L'Iconologie de Cesare Ripa, publiée pour la première fois en 1593, demeure l'un des ouvrages les plus influents sur la pensée artistique et littéraire de deux siècles. Attaché à la cour du cardinal A. M. Salviati en qualité de majordome, Ripa (de son vrai nom Giovanni Campani) a construit, au travers de son unique recueil, un système complexe de personnifications allégoriques. Cet ouvrage met à contribution la littérature ancienne sur les hiéroglyphes, la physiognomonie, les emblèmes, le symbolisme des couleurs, les bestiaires et les encyclopédies du Moyen Âge. Sur ces bases, revivifiées par une imagination poétique, Ripa construit ses figures allégoriques suivant la méthode traditionnelle des auteurs de traités d'art de la mémoire, transformant les concepts abstraits en imagines signifiantes, puis les dotant d'attributs symboliques, leur prêtant des expressions, des poses censées refléter les qualités de l'âme.

La Méthode Iconologique et la Science des Images
Les prototypes de la méthode « iconologique » - dans le sens de doctrine de la personnification allégorique - de Ripa se trouvent, plus encore que dans la construction des hiéroglyphes égyptiens (tels qu'ils sont connus au XVIe siècle, c'est-à-dire par les traités de Horapollus et de Valeriano), dans les paraboles de Platon et du Christ. L'allégoriste énonce ses concetti suivant l'ordre alphabétique ; il fournit une description littéraire de la figure allégorique renvoyant au concetto, sans omettre de préciser le type et la couleur des vêtements, d'expliquer la signification des attributs symboliques. À partir de l'édition de 1603, en regard de chaque description, on trouve une illustration destinée à fixer la mémoire du lecteur.
Du XVIe au XIXe siècle, on entend par iconologie la « science des images » qui donne des règles pour la représentation figurée des idées abstraites et morales. Ripa donnait à la fois les règles de la figuration et de l'interprétation. Les figures qui sont faites pour exprimer une chose différente de celle que nous voyons avec nos yeux n'ont pas de règle plus sûre ni plus commune que l'imitation des pensées et de ces choses trouvées dans les livres, les médailles et les pierres sculptées.
Symbolisme Végétal : Entre Légende et Réalité dans le Paysage
Au cours de votre découverte de l’Yonne, vous remarquerez des lieux qui portent le nom d’arbres ou de végétaux. Leur représentation sur les maisons, les vitraux, les chapiteaux des églises sont les preuves de ce lointain passé. Une histoire devenait une légende en se transmettant, d’abord de barde en barde, ancêtre du troubadour qui chantait les louanges d’un roi, d’un magicien ou d’une magicienne voire d’un Dieu ou d’une Déesse, puis ce sont les artisans qui en passant dans les villages « colportaient » les histoires.
Les bardes racontaient l’histoire d’un grand combat où les arbres et les herbes avaient été sollicités afin d’aider les hommes à repousser les démons de l’autre monde. On raconte que les aulnes, au lignage éminent, lancèrent la première attaque. Les saules et les sorbiers arrivèrent (par contre) en retard à l’armée. Les prunelliers épineux étaient avides de carnage. Les puissants cornouillers, vaillants princes, et les rosiers, s’en prirent furieusement à l’ennemi, ainsi que les framboisiers, les chèvrefeuilles et les lierres.

Les ajoncs et les bruyères furent plus craintifs ; formés en bataillons, ils poursuivirent cependant l’ennemi en fuite, qu’ils fouettaient. Les cerisiers se moquaient du danger et se lançaient dans la bataille, sans réelle coordination. Les bouleaux hautains furent longs à s’équiper, non qu’ils fussent couards, mais à cause de leur grande taille. Les cytises, les genêts et autres arbriseaux ne s’en laissaient pas conter, leur petite taille les faisait se glisser à l’avant-garde au plus près de l’ennemi, et l’issue en fut, qu’avec les fougères ils furent coupés, mais avant, ils avaient infligé des dégâts à l’ennemi.
L'Arbre comme Axe du Monde et Symbole de Filiation
De tout temps les troubadours, les poètes et les conteurs, reconnaissent et évoquent l’arbre. Il est l’axe du monde, la flamme de la vie, le pont vers le ciel, l’éternelle vigueur. Il renaît à chaque saison, il a la connaissance du cosmos, sa tête étant près des étoiles, il connaît les secrets de la terre qui nourrit ses racines et peut fouiller dans les profondeurs obscures du sol.
Dans les grandes familles on représentait, et on le fait encore à présent pour qui le désire et est curieux de connaître ses ancêtres, on représentait donc la filiation par un arbre dit généalogique. Les racines représentant les premiers de la lignée (du mot latin lignum, qui veut dire le bois) ou de la maison, puis chacune des branches, leurs enfants, le mariage de leurs enfants, les enfants de leurs enfants et ainsi de suite.
6 arbres symboliques dans le monde.
C’est sous la forme d’un arbre que la kabbale (livre saint de la religion juive) représente l’image symbolique de Dieu et de ses attributs, la connaissance, en remontant à l’origine de la création. C’est le modèle du monde, avec un schéma des forces productrices de l’univers. Afin d’expliquer d’où vient Jésus Christ, les chrétiens ont représenté son aïeul Jessé, qui fait partie des huit princes juifs de l’humilité dans la Thora, couché, assis ou courbé, avec un arbre qui sort de son corps. L’arbre de Jessé symbolise les ancêtres de Jésus sur terre.
Les Arbres de la Liberté et la Révolution
Dans nombre de villes et de villages que vous allez découvrir, vous trouverez une place avec un arbre à l’honneur. Il se trouve souvent sur la place de l’église ou sur la place nommée « de la République », là aussi c’est un symbole fort, il représente la Liberté, et l’abolition de l’aristocratie et du clergé. Les arbres de la liberté, commencèrent à être plantés dès 1790 en l’honneur de la Révolution. On en recensait plus de 60 000 en l’an 1792 ; ce symbole s’installa jusqu’en Pologne.
Le discours très « pompeux » du citoyen HYVER, prononcé le 3 mars 1793, au sujet des arbres plantés, soulignait : « Les ennemis de la liberté sont vaincus, vous venez d’enterrer l’aristocratie, et chacune des racines de l’arbre que vous avez planté, en repoussant du fond de la terre le venin aristocratique, ne recevra, de cette même terre, que les sucs purs et nourriciers qui feront grossir, élever sa tige, et donneront à sa tête la majesté qui appartient au seul arbre de la liberté, LE CHÊNE, L’arbre des druides. »
La Vigne et les Arbres Fruitiers : Entre Mythologie et Usage
La vigne, motif ornemental fréquent dans l’architecture de l’Yonne, représente le mois de septembre et l’automne. Elle symbolise l’entraide, la solidarité conjugale et l’amitié. Chez les Grecs, le dieu Bacchos (Bacchus) personnifiait la force productrice de la nature, par le développement de la vigne. Il est aussi le dieu des ivresses, physique et mystique. C’est pourquoi, après son décès, les vignes furent plantées sur des monts et des montagnes, afin d’engendrer un vin généreux, qui rend joyeux à petite dose, en mémoire de ce dieu.

Une légende raconte que le châtaignier est la dépouille d'une nymphe, Néa, qui préféra se tuer plutôt que de céder aux avances du dieu JUPITER. Le dieu, ivre de colère, transforma Néa en CASTA NEA (châtaignier), ce qui veut dire en latin "chaste Néa". C'est le fruit de cet arbre qui symbolise le plus l'aventure : l'intérieur est un fruit doux, brillant, lisse comme la peau d'une femme, et appétissant. L'extérieur est plein de piquants.
L’aubépine, quant à elle, est un arbre que les fées protègent, car jamais la foudre ne l’atteint, et il éloigne les serpents. On raconte que les druides utilisaient l’aubépine pour communiquer avec les esprits des morts. A cette époque, les morts étaient consultés pour divers sujets du quotidien et ils veillaient sur les vivants. Les romains rendaient hommage au mois de mai à Maïa, la mère du dieu Hermès, avec des rameaux d’aubépine, car c’est en mai que fleurit l’arbuste.
Persistance du Symbolisme dans la Mémoire Collective
La bible raconte que le Dieu qui créa le monde dit à l’homme et à la femme : « Je vous donne toutes les herbes portant semence, qui sont sur toute la surface de la terre, et tous les arbres qui ont des fruits portant semence : ce sera votre nourriture. » Les druides interprétaient les augures, en écoutant le vent dans les arbres. Depuis la plus haute Antiquité, l’essence de chaque arbre représentait une divinité ; certains étaient une chapelle ou un temple consacré à un dieu ou une déesse.
Quand les Romains ont dominé la Gaule, ils ont fait un parallèle entre les dieux locaux et les leurs, ainsi on sait par exemple que : le dieu Jupiter était symbolisé par un chêne, Vénus par un tilleul, Hercule par un peuplier, Cybèle par le pin, Bacchus par la vigne. Même si les lieux avaient des noms de bons chrétiens, il n’empêche que certains avaient des prénoms proches des dieux locaux.
Le chêne est l’arbre sacré des Gaulois, il symbolise la majesté, la force physique et morale, la prospérité et la solidité. C’est dans le chêne rouvre que les druides coupaient le gui, « celui qui guérit tout ». Il est rare que ce parasite s’installe sur cette race de chêne, dite aussi « chêne des pierriers » parce qu’elle pousse dans la rocaille. Chez les gaulois il symbolise la puissance, la solidité. Ils s’en servaient pour fabriquer leurs lances.
Pour les romains, le laurier est l’arbre de JUPITER. C'est dans tout le monde antique l’emblème de la gloire. Les empereurs étaient ceints d’une couronne de laurier. Pour la religion chrétienne, c’est le symbole de l’éternité. Cette omniprésence du végétal dans le langage des formes, de Ripa aux traditions rurales de l'Yonne, confirme que la nature demeure le premier livre d'images de l'humanité, un texte sans fin où chaque feuille, chaque tronc et chaque racine porte en lui une part de notre histoire et de notre mystère.
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