovations dans les pratiques funéraires se heurtent souvent à des résistances, qu'elles soient culturelles, légales ou professionnelles.
Obstacles Législatifs et Culturels
L’humusation est la transformation du corps en humus sain et fertile. Cette pratique funéraire tranche avec l’inhumation et la crémation, les deux seuls rites traditionnels autorisés en France. Le processus d’humusation consiste à décomposer un corps à l’aide de micro-organismes. Le jour de la sépulture, le défunt, enveloppé au préalable d’un linceul biodégradable, repose dans un cercueil végétal. Trois mois après la mise en humusation, les os et les dents sont réduits en poudre et la matière minérale incorporée au compost en formation.Parmi les funérailles alternatives écologiques, l’humusation est le mode qui concentre l’ire des défenseurs du traditionnel. Les détracteurs de la pratique évoquent une atteinte portée au respect dû aux morts. Plus loin dans les mots, d’autres assimilent le « compostage humain » à du « cannibalisme post-mortem ». Des cinéphiles renvoient même au film culte Soleil Vert et à ses barres de céréales éponymes qui s’avèrent, dans la révélation finale, être fabriquées à base d’humains euthanasiés.
Le Rôle des Professionnels du Funéraire
En attendant, Brigitte Lapouge-Déjean rappelle qu’il est déjà possible d’opter pour des cercueils dans des matières qui se dégraderont très vite comme le carton ou le bois blanc. « Et en pleine terre plutôt que dans un caveau en béton », insiste-t-elle. Parmi les alternatives écologiques, les cercueils en carton et les forêts cinéraires en Allemagne existent aussi. Aujourd'hui la commercialisation de ce produit connaît une embellie, principalement dans les pays anglo-saxons. Elle est composée d'un réceptacle haut d'environ 25 centimètres et d'une contenance de 3 litres où l'on place les cendres. Ce type d'urne est destinée à être enterré en pleine nature après en avoir informé la mairie de la commune du lieu de naissance du défunt. En effet son caractère biodégradable ne remplit pas l'obligation d'étanchéité qu'implique le placement dans une tombe cinéraire. Les kits sont le plus souvent vendus avec des semences de pin d'Alep mais il est tout à fait possible d'avoir recours à d'autres espèces végétales. L'objet doit être conservé dans un endroit sec, et si possible à l'abri de la lumière.
Urne funéraire : comment la choisir ?
La Gestion des Cendres et la Question du "Jardin du Souvenir"
Entre deux et trois kilos, une fois la vie achevée, c'est ce qui reste de notre corps si l'on choisit (ou si les autres choisissent pour nous!), l'incinération. Cette pratique, qui concerne près des ¾ des défunts de notre canton, a lieu dans les centres agréés par les autorités. Nyon dépend de Lausanne (Centre de Montoie). Dans la majorité des cas, urnes et cendres sont déposées dans un "Jardin du souvenir", une zone du cimetière où la famille peut se recueillir. Au cimetière de Nyon, quatre emplacements sont réservés pour ce type de jardin; un est déjà complet. Une plaque en bronze rappelle le nom des défunts. Et pour ceux qui souhaitent rejoindre le lac ou la montagne sous forme de poussière charbonneuse? Le corps humain peut être mesuré par de nombreux paramètres. Ce chiffre, calculé par Recompose, une société de compostage humain basée à Seattle, montre à quel point nous gâchons de précieux bienfaits organiques lorsque nous nous débarrassons de l’enveloppe corporelle d’une personne. Le mouvement d’inhumation écologique ne consiste pas seulement à trouver des moyens de réduire l’impact environnemental des funérailles. Il sert aussi à trouver des moyens pour que chacun ait un impact positif sur la planète, après la mort.