Le Mobilier et les Objets d'Art : Reflets du Style Guimard

L'œuvre d'Hector Guimard, figure emblématique de l'Art nouveau, se distingue par une approche holistique de l'architecture et du design, où chaque détail, de la quincaillerie aux meubles, participe à une harmonie esthétique globale. Son premier immeuble de rapport, le Castel Béranger, constitue un témoignage éloquent de cette philosophie, révélant une multitude de créations originales qui ont marqué leur époque.

Les Quincailleries du Castel Béranger : Innovations et Disparitions

Après avoir exploré les quincailleries des portes et des fenêtres du Castel Béranger, il est essentiel de poursuivre la description des autres éléments créés par Guimard, soit avec la maison Fontaine, soit avec la fonderie Durenne. Ces pièces, souvent éditées pour chaque appartement, peuvent parfois encore être trouvées dans l'immeuble, mais plus fréquemment sur le marché de l'art, témoignant de leur valeur patrimoniale et artistique.

Les Boutons de Sonnette : Une Approche Novatrice de l'Électricité

Les boutons de sonnette, présents sur chacune des portes palières des appartements du Castel Béranger, présentent une platine de forme grossièrement carrée dont la masse centrale semble chiffonnée. Les quatre angles de cette platine semblent aplatis par la force de pression exercée par les vis qui la maintiennent sur la paroi.

Bouton de sonnette des portes des appartements du Castel Béranger

Leur fonctionnement, un bouton poussoir sur ressort, et plus encore la dénomination retenue dans les légendes de la planche 35 du portfolio du Castel Béranger, « boutons des sonneries électriques », ne laissent pas de doute sur la présence de l'électricité au sein de cet immeuble. Bien que le principe de la sonnette électrique ait été déposé dès 1852, cette source d'énergie, particulièrement moderne entre 1895 et 1898, ne semble pas y avoir été utilisée pour l'éclairage. Guimard, dans son portfolio, reste d'ailleurs très discret sur les appareils d'éclairage en fonction dans l'immeuble. La lanterne présente dans la cour pourrait, avec sa cheminée protégée par un chapeau, fonctionner au gaz.

Ce modèle de bouton de sonnette a été utilisé par Guimard au moins pour le Castel Henriette. Cependant, d'autres localisations ont pu exister, comme en témoigne un exemplaire inséré sur une plaque en pierre (ardoise ?) dont les contours suivent ceux de la platine en les régularisant. Il est possible qu'il s'agisse de la sonnette du portillon donnant accès au patronage de la Salle Humbert de Romans.

Bouton de sonnette électrique sur une plaque en pierre

La grande majorité des exemplaires initialement présents au Castel Béranger a malheureusement subi le sort d'autres quincailleries de Guimard : volées puis collectionnées ou revendues.

Copie de bouton de sonnette au Castel Béranger

Un autre type de sonnette électrique est présent sur la même planche du portfolio du Castel Béranger, englobée dans la même dénomination de légendes, « boutons des sonneries électriques ». Il s'agit cette fois d'une poire électrique dont la fonction était probablement l'appel de la domesticité. Les appartements du Castel Béranger, s'adressant à une clientèle de petite et de moyenne bourgeoisie, n'avaient pas d'office, mais il était possible de louer des chambres de bonnes au sixième étage.

Poire de sonnette électrique des appartements du Castel Béranger

Le coulisseau de sonnette du portail du Castel Béranger, dont les éléments métalliques sont retrouvés au n° 628 sur une photographie donnée par Adeline Oppenheim-Guimard à la Bibliothèque des Arts décoratifs en 1948, représente une autre forme de sonnette. Ce type de sonnette pouvait alors fonctionner de façon mécanique (par un câble faisant tinter une cloche) ou électrique. Sa position sur la portion de grille entre le vantail et la colonne droite fait soupçonner qu'il s'agissait plutôt d'un mécanisme électrique, moins encombrant.

Coulisseau de sonnette en bronze du Castel Béranger

Malheureusement, ce coulisseau a disparu avant 1963, remplacé par un bouton de sonnette électrique plus banal.

Les Robinets et Fontaines : Esthétique Fonctionnelle

La cour du Castel Béranger abritait également des éléments de quincaillerie liés à l'eau, tels que des robinets et une fontaine. Le robinet de la cour est représenté dans le portfolio, tout comme la fontaine.

Robinet de la cour du Castel Béranger

La fontaine de la cour du Castel Béranger, également détaillée dans le portfolio, témoigne d'une attention portée à l'esthétique même des éléments fonctionnels.

Fontaine de la cour du Castel Béranger

Les Pitons de Tringles de Tapis : Le Souci du Détail Décoratif

C'est sans doute avec les pitons des tringles des tapis des escaliers que transparaît le souci de Guimard de ne négliger aucun détail décoratif. Ces éléments, parfois vendus en lots, comme un lot de 25 pitons de tringles de tapis d'escalier du Castel Béranger provenant de l'ancienne collection Yves Plantin, illustrent cette minutie.

Pitons de tringles de tapis du Castel Béranger

Des exemplaires décapés, également issus de la collection Yves Plantin, permettent d'apprécier la finesse de leur conception.

Le Mobilier de Salle de Toilette : Harmonie entre Économie et Modernité

La salle de toilette d'un appartement du Castel Béranger, comme le montre le portfolio, intégrait un meuble économique aux lignes géométriques. Ce modèle a peut-être préexisté au Castel Béranger, mais a pu être modernisé par un accastillage métallique.

Salle de toilette d'un appartement du Castel Béranger

La platine du robinet du meuble lavabo, les supports des porte-serviettes et les boutons des tiroirs sont autant de détails qui témoignent de cette adaptation.

Platine du robinet du meuble lavabo des appartements du Castel Béranger

À notre connaissance, deux lavabos du Castel Béranger ont survécu. L'un, après restauration, est conservé dans la Collection Hector Guimard Diffusion, et un bouton de tiroir d'un lavabo du Castel Béranger se trouve dans une collection particulière. Un tiroir d'un lavabo du Castel Béranger, en cours de restauration dans l'atelier de M. François Derobe, témoigne également de la préservation de ces éléments.

Les Poignées de Tabliers de Cheminées et les Grilles de Bouches de Chaleur : Une Création Continue

Même un article aussi insignifiant que la poignée des tabliers de cheminées des appartements a fait l'objet d'une création de Guimard. Elle est répertoriée dans le portfolio du Castel Béranger sous le nom de « coquille en cuivre des rideaux de cheminée ».

Poignée des tabliers de cheminées des appartements du Castel Béranger

Les grilles en bronze des bouches de chaleur des appartements du Castel Béranger, également présentes dans le portfolio, sont des exemples de l'attention portée par Guimard à l'ensemble des éléments de son architecture.

Grille en bronze des bouches de chaleur des appartements du Castel Béranger

Bien qu'aucun modèle subsistant ne soit actuellement connu, deux exemplaires ont été utilisés postérieurement par Guimard en tant que grilles d'aération et scellées dans la maçonnerie : l'une sur la façade latérale droite de l'hôtel Deron-Levent à Paris (vers 1907), l'autre sur la façade sur rue de la villa d'Eaubonne (vers 1907-1908).

Grille d'aération en façade latérale droite de l'hôtel Deron-Levent

L'Éclairage : Entre Mystère et Spéculations

Il est probable que les appartements du Castel Béranger ne bénéficiaient pas de l'éclairage électrique. Rien ne prouve non plus qu'ils aient eu un réseau d'éclairage au gaz. Seul le modèle de piton de suspension destiné aux salons est mentionné dans le portfolio. Sans doute était-il d'un gabarit plus important que celui des autres pièces.

Piton de suspension des salons du Castel Béranger

D'autres articles de quincailleries du Castel Béranger sont actuellement très peu connus. Il s'agit de décors de fixations métalliques ponctuant les solives de certaines pièces. Ils sont visibles sur deux planches du portfolio, aux plafonds d'une chambre (pl. 40) et d'un salon (pl. 49). Ces deux pièces faisaient partie d'un même appartement sur rue au second étage que Guimard a particulièrement utilisé pour les prises de vue reproduites dans le portfolio.

Vue du salon de l'appartement à l'angle de la rue La Fontaine et du hameau Béranger

Les bagues décoratives des barreaux de l'escalier de service du Castel Béranger constituent également des détails significatifs de l'esthétique guimardienne.

Le Vase Guimard de la Cristallerie de Pantin : Une Révélation

Un vase exceptionnel, pisté depuis des années, est tout récemment entré dans les collections d'un partenaire pour le projet de musée Guimard. Des négociations au long cours ont abouti à l'acquisition de cet objet rare, le premier de son genre à être identifié et décrit.

Vase Guimard de la Cristallerie de Pantin

La forme générale de ce vase, assez banale pour la verrerie de style Art nouveau, est celle d'un « vase bouteille » pouvant se décomposer en trois parties : une base très aplatie soulignée par un ressaut, un fût très légèrement conique et un rétrécissement sommital avant l'inflexion de l'ouverture vers l'extérieur. Cette forme, pourvue de côtes tournoyantes, semble inédite chez Guimard qui n'a pas tenté de reproduire les silhouettes de ses modèles conçus pour le bronze ou pour la céramique.

Ce vase est longtemps resté dans la famille du vendeur, mais il n'a pas été possible d'en connaître les conditions d'achat originelles. Haut de 40,2 cm et pesant 1,437 kg, il a un volume de 0,480 litre.

Calcul du volume du vase Guimard de la Cristallerie de Pantin

La question de la nature exacte de son matériau se posait, même si le vase provient d'une cristallerie, car il a été établi que les verrines des candélabres des accès du métro produites par cette même cristallerie à partir de 1901 étaient en verre, sans ajout de plomb.

Verrine d'un candélabre du métro Guimard

Le culot du vase est également porteur de la signature manuscrite et cintrée de Guimard, caractérisée par la continuité du graphisme en un seul trait joignant le prénom et le nom et se terminant par le long paraphe revenant les souligner.

Signature de Guimard au culot du vase de la Cristallerie de Pantin

Le millésime « 1903 » figure également sous la signature et renvoie à l'époque du pavillon que Guimard a édifié au sein de la nef du Grand Palais pour l'Exposition de l'Habitation cette année-là.

Le pavillon « Le Style Guimard » au sein de l'Exposition de l'Habitation au Grand Palais en 1903

La cristallerie figurait dans cette liste de collaborateurs, d'une façon certaine pour les verrines du portique d'accès de métro qui encadrait l'entrée du pavillon de Guimard, et sans doute aussi pour un autre produit exposé : probablement des vases, comme le suggère le descriptif que Guimard a associé au nom du fournisseur : « cristallerie pour décoration et ameublement ». Mais les vues de l'intérieur du pavillon ne montrent malheureusement pas ces vases. D'ailleurs, rien n'indique qu'à cet instant les cristaux présentés dans le pavillon étaient déjà le fruit d'une collaboration entre l'architecte et la Cristallerie de Pantin. Guimard a pu tout simplement choisir des produits de la cristallerie sur catalogue afin de décorer les meubles exposés.

L'année suivante, en revanche, il a été acquis la certitude que cette collaboration a abouti. Dans l'opuscule que Guimard a édité à l'occasion du Salon d'automne de 1904, il a détaillé son envoi par catégories. Le numéro 4 des « Objets d'art Style Guimard » est décrit de la façon suivante : « Vase Style Guimard en cristal aigue marine ».

Cette dénomination « aigue-marine » n'a pas été inventée par Guimard qui, au contraire, s'est inséré dans une production de la Cristallerie de Pantin qui avait démarré quelques années plus tôt. Elle fait bien sûr référence au nom de la pierre fine, une variété de béryl, de couleur bleu clair, évoquant la mer. Ces nuances bleutées, difficiles à obtenir, ont été recherchées de façon empirique par différentes cristalleries françaises. Émile Gallé à Nancy a ainsi obtenu avec un monoxyde de cobalt une couleur d'un bleu très léger nommée « clair de lune », dévoilée à l'Exposition universelle de 1878.

Le catalogue de La Maison Moderne de 1901, "Documents sur l'Art Industriel au vingtième siècle", présentait déjà des "Cristallerie de Pantin/Vases en cristal aigue-marine". Sur les deux photographies de cette page, vingt-deux vases de différentes formes et d'une couleur qui ne peut être que bleutée présentent tous des côtes tournoyantes, souvent régulièrement ponctuées de reliefs comme le sont les surfaces des coquillages, autre manière de rappeler l'inspiration marine de la série.

Vases en cristal aigue-marine de la Cristallerie de Pantin

Au sein du même ensemble documentaire, un autre modèle de vase torsadé, avec une base plus piriforme et un col plus effilé, est très proche du n° 4357 de la page du catalogue de la Maison Moderne.

Vase torsadé de la Cristallerie de Pantin

Les Chaises Art Tapissier : Élégance et Confort

Les Chaises à Dossiers Mouvementés, Ajourés à Décor Trilobé Sculpté incarnent une autre facette de l'Art nouveau appliqué au mobilier. Leurs assises amovibles garnies d'un joli tissu rayé ocre et vert offrent à la fois esthétique et confort.

Chaises à Dossiers Mouvementés, Ajourés à Décor Trilobé Sculpté

Ces sièges sont décorées d'un filet de citronnier soulignant leurs courbes, ajoutant une touche de raffinement. Elles offrent une bonne assise et une bonne stabilité, témoignant d'une belle facture aux lignes raffinées et élégantes. Leurs assises rembourrées et leurs dossiers mouvementés garantissent un bon confort.

Ces chaises s'adapteront aisément dans divers intérieurs, qu'il s'agisse d'une salle à manger, d'un salon ou d'un bureau. Grâce à leurs courbes gracieuses et leur bois précieux, elles apporteront prestige et raffinement à l'espace.

Parigo #256 - Hector Guimard : quand métro rime avec Art nouveau

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